Impact territorial de la crise : la situation à fin décembre 2020

Après une première analyse de la situation par région et zone d’emploi à fin juin 2020 et une deuxième analyse à fin septembre 2020, nous avons réalisé une étude de l’impact territorial de la crise à fin décembre 2020, à partir du même jeu de données, l’emploi privé hors agriculture, et en suivant la même méthodologie : analyse de l’évolution de l’emploi par territoire et par secteur et décomposition de cette évolution pour identifier l’ampleur respective des effets de spécialisation et des effets dits “locaux”.

Cette étude a cette fois été réalisée au sein du groupe “prospective et connaissance territoriales”  de Régions de France. Il s’agit d’une première note, qui a vocation à être suivie par d’autres. Vous pouvez en voir la synthèse et la télécharger ici. Ci-dessous une des cartes du document.

Elle est également disponible sur le portail des territoires, à la rubrique études et prospective, du site de la Région Nouvelle-Aquitaine. Quatre documents relatifs à l’impact économique de la crise sont désormais téléchargeables  :

Nous allons continuer à produire des analyses de cet impact. Prochaine livraison : une analyse à une échelle plus fine, non plus à l’échelle des zones d’emploi mais à celle des EPCI, d’ici fin juin 2021 si tout va bien.

L’impact territorial de la crise : une actualisation

Nous avions produit une première analyse de l’impact territorial de la crise à fin juin 2020, à l’échelle des zones d’emploi,  en exploitant les données de l’Urssaf sur l’emploi privé hors agriculture. Ces données à fin juin étaient disponibles fin septembre. Nous avons actualisé le travail pour évaluer l’impact à fin septembre 2020, à partir des données disponibles fin décembre 2020 sur le site open data de l’Urssaf. Attention dans l’interprétation des résultats  nous travaillons sur le sous-ensemble de l’emploi privé hors agriculture, et le choc sur l’emploi a été fortement atténué par les mesures prises par la puissance publique au sens large, à toutes les échelles territoriales.

Ceci nous a pris un peu de temps, car au-delà de la production de l’analyse, nous souhaitons mettre à disposition des documents de qualité, compréhensible par un public le plus large possible. Un gros travail de définition d’une charte graphique, puis de “traduction” des résultats, d’infographie, …, a donc été réalisé. Le délai pour réaliser la première note a donc été assez long, il fallait que l’on teste différentes choses. Désormais, nous allons être en mesure de produire des documents de ce type rapidement après la production “brute” des notes (merci à Patricia et aux collègues impliqués pour ce qu’ils ont fait, travail remarquable je trouve!).

Trois documents sont désormais disponibles sur le portail des territoires, à la rubrique études et prospective :

S’agissant du fond, sur la dernière note relative à l’impact de la crise à fin septembre, l’idée était de s’interroger sur l’impact de la reprise de l’été. en voici le résumé :

Le troisième trimestre 2020 s’est traduit par une forte reprise, de +1,77% France entière, soit 323 109 emplois privés hors agriculture supplémentaires. Cette reprise ne com-pense pas les pertes des deux premiers trimestres, de plus de 620 000 emplois. Le solde reste donc négatif sur l’ensemble de la période (297 307 emplois en moins), soit un taux de croissance trimestriel moyen de -0,53%, équivalent au taux observé lors de la crise de 2008-2009,

Toutes les régions sans exception ont bénéficié de la reprise, à commencer par les deux les plus touchées au premier semestre, la Corse et PACA. En dehors de ces deux cas, on n’observe cependant pas de relation très forte pour l’ensemble des régions entre la dynamique des deux premiers trimestres et celle du troisième trimestre. La Nouvelle-Aquitaine se situe en 8ème position au T3, alors qu’elle était au troisième rang des régions les moins touchées au premier semestre. Ces évolutions en T3 n’ont pas modifié le classement global des régions lorsqu’on compare le classement des deux premiers trimestres et celui des trois premiers trimestres, la Nouvelle-Aquitaine restant la 3ème région la moins touchée,

A l’échelle des secteurs, on retrouve la même idée : les secteurs ayant le plus souffert au premier semestre ont connu des dynamiques très fortes, notamment l’intérim, l’hébergement-restauration et les « Arts, spectacles et activités récréatives ». En dehors de ces secteurs, on n’observe cependant pas de relation générale très forte entre les évolutions du premier semestre et celle du troisième trimestre. Comme pour les régions, la reprise n’a pas modifié le classement des secteurs sur l’ensemble de la période,

A l’échelle des zones d’emploi, on observe une relation négative plus forte, pour un plus large ensemble de territoires, entre la période 2019T4-2020T2 et 2020T2-2020T3 : les zones d’emploi ayant le plus souffert ont le plus bénéficié de la reprise, les zones d’emploi ayant le moins souffert en ont le moins bénéficié. Ceci est vrai, avec une intensité plus forte, en Nouvelle Aquitaine,

Parmi les zones d’emploi de notre région, Sarlat-la-Canéda demeure une de celles qui a le plus souffert sur l’ensemble de la période, mais Parthenay présente désormais un score plus faible. Marmande reste la zone la moins touchée. Certains territoires (Bayonne, Pauillac, Bressuire et Périgueux) ont connu des dynamiques très favorables, elles se situent désormais parmi les zones les moins touchées. A l’inverse, Parthenay, Pau et Rochefort sont impactées très fortement et reculent nettement dans le classement des zones.

Les analyses structurelle-résiduelle que nous avons menées, à l’échelle des régions comme à l’échelle des zones d’emploi, montrent que les effets locaux dominent toujours les effets structurels. L’effet local positif de la Nouvelle-Aquitaine s’explique pour une bonne part par une dynamique moins défavorable de l’intérim, du commerce et par une dynamique plus favorable de l’industrie agro-alimentaire.

N’hésitez pas à nous faire part de tout retour, sur la forme et sur le fond, à l’adresse suivante : ditp(at)nouvelle-aquitaine(dot)fr

Impact économique de la crise sanitaire : actualisation (épisode 34)

L’Insee vient de publier une version actualisée au 27 mai de l’impact économique de l’épidémie, à l’échelle du pays. Les choses vont un peu mieux : la perte estimée à -33% au 7 mai est ramenée à -22% au 27 mai. Ci-dessous le détail par secteur.

Comme les fois précédentes, j’ai territorialisé l’analyse, en appliquant les taux de perte sectoriels aux poids des secteurs observé à l’échelle des départements, puis des EPCI.

La situation relative des territoires bouge peu, la corrélation entre les taux de perte aux différentes dates est très forte, on retrouve Paris, les Hauts-de-Seine, la Savoie parmi les départements les plus affectés, la Lozère, la Creuse et la Meuse comme départements les moins affectés. Je vous redonne les chiffres précis par département et par EPCI dans ce fichier.

Impact économique de la crise : actualisation (épisode 30)

L’Insee a publié pour la troisième fois un point de conjoncture incluant une estimation des pertes d’activité consécutives à la crise sanitaire et au confinement. J’en profite pour actualiser l’impact territorial des prévisions sectorielles de l’Insee.

Les prévisions sont stables ou légèrement à la baisse, l’impact global passe d’une perte de 36% à une perte de 33% en un mois.

Comme les fois précédentes, j’applique ces taux de pertes nationaux aux poids des secteurs par territoire, ce qui me permet de construire une carte par département, puis une carte par intercommunalité.

Les corrélations entre les résultats du 9 avril, du 23 avril et du 7 mai sont très fortes (supérieures à 99%), si bien que les cartes ne sont pas modifiés ou très à la marge. A l’échelle des départements, les Hauts-de-Seine (-39%) et la Savoie (-37%) sont les plus impactés, la Lozère (-27%) et la Creuse (-27%) sont les moins touchés. Je vous remets à disposition les résultats dans ce fichier à télécharger.

Impact économique du confinement : quels territoires sont les plus touchés ? (épisode 27)

C’est le titre d’un petit article rédigé pour la Revue L’actualité Nouvelle-Aquitaine, que vous pouvez lire ici. Je reprends ce que j’avais expliqué dans ce billet, en détaillant sur la méthode en annexe, et en présentant surtout une carte à l’échelle des intercommunalités.

Vous pouvez télécharger le fichier excel avec les pertes d’activité par département et par intercommunalité en cliquant ici.

 

Covid 19, épisode 23 : nouvelle évaluation de l’impact économique de l’épidémie

L’Insee a publié hier une nouveau point de conjoncture pour mesurer la perte d’activité lié à la pandémie et au confinement. Par rapport à une semaine normale, la perte d’activité serait de 35% pour l’ensemble des secteurs et de 41% pour le sous-ensemble du secteur marchand.

Les pertes par secteurs sont également actualisées :

J’ai reproduit l’exercice consistant à spatialiser ces pertes, ce qui donne la carte par département suivante :

Il y a très peu de changement par rapport à la dernière fois : la corrélation entre les estimations du 9 avril et celles du 23 avril est supérieure à 98%. Les départements les moins impactés restent la Lozère, la Creuse et la Meuse, ceux les plus touchés la Seine-et-Marne, la Savoie et les Hauts-de-Seine.


Épisodes précédents : Episode 1 (comparaisons régionales)|Episode  2 (résidences secondaires)|Episode 3 (sur la mortalité)|Episode 4 (comparaison France Italie)|Episode 5 (cas américain et espagnol)|Episode 6 (diffusion spatiale de l’épidémie)|Episode 7 (géographie des Ehpad)|Episode 8 (prévision décès Ehpad)|Episode 9 (sur la mortalité, suite)|Episode 10 (diffusion spatiale, suite)|Episode 11 (taux de mortalité)|Episode 12 (l’impact économique)|Episode 13 (confinement et mobilités départementales)|Episode 14 (chiffres Insee sur la mortalité)|Episode 15 (distanciation sociale)|Episode 16 (impact économique)|Episode 17 (taux de mortalité)|Episode 18 (des pneumatiques aux respirateurs)|Episode 19 (géographie des décès en Ehpad)|Episode 20 (actualisation chiffres Insee sur la mortalité)|Episode 21 (géographie aux États-Unis)|Episode 22 (classement régions françaises et pays de l’UE28)

Covid 19, épisode 16 : une nouvelle évaluation de l’impact économique de l’épidémie

Dans son point de conjoncture du 9 avril 2020, l’Insee propose une nouvelle évaluation de la perte d’activité consécutive à l’épidémie et aux mesures de confinement qui ont été prises. Tous secteurs confondus, la perte de plus d’un tiers du PIB (36% exactement) est confirmée.

Alors que dans son premier point de conjoncture en date du 26 mars, l’Insee proposait des prévisions en décomposant l’activité en 5 grands secteurs, il propose cette fois des estimations à une échelle sectorielle plus fine, en 17 secteurs d’activité, ce qui permet de recalculer avec des données plus précises l’impact économique attendue de la crise sanitaire en cours à une échelle infra-nationale.

Voici les prévisions par secteur proposées par l’Insee :

De la même manière que dans mon billet précédent, j’ai appliqué les pertes sectorielles d’activité observées nationalement aux poids des secteurs dans chaque département, ce qui permet d’obtenir les pertes attendues pour chacun d’eux compte-tenu de leurs spécialisations : les pertes seront  d’autant plus fortes que le territoire en question est très spécialisé dans les secteurs les plus touchés et/ou peu spécialisé dans les secteurs les moins impactés. Etant donné que j’utilise des données emplois pour pondérer les secteurs et non pas des données de valeur ajoutée, l’impact France entière obtenu diffère un peu de celui obtenu par l’Insee : il n’est pas de -36%, mais de -41%. A l’échelle des départements, les taux de croissance obtenus varient de -35% pour la Lozère, la Creuse et la Meuse à -47% pour la Savoie et -46% pour la Seine-et-Marne et la Savoie (chiffres détaillés ici). Pourquoi la Lozère est-elle moins impactée ? C’est en raison notamment du poids dans ce département des services non marchands, qui représentent 49% des emplois contre 32% France entière, services non marchands moins impactés que la plupart des autres secteurs. Pourquoi, à l’inverse, la Savoie est-elle si impactée ? En raison notamment du poids du secteur “hébergement et restauration”, secteur le plus récessif (-90% de perte d’activité), qui pèse 12% en Savoie contre 4% France entière.

A noter que la corrélation entre les résultats obtenus avec cette décomposition en 17 secteurs et celle obtenue il y a deux semaines avec la décomposition en 5 secteurs est plutôt bonne, le R² est près de 75%. Les départements qui s’écartent le plus de la relation sont les Deux-Sèvres et les Hauts-de-Seine  d’un côté (l’impact en 17 secteurs est plus faible qu’attendu compte-tenu de l’impact en 5 secteurs) et la Savoie et les Hautes-Alpes de l’autre (impact plus marqué qu’attendu, en raison là encore du secteur “hébergement et restauration”, très récessif, plus que le secteur agrégé “services marchands”).

Le résultat principal reste que l’impact est violent pour tous les départements, mais qu’il semble plus fort encore, compte-tenu de leurs structures productives, pour de nombreux départements de l’Est et de l’Ile-de-France, et relativement moins fort dans la partie Ouest du pays.


Episodes précédents : Episode 1 (comparaisons régionales)|Episode  2 (résidences secondaires)|Episode 3 (sur la mortalité)|Episode 4 (comparaison France Italie)|Episode 5 (cas américain et espagnol)|Episode 6 (diffusion spatiale de l’épidémie)|Episode 7 (géographie des Ehpad)|Episode 8 (prévision décès Ehpad)|Episode 9 (sur la mortalité, suite)|Episode 10 (diffusion spatiale, suite)|Episode 11 (taux de mortalité)|Episode 12 (l’impact économique)|Episode 13 (confinement et mobilités départementales)|Episode 14 (chiffres Insee sur la mortalité)|Episode 15 (distanciation sociale)

Futuroscope : ceci n’est pas un technopôle

magritte_ceci-n-est-pas-une-pipeL’Insee vient de publier les résultats d’une étude sur le Futuroscope, intitulée  “Technopôle du Futuroscope : plus de 10 600 emplois directs et induits”. Etude réalisée en partenariat avec le Conseil Général de la Vienne.

La méthodologie déployée par l’Insee est une méthodologie classique dans les études d’impacts économiques : il s’agit de dénombrer les emplois directs (salariés des entreprises de la zone), indirects (salariés de leurs fournisseurs et sous-traitants au prorata du volume d’activité concerné) et induits (emplois liés aux dépenses des deux premières catégories). Pour le Parc stricto sensu, on dénombre 800 emplois directs, 240 emplois indirects et 560 emplois induits. Sur l’ensemble de la zone, le total des emplois est de plus de 10 000, comme indiqué dans le titre (estimation plancher car des données manquent sur les emplois indirects des entreprises autres que le Parc).

Le plus intéressant n’est pas là, mais dans la recension des activités présentes sur la zone. Je me concentre sur les emplois directs. La zone du Futuroscope, c’est 1040 emplois pour le Parc, 300 dans l’hôtellerie-restauration et 2840 dans les centres d’appel. Soit plus de 60% du total de la zone. C’est ensuite 1360 emplois dans le domaine de la formation-recherche, notamment le CNED (500 personnes), le CNDP (250), l’ENSMA (230) et l’Université (160). C’est enfin 1000 emplois dans les services aux entreprises (assurances, informatique, autres services aux entreprises) et 300 dans les administrations publiques (Conseil Général et CCI de la Vienne).

En quoi est-ce intéressant ? Disons que les chiffres montrent que le Futuroscope est certes une zone d’activité économique importante du département de la Vienne, mais n’a rien d’un technopôle, que l’on peut définir comme un site destiné à accueillir des entreprises de haute technologie bénéficiant d’interactions locales avec le monde de la recherche et de la formation. Les laboratoires de recherche présents travaillent certes avec des entreprises, mais pas ou très peu avec des entreprises de la région, plutôt des entreprises de Midi-Pyrénées ou d’Ile de France. A contrario, les emplois privés ne relèvent pas de la haute technologie, il s’agit massivement d’emplois des centres d’appels.

C’est grave docteur ? Oui et non. Non car il s’agit d’emplois qui font vivre des milliers de personnes ainsi que leurs familles et c’est très bien. Oui, car affirmer que la zone est remplie d’entreprises high tech, i) ça relève du déni de réalité, ii) c’est considérer que certaines activités sont moins nobles et qu’il vaut mieux les cacher, iii) c’est se détourner de l’analyse des menaces et opportunités qui pèsent sur les entreprises effectivement présentes.

A ce titre, si les chiffres du document sont très clairs, certaines formulations prêtent à sourire. Notamment quand dans le chapeau de l’article, on nous indique que “les trois axes du développement souhaités à l’origine : Formation-Recherche, loisirs et nouvelles technologies sont toujours bien présents aujourd’hui”,  ou encore et surtout quand les auteurs expliquent que la concentration sur la zone des secteurs de la formation et de la recherche vise à “créer un effet “cluster” qui attire des organismes extra-régionaux”. C’était certes l’intention initiale, mais on a vraiment du mal à voir un quelconque effet cluster…

Au final, le Futuroscope n’est pas un technopôle, elle n’en n’a que l’image. Encore une fois, ce n’est pas grave. C’est même plutôt logique, vu la spécialisation du Parc.