Covid 19, épisode 3 : sur la mortalité

Petit billet un peu glauque sur le nombre de morts dû à l’épidémie et sur la mortalité en général, afin de mettre en perspective et un peu à distance le décompte anxiogène assené chaque soir.

Première point sous forme de question : savez-vous combien de personnes décèdent en France, en moyenne, chaque jour ? En 2019, on comptait 612 000 décès, soit 1 676 décès par jour (source ici). Dans le même temps, on dénombrait 753 000 naissances, soit 2 063 par jour (source ici).

Deuxième point : à côté des chiffres publiés par Santé Publique France, l’Insee a décidé de publier chaque semaine le nombre de décès quotidien toutes causes confondues, et de le comparer aux mêmes chiffres de 2018 et de 2019 (voir ici). La première livraison couvre la période du 1er au 20 mars 2020 pour les annonces dématérialisées de décès (qui arrivent plus vite à l’Insee) et du 1er au 16 mars pour l’ensemble des décès (transmis par voie dématérialisée et par voie papier).

Je me concentre sur ces derniers chiffres. Ils montrent que, pour l’instant, l’épidémie ne se traduit pas, à l’échelle du pays, par une surmortalité comparativement à 2018 et à 2019 (à noter la mortalité sensiblement plus forte en 2018 qu’en 2019, ceci notamment en raison d’une épidémie de grippe plus virulente et plus longue) :

Je dis bien pour l’instant, car il semble que nous soyons encore éloignés du pic épidémique. Je dis bien, surtout, à l’échelle du pays, car les chiffres de l’Insee par département montrent que certains connaissent dès à présent un nombre de décès bien supérieur à celui des années précédentes.  Neuf départements connaissent ainsi un nombre de décès supérieur de 10% ou plus à celui de l’année passée :

Libellé

décès 2020

décès 2019 écart Ratio
Mayotte 42                    30                    12 1.4
Haut-Rhin 417                  302                  115 1.38
Corse-du-Sud 88                    67                    21 1.31
Deux-Sèvres 182                  143                    39 1.27
Creuse 82                    70                    12 1.17
Vosges 219                  189                    30 1.16
Aisne 286                  249                    37 1.15
Oise 339                  297                    42 1.14
Haute-Saône 105                    93                    12 1.13

Parmi ces départements, certains sont fortement impactés par l’épidémie, comme le Haut-Rhin (290 décès recensés par Santé publique France au 27 mars), l’Oise (66 décès) ou les Vosges (56 décès). Mais d’autres, en apparence, ne le sont pas, comme les Deux-Sèvres et la Creuse : aucun décès recensé par Santé publique France en Creuse, 2 dans les Deux-Sèvres, toujours à la date du 27 mars. Sans que l’on sache, pour ces deux derniers départements, si l’écart est dû à d’autres causes de mortalité, où à des décès liés au Covid 19 non recensés par Santé publique France.

4 commentaires sur “Covid 19, épisode 3 : sur la mortalité

  1. vu les délais de collecte il serait plus judicieux de comparer 2020 à la moyenne des 5 années precedentes.
    ce qu en pense un administrateur de l INSEE à la retraite

  2. Si dans une première lecture ces données peuvent sembler relativement rassurante. L’évaluation actuelle, et non le comptage de décès en milieu hospitalier, permet de comprendre pourquoi on sera au dessus des chiffres de la grippe (qui en 2020 a causé très peu de décès). Les départements les plus touchés ont des surplus de décès de l’ordre de 30 à 40% et pour ces départements la situation d’excès de mortalité devrait durer assez longtemps vue l’inertie de la maladie. L’épidémie s’étendra à d’autres départements. Pour évaluer à partir de là le nombre de décès supplémentaires 2 variables. La durée de la période où il y aura des décès en surnombre. (j’évalue à  2 à 3 mois sur cette première phase épidémique). L’étendue de l’expansion de l’épidémie sous sa forme importante et non tout à fait maîtrisée par le système hospitalier. L’exemple chinois prouve que l’on a pu circonscrire l’épidémie pour l’essentiel à une province. En France j’ai des doutes…Si toute la France subi avec retard l’épidémie et si le coefficient de surmortalité augmente en période ou l’épidémie est à son max on peut arriver à un total impressionnant pour la première phase de l’épidémie (en espérant ne pas avoir un retour même affaibli en octobre) 600 000 x 0.25 x 0.4 = 60 000. Evidemment cela suppose un manque de réactivité de notre système de prévention et de soins. On peut donc penser que ce nombre est un maximum.Il y a un peu plus d’un mois j’avais évalué le nombre total pour l’ensemble de l’épidémie en France (donc au-delà de 2020) à 70 000… nombre très important, mais pour l’instant non invalidé. Par rapport à la grippe, cette épidémie a déplacé le curseur. ce n’est pas les plus de 80 ans la cible principale, mais les plus de 70 et ceux qui ont déjà des maladies graves. La génération un peu “bénie des Dieux” qui a “fait” 68 commence à paniquer…

  3. Est ce qu’il serait possible de réaliser la meme analyse a l’echelle europeenne a partir de donnees publiques aisement disponibles ?

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