6 Daniel Defoe et le commerce

6 Daniel Defoe  1660-1731 (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Defoe fut éduqué dans une académie protestante faisant partie de la mouvance dissidente. Il participa à la rébellion de 1685 (dite Monmouth) contre Jacques II. Marchand et spéculateur, mais aussi journaliste, il est actif après le règne de Guillaume et Marie. Defoe a néanmoins commencé sa carrière de pamphlétier en 1697, en défendant à la fois le roi et son Président des Communes, puis ministre principal au début du règne d’Anne, Sir Robert Harley, Conte d’Oxford, (1661-1724), qui engagea Defoe comme polémiste politique au solde du parti Whig. C’est ainsi qu’il rédige An Essay Upon several Projects (1697) [1702] [FD 345].

Defoe se fit remarquer en premier en pourfendeur de ceux qui décriaient Guillaume III, rustre hollandais, en démontrant que l’idée d’un « anglais de pure souche » était une fiction :

« Mais lorsque je vois que courent les rues libelles et invectives à l’encontre des Hollandais, pour la simple raison qu’ils sont étrangers ; lorsque je vois d’insolents pédants et autres rimailleurs de ballades accabler le roi de reproches et d’insultes au prétexte qu’il emploie des étrangers et qu’il est lui-même étranger, je m’avoue amené par ce spectacle à rappeler ses propres origines à notre peuple et, par-là, lui démontrer combien cela nous couvre de ridicule, dans la mesure où, s’agissant d’Anglais ab origine, nous nommes en fait tous étrangers. » (Préface, L’anglais de race pure, 1700)

Les principales idées de Defoe sur la liberté d’expression, la propriété intellectuelle, la censure, sur l’exclusion des protestants dissidents de la société civile, et sur l’immigration et la xénophobie, reflètent les débats de l’époque. Il fut lui-même cloué au pilori en 1703 pour un pamphlet satirique considéré comme séditieux, où pour en finir avec la dissidence, il propose leur annihilation : The Shortest-Way with the Dissenters; Or, Proposals for the Establishment of the Church, 1702, et commet le crime de lèse-Eglise en ridiculisant les High Tories, Anglicans. Son « Hymne au pilori » qui tourne à nouveau en dérision la punition, appliquée aux plus nobles et aux les plus honnis, est vendu à la foule venue le châtier.

Journaliste, son récit sur le commerce et les manufactures d’Angleterre, tout comme son journal de voyages à travers le pays, et son travail d’investigation et de témoignage (A Journal of the Plague Year, 1722), nourrissent ses œuvres de fiction pour lesquelles il est renommé. Le héros éponyme de Robinson Crusoe devient ainsi pour Karl Marx l’archétype du capitaliste impérialiste – avec une petite flèche envers le peuple chez qui Marx avait trouvé refuge.

« Notre ami Robinson apprends vite par expérience, et ayant réussi à récupérer une montre, un livre de bord, une plume et de l’encre de l’épave, il commence, comme tout britannique de naissance, par faire un inventaire des objets d’utilité qu’il détient, des opérations nécessaire pour les produire, et enfin, du temps de travail que ces objets lui ont coûté en moyenne. » Le Capital, Vol.1, 1ère partie.

L’ouvrage que publia Defoe en 1726, The Complete English Tradesman [FD 1727] est à la fois descriptif et prescriptif. Un nombre d’ouvrages grandissant aidait les commerçants à comprendre le métier. Faisant le tour des techniques de commerce, Defoe défend le commerce comme essentiel à la nation, le système de commerce anglais comme supérieur à tout autre, et la noblesse de la classe des commerçants, point inférieure aux autres rangs sociaux. L’expansion du commerce à l’étranger augmente le commerce domestique, crée des emplois et de la demande, ce qui augmente la production et améliore les salaires.

Comme pour John Locke, les liens entre le libéralisme politique et économique, entre le soutien à Guillaume III et une théorie de l’économie, sont manifestes, au moment où on cherchait à expliquer et comprendre les mécanismes du pouvoir et des marchés – car les liens entre propriété et pouvoir, richesse et  était évident en ce fin de XVIIe siècle. La force du Royaume protège la couronne, l’Eglise, l’Etat, les Lois, le Commerce et les Libertés. La force du Royaume provient de ses richesses et de son commerce. [FD 2235]  Les mêmes sentiments se retrouvent vingt ans plus tard,  « Les bases de la richesse du royaume sont la Terre, les Manufactures, et le Commerce extérieur, ceux-ci sont les Pilliers … » [FD 384]

Au total, une vingtaine de pamphlets et d’ouvrages anciens traitant de sujets économiques se trouvent dans le Fonds Dubois.Fonds Dubois: ouvrages en langue anglaise, traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne [PDF – 439 Ko]

9 Le commerce

Le commerce est la façon dont « un Pays, relativement petit et avec une Population peu nombreuse, peut par leur Situation, Commerce et Politique valoir en Richesse et en Force, un Peuple et un Territoire bien plus grands »  confirme William PETTY, en 1690. [FD 2418]

Les colonies

Les produits importés en Angleterre à la fin du XVIIe siècle viennent du continent (soies, vins, lins…), des colonies anglaises (le tabac de Virginie, le sucre de Barbade et Jamaïque, îles nouvellement acquis), ou des Indes, commerce contrôlé par des monopoles (les épices (poivre), et le coton). Les lois sur la navigation interdisent l’utilisation de transporteurs autres qu’anglais, et le commerce entre les colonies – toute marchandise doit passer par l’Angleterre avant d’être réexpédiée. La production du tabac en Jamaïque est protégée par l’interdiction de cultiver la plante sur le sol anglais.

La différence entre les colonies américaines au nord et dans les Caraïbes -respectivement les pèlerins puritains respectables, des flibustiers et des marchands, des opposants au roi Charles II exilés à son accession, dans les derniers, [FD 368]  permet à certains de préconiser une forme d’autonomie politique aux premiers, leur permettant de réunir des représentants lors une assemblée annuelle. [FD 2455]

Indication de la place de l’Irlande et de l’Écosse dans les considérations dans le commerce anglais, dans un traité, elles ne viennent qu’après les plantations, signe de leur contribution moindre aux richesses du pays. [FD 1096] Voir à ce sujet l’exposition virtuel [URL: http://etat-irlande.edel.univ-poitiers.fr/exposition/lirlande-dans-le-fonds-dubois/].

Le travail contraint et l’esclavage

Les besoins en main d’œuvre dans les plantations sont tels que l’on cherche des solutions: par exemple en y envoyant les oisifs, les vagabonds, les pauvres d’Angleterre, qui seraient par la force des choses obliges de se débrouiller. [FD 384]

À partir de 1650 la pratique du commerce triangulaire, déjà pratiqué par les navigateurs, est étendue à la traite des esclaves pour répondre à la demande en main d’œuvre des colonies productrices de sucre. Pour les auteurs de l’époque, la traite n’est qu’une autre forme de commerce : on propose l’augmentation de ce commerce d’Afrique vers les Caraïbes pour répondre à la demande des colonies et des  espagnols. [FD384]  C’est l’interdiction faite aux colonistes de commercer avec des nations étrangères qui contribue à l’essor de l’esclavage et du Royal Africa Company (1662) qui ‘traitait’ environ 5000 esclaves par an dans les années 1680.

Dans le Deuxième Traité sur le Gouvernement (Ch. 3-4) Locke évoque l’esclavage, mais semble ignorait la question de l’origine des esclaves noirs vendus par ses concitoyens. Pour Locke, « l’esclavage n’est que la continuation d’un état de guerre, entre un conquérant légitime et un captif. »

 

 

 

 

 

 

5 L’économie anglaise au 17e siècle: l’argent, le crédit, la Banque d’Angleterre, les manufactures

  1. L’économie anglaise au 17e siècle (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Dans les traités d’économie politique – discipline qui n’en avait pas encore ni le nom, ni le titre – de cette période, on cherche à établir avec précision des chiffres – d’où le titre de l’ouvrage de William Petty, Arithmétique politique [FD 2418] concernant le commerce, la population, [FD 2455] la douane, et l’administration grandissante servait à compiler ces quantifications.

Selon la méthode scientifique émergeante, on chercha à établir des liens de cause à effet entre les phénomènes observés (Locke, Discourse on Human Understanding, 1689) afin d’établir des lois naturelles, aussi bien en médecine, en sciences naturelles, en philosophie politique qu’en économie. Les débats se font par pamphlet interposé, le média préféré de l’époque, au moment même de la transition vers une diffusion massive de la presse quotidienne (1702 Daily Courant).

Le débat sur la progression des richesses du pays, le développement urbain – Petty publia des comparaisons de plusieurs grandes villes pour comprendre les phénomènes, parfois en version bilingue – [FD 2461] les origines de ces richesses – les biens ou le labeur (la propriété ou le mérite) – bat son plein. Le taux d’accumulation de capital, résultant des bénéfices et de l’épargne, était suffisant pour financer le commerce extérieur, la reconstruction de Londres après le feu de Londres (1666), la construction navale (les chantiers de Chatham) et pour faire baisser les taux d’intérêt. (Grassby, p.395-397).

Un résumé de l’histoire économique de l’époque vue par des analystes quatre-vingt ans plus tard (1766) est donné dans l’ouvrage, traduit en anglais de VIVANT de MEZAGUE [FD 2484].

Mais les premier sujets qui interrogèrent ces auteurs à part la croissance de la population, sont ceux de l’imposition, de l’inflation des prix, la quantité d’argent en circulation et la balance des paiements – l’argent étant exporté pour les importations, celles-ci contribuait à la pénurie souvent constatée.

  1. L’argent, le crédit, la Banque d’Angleterre

L’argent

La fonction et le rôle de l’argent – monnaie et matière – ayant une valeur intrinsèque, et/ou une valeur marchande et variable sont discutés. [FD 2314] La croissance de l’économie demandait une plus grande quantité de pièces de monnaie pour assurer l’échange de marchandises. La monnaie venant à manquer, on cherchait à diviser des pièces existantes, en les coupant  (clipp’t) [FD 2273], à utiliser le crédit et à développer des billets de banque, comme équivalent des sommes d’argent trébuchantes et sonnantes. [FD 2064].

La publication de tracts économiques par Locke de considérations sur ces sujets, fait partie d’un nombre important de pamphlets publiés en 1696, en réponse à la crise d’espèces. [FD371]

Le crédit

Avec le manqué d’argent, pour pouvoir continuer à commercer, le crédit semblait aussi nécessaire à une nation commerçante « que les liquides dans la circulation du sang dans le corps » [FD 2316] [FD 1947] Le développement des banques et la création de la Banque nationale s’ensuivent. Comprendre comment fonctionne le système devient un élément important pour les commerçants. [FD 2064].

L’investissement et l’Échange de titres

Le fiancement du commerce est obtenu par l’investissement de partenaires, et le développement de ce marché centré sur les cafés autour de la Cathédrale St. Paul à Londres, devient  l’Échange, ou créances et parts sont échangés, créant un marché nouveau, à l’origine de la Bourse. La ruelle Exchange Alley et le principal lieu de change, Jonathan’s Coffee House, sont décrits par Defoe,  Journal of the Plague Year, 1722).

On lira également sa description de la Cité, déjà devenue la métonymie de la finance (En Explorant toute l’Ile de Grande Bretagne, Lettre V, 1726 en anglais). Mais la spéculation qui était visible au tournant du siècle n’était pas du goût de tous. Les cafés de la cité étaient des lieux où des fortunes se faisaient et se défaisaient. En 1701 et 1702, Daniel DEFOE, dénonce rondement la spéculation qui s’ensuivit. [FD2385],   [FD 345].

Cinquante ans plus tard, le café est représenté comme un concentré des affaires avec de nombreuses caricatures : Britannia figure de la nation évanouie, un juif barbu, un quaker, les animaux utilisés pour décrire l’état des marchés (ours, taureau, canard).

Jonathan’s Coffee House or an Analysis of Change Alley With a Group of Characters from the Life – Inscribed to Jacob Henriques, 1763                                                  [Crédit : British Museum (Creative Commons) 1868,0808.4311, AN367356001]

 

La Banque d’Angleterre

Si on commençait à comprendre et à expliquer les mécanismes du commerce au début de l’ére du crédit et des banques au point de rédiger des vade-mecum [FD 2254] on comprenait également, dès les années 1670,  l’intérêt d’une banque centrale, qui bénéficierait aux pauvres, aux classes moyennes, aussi bien qu’aux riches, aux marins, et aux commerçants.  [FD 2239] [FD 2290]  [FD2385]

Mais ce n’est qu’en 1694 que la Banque d’Angleterre  obtient une Charte royal. Elle permit au gouvernement de trouver la somme de 1.2 million de livres, par souscription – on dirait ‘crowd-funding’ de nos jours – prêtés à un taux de 8%. La Banque fut accueillie très favorablement, « la gloire de l’Angleterre, qui allait améliorer grandement le commerce du pays ». [FD 1926]

L’un des membres fondateurs, William PATERSON (1658-1717), marchand tailleur, flibustier aux Bahamas, promoteur du projet de colonie écossaise au Panama, qui y perdit femme et enfant, devient également promoteur de l’Union des deux royaumes en 1707 – conséquence de la dette écossaise engendrée par l’aventure coloniale malheureuse.

  1. Les manufactures

La laine était l’exportation principale, et le commerce – donc de la laine – est à la base de la création des richesses, selon DAVENANT. [FD 2388] Mais la ré-exportation de biens dont l’Angleterre contrôlait le commerce (Navigation Acts) permit l’essor d’un deuxième marché d’exportation. De nombreux ouvrages fustigent le goût immodéré pour des produits étrangers : soies, vins, etc., le luxe et la mode et prônaient la préférence nationale. [FD 384]  [FD 2293]

Toute sorte de relevés des besoins (Wants), de calamités, d’améliorations et de projets sont publiés dans le but d’aider le développement du commerce, des métiers et des industries. Le pays « se languit » (Britannia languens) à cause de la chute des baux, le manque d’espèces etc. [FD 385] On propose d’éliminer la corruption, de baisser les prix [FD 2427]; d’améliorer les transports, [FD 2255] en reliant les deux fleuves principaux du royaume – la Tamise et la Severn – (mais l’auteur se plaint ouvertement que des « discours idiots dans les cafés » avaient mis fin à ces projets); de fonder des villes nouvelles de tisserands  : New Brunswick, New Harlem près de Stratford-on-Avon, ou encore, un port de pêche à l’est de Londres (Isle of Dogs) [FD 2255].

Parmi d’autres ‘projetteurs’ se trouvent Carew REYNELL, The True English Interest or an account of the chief national improvements… 1679, [FD 2245] et un certain DEFOE, An Essay Upon several Projects (1697). FD 345] D’autres relevaient la ‘désunion’ des territoires d’Angleterre – les trois législatures (Westminster, Dublin, Edinburgh) et des lois qui se chevauchent ou contredisent  comme empêchements au libre commerce [FD 2461].

 

 

1 Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois

  1. Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois (exposition virtuelle « La Glorieuse Révolution d’Angleterre 1688« )

Les ouvrages en langue anglaise datant du 17e siècle dans le Fonds Dubois sont d’une grande qualité. Quelques ouvrages d’économie et de philosophie politique, et non des moindres, datant de la guerre civile et de la Républque, ou avant –  Malynes, Misselden, Mun, Maddison, Bettel, Slingsby, Harrington –, mais la plupart datent des années de la Restoration et de la ‘Révolution glorieuse’, voir des toutes dernières années du siècle et du début du 18e siècle. Cela tient à la thématique de la collection autant que de la publication croissante de pamphlets en cette fin de siècle. La plupart des auteurs d’ouvrages sur les questions des richesses du pays et des libertés de ses sujets sont représentés dans ces rayons : Chamberleyne, Davenant, Child, Cary, Coke, Defoe, Locke, Petty, Sheridan, Temple, Yarranton. Par un curieux hasard, celui qui recruta Defoe comme pamphlétier. Sir Robert Harley, Conte d’Oxford, (1661-1724), fut lui-même mécène et bibliophile. Sa collection de manuscrits et documents médiévaux (Harley Collection, est un des fleurons de la British Library <>.

Un autre ouvrage exemplifie les provenances possibles de volumes dans le Fonds Dubois. Le volume 1 des deux volumes de England’s improvement by sea and land par Andrew Yarranton, publiés en 1677-1698, contient quatre indices :

-la marque sur le dos de la reliure (la couronne d’un marquis au-dessus d’un S) (A comparer avec les exemples à l’Université de Toronto);

-l’ex-libris du marquis de Shelburne (les armoiries et la devise) ;

-l’ex-libris de Charles Butler ;

-l’étiquette des bouquinistes Kashnor, du Museum Bookstore.

William Fitzmaurice Petty, comte Shelburne, marquis de Lansdowne (1737-1805), avait été en charge du gouvernement britannique en 1783 (son arrière-petit-fils fut Gouverneur-Général du Canada un siècle plus tard, puis Vice-roi de l’Inde, Ministre de la Guerre, et Ministre des Affaires étrangères). Sa bibliothèque fut dispersée après sa mort – les manuscrits à la British Library, les ouvrages par la maison de ventes Leigh et Sotheby, le 14 avril 1806 (un exemplaire du Catalogue de la vente fut vendu à Drouot en 2010 – Collection de Charles Lucas : Bibliotheca Lansdowniana. A Catalogue of the Entire Library of the Late Most Noble William Marquis of Lansdowne, Londres, Leigh et Sotheby, 6 janvier 1806, 4 parties en un volume in-8).

Charles Butler, 1821 – 1910, l’un des directeurs de la Royal Insurance Company (fondée à Liverpool en 1845), ayant fait fortune devint un collectionneur d’art (il figure parmi les collectionneurs et artistes dépeints dans Private View of the Old Masters Exhibition, Royal Academy, 1888, de Henry Jamyn Brooks, 1889. Voir le descriptif des figurants sur le site de la National Portrait Gallery et les informations données lors de l’acquisition récente d’un portrait de l’école hollandaise provenant de la collection Butler). Antiquaire, numismate et bibliophile – parmi ses livres, une 1ère édition de Don Quixote en anglais (City University New York Special Collections), il a dû acquérir l’ouvrage plus tard. Sa bibliothèque a été vendue par Sotheby en mai 1911.

Il est vraisemblable que Léon Kashnor, bouquiniste, et fournisseur d’Auguste Dubois, y ait acquis un certain nombre d’ouvrages, pour les mettre en vente dans ses catalogues thématisés d’ouvrages anciens – les cartouches d’auteurs et les objets de production sur la page de couverture du catalogue illustrent ses spécialités. Le professeur Dubois n’avait plus qu’à y faire son choix.

Les thèmes abordés sont ceux choisis par le Professeur Auguste Dubois, titulaire de la chaire des doctrines économiques à l’Université de Poitiers, et proposés par le bouquiniste londonien spécialisé en histoire économique auprès de qui il se fournissait, Léon Kashnor. Parmi ces thèmes pour le dix-septième siècle on retrouve la monnaie et sa rareté, les impôts, la balance des paiements, le crédit, la toute jeune Banque d’Angleterre, le commerce, les manufactures – notamment les lainages -, la population, l’emploi, la pauvreté, les compagnies des Indes, du Levant et d’Afrique, l’agriculture, la douane, l’Irlande – qui faisait partie des possessions anglaises, des Royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, mais aussi la France et les Pays-Bas – principaux pays à la fois alliés politiques et rivaux commerciaux.

A travers ces ouvrages, on peut retracer à la fois l’évolution économique du pays – l’essor du crédit, les discussions sur l’intégration des marchés – en 1707 l’Union des deux royaumes fut actée – alors que le marché irlandais restait subordonné à celui de l’Angleterre (voir à ce propos l’exposition virtuel : http://etat-irlande.edel.univ-poitiers.fr/exposition/lirlande-dans-le-fonds-dubois/], la puissance maritime grandissante, la révolution commerciale, la division du travail, mais encore les mœurs et coutumes de l’époque en matière d’emploi, d’éducation, de la condition des femmes, et des modes de vie. Les ouvrages du Fonds Dubois présentés ici éclairent l’arrière-plan économique et sociale du changement de régime en 1688 appelé “Révolution glorieuse” par ses partisans et montre des facettes des révolutions diverses que les historiens (Pincus, Black, Harris) associent à ce titre univoque : politique, économique, politique étrangère, dans le pouvoir de l’Eglise établie.

La Glorieuse Révolution d’Angleterre, exposition virtuelle 2017

Savez-vous :

Pourquoi « Madame se meurt » (Bossuet) ;

De quoi Robinson Crusoe est l’archetype ;

Ce qui était projeté à Stratford-upon-Avon en 1677 ;

Où se situent New Harlem et New Brunswick ;

La/les langue-s que parlait le philosophe John Locke ;

La boisson favorite des anglais à la fin du 17e siècle ;

Les devenir des Huguenots après l’Edit de Nantes ;

La réputation des pirates des Caraïbes ?

 

L’exposition d’ouvrages anciens « La Glorieuse Révolution d’Angleterre », 14 février au 1er avril 2017, répondra à ces questions et à d’autres.

Hall de la Bibliothèque Droit-Lettres, Campus, Université de Poitiers.

Suivre les liens pour ouvrir chaque page:

1.Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois

2.La crise politique : le parlement, le Roi, la religion

3.Libertés et droits

4.John Locke 1632-1701

5.L’économie, Le crédit, la monnaie, la Banque d’Angleterre, Les manufactures

6.Daniel Defoe 1660-1731 et Le commerce

7.Les compagnies marchandes anglaises et Sir Josiah Child 1630-1699

8.Les conditions sociales en Angleterre au 17e siècle :La pauvreté et L’éducation

9.La France – l’ennemi ami

10.Les Pays bas – le modèle maudit?

11.Bibliographie

Le catalogue d’ouvrages en anglais du Fonds Dubois peut être consulté ici : Fonds Dubois: ouvrages en langue anglaise, traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne [PDF – 439 Ko]

L’économie britannique et le Brexit

Vient de paraître:

L’économie britannique et le Brexit, sous la direction de Susan Finding, Revue L’Observatoire de la société britannique n°24, Septembre 2019, 190 pages

Résumé

À l’aune d’une nouvelle ère de relations internationales pour le Royaume-Uni, une ère de reconfigurations politiques, sociales et économiques, sont réunis dans ce numéro des articles qui analysent l’impact sur l’économie britannique de la sortie du pays de l’Union européenne, le « Brexit ». Le présent numéro fait le point sur les débats autour de certaines questions économiques soulevées par la décision et le processus du Brexit. Les articles dans ce numéro se classent dans trois catégories principales : le Royaume-Uni dans son ensemble ; le devenir de l’économie des régions à gouvernance autonome (Écosse et Irlande du nord) ; et le secteur des finances. Les contributions font ressortir des questions fondamentales sur le plan politique et économique : la philosophie politique qui sous-tend la société britannique, la place des services et le poids de la finance dans l’économie britannique, les relations internes au Royaume entre les régions, et les relations extérieures en dehors de l’UE, en particulier avec les États-Unis.

Les contributions publiées sont le fruit d’une journée d’étude tenue à Poitiers en novembre 2018: programme Brexit

Sommaire

Gabriel Siles-Brügge, Préface / Le Brexit : incertitudes et contradictions

Susan Finding (Poitiers, MIMMOC), Introduction  / Brexit, souveraineté nationale et mondialisation

Céline Lageot (Poitiers, CECOJI), Le processus constitutionnel de sortie de l’UE du Royaume-Uni               

Emma Bell (Savoie, TRIANGLE), Brexit : Towards a neoliberal real utopia?                                                

Louise Dalingwater, (Paris3, CERVEPAS), NHS staffing shortages and the Brexit effect

Gilles Leydier (Toulon, BABEL), ‘Don’t panic but do worry’ : L’Écosse et les enjeux économiques du Brexit

Philippe Cauvet (Poitiers, MIMMOC), ‘It’s not just the economy, stupid !’ Brexit, the Good Friday Agreement and the Irish border conundrum

Nicolas Sowels (Paris1, CREC), Brexit and Financial Services : the Major Sticking Points                  

Martine Azuelos (Paris3, CERVEPAS), The London-New York Nexus in the Shadow of Brexit

Christian Aubin, Ibrahima Diouf (Poitiers, CRIEF), Les conséquences monétaires du Brexit                                                      

 

Journée d’étude sur le Brexit

La journée d’étude L’économie britannique avant et après le Brexit, programme Brexit, du vendredi 23 novembre, à la MSHS, Poitiers, organisée par les laboratoires MIMMOC (EA 3812) et le CECOJI (EA 7353) de l’Université de Poitiers avec le soutien du CRECIB (Centre de recherches en civilisation britannique)

Présentation du CRECIB

a réuni une quinzaine de chercheurs devant une assistance composé d’étudiants de l’UFR Lettres et Langues des Licences et Masters LLCER et LEA anglais et des doctorants du MIMMOC et du CECOJI.

La journée a successivement évoqué des questions internes (processus constitutionnnel, l’idéologie utopiste qui motive la décision, et l’impact sur les échanges commerciaux en matière de santé), des questions concernant la position de l’Ecosse et des Irlandes (Irlande du nord, la République d’Irlande), le commerce, la finance et les relations extérieures (la politique commerciale, la place du City de Londres et de la finance), avant de terminer sur des questions macro-économiques concernant les politiques économiques et monétaires européennes.

L’ensemble sera publié dans un numéro spécial de revue de l’Observatoire de la société britannique, qui sortira en 2019, autour de la date butoir du 29 mars 2019, date où la sortie du Royaume-Uni, avec ou sans accord, sera actée.

Ont participé à la journée :

Christian Aubin, professeur de sciences économiques, Université de Poitiers; Martine Azuelos, professeur émérite, Université de la Sorbonne Nouvelle Paris 3, directrice-fondatrice du Centre d’études sur la vie économique des pays anglo-saxons (CERVEPAS) ; Emma Bell, professeur en civilisation britannique, Université de Savoie-Chambéry;  Philippe Cauvet, maître de conférences en études anglophones, Université de Poitiers; Louise Dalingwater, maître de conférences-HDR, responsable de la licence Anglais et Culture Economique (ACE), Université de la Sorbonne Nouvelle Paris 3 ; Susan Finding, professeur en civilisation britannique, Université de Poitiers; Céline Lageot, professeur de droit comparé, Université de Poitiers; Gilles Leydier, professeur en études anglophones, Université de Toulon, Président du CRECIB; Gabriel Siles-Brügge, Directeur du Centre for the Study of Globalisation and Regionalisation à l’Université de Warwick et Parliamentary Academic Fellow auprès du Comité sur le commerce international (International Trade Committee) à la Chambre des Communes; et Nicholas Sowels, maître de conférences, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne.

Colloque international, octobre 2018, MSHS Poitiers, « Terres lointaines : compagnies, commerces, colonies (XVIIe-XVIIIe) »

« Terres lointaines : compagnies, commerces, colonies (XVIIe-XVIIIe) », Université de Poitiers (France), 10-12 octobre 2018

The Matthew, Bristol Dock (Photo : S. Finding)

Colloque international organisé par Elodie Peyrol-Kleiber (Université de Poitiers), Susan Finding (Université de Poitiers) et Bertrand Van Ruymbeke (Université Paris 8 et IUF)

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Extrait d’illustration de England’s improvement by sea and land / Andrew Yarranton — Londres : R. Everingham, T. Parkhurst et N. Simmons, 1677-1698 Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 22551

La complexité des acquisitions territoriales par l’Angleterre puis la Grande-Bretagne conduit l’historien des XVIIe et XVIIIe siècles à prendre en compte un vaste ensemble géographique. D’apparence morcelé, cet espace territorial et maritime  est néanmoins relié à la métropole par de multiples réseaux commerciaux et par conséquent humains. Ces terres lointaines restent ainsi proches et dépendantes de l’Angleterre puis de la Grande-Bretagne et en retour certains aspects du modèle anglais sont exportés dans les colonies.

Qu’il s’agisse des colonies nord-américaines, des Antilles anglaises, de l’Inde, de l’Afrique de l’Ouest ou de l’Indonésie, nombre de ces réseaux furent initiés par des compagnies marchandes, véritables instigatrices de la cohésion commerciale de l’empire. Etaient-elles cependant de réelles représentantes de l’Angleterre ? Dans quelle mesure étaient-elles liées à la colonisation ? En quoi participaient-elles au développement de ce premier  « empire » ?

Le Fonds Dubois, conservé à la bibliothèque universitaire de Poitiers, se veut le reflet d’un tel questionnement, plus particulièrement à travers le spectre d’économistes politiques incontournables tels que John Locke, Edmund Burke, Charles Davenant, Jonathan Swift, Daniel Defoe et de nombreux autres. Ces derniers s’attachèrent toujours à déterminer la place de l’empire et les bénéfices que cet empire grandissant apporterait ou avait apporté au royaume mais aussi à sa population. Des problématiques telles que l’utilité de la South Sea Company et de l’asiento dans les colonies du sud de l’Amérique et au Pacifique ou encore le questionnement qui précéda l’indépendance des Treize Colonies américaines sont présentes dans les ouvrages du Fonds Dubois.

C’est dans cette perspective que nous souhaitons explorer le phénomène de la colonisation et de la construction impériale à la lumière des trois  termes de compagnies,  de commerces et de colonies, au pluriel afin de refléter la diversité de « l’empire anglo-britannique  » aux XVIIe et XVIIIe siècles et d’en identifier les différentes interactions, qu’elles fussent commerciales bien entendu, humaines, institutionnelles  ou encore politiques. Quels rôles ont joué ces compagnies et comment cet « empire » s’est-il servi d’elles pour asseoir sa dominance sur des contrées le plus souvent lointaines ? Le commerce était-il le but premier de ces compagnies ou des stratégies politiques sous-tendaient-elles leur création et développement ?

Conférenciers confirmés : Trevor Burnard (Melbourne University) et Lou Roper (State University of New York at New Paltz)

Le programme sera diffuse prochainement.

“Terres Lointaines: companies, commerce and colonies (17th-18th centuries)”

The complexity of the territorial acquisitions of England and then Great-Britain led historians of the 17 and 18 c. to take into account a vast geographical ensemble. With a fragmented appearance, this territorial and maritime space was nevertheless linked with the metropole thanks to multiple trading networks and as a consequence, human networks. Those far-off lands thus remained close to and dependent on England then Great-Britain and in return, some aspects of the English model were exported to the colonies.

Be it North-American colonies, English West Indies, India, Latin America, Africa or Indonesia, many of those networks were initiated by trading companies, true instigators of the commercial cohesion of the empires. Yet, were they true representatives of Great Britain and the other empires? To what extent were they linked to colonisation? How did they take part in the development of this first ‘empire’?

The Fond Dubois, deposited in the university library of Poitiers, reflects such issues, more specifically through the lense of major political economists such as John Locke, Edmund Burke, Charles Davenant, Jonathan Swift, Daniel Defoe and many others. They devoted their works to determining the place of the empire and the benefits that this growing empire had brought or could bring to the kingdom, but also to the population. Issues such as the usefulness of the South Sea Company and of the asiento in the South American Colonies and in the Pacific, or the debate preceding the independence of the Thirteen Colonies are discussed in the works of the Fond Dubois.

It is in this perspective that we wish to explore the phenomenon of colonisation and the building of the Empire, in the light of three words: companies, commerce and colonies, to show the diversity of the ‘English/British’ Empire during the 17 and 18 c. and to identify its different interactions, were they commercial, human, institutional, or political. What roles did those companies play and how did this Empire use them in order to extend its rule over most often far away territories? Was trade the main objective of those companies or did political plans underlie their creation and development?

Confirmed keynote speakers: Trevor Burnard (Melbourne University) et Lou Roper (State University of New York at New Paltz)

The program will be available shortly.

2e journée d’étude Fonds Dubois

2e JOURNEE D ETUDE “Patrimoine : Fonds Dubois” du 22 novembre 2012

Compte-rendu posté sur le site dédié créé pour servir de lien au chercheurs du projet : http://dubois.hypotheses.org/

Cette deuxième journée d’étude consacrée à la valorisation du Fonds Dubois poursuit les travaux initiés lors de la première Journée d’études en date du 27 mars 2012 (voir le compte-rendu  publié sur ce site dédié).  Organisé par les laboratoires MIMMOC (EA 3812) de l’Université Poitiers et CRIHAM (EA 4….) bi-site Poitiers-Limoges, à la MSHS de Poitiers et la Bibliothèque Universitaire Droit-Lettres, la journée a de nouveau réuni des universitaires anglicistes (11e section), des historiens (22e section), des spécialistes du Service commun de documentation et de la numérisation de l’Université de Poitiers, et des collègues des Universités de Paris 8, Paris-Diderot, Metz et Manchester (Royaume-Uni) spécialistes de l’histoire des échanges commerciales et intellectuelles du Royaume-Uni, de l’Europe et des Etats-Unis des 17e et 18e siècles.

Participants : Nathalie Brémand, Responsable de la Bibliothèque Sciences Humaines et Arts, SCD, Directrice de rédaction de la BVPS, Université de Poitiers. Laurent Colantonio, MCF Histoire contemporaine, Université de Poitiers, CRIHAM (EA 4270). Susan Finding, Professeur de civilisation britannique, Directrice du MIMMOC (EA 3812), Directrice de la FE2C (FED 2447). Robert Mankin, PR, Université de Paris-Diderot, Directeur LARCA (LAboratoire de Recherche sur les Cultures Anglophones)  (EA 4214). Philippe Minard, PR, Directeur d’études EHESS, Université de Paris 8, Co-directeur du laboratoire IDHE, UMR 8533- CNRS (excusé). Eric Planchon, Ingénieur de recherche, responsable Plateforme Ressources numériques, M.S.H.S. de Poitiers. Allan Potofsky, PR, Président REDEHJA, Institut Charles V, Université de Paris-Diderot. Siobhan Talbott, Hallsworth Research Fellow in Political Economy, University of Manchester. Anne-Sophie Traineau-Durozoy, Conservateur, Responsable du Fonds ancien, SCD, Université de Poitiers. Des étudiants du Master 1 Recherche Culture et société étrangères assistèrent à la journée.

Plusieurs volets de ce projet furent évoqués pendant la journée. En premier lieu, les pistes scientifiques. Susan Finding présenta “Auguste Dubois : sources pour une biographie intellectuelle – la république des professeurs?“, un répertoire des sources trouvées pour faire un travail sur le personnage d’Auguste Dubois, son oeuvre, son travail et sa vie de professeur à la Faculté de Droit de l’Université de Poitiers au début du 20e siècle. Ces sources sont à la fois bibliographiques (IdRef SUDOC), historiques (Institut international d’histoire sociale, Amsterdam – Fonds Marcel Rivière, Fonds Kashnoor, Archives départementales – Faculté de Droit, et même le Fonds Dubois lui-même qui contient des pamphlets publiés par cette faculté), mais aussi ‘monumentale’

Maison d’Auguste Dubois, Poitiers

(la maison d’Auguste Dubois et sa tombe à Poitiers). Une biographie d’Auguste Dubois (Professeur de l’histoire des doctrines économiques à la Faculté de Droit de Poitiers au tout début du 20e siècle) et un travail sur la composition de sa collection (acquisition personnelle -parfois à l’étranger- d’ouvrages rares) éclaireront l’histoire intellectuelle, l’histoire des livres, l’histoire de l’université, mais aussi, l’enseignement de l’histoire économique en France.

Pour finir, Susan Finding a rappelé l’analyse faite par Steven Pincus, Bradford Durfee Professor of History, à l’Université de Yale, lors de sa présentation en mars dernier concernant la spécificité du Fonds en la comparant à la collection Goldsmiths-Kress qui l’a amené à conclure : “The Fonds DuBois is a phenomenally wide-ranging collection of political economic pamphlets for the eighteenth century. (…)The Fonds Dubois collection provides us with a remarkably strong selection of the output of the major political economic writers of the eighteenth century.”

Dr. Siobhan Talbott, Hallsworth Research Fellow in Political Economy, University of Manchester, chercheuse invitée financée par le laboratoire MIMMOC et la Région Poitou-Charentes au 2e semestre 2012-2013, présenta ensuite les objectifs de son projet de recherche et l’intérêt du Fonds Dubois pour ses recherches et pour la communauté scientifique en général.

Ses recherches sur le commerce extérieur britannique ont souligné des aspects des positions relatives nationale et internationale des nations britanniques qui sont en contradiction avec la dynamique que les chercheurs ont cru existaient normalement. L’union des royaumes en 1603, et celle des parlements anglais et écossais en 1707, sont considérées comme un indicateur de la supériorité économique et politique naturelle de l’Angleterre, alors que ‘une politique étrangère indépendante a disparu de l’autre côté de la frontière sous Jacques 1er après l’union des couronnes.’  Les historiens de la Grande Bretagne et de l’Europe moderne continuent à travailler avec cette idée, mettant en avant la prééminence de l’Angleterre sans vérifier les hypothèses sur lesquelles cette vision est basée. De plus, de telles investigations ont tendance à décrire l’histoire ‘anglaise’ plutôt que l’histoire britannique que J. G. A. Pocock, entre autres, encourage. Son travail cependant a suggéré que l’Écosse et l’Irlande ont maintenu des politiques économiques étrangères indépendantes et ont participé de façon autonome dans des conflits internationaux tels que la guerre de la Ligue d’Augsbourg (guerre de Neuf Ans) et la guerre de la Succession d’Espagne, ce qui soulève des interrogations concernant le positionnement relatif de l’Angleterre, de l’Écosse, de l’Irlande sur la scène internationale.

Ce projet est conçu pour répondre à ces questions et comporte une analyse détaillée des alignements et associations internationales que les trois nations britanniques entretenaient, ainsi qu’un examen de la place relative de chacune dans l’économie et le pouvoir commercial des nations britanniques à l’étranger – en particulier avec la France, mais aussi avec l’Europe et le monde transatlantique – à l’époque moderne.  Ce projet est soutenu par le financement de d’un contrat de recherche de trois ans, la Hallsworth Research Fellowship in Political Economy (University of Manchester, 2012-2015), pendant lesquels elle mènera des travaux  au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis.

Pendant les trois mois de chercheuse invitée à Poitiers, elle a l’intention d’utiliser le Fonds Dubois, dont le contenu est une mine pour ce projet de recherche. Quelques exemples sont les documents 374/1-14 sur le commerce étranger britannique, en particulier avec la France, à la fin de la guerre de Succession d’Espagne: les documents 435/1-2 and 1761/1-3 sur le commerce maritime des années 1750; documents 1705/2, 1708/1, and 1827-8, sur l’émergence d’une aristocratie dans les affaires en France, et des documents de la chambre de commerce et d’industrie, Rouen (1859/1-2). Les édits royaux, les actes du conseil d’état, en particulier ceux qui gèrent le commerce au début du dix-huitième siècle (collection 3253) sont d’un intérêt certain, ainsi que les oeuvres de Samuel Gale (1981/1-4), Daniel Defoe (2053/1-4), Christopher Robinson (2397/1-4) et William Knox (2489/1-2), dont certains n’existent que dans ce fonds. Cette liste est loin d’être exhaustive et ne constitue que des exemples des ressources dont l’Université de Poitiers est le dépositaire et qu’elle utilisera pendant son séjour au printemps 2013.

Le travail qu’elle mènera contribuera à des publications dans des revues internationales de renom. Une étude pilote a déjà été publié dans Historical Research (2012) et été lauréat du Prix Pollard 2011 attribué par la Institute of Historical Research (Université de Londres) et l’éditeur universitaire Wiley-Blackwell.L’éditeur Pickering et Chatto publiera une étude intitulé Conflict, Commerce and Franco-Scottish Relations, 1560-1713.  Ce séjour permettra également d’augmenter considérablement le travail déjà entrepris pour la création de la base de données qu’elle a initié : British Commercial Agents: a biographical database, 1560-1720, (Les agents commerciaux britanniques: base de données biographique, 1560-1720), qui sera publié en ligne pour l’utilisation par les chercheurs et le grand public.  Elle contribuera enfin pendant ce séjour de trois mois à l’identification des priorités pour la numérisation du Fonds Dubois, et en collaboration avec les universitaires engagés dans ce projet, et aidera au développement d’un réseau international de chercheurs dans ce domaine autour de ce fonds.

En fin de matinée, au 2e étage de la Bibliothèque Droit-Lettres, la présentation du Fonds Dubois et d’un certain nombre d’ouvrages de la section concernant les ouvrages en anglais ou publiés au Royaume-Uni, par Mme Traineau-Durozoy, Conservateur, responsable du Fonds ancien du Service commun de documentation (SCD) de l’Université de Poitiers, fut l’occasion de comprendre la richesse de ce Fonds. Mme Traineau-Durozoy présenta également l’histoire du catalogage du Fonds. Ce sont les conservateurs et bibliothécaires qui en dressant les inventaires ont les premiers souligné les richesses du Fonds.

Mais la partie la plus riche de cet ensemble date des 18e et 19e siècles, avec un éclairage sensiblement différent, le 18e beaucoup plus économique et politique (commerce des blés, assignats, Compagnie des Indes, physiocratie…), le 19e davantage centré sur les courants socialistes et utopiques (saint-simoniens, fouriéristes, l’Icarie de Cabet, Proudhon, aussi bien que Robert Owen…).

Des ensembles particuliers méritent d’être signalés :

‑ les romans utopiques et voyages imaginaires  (la collection complète des Voyages ima­ginaire, songe, visions et romans cabalistiques publiée par Charles Georges Thomas Garnier, mais aussi trois Thomas More, les Sévarambes de Veiras, les Galligènes de Tiphaigne de la Roche, Jacques Sadeur de Foigny, les Isles fortunées de Moutonnet de Clairfons, le Prince de Montberaud de Lesconvel, le Jacques Massé de Tyssot de Patot…).

‑ la collection de pamphlets en langue anglaise, soit environ 400 pièces sur l’Irlande, la politique, la banque, le commerce international, la South Sea Company, signés par (ou attribués à) William Petty, Davenant, Swift, Drapier, De Foe…

Jean-Paul Bonnet, Le catalogue des brochures du Fonds Dubois de la Bibliothèque universitaire de Poitiers, 2000.

Les différents outils disponibles pour consulter le Fonds sont les suivants:

-Catalogue en ligne Université de Poitiers – SCD – Fonds ancien

-Inventaire et index (auteur, thèmes) des 3089 brochures (J-P. Bonnet, 2000).

-Catalogue, (Nathalie Rollet, mars 2001).

-Liste des périodiques et brochures : les socialismes utopiques.

-Ouvrages en langue anglaise traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne 16e-19e siècles (avril 2008).

-Tableaux Excel chronologiques :

-Fonds Dubois  – anglais

-Fonds Dubois – français.

Pour finir Mme. Traineau-Durozoy a présenté la liste des Acquisitions faites par le SCD avec les crédits Région Poitou-Charentes / MIMMOC sur les domaines “Economie, politique et société aux 17e et 18e s. dans les îles britanniques” pour servir d’usuels aux chercheurs venant travailler sur le Fonds.

En début d’après-midi, une visite à la plateforme des ressources numérique de la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société permit aux chercheurs de se rendre compte des importants moyens techniques à disposition, notamment la dernière acquisition permettant de numériser en A0, en cours d’installation, présentée par Eric Planchon, Ingénieur d’études, responsable de ce service.

Mme Nathalie Bremand présenta la Bibliothèque virtuelle Premiers socialismes (BVPS) par mis en ligne sur le site de la SCD de l’Université, ce qui donna l’occasion à la réunion de poser des questions sur la conception du site, sur les choix opérés et des conseils sur le site projeté dans le cadre de ce projet.

Une discussion s’ensuit sur les priorités et les méthodes de travail. L’importance du travail de valorisation sans équipe dédiée paraît redoutable. Il faut continuer de chercher à faire connaître le Fonds par nos propres réseaux. Les professeurs présents envisagent d’envoyer des étudiants de Master et des doctorants utiliser le Fonds pour leurs travaux. Le travail individuel de chercheurs comme Steven Pincus et Siobhan Talbott, ne fera qu’accroître l’utilisation et la renommée du Fonds, permettant ainsi au projet de numérisation et de création d’une bibliothèque virtuelle de recevoir des appuis, voire à des projets scientifiques (ANR, GDR – cf le GDR 2136 France – Îles britanniques) thématiques autour du Fonds d’émerger.

Lors de la première journée d’étude, des actions avaient été projetées. Certains n’ont pas encore pu être initiées. Un certain nombre ont été déjà été effectuées :

1) prise de contacts : -avec le PRI Iles britanniques de l’EHESS, le Projet pluridisciplinaire Paris Diderot “Littérature pratique et l’imagination des savoirs”;

-Digital Humanities Congress 2012, University of Sheffield, 6th – 8th September 2012 – Susan Finding a assisté au congrès et contacté un certain nombre de participants dont des responsables de http://www.connectedhistories.org, de l’Institute of Historical Research, Londres).

2) création du carnet de recherche du réseau : dorénavant en opération dubois.hypothèse.org. Les membres du réseau sont invité à partager des informations via ce carnet en s’adressant à Susan Finding (Université de Poitiers).

3) solliciter l’intégration dans l’axe Patrimoine et Territoires (Patrimoine du passé) du CPER 2007-2013 Axe B : “Savoir, Sociétés, Images” puisque le projet émergeant correspond aux projets déjà établis Constitutions et circulation des savoirs. Le CPER en fin de parcours n’a pu accéder à la demande. Mais nous espérons pouvoir faire partie du prochain.

4) Susan Finding a soumis le projet de valorisation du Fonds à la MSHS comme projet à intégrer à l’axe 3 de la MSHS de Poitiers”Culture et patrimoine” avec le titre Fonds Dubois, les mots-clés : savoirs, circulations, collections, patrimoine intellectuel, humanités numériques, où les objectifs sont ainsi décrits :

la valorisation du Fonds Dubois (et accessoirement du Fonds ancien) en trois volets, la préservation, la communication et l’exploitation scientifique de l’ensemble.                              Les moyens : 1) répertorier les ouvrages spécifiques, créer une banque d’informations sur les éditions détenues à Poitiers ; 2) création d’une bibliothèque virtuelle (à l’instar de la Bibliothèque virtuelle des premiers socialismes et de la Bibliothèque virtuelle sur les Coutumiers du Centre-Ouest (dans le droit fil de l’idée de création d’un Portail BNF régional piloté par le SCD et de portails internationaux spécialisés 17e-18e siècles) ; 3) soutien et animation de projets de recherche autour du Fonds.

Cet axe, en cours d’élaboration (pour lequel Susan Finding, à la demande des deux porteurs du projet, est responsable du sous-axe “Monde de savoirs”) sera également la base des négociations autour du prochain CPER de l’Université de Poitiers.

La prochaine JE aura lieu en juin 2013 et réunira les deux chercheurs invités internationaux Steven Pincus et Siobhan Talbott, ainsi que les enseignants-chercheurs membres du réseau. La date précise sera annoncée ultérieurement.

Le prochain appel pour des candidatures de chercheur invité financés (voyage et frais de séjour) pour des périodes allant de 1 à 2 mois, ou de 3 à 6 mois (full professor/ post-doc) sera bientôt émis. N’hésitez pas à encourager des candidatures. Informations sur la page Research grants du carnet de recherche dubois.hypotheses.org.

Poitiers, le 29 novembre 2012, SF.