Compte-rendu de mission de recherche Université de Cambridge du 10 mai au 10 août 2021

Le Service « Enseignement supérieur, recherche et innovation » de l’Ambassade de France au Royaume-Uni offre chaque année la possibilité à des chercheurs confirmés établis en France de séjourner au Churchill College à Cambridge pour une durée allant de 3 à 10 mois, afin d’effectuer une activité de recherche dans toutes les disciplines.

Les chercheurs retenus participent à toutes les activités du Churchill College en tant que French Government Fellows, soit comme By-Fellows, soit comme Overseas Fellows, selon leur niveau académique ainsi que la durée de leur séjour.

Malgré le biais sciences dures du College (voulu dès son origine à la fin des années 1950), des candidats venant des ‘humanités’ sont les bienvenus et la parité est une priorité. Le projet de recherche soumis m’a valu l’honneur d’être un des trois lauréats pour l’année 2020-2021 et nommée Overseas Fellow.

Je remercie à ce titre le Ministère des Affaires étrangères (les offres sont à chercher sur le site diplomatie.gouv.fr et auprès des Ambassades – Londres, Washington, Berlin etc.) et l’Ambassade de France à Londres, et tout particulièrement, M. Eric Tabuteau, attaché de coopération scientifique et universitaire au service enseignement supérieur, recherche et innovation, pendant mon séjour.

Le projet prévoyait d’utiliser la proximité des collections d’archives des Colleges de Cambridge (Churchill, King’s, Trinity, St John’s) et de l’Université de Londres pour compléter les informations sur l’un, voire deux, des collectionneurs de livres rare d’histoire économique, contemporains d’Auguste Dubois, professeur à Poitiers, et de commencer la rédaction d’un ouvrage consacré à l’histoire collective de ces collectionneurs.

Malgré le séjour écourté (réduit de six à trois mois par les aléas de la pandémie et des interdictions de voyage), la mission de recherche a été productive. La rédaction, qui a été retardée par le report de la consultation des archives, est en cours.

  • Accueil et organisation du séjour

La bourse attribuée par l’Ambassade couvre le logement, dans un appartement F3 avec cour intérieur, au Churchill College, vaste ‘campus’ d’une cinquantaine d’hectares, à 20m à pied du centre-ville, l’un des 31 Colleges, résidences, mais aussi communautés d’enseignants-chercheurs, de l’Université de Cambridge.

Photo : https://www.e-architect.com/cambridge/churchill-college-cambridge

Les appariteurs (Porters) sont aux petits soins, 24/24, et les contacts avec les services administratifs – malheureusement seulement par mail pour cause de travail à distance – sont à la fois cordiaux et efficaces.

Pour un Fellow pendant la période du séjour, tous les repas sont gratuits – aussi bien au restaurant universitaire ou au Senior Common Room, que pour les dîners formels, servis soit dans la salle à manger des professeurs soit dans le réfectoire. Une fois nommé Fellow, on le reste à vie – avec le droit de bénéficier chaque année de quatre nuitées dans les chambres réservées aux invités et de six dîners formels (Dining Rights) et la possibilité d’y convier des invités.

N’étant arrivée que début mai, après mon 2e vaccin, obtenu non sans peine, dès fin avril, j’ai dû néanmoins, selon les règles en vigueur à ce moment-là effectuer dix jours d’isolement, et deux tests PCR négatifs avant d’être ‘libérée’. Cela dit, le pays commençait tout juste à se ‘déconfiner’ permettant l’ouverture des cafés et pubs pour un service en extérieur (avec App code QCR de fréquentation des lieux).

Le campus semblait vide, mais on m’a assuré que la plupart des étudiants (les 1ères années sont tous logées dans les résidences universitaires) étaient revenus, mais sous consignes strictes en constituant des ‘bulles’ entre colocataires des mêmes couloirs. A partir du mois de juin, les consignes devenues moins strictes et les beaux jours ont permis des activités et des rassemblements de plein air.

Les deux premières semaines furent donc consacrées principalement à prendre des contacts, organiser des rendez-vous, demander la réservation de tables dans les centres d’archives et les bibliothèques – un casse-tête, car tous n’étaient pas ouverts, les créneaux étaient réduits, et certaines semaines étaient déjà combles.

J’ai réussi néanmoins, et ce pendant les jours qui ont immédiatement suivi ma sortie de ‘quarantaine’, à rencontrer en ville (car les Colleges n’admettaient pas de ‘visiteurs’), deux personnes qui ont été essentielles par la suite, deux Bibliothécaires/Conservateurs de Fonds importants – Peter Jones et Karen Attar, et à prendre contact avec plusieurs autres, tout en utilisant les ressources en ligne que les archivistes pouvaient m’indiquer.

Photo : King’s Parade. S. Finding

Ont été ainsi organisées des semaines de travail, d’abord à Cambridge, chaque semaine dans le Fonds de l’un des Colleges, puis à Londres au Fonds de l’Université de Londres, et à Oxford, ainsi que dans deux demeures historiques, Stowe et Burghley, pour suivre des pistes qui étaient en attente depuis mes précédents séjours de recherche, dans les archives de la International Institute of Social History à Amsterdam et à la Huntington Library, California.

 

  • Manifestations scientifiques

Pendant les mois de mai et juin, j’ai participé aux manifestations suivantes, pour la plupart en ligne.

  • History of Libraries Research Seminar (@HistLibraries), University of London. Sponsored by @IES_London, @ihr_history, @CILIP_lihg et organisé par Giles Mandelbrote (Lambeth Palace Library); Dr. Keith A. Manley (National Trust); Dr. Raphaële Mouren (Warburg Institute); Professor Isabel Rivers (Queen Mary).

Le 1er Juin, James N. Green (Librarian, Library Company of Philadelphia) a animé la séance sur le sujet de: `Memory, Reason, Imagination: Subject Classification in the 1789 Catalogue of the Library Company of Philadelphia’.

  • Le GIS ‘Book and Print Initiative’, de la Warburg Institute, School of Advanced Studies, University of London (https://warburg.sas.ac.uk/book-and-print-initiative) m’a accueillie pour la présentation faite, le 20 mai, par Laura Cleaver, Senior Lecturer in Manuscript Studies, sur la vente de manuscrits médiévaux anglais à des collectionneurs américains au début du XXe siècle.
  • Lucy Panesar, University of the Arts, Londres, m’a invitée à participer à l’atelier-rencontre en ligne qu’elle animait le 19 mai, https://festivalofempire.myblog.arts.ac.uk/2021/06/04/19-may-roundtable-video/, et de participer activement en proposant une contribution pour le projet autour du Crystal Palace, parc au sud de Londres, où fut hébergé le 1911 Festival of Empire pour le projet de commémoration (https://festivalofempire.myblog.arts.ac.uk/).
  • Et à la demande d’Anny King, Fellow à Churchill et rédactrice en chef du Churchill Review (à paraître), j’ai rédigé un compte-rendu de la conversation entre le principal (Master) du College, Professor Dame Athene Donald, et Chi Onwurah, député travailliste, chargé du portefeuille Numérique, Sciences et Technologie sur les bancs de l’opposition, ,: https://www.chu.cam.ac.uk/about/events/conversations/chi-onwurah-mp/ .
  • Archives consultées :

Dans divers endroits, tous plus beaux les uns que les autres, j’ai pu obtenir de précieux indices et des informations inédites sur les cinq personnes et leurs collections qui forment l’objet de mes recherches.

Kashnor – archives familiales privées – grâce à des recherches généalogiques, j’ai pu rentrer en contact avec des membres de la famille du bouquiniste spécialisé à Londres, fournisseur des trois-quarts d’ouvrages en anglais assemblés par Auguste Dubois, faisant partie des fournisseurs également utilisés par les collectionneurs britanniques et américains qui ont constitué ce corpus spécifique. J’ai pu également visiter la rue, Museum Street, tout près du British Museum, où se tenait son magasin, dans l’un des quartiers renommés pour ce genre de commerce au début du XXe siècle.

Je remercie tout particulièrement Mary Melnyk, petite-fille de Leon Kashnor, pour son accueil enthousiaste et chaleureux, le partage de ses souvenirs, les manuscrits qu’elle m’a permis de consulter et l’accès aux autres membres ayant quelques bribes d’information.

Ces contacts m’ont également permis de solliciter un bouquiniste américain, ami de la famille, qui s’est montré très intéressé par le projet : Rusty Mott of Howard S. Mott, Inc. Rare Books & Manuscripts, Sheffield, MA. (Est. 1936).

Je regrette seulement de n’avoir appris son existence que maintenant, car son établissement se trouve à moins d’une heure de route de New Haven, où j’ai séjourné trois mois en 2014, pour explorer le Fonds d’un des collectionneurs, déposé à la bibliothèque Beinecke, à Yale.  Il m’assure avoir encore du stock du fonds de la boutique de livres rares et anciens que se parents avaient été autorisés à acquérir par les enfants de Kashnor à partir des années 1960.

Au cours de mes recherches je me suis rendue à :

King’s College Archives, Cambridge, les archives de John Maynard Keynes, collègue et ami de H.S. Foxwell, et collectionneur lui aussi d’ouvrages anciens – mais pas d’ouvrages économiques !

Photo : S. Finding

 

Marshall Library, University of Cambridge. Marshall Library Special Collections

St. John’s College Library, Cambridge.

Papers of Sir Joseph Larmor GB 275, The Eagle (magazine du College, dont Foxwell a été naguère directeur)

Photo : S. Finding

 

 

 

Trinity College (Wren) Library, Cambridge, Papers of Piero Sraffa 1905-1983

Photo S. Finding

 

J’ai également utilisé les fonds de la bibliothèque centrale de l’Université de Cambridge, bibliothèque de dépôt légal, pour compléter des lectures de périodiques et d’ouvrages.

Et, bien sûr, j’ai profité du Churchill Archives Centre, qui fait partie du  College, qui contient, comme son nom l’indique, non seulement les archives de Winston Churchill, mais de deux autres premiers ministres britanniques : Margaret Thatcher et John Major, ainsi que la collection British Diplomatic Oral History, la collection Mitrokhin (archiviste du KGB exfiltré en 1992) et tant d’autres.

 

 

Et, à Londres, dans le quartier de Bloomsbury, j’ai utilisé les archives de la Senate House Library, University of London – Herbert Somerton Foxwell Papers.

Photo : S. Finding

 

 

et de la SOAS (School of Oriental and African Studies) National Research Library, University of London, Special Collections – Papers of Sir Charles Stewart Addis

  • Rencontres et contacts:

J’ai déjà mentionné Peter Jones, Fellow Librarian, King’s College Library, et Karen Attar, Curator of Rare Books and University Art at Senate House Library, University of London, qui m’ont tous deux reçue avec intérêt, ont partagé des informations et donné des conseils et des contacts qui m’ont beaucoup aidé par la suite.Un tiroir de classement d’origine appartenant à H. S. Foxwell avec son contenu tel quel. Senate House Library. Photo : S. Finding

-Une collaboration avec Karen Attar s’ensuit avec échange de brouillons d’un chapitre/article à propos d’un des collectionneurs, et discussions autour d’un café sur le sujet. Suite à quoi, j’ai été invitée à participer à un blog de l’Université de Londres : Talking Humanities, School of Advanced Study (https://talkinghumanities.blogs.sas.ac.uk/ – un post récent évoque l’ouvrage de Gustave de Beaumont, L’Irlande sociale, politique et religieuse (1838)-  à propos de l’utilité de certaines archives – en l’occurrence des reçus d’achat de livres et de relieurs se trouvant dans les archives d’un des collectionneurs – pour l’étude de l’histoire du livre.

Parmi ceux et celles avec qui j’ai eu des échanges à propos de ce projet, soit de vive voix, soit par mails interposés, je remercie tout particulièrement les collègues suivants pour leurs éclairages et discussions stimulantes :

-Prof. Eugenio Biagini, Fellow of Sydney Sussex College, Cambridge, qui a accepté d’être mon ‘garant’ pour le projet et de me procurer la lettre d’invitation ;

-Prof. Mark Goldie, FRHistS, Emeritus Fellow de Churchill College, que j’ai également rencontré, aurait pu le faire aussi. Nous fûmes étudiants d’histoire à Sussex à la même époque et avons des connaissances en commun ;

-Professor James Raven, FBA, Fellow of Magdalene College, President of the Bibliographical Society 2020-2022, coordinateur du Cambridge Project for the Book Trust, qui m’a proposé de faire une communication devant ce groupe à l’avenir ;

-Giles Mandelbrote, Librarian and Archivist, Lambeth Palace Library;

-Professor Giancarlo de Vivo, de l’Université de Naples, avec qui j’ai échangé sur mon projet et ses travaux sur un autre économiste de Cambridge collectionneur de livres ancien, Piero Sraffa, qui a connu H. S. Foxwell, A. Marshall, et J.M. Keynes.

J’ai également pu visiter deux demeures splendides, fin juin, puis fin juillet, dont les bibliothèques sont pour l’une intacte et in situ, à l’ancienne, Burghley House dans le Cambridgeshire, magnifique demeure élisabéthaine, regorgeant de meubles, de toiles de maîtres et d’ouvrages anciens ;                  

 

et l’autre, Stowe House, dans le Buckinghamshire, superbe résidence ayant appartenu à des acteurs politiques importants au XVIIIe siècle (les Grenville), dont la bibliothèque et les archives furent vendues, au début du XXe siècle, – et sont certainement passées entre les mains des bouquinistes et des collectionneurs qui nous intéressent.          

Photos : S. Finding

-La visite de Stowe m’a permis d’entrer en contact avec plusieurs personnes supplémentaires :  Anna McEvoy & Susy Pullen, de la Stowe House Preservation Trust ; Jeremy Howard, Buckingham University, ancien commissaire-priseur, historien de l’art et de collections et, Vanessa Wilkie, à la Huntington Organisation (Californie), où j’avais pu consulter les fonds en 2017, mais sans savoir que j’allais encore y avoir recours pour des informations concernant le projet en cours.

L’aide des archivistes, conservateurs et bibliothécaires pour les nombreux documents et livres que je souhaitais utiliser a été précieuse. Mes remerciements vont donc tout particulièrement à:

Alea Baker, Senate House Library Special Collections ; Dr. Patricia McGuire, King’s College Cambridge Archive Centre; Jonathan Smith, Archivist, and Steven Archer, Sub-Librarian, Trinity College Cambridge; Agnieszka Drabek-Prime & Nicola Hudson, Rare Books Superintendents, and David Chapman, of the Reference Department, Cambridge University Library; Dominique Akhoun-Schwarb, Curator of Rare Books and Manuscripts, Special Collections, SOAS National Research Library; et Emma Quinlan, Assistant Librarian (Archives), Nuffield College, Oxford.

Enfin, je dois remercier ceux sans qui tout ceci n’aurait pas été possible, les collègues de Churchill College, en particulier :Professor Dame Athene Donald, DBE, FRS, Master; Prof. Andrew J. Webber, FBA, Vice-Master; Allen Packwood, FRHistS, Director, & Madelin Evans, Archivist, Churchill Archives Centre; Dr Christophe Gagne, Teaching Fellow in French et Helen Johnson, Fellowship Secretary;

et les nombreux collègues et étudiants, toutes disciplines confondues, rencontrés lors des dîners formels qui ont eu à cœur de s’intéresser à ma présence parmi eux, et pour certains de m’inclure dans des activités hors des murs : cérémonie de remise de diplômes, pique-niques, et excursion sur la rivière Cam, jusqu’ à Grantchester, village bucolique, célébré par le poète Rupert Brooke. Ce sont :

Professor Christopher Tout, Dr Alison Ming, Mr Graeme Morgan, Professor Ross Anderson & Shireen Anderson, Professor Peter Landrock & Marianne Landrock, Professor Marcus Kraft, Ms Anny King, Dr Franck Courbon, Dr Ewan Campbell, Rachel Stott, Dr Christopher Hicks, Professor Archie Howie, Professor David Newbery, Dr Graham Dixon & Mrs Rose Dixon, Professor Alison Finch, Dr Liz Soilleux, Dr Paul Russell, Professor Sir Mike Gregory, Professor Douglas Gough, Mrs Natasha Squire.

La page web de Churchill College donne un aperçu de l’environnement intellectuel riche et stimulant créé lors de ces rencontres.

J’ajouterai que les pubs de la ville ont leur propre histoire également très riche. Ce fut à The Eagle que l’ADN a été ‘découvert’, et The Pickerell Inn où C.S.Lewis et J.R.Tolkein, avaient leurs habitudes et s’installaient pour écrire.

 

  • Rédaction entamée

Je reviens le disque-dur plein de notes et de photos, prises dans les archives et bibliothèques que j’ai pu fréquenter, qui sont à présent à exploiter.

La rédaction d’une monographie est néanmoins déjà en voie – les échanges avec les collègues ayant créé le besoin de partager avec eux la partie du projet qui les intéressait – ainsi, l’introduction et deux chapitres sont quasiment terminés, un autre en cours de finition.

Le titre de l’ouvrage et la table des matières, provisoires, sont les suivants :

A Wealth of Rare Books. Collectors and Collections of Political Economy: Academics, Bibliophiles & Antiquarian Bookdealers, 1880-1940, France, Britain and the United States

  1. Introduction
  2. Auguste Dubois and the ‘république des professeurs’.
  3. A wealth of sources: the old book market
  4. ‘The smartest bookseller in London’: Leon Kashnor
  5. Mining for rare books: Henry R. Wagner:
  6. Fellow bibliographer Herbert S. Foxwell
  7. Transatlantic connexions: Edwin R. A. Seligman
  8. Conclusion

 

 

Gendered Employment Policies: European Social Models and Gendered Employment

Vient de paraître : « Gendered Employment Policies: European Social Models and Gendered Employment Today » dans Working Women, 1800-2017: A Never-Ending (R)Evolution, ouvrage dirigé par Martine Stirling and Delphine Sangu, chez Cambridge Scholars Publishing, Newcastle upon Tyne, 2021, pp.25-36.

This paper continues work previously done on gendered employment, particularly with respect to the public services and in particular the education, health, and care sectors in European countries (United Kingdom, France, Italy, Denmark and Norway).[1] It explores whether the welfare typology noted within Europe influences gendered employment and looks at how gendered employment policies initiated within the European social policy framework have affected that. Based on statistical evidence from various European and governmental agencies, the discussion looks in particular at the United Kingdom and its place in the welfare model typology in view of the gendered employment policies which were initiated from the turn of the 21st century.

[1] Susan Finding, Anémone Kober-Smith, (ed.) Politiques familiales et politiques d’emploi «genrées» au Royaume-Uni et en Europe, Observatoire de la société britannique, 14, 2013.

 

Collectionneurs de livres rares d’histoire économique, contemporains d’Auguste Dubois et leurs collections

Billet publié sur le site consacré au

Fonds Dubois / Dubois Collection

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle la vente de bibliothèques privées anciennes réunies par des gentilshommes britanniques a permis aux collectionneurs connaisseurs, érudits ou amateurs, d’acquérir des oeuvres rares d’histoire économique auprès des libraires spécialisés dans le marché du livre ancien ayant pignon sur rue à Londres.

Les recherches menées autour des livres rares d’histoire économique de langue anglaise dans le Fonds Dubois ont mis à jour un réseau restreint de cinq collectionneurs de raretés dans ce domaine à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle : Auguste Dubois, Herbert Somerton Foxwell, E.R.A. Seligman, Henry Raup Wagner et Leon Kashnor.

Le corpus collectif réuni par ces cinq collectionneurs éminents actifs pendant la période 1880 à 1930 constitue les plus grandes collections d’oeuvres dans le domaine de l’histoire des débuts de la science économique en dehors des bibliothèques de dépot légal ou des bibliothèques nationales telles que la British Library et la National Library of Australia.

Ces cinq collectionneurs comprennent un Français, deux Anglais et deux Américains. Trois d’entre eux furent professeurs d’économie :  Auguste Dubois (1866-1935) à l’Université de Poitiers ; Edwin Seligman (1861-1939) à l’Université de Columbia (New York)  ; et Henry S. Foxwell (1849-1936) à l’Université de Cambridge, puis professeur à l’Université de Londres. Ces trois hommes ont tous contribué à l’émergence de leur discipline, fondé des associations et des périodiques pour promouvoir l’étude de l’économie, et, réuni et préservé ce corpus ancien, à l’époque mal estimé.

 

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Brexit, souveraineté nationale et mondialisation

Il y a un an, nous annoncions la sortie d’un numéro de l’Observatoire de la société britannique consacré à la question de l’Economie britannique et le Brexit.

concept créateur d'illustration de brexit, ballon volant avec l'ue de l'union européenne et le drapeau britannique du royaume-uni sur le fond blanc. - brexit photos et images de collection

La finalité de la décision acquise depuis quelques semaines, la mise en ligne du numéro de décembre 2019, et la sortie du numéro de décembre 2020 de la revue, dédié à nouveau à la question, BREXIT AND ITS DISCONTENTS/ LE BREXIT, UN MALAISE SANS FIN ? sous la direction de Margaret Gillespie, Philippe Laplace & Michel Savaric, nous incite à republier l’introduction du numéro rédigé il y a douze mois.

Brexit, souveraineté nationale et mondialisation, Susan Finding, Observatoire de la société britannique, 24 | 2019 : L’économie britannique et le Brexit, p. 15-28  https://doi.org/10.4000/osb.3146

Depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne en janvier 1973, un certain nombre de britanniques n’ont cessé de penser que l’entrée dans la CEE a eu un impact négatif sur l’économie du pays. Le passage au système métrique, décidé dès 1965, n’a fait que renforcer l’idée que l’économie de la première nation industrielle, son système impérial de poids et de mesures, tous deux séculaires, sont menacés par cette participation. Dans l’esprit de nombreux britanniques la décimalisation de la monnaie, à partir de février 1971, a contribué à la vision négative de l’impact, notamment sur la flambée des prix1. La demande – il y a quarante ans – d’une renégociation de la contribution britannique au budget européen par le nouveau Premier ministre, Margaret Thatcher, et ses déclarations péremptoires concernant le déficit démocratique des institutions européennes, reflétaient et entretiennent encore ce sentiment. En 2016, la contribution budgétaire britannique à l’Union européenne a été utilisée comme l’un des principaux arguments de la campagne en faveur du Brexit, ses partisans prétendant que les 350 millions de livres sterling hebdomadaires versés à l’UE – chiffre contesté – seraient consacrés au système public de santé (NHS), institution emblématique du système social britannique. Si l’entrée du Royaume-Uni dans l’union douanière, puis dans l’union politique et sociale, a posé problème aux britanniques, sa sortie, près de cinquante ans plus tard, ne pose pas moins de questions, notamment à propos son impact sur l’économie.

  • 2 Timothy Whitton (dir.), Le Royaume-Uni de Theresa May, Observatoire de la société britannique, 21, (…)
  • 3 Les coordinateurs de ce numéro adressent leurs remerciements aux laboratoires MIMMOC (EA 3812) et C (…)

Après un numéro de l’Observatoire de la société britannique consacré aux défis auxquels Theresa May devait faire face en accédant à la tête de l’exécutif en juin 2016, et deux numéros de la Revue française de civilisation britanniques sur le référendum de juin 2016 et les élections législatives de 20172, élections dont le Premier ministre espérait qu’elles lui donneraient une plus grande majorité et les coudées franches – mais qui en réalité ont produit un parlement sans majorité, incapable de dégager un consensus sur la difficile négociation des conditions du départ –, le numéro présent se penche sur l’économie britannique avant et après le Brexit et sur certaines questions épineuses qui se sont posées depuis le 23 juin 20163. L’éventuel impact de la sortie de l’UE sur l’économie britannique a peu joué dans la décision les électeurs de voter en faveur du Brexit, si ce n’est la fameuse contribution du Royaume-Uni à l’Union européenne, largement utilisée par les partisans du départ. Le gouvernement ne semble pas davantage avoir mesuré les conséquences économiques en déclenchant l’Article 50.­­­ Il semble toutefois que les conséquences économiques de cette décision politique soient multiples et profondes.

  • 4 Les auteurs des articles dans ce numéro se trouvent dans la même position – bien moins grave certes (…)

À l’aune d’une nouvelle ère de relations internationales pour la Grande-Bretagne, une ère de reconfigurations politiques, sociales et économiques, sont réunis dans ce numéro des articles qui analysent l’impact du « Brexit ». Depuis le résultat-surprise du référendum de juin 2016, une épée de Damoclès est suspendue au-dessus du Royaume-Uni. Les articles ont été rédigés pendant l’hiver 2018-2019, et révisés entre le moment où le parlement britannique a rejeté l’accord négocié entre le gouvernement britannique et l’Union européenne, le 15 janvier 2019, et la fin du délai imposé par l’activation de l’Article 50 par le Premier ministre, initialement le 29 mars 2019 (‘B-Day’). Ce délai se prolonge, prorogé jusqu’au 12 avril à cause de l’impasse à Westminster, et de nouveau, début avril, jusqu’au 30 octobre 2019. Ne souhaitant pas attendre le dénouement de la crise politique, constitutionnelle et existentielle que le résultat du referendum a déclenchée4, — ces lignes ont été rédigées en mars 2019, avant les atermoiements du départ de Theresa May et le choix de son successeur à la tête du Parti conservateur, et par conséquent du gouvernement — le présent numéro fait le point sur les débats autour de certaines questions économiques soulevées par la perspective de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Le Brexit, quel que soit son format, — même si l’accord négocié est finalement voté, et même si le processus est arrêté ou si un délai supplémentaire pour aboutir à une sortie est demandé, et accordé — ne manquera pas d’avoir des répercussions sur un certain nombre d’institutions, de politiques et de méthodes de fonctionnement européens. En attendant de savoir l’accord négocié, signé par le Royaume-Uni et l’Union européenne, est avalisé par le parlement (Deal ou No Deal ?), ou si une deuxième consultation du peuple sous forme de référendum ou d’élections législatives s’avère nécessaire, les acteurs de tous les secteurs économiques ont conduit des analyses prospectives, évalué les ajustements nécessaires et élaboré des plans pour faire face aux difficultés constatées : indisponibilité de main d’œuvre immigrée, délais de livraison prolongés, formalités administratives accrues, tarifs douaniers entraînant des coûts supplémentaires, valeur de la livre sterling incertaine, subventions agricoles évaporées… Les stratégies envisagées vont du déménagement du siège social dans un pays européen (secteur bancaire) où ailleurs (Dyson à Singapour ; Honda ; BMW pour la Mini) à la négociation bilatérale avec les autorités du pays concerné (Eurostar), de la création de stocks supplémentaires (fournitures, médicaments) à la création de filières de transport et de stockage dédiées (NHS, ferrys trans Manche)5. Devant les incertitudes quant au dénouement de la crise et sur la durée des négociations et des tractations parlementaires, de nombreux représentants de l’industrie et du commerce sont intervenus publiquement pour avertir le gouvernement des conséquences négatives qui se faisaient déjà sentir6.

Les articles dans ce numéro se classent dans trois catégories principales : le Royaume-Uni dans son ensemble ; le devenir de l’économie des régions à gouvernance autonome (Écosse et Irlande du nord) ; et le secteur financier. Les contributions font ressortir des questions fondamentales sur les prémices et le fonctionnement de la société britannique : la philosophie politique qui la sous-tend, la place des services et le poids de la finance dans l’économie britannique, les relations internes au Royaume entre les régions, et les relations extérieures du pays, sur le plan politique et économique. L’impact sur les relations extérieures ne se limite pas aux relations avec l’UE, mais aussi, conséquence du poids du secteur de la finance, avec les États-Unis.

Le Brexit et le Royaume-Uni : questions de philosophie politique

Les trois premiers articles envisagent le Royaume-Uni dans son ensemble et traitent de questions relevant de la philosophie politique et sociale. Céline Lageot retrace le processus constitutionnel de sortie de l’UE du Royaume-Uni. Ce faisant elle rappelle l’importance constitutionnel du principe de souveraineté parlementaire :

Alors que le Gouvernement a cru pouvoir passer outre le consentement du Parlement pour la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne, les juges de la Cour suprême sont venus arbitrer le conflit dans l’affaire Miller en janvier 2017, en rappelant la plénitude du principe de souveraineté parlementaire. Non seulement, et nonobstant le résultat du référendum de juin 2016, le Parlement a dû donner son approbation au déclenchement de la procédure de sortie, mais il devra en définitive autoriser la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Ce principe a mené, tant bien que mal, aux votes indicatifs du 26 mars 2019 censés faire connaître ce que le parlement, souverain, après avoir rejeté à plusieurs reprises l’accord ramené de Bruxelles par le Premier ministre, Theresa May, accepterait comme solution. Cette consultation a révélé surtout les profonds désaccords au sein des deux principaux partis politiques, et, par conséquent, n’a pu dégager une majorité en faveur d’aucune des propositions alternatives.

Dans sa contribution, Emma Bell souligne les principes qui prévalent chez les tenants du Brexit et les conséquences qui en découlent :

Bien que le Brexit soit parfois considéré par la gauche comme une opportunité de tirer un trait sur le néolibéralisme, notamment en facilitant la renationalisation des services publics, la droite du parti conservateur britannique le voit comme une vraie occasion de montrer la voie en matière de déréglementation afin de créer une utopie néolibérale au Royaume-Uni. […] Cependant, bien que la création d’une utopie néolibérale après le Brexit soit irréalisable, « le néolibéralisme réellement existant » devrait perdurer, les incertitudes économiques du Brexit plaçant les grandes entreprises dans une position de force vis-à-vis du gouvernement britannique.

L’expansion du secteur des services dans les quarante années précédant la crise de 2007, quasiment depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, a été significative. Si on ne peut imputer ce développement à l’adhésion au marché commun, la transformation de l’économie britannique suite au déclin industriel, accompagne l’expansion des échanges commerciaux avec l’Europe. Aujourd’hui, les services dominent l’économie et la vie des britanniques – les chiffres de 2016 montrent que 80 % des emplois sont dans les services publics et privés et seulement 12 % dans l’industrie, 1.5 % l’agriculture7. La place des services privés, et en particulier des services financiers, sera examinée dans des articles de la troisième partie. Louise Dalingwater analyse un aspect de l’impact du Brexit sur un pan du secteur public, le service public de santé :

L’un des défis les plus importants du post-Brexit est celui de la capacité du système britannique de santé publique (National Health Service) à retenir du personnel de santé qualifié. Le NHS a recours à des travailleurs étrangers pour combler le déficit chronique en personnel. Cet article montre pourquoi le NHS connaît actuellement une crise de recrutement et souligne comment la sortie du Royaume-Uni de l’UE pourrait aggraver le problème. Il examine ensuite l’impact potentiel du Brexit sur la présence de personnel européen dans le NHS. L’article examine pourquoi une évaluation de l’effet du Brexit sur cette crise de recrutement est difficile à effectuer. Enfin, il analyse les politiques mises en place par le Gouvernement britannique pour tenter de limiter les départs du personnel et pour remédier à la crise de recrutement.

La politique d’immigration du gouvernement conservateur aurait un effet négatif important sur l’économie, d’après des rapports officiels qu’on a tenté de garder secrets8. Si les politiques d’immigration ne sont pas directement liées à la sortie de l’UE, la perception du public et du personnel du NHS provenant de l’UE font ce lien entre les deux. Mieux contrôler ses frontières et l’immigration, on se le rappellera, fut un des arguments brandis par la campagne en faveur du Brexit.

Le Brexit et les régions à gouvernance autonome : les cas de l’Écosse et de l’Irlande du nord

  • 9 Ian Jack, « North to south, the seeds of division in Brexit Britain were sown long ago », The Guard (…)
  • 10  Sur Londres, voir Berbéri, C., « Londres : une ville plus favorable à l’euro que les autres villes (…)

Le résultat du référendum a souligné les faiblesses des relations inégales entre les différentes parties – régions et nations – du Royaume-Uni. Le décalage entre les régions anglaises ayant voté en faveur de l’UE – méridionales, prospères, cosmopolites – et les régions anglaises ayant voté en faveur du Brexit – au nord, au taux de chômage et de pauvreté élevé – reprend la division centenaire entre le nord industriel et le sud, centre administratif9, entre les régions et nations ‘périphériques’ et le centre du pouvoir, le cœur du Royaume – l’Angleterre et Londres10. Le résultat souligne également les attentes très différentes des nations composant l’Union et fait écho à l’évolution des vingt dernières années vers une autonomie plus grande de l’Écosse, mais aussi, dans une certaine mesure, du pays de Galles, et de l’Irlande du nord.

  • 11 Site officiel de l’exécutif gallois : What impact will Brexit have on the Welsh economy? 13 April 2 (…)

On s’attend à ce que l’économie galloise soit touchée par le Brexit : au niveau de son PNB, du commerce, de l’investissement et des emplois. Entre trois scénarios possibles évoqués en 2018, le plus couteux pour l’économie serait une économie sans accord avec l’UE entièrement livrée aux règlementations de l’Organisation mondiale du commerce. Le moins couteux serait le statut quo (pas de Brexit), avec un accord type CETA comme solution intermédiaire11. En accord avec ces estimations, le 4 décembre 2018, l’Assemblée galloise s’est positionnée en adoptant une motion qui rejetait l’accord obtenu par le Premier ministre britannique, et proposait que le Royaume-Uni reste au sein de l’Union douanière et du marché commun. Ce vote n’a de valeur que symbolique, mais indique, une fois de plus, l’écart entre le gouvernement britannique – Tory – et les gouvernements autonomes de ces nations, ici, l’exécutif gallois travailliste.

En Écosse, on est tout aussi préoccupé par les retombés économiques de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Selon Gilles Leydier :

Le débat autour des enjeux économiques résultant du Brexit s’est déroulé en Écosse dans un contexte politique particulier, en raison notamment du vote largement majoritaire exprimé par les Écossais en faveur du « Remain » ; mais aussi de la revendication exprimée par le gouvernement nationaliste d’un traitement spécifique du cas écossais dans le cadre des négociations engagées avec les institutions européennes ; et, enfin, de la question posée par le rapatriement des compétences exercées conjointement par l’UE et les institutions décentralisées vers le territoire britannique.

Sa contribution « analyse comment les enjeux économiques ont alimenté le débat politique autour de l’autonomie écossaise au sein du Royaume-Uni et de la perspective indépendantiste, dans un climat général d’incertitude et d’inquiétudes multiples face aux conséquences attendues du Brexit. »

  • 12 Marie-Claire Considère-Charon, « Brexit à l’irlandaise : vers la remilitarisation de la frontière ? (…)

En Irlande du nord, la situation est compliquée par d’autres facteurs. Philippe Cauvet analyse les retombées constitutionnelles et politiques du résultat du référendum britannique dans ce territoire en des termes qui replacent le débat dans la longue durée. La frontière entre le Royaume-Uni et l’Irlande, seule frontière terrestre de chacun des deux pays, pose des difficultés qui ne sont pas seulement économiques et administratives. Elle reste une question fondamentale depuis l’indépendance de l’Irlande, il y a un siècle. Le Brexit aura des conséquences du Brexit sur les relations entre les communautés en présence, conséquences qui pourraient même aller jusqu’au retour d’un contrôle militaire de la zone frontalière12. Selon Philippe Cauvet, le problème que pose la frontière est dû aux failles inhérentes à l’accord de paix. Ces failles seraient de deux ordres, l’une étant la nature du partage des pouvoirs, qui, au lieu de contribuer à la construction de relations de confiance et d’un consensus, a renforcé la polarisation sectaire en Irlande du nord ; l’autre faille se situant au niveau de la définition constitutionnelle incomplète des rôles du Royaume-Uni et de l’Irlande comme co-garants de l’Accord du Vendredi Saint.

  • 13 European Committee of the Regions, Assessing the exposure of EU27 regions and cities to the UK’s wi (…)

En élargissant la perspective au-delà des régions britanniques, le Brexit ne sera pas sans conséquences pour plusieurs régions européennes ayant un fort niveau d’échanges commerciaux avec le Royaume-Uni. Selon un rapport de mars 2018 par le Conseil européen des régions, à part les régions irlandaises, qui seraient impactées au même niveau que le Royaume-Uni, en raison de leur forte intégration économique, des régions néerlandaises, belges, françaises (la Bretagne et les Hauts-de-France particulièrement dans le domaine de la pêche), mais aussi italiennes et espagnoles, seraient particulièrement exposées aux conséquences économiques du retrait du Royaume-Uni de l’UE. Le rapport détaille les secteurs économiques qui seraient les plus touchées : les secteurs de l’automobile, l’agriculture, l’alimentaire, la chimie et l’industrie13.

Le Brexit et le secteur de la finance

Un secteur en particulier au Royaume-Uni, celui de la finance, a été un des premiers à se soucier des effets du Brexit sur les échanges. C’est ainsi que trois articles se penchent sur les questions financières – en examinant tour à tour l’impact sur la prédominance de la « City » dans la finance mondiale, sur les relations trilatérales Royaume-Uni – Europe – États-Unis, et sur les conséquences monétaires pour l’ensemble.

  • ‘Next Steps in the “Special Relationship” – Impact of a US-UK Free Trade Agreement’, Testimony by D (…)
  • La ville globale – New York – Londres – Tokyo, chez Descartes, 1996. Voir le résumé de son parcours (…)

 « Depuis des décennies, le Royaume-Uni a été le portail stratégique vers l’UE pour les entreprises et institutions financières américaines14 » selon Daniel S. Hamilton, professeur à John Hopkins University, specialiste des relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis. C’est ainsi que les relations entre les Londres et New York, centres financiers historiques, villes « bi-moteurs de l’économie mondiale » selon l’expression de Saskia Sassen15, sont l’objet de l’article de Martine Azuelos :

Alors que le danger que représente le Brexit pour Londres en tant que place tournante de la finance mondiale a suscité beaucoup d’inquiétudes, ses effets potentiels sur les liens étroits existant entre Londres et New York, et que suggère la création du néologisme « NY-LON », ont fait couler beaucoup moins d’encre. C’est de cette deuxième question que traite cet article, en la replaçant dans le contexte plus large des débats sur la « relation spéciale » entre l’économie du Royaume-Uni et celle des Etats-Unis et sur le rôle des places financières dans le processus de mondialisation. La première partie met l’accent sur la centralité des investissements directs étrangers (IDE) et de la finance dans la relation entre les deux économies nationales et sur le rôle qu’ont joué les deux places de Londres et de New York dans la mondialisation. La deuxième partie définit « l’espace de flux » constitué par les deux villes globales jumelles et les fondements institutionnels qui sous-tendent ces flux en s’attachant à démontrer que la mondialisation est « enchâssée » dans l’espace que constitue NY-LON et dans les institutions qui s’y sont développées. En se fondant sur ce cadre d’analyse, la troisième partie fournit quelques pistes permettant de comprendre quels pourraient être les effets du Brexit sur NY-LON et sur la mondialisation.

Se centrant plutôt sur Londres, l’article de Nicolas Sowels souligne les principaux défis posés par le Brexit aux services financiers basés au Royaume-Uni et les défis qui existent également pour l’Union européenne. Il soutient que :

« les institutions financières ayant anticipé la possibilité d’un Brexit sans accord, les risques les plus graves d’instabilité financière sont moindres. Cependant, à long terme, le Brexit soulève des problèmes réglementaires importants, car l’accès au marché européen fondé sur « l’équivalence » sera beaucoup plus difficile que l’accès automatique actuel fondé sur la reconnaissance mutuelle et les « droits de passeport ». Ce processus engendrera des côuts pour le Royaume-Uni comme pour l’UE. »

Les risques d’instabilité économique pourraient être évitées par la planification, pour l’instant, laissée aux bons soins des entreprises, mais peu assurée par le gouvernement, préoccupé par l’obtention d’un accord sur les conditions de sortie.

  • 16 Report by the Comptroller General and Auditor General. Cabinet Office: Civil Contingencies Secretar (…)

À partir de juin 2018 – certains diront tardivement – le gouvernement a affecté un nombre important de fonctionnaires (6,000) à cette tâche, nommée ‘Operation Yellowhammer’, à laquelle 1.5 milliard de livres sterling ont été alloués. Devant la possibilité grandissante d’une sortie sans accord avec l’UE, un rapport établi par les services d’audit, publié en mars 2019, fait état des zones de risques de perturbation pour lesquels des plans devaient être mis en œuvre : les transports, les frontières (personnes et marchandises), la santé, l’énergie (et autres industries « critiques », dont les télécommunications), l’alimentation et l’eau, les britanniques dans l’UE, le droit, la finance, l’Irlande du nord, les territoires outre-mer et dépendances britanniques (y compris Gibraltar), la sécurité nationale16. On notera que plusieurs de ces domaines (droit, santé, finance, Irlande du nord) font l’objet d’analyses dans ce numéro.

Adoptant encore cette double perspective d’analyse des conséquences intérieures et extérieures de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, Christian Aubin et Ibrahima Diouf analysent « Les conséquences monétaires du Brexit » pour le Royaume-Uni, pour l’Union européenne, et pour la zone euro :

« Même si le Royaume-Uni n’appartient pas à la zone euro, le Brexit a des conséquences monétaires qui ne doivent pas être ignorées. Les inquiétudes liées à la sortie de l’UE ont fortement affecté la monnaie britannique. L’impact prévisible du Brexit sur l’activité économique conduit la Banque d’Angleterre à adapter sa politique monétaire pour arbitrer entre stabilité monétaire et stabilité réelle. Enfin, la fragmentation financière induite par le Brexit peut entraîner un dysfonctionnement de la zone euro. »

Dans cette perspective, peut-on encore parler d’une économie « nationale » ? Le discours politique concernant la question de souveraineté nationale semble bien faible lorsqu’on se rend compte de cette imbrication des économies. Le paradoxe réel que l’ensemble de ces contributions souligne est celui de la difficile réconciliation entre, d’une part, l’indépendance et la souveraineté nationale, et, d’autre part, l’interdépendance et les échanges commerciaux dans l’économie mondialisée, et, en fin de compte, entre le politique et l’économique.

Notes:

1 Voir par exemple, Dominic Sandbrook, dans le quotidien conservateur, le Daily Mail, 31 janvier 2011, « The day Britain lost its soul. How decimalisation signalled the demise of a proudly independent nation ».

2 Timothy Whitton (dir.), Le Royaume-Uni de Theresa May, Observatoire de la société britannique, 21, 2018. Signalons également deux numéros de la Revue française de civilsation britannique : Karine Tournier-Sol (dir.) Le Référendum sur le Brexit du 23 juin 2016, Revue française de civilisation britannique, XXII-2, 2017 ; Stéphanie Bory, Fiona Simpkins, Le Brexit et les élections législatives britanniques de 2017, Revue française de civilisation britannique, XXIII-2, 2018.

3 Les coordinateurs de ce numéro adressent leurs remerciements aux laboratoires MIMMOC (EA 3812) et CECOJI (EA 7353) de l’Université de Poitiers, au Centre de recherches en civilisation britannique (CRECIB) et aux collègues qui ont participé à la journée d’études tenue à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Poitiers (USR 3565).

4 Les auteurs des articles dans ce numéro se trouvent dans la même position – bien moins grave certes – que les britanniques, chefs d’entreprise, simples citoyens, vacanciers, qui ont dû remettre sans cesse des décisions importantes devant l’impossibilité de prédire l’avenir ou de savoir quelle réglementation sera en vigueur à court ou à moyen terme.

5 https://www.theguardian.com/politics/2018/dec/30/food-prices-to-finance-what-a-no-deal-brexit-could-mean-for-britain.

6 Mike Hawes, président de la Society of Motor Manufacturers and Traders, Colin Stanbridge, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Londres, The Guardian, 15 janvier 2019 ; Tom Enders, Airbus CEO urges UK decision makers to avoid no-deal Brexit, Airbus, 24 January 2019, https://www.airbus.com/search.video.html?page=3&lang=en&newsroom=true.

7 https://www.bls.gov/emp/ep_table_201.htm.

8 Peter Walker and Anushka Asthana, « Second Brexit analysis leak shows harm of tighter migration rules », The Guardian, 31 janvier 2018.

9 Ian Jack, « North to south, the seeds of division in Brexit Britain were sown long ago », The Guardian, 2 février 2019.

10  Sur Londres, voir Berbéri, C., « Londres : une ville plus favorable à l’euro que les autres villes du Royaume-Uni ? », Observatoire de la société britannique [En ligne], 11 | 2011, http://journals.openedition.org/osb/1187 ; DOI : 10.4000/osb.1187.

11 Site officiel de l’exécutif gallois : What impact will Brexit have on the Welsh economy? 13 April 2018, https://seneddresearch.blog/2018/04/13/what-impact-will-brexit-have-on-the-welsh-economy/. ″The scenario simulations reveal that Brexit will lead to the imposition of costs, either through the imposition of tariffs or the loss of preferential access to the single market. The impact on the Welsh economy will be felt via reductions in GDP, GDP per capita, trade, investment and employment. The least costly outcome for Wales is if the status quo can be held to for as long as possible. The next best or next least worst is the conclusion of a CETA type agreement by the EU. The most costly is a Brexit based on WTO rules.

12 Marie-Claire Considère-Charon, « Brexit à l’irlandaise : vers la remilitarisation de la frontière ? », Observatoire de la société britannique [En ligne], 22 | 2018, mis en ligne le 01 mai 2019, consulté le 02 mars 2019. URL : http://journals.openedition.org/osb/2721; DOI : 10.4000/osb.2721.

13 European Committee of the Regions, Assessing the exposure of EU27 regions and cities to the UK’s withdrawal from the European Union, ECON Commission, 14 March 2018.

14 ‘Next Steps in the “Special Relationship” – Impact of a US-UK Free Trade Agreement’, Testimony by Dr. Daniel S. Hamilton, U.S. House of Representatives, Joint Hearing by the Subcommittee on Terrorism, Non-Proliferation and Trade Subcommittee on Europe, Eurasia and Emerging Threats of the Committee on Foreign Affairs, February 1, 2017, p. 4.

15 La ville globale – New York – Londres – Tokyo, chez Descartes, 1996. Voir le résumé de son parcours dans l’éloge prononcé lors de l’attribution du Doctorat honoris causa à l’Université de Poitiers : https://journals.openedition.org/mimmoc/585.

16 Report by the Comptroller General and Auditor General. Cabinet Office: Civil Contingencies Secretariat. Contingency preparations for exiting the EU with no deal. National Audit Office, HC 2058, 12 March 2019. Suivant le report, en avril 2019, de la date de sortie de l’UE au 1er novembre, les fonctionnaires detaches à la planification des mesures d’urgence ont été renvoyés à leur ministères d’origine, et la planification d’urgence abandonnée. Richard Johnstone, ‘Brexit: Whitehall churn means government may never be as ready again for no deal, says IfG’, Civil Service World, 5 juin 2019.

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Pour citer cet article

Référence papier

Susan Finding, « Introduction
Brexit, souveraineté nationale et mondialisation », Observatoire de la société britannique, 24 | 2019, 15-28.

Référence électronique

Susan Finding, « Introduction
Brexit, souveraineté nationale et mondialisation », Observatoire de la société britannique [En ligne], 24 | 2019, mis en ligne le 01 mai 2020, consulté le 15 janvier 2021. URL : http://journals.openedition.org/osb/3146 ; DOI : https://doi.org/10.4000/osb.3146

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9 La France – l’ennemi ami? 1688

9 La France – l’ennemi  ami? (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 »  dans le Fonds Dubois)

(Les côtes d’ouvrages FD et autres sont les références du Fonds Dubois)

Le commerce est à la fois le moyen de contrer les maux internes, mais aussi de combattre l’influence étrangère. L’Angleterre se compare sans cesse à ses deux rivaux continentaux : la France et la Hollande. Ainsi le commerce devient un instrument, le moteur et la raison d’être des relations extérieures. Les problèmes internes – chute des loyers, manque d’argent, thésaurisation des richesses, investissements dans le bâtiment avec la reconstruction de Londres – sont pointés par les analystes, avant de proposer des remèdes [FD 385], [FD 2229, 2211, 2293] qui selon plusieurs passent par les monopoles commerçantes et la participation dans leurs actions.

La France, pays catholique, soutenait la monarchie anglaise Stuart – non sans motifs ultérieurs – et accueillit les réfugiés royaux successifs : pendant la République, le prince Charles et son frère Jacques, futurs rois; après la Révolution, à nouveau Jacques, mais aussi son fils, le prince de Galles. Ainsi dans les traités de commerce, dans les almanachs, dans les revues de l’état du pays, on retrouve la liste, parfois encyclopédique, des régions avec lesquelles les marchands anglais traitent, avec toujours présentes et en bonne place, la France et la Hollande.

L’exemple le plus célèbre de ce genre de littérature est l’ouvrage d’Edward CHAMBERLAYNE  (1616-1703)  Angliae Notitia ou l’état présent de l’Angleterre, publié en 1669. [FD 2303] Le succès de cet ouvrage qui avait pris comme modèle le (deux éditions supplémentaires dans l’année, le neuvième en 1676) est sans doute dû à plusieurs facteurs. D’une part, ses connaissances et connexions : l’auteur avait voyagé à travers l’Europe pendant la République. À son retour à la restauration en 1660, il devint secrétaire du 1er comte de Carlisle et l’accompagnait dans ses missions diplomatiques. Chamberlayne, devint en 1679 le précepteur du fils illégitime du roi Charles II, et fut chargé d’enseigner l’anglais au Prince George de Danemark, futur consort de la princesse Anne (1683) et beau-frère de William et Mary. D’autre part, l’essor du commerce et le besoin d’œuvres pédagogiques ont dû contribuer au succès d’auteur. Ayant été inspiré par L’Estat Nouveau de la France (1661), ce livre fut le sujet de plagiat par Guy Miège, The New State of England (1691), encore preuve du succès du genre.

Charles Howard, député, membre de la puissante famille Howard, 1er compte de Carlisle, patron de Chamberlayne. Son petit fils sera nommé First Lord of the Treasury  Privy Counsellor, Earl Marshal par William et Mary, et, à la mort de la reine Anne, Lord Justice.

Après 1688, la guerre intermittente, appelée guerre de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697), par laquelle l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Espagne et la Sainte Empire s’unirent pour contrer les  ambitions de Louis XIV, amène une autre lecture des relations avec la France. La France – avec l’Espagne – est l’exemple même de la monarchie « universelle » – pour ne pas dire absolue -, selon DAVENANT, dans son traité de relations internationales De l’équilibre des pouvoirs (entre les nations), Du droit de la guerre, de la paix et des alliances, 1701. [FD 2445] Si pour lui « l’Angleterre a toujours tenté de tenir l’équilibre en Europe », la France représente l’allié du catholicisme ennemi. Associant forme de gouvernement et supériorité morale, ce sont précisément les droits et libertés d’un peuple libre, que les anglais peuvent opposer au nombre, richesses et capacité militaire de la France. [FD 2308]

La signature du Traité de Ryswick (1697)

Les persécutions françaises contre les Huguenots (Révocation de l’Édit de Nantes, 1685) sont dénoncées pour leur impact négatif sur l’économie française – de nombreux tisserands de soieries et autres artisans du luxe ont trouvé refuge à Londres (et au Pays bas). Une certaine crainte est présente dans l’ouvrage de SOULIGNE, protestant français réfugié en Angleterre, [FD 2320] la France pourraient encore renverser Guillaume et Mary et les Jacobites retourner sur le trône d’Angleterre. Mais PETTY, rassure par ses calculs logiques et arithmétiques, qu’en raison d’obstacles naturels, la France ne pourra jamais être plus puissant que les anglais ou les hollandais en mer. [FD 2461] D’ailleurs, par le Traité de Ryswick (1697), Louis XIV reconnut la légitimité de Guillaume et Mary.

8 Les conditions sociales en Angleterre au 17e siècle : pauvreté, éducation

8 Les conditions sociales en Angleterre au 17e siècle :  La pauvreté et l’éducation

(exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Si la présence de pauvres et de vagabonds étaient visible, les causes de la pauvreté – le coût élevé des denrées (1693-1698), l’infirmité ou la malchance, le manque de travail, l’appel des villes et centres de manufacture – étaient peu reconnues.

L’oisiveté des pauvres, résultat de leur condition, était jugée cause de leur malchance.

« Il y a deux sortes de pauvres » : ceux qui étaient prêts à travailler, ceux qui préféraient faire la manche, conclut Sir Francis Brewster  New essays on trade, (1ère édition 1695) daté 1702. [FD 1961]

Depuis les Tudor, les paroisses – unité d’administration civile – devaient secourir les malheureux, financé par un impôt local. Dans certaines villes des œuvres charitables financées par des dons leur sont destinées. [FD 1049] et l’on autorisa la construction d’hôpitaux et et de « maisons de travail » pour employer et entretenir les pauvres de la ville.  [FD 1049]  [FD 1049]

À Bristol, le marchand [d’esclaves] et philanthrope, Sir Edward Colson (1636-1721), mercier et membre de la Royal Africa Company, Tory et Anglican convaincu, fit bâtir des maisons d’aumône (Almshouses), [FD 384]

 

 

Some proposals for the imployment of the poor / Thomas Firmin.- Londres : J. Grover, 1681 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2300)

 

 

Les propositions pour des « maisons de travail », qui corrigeraient l’oisiveté, et ses conséquences déshonorables, le vagabondage et la mendiance, leur fournirait un travail qui bénéficierait la nation, sont  nombreuses à la fin du 17e siècle. [FD 2247] [FD 2330] [FD 2248]

Sir Matthew HALE (1609-1676), Président de la Haute-Cour de Justice, associe la prospérité du pays, le commerce de la laine, la rivalité commerciale avec la France et la Hollande, à sa proposition pour de telles institutions.  [FD 2288]

Peu vont jusqu’à proposer un système d’assurance – tel celui en place contre le feu, ou la perte des biens et des navires [Lloyds] – contre la pauvreté causée par la maladie, la mort d’un membre de la famille. [FD 345]

L’éducation

Former et fournir des travailleurs qui aideraient à relever l’industrie domestique dans ces maisons de travail, mais aussi en général, devient ainsi une préoccupation. [FD 2302] Des considérations sur l’éducation fleurissent dans ces ouvrages destinés à trouver des remèdes aux maux du pays : collège industriel, [FD 2283], académies [FD 345], instruction des femmes.  [FD 2283]

Certains ouvrages contiennent de véritables traités sur l’éducation des enfants, [FD 2283 ]  ou encore sur la nécessité de bien rémunérer les maîtres d’école. [FD 2305].

Mais le plus influent fut Locke, dont pensées sur l’éducation, publiées en 1693 [Jm 31-3] bien que destinées à une famille aristocrate, furent largement diffusées. Locke préconise une éducation pratique, ancrée dans les sciences et les techniques, dans sa langue maternelle (et non le latin) où apprendre serait un plaisir pour l’enfant. Les enfants des pauvres pourraient être scolarisés dans des écoles paroissiales où ils apprendraient l’éthique du travailOn the Poor Law and Working Schools » (1697).

La condition féminine

S’il vaut mieux traiter les enfants, tout en les préparant à une dure vie de labeur, il est  également proposé de mieux traiter les femmes. [FD 2300]

Au lieu de les condamner pour sorcellerie, ou de les maltraiter, les hommes devraient être jugés s’ils battaient leur femme. [FD 2302]

Elles devaient pouvoir bénéficier de soins au moment de leur  « travail » d’enfantement, et, on proposa même un ordre laïc d’enseignantes (vierges) qui se consacreraient à l’éducation pour le bien de tous.  [FD 2293]


 

4 John Locke, théoricien des droits et des libertés (1688)

  1. John Locke, 1632 – 1704 (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

 Portrait de Locke, dans les premières éditions des Œuvres complètes, 1714, 1722, 1727.   [Jm 31-1, Fonds Dubois]

Fils d’un petit propriétaire qui avait servi dans l’armée des parlementaires pendant la guerre civile, Locke fut éduqué à Oxford – ses lettres et ses œuvres sont rédigés en latin, [Jp 152] en anglais et en français – puis devint secrétaire d’Ashley, comte de Shaftesbury, leader de l’Opposition Whig et membre du Comité du Commerce. Après la disgrâce de son patron en 1683, Locke s’exila sur le continent – en Hollande et en France, alors que Louis XIV révoque l’Édit de Nantes (1685).

De retour dès 1688, ses œuvres sur la politique, l’économie [FD 2306], la liberté de conscience, la philosophie, commencées en Angleterre comme mémoires pour le compte de son employeur, et reprise en exile, d’abord publiés de façon anonyme, firent de lui un homme célèbre, théoricien des droits et des libertés, réaffirmant la suprématie des lois contre les décrets royaux, gloire de la Révolution glorieuse et l’un des pères spirituels de l’Age des Lumières et de l’Indépendance américaine. 

Droits inaliénables à l’existence et à la propriété

Dans son deuxième Traité sur le Gouvernement, Ch. XVI, §190,  il énonce le lien entre la liberté individuelle et le droit à la propriété. [Jm 31] Le titre dans sa première forme démontre le lien étroit entre l’avènement de Guillaume et Mary et la réflexion sur les origines de l’autorité politique : Essay concerning the True Original, Extent and End of Civil Government (1689).

Ce lien entre propriété et liberté se trouve également exprimé dans deux œuvres des années 1670 par deux hommes qui ont marqué l’expansion coloniale : William PENN et Thomas SHERIDAN. Tandis que le premier, fondateur de la ville de Pennsylvanie, promeut les droits de propriété et de liberté, y compris la liberté religieuse des puritains, réfute la manumission,  [FD 2272 ] Le destin de Thomas SHERIDAN fut tout autre. Nommé Gouverneur de l’Irlande par Jacques II en 1687, accusé de corruption, Sheridan finit sa vie en exile à la cour du roi déchu à St Germain en Laye. [FD 2251]   Ce n’est donc pas surprenant de voir l’interprétation Whig de l’avènement de Guillaume et Mary avancer celui-ci comme un avantage pour le commerce et le pouvoir du pays. Le renouveau du pays, Britannia nova (1698), passerait par l’emprise sur les océans et du globe, Orbis Britannicus. [FD 1051]

3 Libertés et droits en Angleterre au 17e siècle (1688)

  1. Libertés et droits (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Liberté de réligion

Depuis le Schisme anglican, le catholicisme avait été proscrit – à l’exception du  règne de Marie Tudor. Être catholique revenait selon la loi à admettre l’autorité d’une puissance étrangère, délit de trahison. Cent cinquante ans après la dissolution des monastères par Henri VIII, qui marqua la fin de la Réforme en Angleterre, en mai 1686, Jacques II fit lire dans les églises anglicanes du royaume une Déclaration d’indulgence, promettant la liberté de conscience aux dissidents protestants (Quakers, Baptistes, Presbytériens…..) et aux catholiques. Mais les termes dans lesquels il promettait cette ‘indulgence’, furent mal reçus par les responsables de l’Eglise établie en Angleterre, ne pouvant accepter que le roi exprime le souhait ardant que son people soit catholique – sept évêques anglicans qui protestèrent furent accusé de sédition mais innocentés par la cour, au grand embarras de la Couronne. La naissance contestée d’un fils au couple royal en 1686 (le bébé mort-né aurait été secrètement remplacé par un autre), qui fut baptisé dans la foi catholique, ne pouvait que renforcer la méfiance sur les dessins de Jacques II concernant le catholicisme et les alliances continentales.

Depuis les années 1660, le pouvoir de l’Église anglicane avait été renforcé. Les protestants qui refusaient de souscrire aux principes anglicans ne pouvaient tenir un poste d’élu ou dans l’administration. Locke dénonça cette « religion nationale » dans sa  Lettre sur la Tolération. [Jm 31-2] La pratique du culte protestant non-anglican, ‘non-conforme’, éloignée des villes, malgré la popularité grandissante des sectes baptiste, quaker et autres, dont la construction de chapelles pour accueillir les fidèles témoigne. On suggérait de forcer les pasteurs dissidents à aller convertir les ‘américains’ [natifs] voisins des colonies anglaises, tandis que l’accueil des Huguenots devait être conditionné à leur adhésion à l’Église anglicane et la formation d’apprentis anglais. [FD 2293] Defoe consacre quatre vers ironiques à la dissidence dans The True-Born Englishman, 1701, (voir plus loin) : « Là où Dieu érige une maison de prière, le Diable y construit une chapelle sans faille; et l’on constate après examen, que ce dernier a une plus grande congrégation. » Les déclarations de Jacques II (1687 et 1688), accordant la liberté de conscience aux catholiques, incluait également les dissidents protestants, mais cela ne le protégea pas des ires de l’Église établie et du parlement.

Les libertés individuelles – garanties par le Parlement

L’édition en 1737 par John TOLAND [FD 42] de l’ouvrage de théorie politique de James HARRINGTON, Oceana, datant de 1656, servit à justifier la succession de Guillaume d’Orange. Selon Harrington, trois types de gouvernement – la monarchie, l’aristocratie, la démocratie – existaient. Si la force était utilisée par ces régimes, ceux-ci se transformaient respectivement en tyrannie, oligarchie ou anarchie. L’illustration dans cette édition  montre le roi, entouré des symboles de l’Écosse (chardon), de l’Angleterre (rose) et de l’Irlande (harpe), et des promoteurs de lois et de constitutions antiques – Moise, Solon, Confucius, Lycurgue, Numa, Junius Brutus – comparables à celui qui avait accordé le Bill of Rights et les actes de lois limitant les pouvoirs de la Couronne et accordant des Droits et libertés aux sujets (1701), la succession interdite aux catholiques (1701) et pour limiter les droits des catholiques (Parlement d’Irlande, 1704).

La doctrine de monarchie parlementaire émerge. Le pouvoir du roi est défini comme émanant de la loi (Locke, Traité de Gouvernement, Ch. XVIII, § 206. [Jm 31-2 ], la loi émane du parlement, qui a le droit de resister l’autorité du Roi, afin de defendre leurs libertés. [FD 1193] Le compromis politique qui sort de la crise est une Constitution ou le pouvoir existe non pas sous une seule forme – monarchie, aristocratie, ou démocratie – mais sous la forme d’un gouvernement mixte, d’une monarchie limitée. [FD 374]

2 Crise politique : le parlement, le Roi, la religion (1688)

2 Crise politique : le parlement, le Roi, la religion (Exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre 1688 » dans le Fonds Dubois)

(Les côtes d’ouvrages FD et autres sont les références du Fonds Dubois).

Le 17e siècle fut celle d’une crise politique quasi permanente entre la monarchie et le parlement  Jacques 1er (qui succéda à Elizabeth 1er en 1603, grand-père de Jacques II, puis son père, Charles 1er, tentèrent de s’imposer, mais les parlementaires finirent par prendre les armes et à exécuter le roi. Son héritier, Charles II, de retour au pouvoir en 1660 après la chute du Protectorat des Cromwell – père et fils –, n’a pas renoncé aux ambitions absolutistes de ses aïeuls. En vingt-huit ans, il n’a accepté de convoquer le parlement que quatre fois, tenta de renforcer l’exécutif et de se passer des financements accordés par le Parlement. Le commerce et les revenues des douanes suffisaient à peine, et le roi a dû quémander des subsides à son cousin Louis XIV, beau-frère de sa sœur – Madame, dont Bossuet prononça l’oraison funèbre (1669). En retour la Hollande devait être partagée -inégalement- entre les deux pouvoirs et Charles se convertirait au catholicisme. D’autres appels de fonds suivirent tout au long des années 1670. Louis XIV ne pouvait se réjouir de tenir l’Angleterre à l’écart de ses ambitions continentales et de se féliciter de l’état agité de l’Angleterre qui, divisée, la rendait peu apte à peser sur les relations internationales. (Arnaud de POMPONNE, Mémoires du marquis de Pomponne… Paris, Huet, 1868, cité par Clark 1956, p.548).

Sans héritier légitime (le duc de Monmouth, fils illégitime, était candidat), Charles II légua le trône à son frère Jacques. Mary (née en 1662) et Anne, filles de Jacques, Duc d’York, et de sa première femme, Anne Hyde, furent élevées dans la religion anglicane et ce malgré la conversion de leur père au catholicisme vers 1668. Suite à la mort de sa première femme en 1671, Jacques se remaria en 1673 avec Marie de Modène. Charles II eût voulu fiancer sa nièce au Dauphin, pour sceller l’alliance française, mais l’opposition à un mariage catholique fut trop importante. Elle fut donc fiancée au prince Guillaume d’Orange, gouverneur aux Provinces-Unis des Pays Bas, protestant (dont la mère était une sœur de Charles et Jacques), chose qu’accepta son père catholique, pensant que sa popularité à lui, héritier du trône anglais, auprès de ses sujets protestants, en serait améliorée.

Selon les ouvrages soutenant la Révolution publié peu après, Jacques II avait agi de façon peu précautionneuse en dévoilant au grand jour son catholicisme. [FD 374] Il s’enfuit le 18 décembre 1688. Le parlement ne siégeant pas – le dernier parlement sous Charles II, à Oxford en 1681 n’avait siégé qu’une semaine, et Jacques II avait dissout le seul de son règne en juillet 1687  – il fallut en appeler au Prince d’Orange, neveu et gendre du roi, pour assurer la protection du royaume. [FD 1193] Malgré les efforts du secrétaire du Roi à l’Amirauté Samuel PEPYS (1633-1703), l’escadre de Guillaume put accoster dans le Devon. La Convention de 1689 se réunit sous la protection du Prince pour offrir le trône au couple royal.

Le contexte politique est présent dans les ouvrages économiques, où les auteurs traitant des impôts, de la monnaie, ou du commerce, font référence aux événements et au régime politique. [FD 2402] [FD 1044] [FD 2402] ou encore dans la juxtaposition dans les oeuves complètes de Locke de traités politiques et économiques. [Jm 31-2]

À l’époque de la publication d’un grand nombre des ouvrages de cette période dans la collection du Fonds Dubois – autour de 1696 – le parti Whig triomphant était néanmoins sujet à des divisions internes : entre les anciens du parti Whig, propriétaires terriens, et la Junte Whig,  administration efficace zélée de cinq aristocrates élus parlementaires en 1689 : John Somers, Charles Montagu (comte de Halifax), Thomas Wharton, Edward Russell (comte d’Orford) et le conte de Sunderland. Les termes ‘Whig’ et ‘Tory’, d’abord des insultes – ‘rustres’ écossais et ‘brigands’ en irlandais -, entrent dans le registre politique pour désigner les défenseurs et les détracteurs de tout ce suivit la ‘Glorieuse Révolution’. [FD 2386].

1 Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois

  1. Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois (exposition virtuelle « La Glorieuse Révolution d’Angleterre 1688« )

Les ouvrages en langue anglaise datant du 17e siècle dans le Fonds Dubois sont d’une grande qualité. Quelques ouvrages d’économie et de philosophie politique, et non des moindres, datant de la guerre civile et de la Républque, ou avant –  Malynes, Misselden, Mun, Maddison, Bettel, Slingsby, Harrington –, mais la plupart datent des années de la Restoration et de la ‘Révolution glorieuse’, voir des toutes dernières années du siècle et du début du 18e siècle. Cela tient à la thématique de la collection autant que de la publication croissante de pamphlets en cette fin de siècle. La plupart des auteurs d’ouvrages sur les questions des richesses du pays et des libertés de ses sujets sont représentés dans ces rayons : Chamberleyne, Davenant, Child, Cary, Coke, Defoe, Locke, Petty, Sheridan, Temple, Yarranton. Par un curieux hasard, celui qui recruta Defoe comme pamphlétier. Sir Robert Harley, Conte d’Oxford, (1661-1724), fut lui-même mécène et bibliophile. Sa collection de manuscrits et documents médiévaux (Harley Collection, est un des fleurons de la British Library <>.

Un autre ouvrage exemplifie les provenances possibles de volumes dans le Fonds Dubois. Le volume 1 des deux volumes de England’s improvement by sea and land par Andrew Yarranton, publiés en 1677-1698, contient quatre indices :

-la marque sur le dos de la reliure (la couronne d’un marquis au-dessus d’un S) (A comparer avec les exemples à l’Université de Toronto);

-l’ex-libris du marquis de Shelburne (les armoiries et la devise) ;

-l’ex-libris de Charles Butler ;

-l’étiquette des bouquinistes Kashnor, du Museum Bookstore.

William Fitzmaurice Petty, comte Shelburne, marquis de Lansdowne (1737-1805), avait été en charge du gouvernement britannique en 1783 (son arrière-petit-fils fut Gouverneur-Général du Canada un siècle plus tard, puis Vice-roi de l’Inde, Ministre de la Guerre, et Ministre des Affaires étrangères). Sa bibliothèque fut dispersée après sa mort – les manuscrits à la British Library, les ouvrages par la maison de ventes Leigh et Sotheby, le 14 avril 1806 (un exemplaire du Catalogue de la vente fut vendu à Drouot en 2010 – Collection de Charles Lucas : Bibliotheca Lansdowniana. A Catalogue of the Entire Library of the Late Most Noble William Marquis of Lansdowne, Londres, Leigh et Sotheby, 6 janvier 1806, 4 parties en un volume in-8).

Charles Butler, 1821 – 1910, l’un des directeurs de la Royal Insurance Company (fondée à Liverpool en 1845), ayant fait fortune devint un collectionneur d’art (il figure parmi les collectionneurs et artistes dépeints dans Private View of the Old Masters Exhibition, Royal Academy, 1888, de Henry Jamyn Brooks, 1889. Voir le descriptif des figurants sur le site de la National Portrait Gallery et les informations données lors de l’acquisition récente d’un portrait de l’école hollandaise provenant de la collection Butler). Antiquaire, numismate et bibliophile – parmi ses livres, une 1ère édition de Don Quixote en anglais (City University New York Special Collections), il a dû acquérir l’ouvrage plus tard. Sa bibliothèque a été vendue par Sotheby en mai 1911.

Il est vraisemblable que Léon Kashnor, bouquiniste, et fournisseur d’Auguste Dubois, y ait acquis un certain nombre d’ouvrages, pour les mettre en vente dans ses catalogues thématisés d’ouvrages anciens – les cartouches d’auteurs et les objets de production sur la page de couverture du catalogue illustrent ses spécialités. Le professeur Dubois n’avait plus qu’à y faire son choix.

Les thèmes abordés sont ceux choisis par le Professeur Auguste Dubois, titulaire de la chaire des doctrines économiques à l’Université de Poitiers, et proposés par le bouquiniste londonien spécialisé en histoire économique auprès de qui il se fournissait, Léon Kashnor. Parmi ces thèmes pour le dix-septième siècle on retrouve la monnaie et sa rareté, les impôts, la balance des paiements, le crédit, la toute jeune Banque d’Angleterre, le commerce, les manufactures – notamment les lainages -, la population, l’emploi, la pauvreté, les compagnies des Indes, du Levant et d’Afrique, l’agriculture, la douane, l’Irlande – qui faisait partie des possessions anglaises, des Royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, mais aussi la France et les Pays-Bas – principaux pays à la fois alliés politiques et rivaux commerciaux.

A travers ces ouvrages, on peut retracer à la fois l’évolution économique du pays – l’essor du crédit, les discussions sur l’intégration des marchés – en 1707 l’Union des deux royaumes fut actée – alors que le marché irlandais restait subordonné à celui de l’Angleterre (voir à ce propos l’exposition virtuel : http://etat-irlande.edel.univ-poitiers.fr/exposition/lirlande-dans-le-fonds-dubois/], la puissance maritime grandissante, la révolution commerciale, la division du travail, mais encore les mœurs et coutumes de l’époque en matière d’emploi, d’éducation, de la condition des femmes, et des modes de vie. Les ouvrages du Fonds Dubois présentés ici éclairent l’arrière-plan économique et sociale du changement de régime en 1688 appelé “Révolution glorieuse” par ses partisans et montre des facettes des révolutions diverses que les historiens (Pincus, Black, Harris) associent à ce titre univoque : politique, économique, politique étrangère, dans le pouvoir de l’Eglise établie.