Futuroscope : ceci n’est pas un technopôle

magritte_ceci-n-est-pas-une-pipeL’Insee vient de publier les résultats d’une étude sur le Futuroscope, intitulée  « Technopôle du Futuroscope : plus de 10 600 emplois directs et induits ». Etude réalisée en partenariat avec le Conseil Général de la Vienne.

La méthodologie déployée par l’Insee est une méthodologie classique dans les études d’impacts économiques : il s’agit de dénombrer les emplois directs (salariés des entreprises de la zone), indirects (salariés de leurs fournisseurs et sous-traitants au prorata du volume d’activité concerné) et induits (emplois liés aux dépenses des deux premières catégories). Pour le Parc stricto sensu, on dénombre 800 emplois directs, 240 emplois indirects et 560 emplois induits. Sur l’ensemble de la zone, le total des emplois est de plus de 10 000, comme indiqué dans le titre (estimation plancher car des données manquent sur les emplois indirects des entreprises autres que le Parc).

Le plus intéressant n’est pas là, mais dans la recension des activités présentes sur la zone. Je me concentre sur les emplois directs. La zone du Futuroscope, c’est 1040 emplois pour le Parc, 300 dans l’hôtellerie-restauration et 2840 dans les centres d’appel. Soit plus de 60% du total de la zone. C’est ensuite 1360 emplois dans le domaine de la formation-recherche, notamment le CNED (500 personnes), le CNDP (250), l’ENSMA (230) et l’Université (160). C’est enfin 1000 emplois dans les services aux entreprises (assurances, informatique, autres services aux entreprises) et 300 dans les administrations publiques (Conseil Général et CCI de la Vienne).

En quoi est-ce intéressant ? Disons que les chiffres montrent que le Futuroscope est certes une zone d’activité économique importante du département de la Vienne, mais n’a rien d’un technopôle, que l’on peut définir comme un site destiné à accueillir des entreprises de haute technologie bénéficiant d’interactions locales avec le monde de la recherche et de la formation. Les laboratoires de recherche présents travaillent certes avec des entreprises, mais pas ou très peu avec des entreprises de la région, plutôt des entreprises de Midi-Pyrénées ou d’Ile de France. A contrario, les emplois privés ne relèvent pas de la haute technologie, il s’agit massivement d’emplois des centres d’appels.

C’est grave docteur ? Oui et non. Non car il s’agit d’emplois qui font vivre des milliers de personnes ainsi que leurs familles et c’est très bien. Oui, car affirmer que la zone est remplie d’entreprises high tech, i) ça relève du déni de réalité, ii) c’est considérer que certaines activités sont moins nobles et qu’il vaut mieux les cacher, iii) c’est se détourner de l’analyse des menaces et opportunités qui pèsent sur les entreprises effectivement présentes.

A ce titre, si les chiffres du document sont très clairs, certaines formulations prêtent à sourire. Notamment quand dans le chapeau de l’article, on nous indique que « les trois axes du développement souhaités à l’origine : Formation-Recherche, loisirs et nouvelles technologies sont toujours bien présents aujourd’hui »,  ou encore et surtout quand les auteurs expliquent que la concentration sur la zone des secteurs de la formation et de la recherche vise à « créer un effet « cluster » qui attire des organismes extra-régionaux ». C’était certes l’intention initiale, mais on a vraiment du mal à voir un quelconque effet cluster…

Au final, le Futuroscope n’est pas un technopôle, elle n’en n’a que l’image. Encore une fois, ce n’est pas grave. C’est même plutôt logique, vu la spécialisation du Parc.

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7 commentaires sur “Futuroscope : ceci n’est pas un technopôle

    • Sur ce point, voir le lien dans le billet sur la définition et la différence entre un technopôle et une technopole. Les politiques laissent penser que la zone est un technopôle tel que je le définis. Appelez-ça une technopole si vous voulez, ça ne change rien sur le fond si vous êtes d’accord sur la définition.

        • Encore une fois, le terme importe peu. Si vous voulez, on peut dire la banane Futuroscope. Reste à savoir ce que les acteurs veulent dire en employant le terme banane. S’ils considèrent qu’une banane est une concentration d’entreprises high tech qui interagissent localement entre elles et avec des acteurs du monde de la recherche et de la formation (et c’est ce qu’ils considèrent), ils se trompent. C’est le sens de mon billet.

      • Egalement qualifier la technopole de grosse ZAE alors qu’elle comporte depuis plus de 15 ans :
        – des laboratoires de recherches de pointes (pendant un temps c’était 8% de la recherche française) mais ça a dû bouger et prochainement P prime !
        – un lycée pilote
        – une école d’ingénieur
        – un réseau THD qui offre des débits du Gbits/s (ça a également été le premier POP régional d’un opérateur alternatif pour l’internet en 1996 !). Aujour’hui, Orange, SFR, Completel, Verizon… y sont installés
        – un parc d’attraction déployant depuis plus de 25 ans des technologies de l’image
        – des logements ! (c’est pas courant en ZAE !)
        – des services publics
        – un des plus gros data-center de la Région
        Moi je pense que ça répond bien à la définition : « est un centre urbain disposant de structures favorables au développement de technologies de pointe » même si dans les faits l’emploi se trouve majoritairement dans les centrse d’appel qui ne se sont pas non plus implantés là par hasard vu le coût du foncier !

  1. Ce que je ne comprends pas bien dans ce genre d’études — qui, pour une étude de l’Insee, me semble relever plus de l’argumentaire politique (élus locaux) ou de lobbying que de l’analyse économico-statistique (mais dites-moi si je me trompe) –, c’est que j’ai l’impression que les emplois et les salaires liés en question apparaissent comme une fin en soi, comme si le but du « technopôle du Futuroscope », c’était de créer des emplois. Comme si la situation pouvait être considérée comme meilleure si l’on pouvait associer au « technopôle du Futuroscope », non pas 10.600 emplois, mais 10.601 emplois. J’avoue ne pas comprendre. Si le volume d’activités de ce « technopôle du Futuroscope » pouvait avoir lieu avec 10.599 emplois plutôt que 10.600, ne serait-ce pas un gain au sens de l’analyse économique ? Ces emplois et salaires ne sont-ils pas un coût (de production) et non un bénéfice ? La valeur économique de ce volume d’activités est-elle mesurée par le volume d’emplois et des salaires liés nécessaires pour qu’il ait lieu ? Cette valeur économique ne se trouve-t-elle pas plutôt dans la valeur de l’output produit par le « technopôle du Futuroscope », pourvu que cet output rencontre une demande ? Je serais heureux d’avoir votre avis, éventuellement critique, sur ce genre d’études qu’on retrouve dans plein d’autres secteurs d’activité (culture, tourisme, etc.).

    • Il ne s’agit pas dans cette étude de savoir si les entreprises déploient des processus optimaux (la question que vous posez : pourrait-on faire pareil avec moins de ressources?), mais de savoir ce que pèse cette activité sur le territoire, ce qui n’est pas inintéressant.

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