Collectionneurs de livres rares d’histoire économique, contemporains d’Auguste Dubois et leurs collections

Billet publié sur le site consacré au

Fonds Dubois / Dubois Collection

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle la vente de bibliothèques privées anciennes réunies par des gentilshommes britanniques a permis aux collectionneurs connaisseurs, érudits ou amateurs, d’acquérir des oeuvres rares d’histoire économique auprès des libraires spécialisés dans le marché du livre ancien ayant pignon sur rue à Londres.

Les recherches menées autour des livres rares d’histoire économique de langue anglaise dans le Fonds Dubois ont mis à jour un réseau restreint de cinq collectionneurs de raretés dans ce domaine à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle : Auguste Dubois, Herbert Somerton Foxwell, E.R.A. Seligman, Henry Raup Wagner et Leon Kashnor.

Le corpus collectif réuni par ces cinq collectionneurs éminents actifs pendant la période 1880 à 1930 constitue les plus grandes collections d’oeuvres dans le domaine de l’histoire des débuts de la science économique en dehors des bibliothèques de dépot légal ou des bibliothèques nationales telles que la British Library et la National Library of Australia.

Ces cinq collectionneurs comprennent un Français, deux Anglais et deux Américains. Trois d’entre eux furent professeurs d’économie :  Auguste Dubois (1866-1935) à l’Université de Poitiers ; Edwin Seligman (1861-1939) à l’Université de Columbia (New York)  ; et Henry S. Foxwell (1849-1936) à l’Université de Cambridge, puis professeur à l’Université de Londres. Ces trois hommes ont tous contribué à l’émergence de leur discipline, fondé des associations et des périodiques pour promouvoir l’étude de l’économie, et, réuni et préservé ce corpus ancien, à l’époque mal estimé.

 

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Brexit, souveraineté nationale et mondialisation

Il y a un an, nous annoncions la sortie d’un numéro de l’Observatoire de la société britannique consacré à la question de l’Economie britannique et le Brexit.

concept créateur d'illustration de brexit, ballon volant avec l'ue de l'union européenne et le drapeau britannique du royaume-uni sur le fond blanc. - brexit photos et images de collection

La finalité de la décision acquise depuis quelques semaines, la mise en ligne du numéro de décembre 2019, et la sortie du numéro de décembre 2020 de la revue, dédié à nouveau à la question, BREXIT AND ITS DISCONTENTS/ LE BREXIT, UN MALAISE SANS FIN ? sous la direction de Margaret Gillespie, Philippe Laplace & Michel Savaric, nous incite à republier l’introduction du numéro rédigé il y a douze mois.

Brexit, souveraineté nationale et mondialisation, Susan Finding, Observatoire de la société britannique, 24 | 2019 : L’économie britannique et le Brexit, p. 15-28  https://doi.org/10.4000/osb.3146

Depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne en janvier 1973, un certain nombre de britanniques n’ont cessé de penser que l’entrée dans la CEE a eu un impact négatif sur l’économie du pays. Le passage au système métrique, décidé dès 1965, n’a fait que renforcer l’idée que l’économie de la première nation industrielle, son système impérial de poids et de mesures, tous deux séculaires, sont menacés par cette participation. Dans l’esprit de nombreux britanniques la décimalisation de la monnaie, à partir de février 1971, a contribué à la vision négative de l’impact, notamment sur la flambée des prix1. La demande – il y a quarante ans – d’une renégociation de la contribution britannique au budget européen par le nouveau Premier ministre, Margaret Thatcher, et ses déclarations péremptoires concernant le déficit démocratique des institutions européennes, reflétaient et entretiennent encore ce sentiment. En 2016, la contribution budgétaire britannique à l’Union européenne a été utilisée comme l’un des principaux arguments de la campagne en faveur du Brexit, ses partisans prétendant que les 350 millions de livres sterling hebdomadaires versés à l’UE – chiffre contesté – seraient consacrés au système public de santé (NHS), institution emblématique du système social britannique. Si l’entrée du Royaume-Uni dans l’union douanière, puis dans l’union politique et sociale, a posé problème aux britanniques, sa sortie, près de cinquante ans plus tard, ne pose pas moins de questions, notamment à propos son impact sur l’économie.

  • 2 Timothy Whitton (dir.), Le Royaume-Uni de Theresa May, Observatoire de la société britannique, 21, (…)
  • 3 Les coordinateurs de ce numéro adressent leurs remerciements aux laboratoires MIMMOC (EA 3812) et C (…)

Après un numéro de l’Observatoire de la société britannique consacré aux défis auxquels Theresa May devait faire face en accédant à la tête de l’exécutif en juin 2016, et deux numéros de la Revue française de civilisation britanniques sur le référendum de juin 2016 et les élections législatives de 20172, élections dont le Premier ministre espérait qu’elles lui donneraient une plus grande majorité et les coudées franches – mais qui en réalité ont produit un parlement sans majorité, incapable de dégager un consensus sur la difficile négociation des conditions du départ –, le numéro présent se penche sur l’économie britannique avant et après le Brexit et sur certaines questions épineuses qui se sont posées depuis le 23 juin 20163. L’éventuel impact de la sortie de l’UE sur l’économie britannique a peu joué dans la décision les électeurs de voter en faveur du Brexit, si ce n’est la fameuse contribution du Royaume-Uni à l’Union européenne, largement utilisée par les partisans du départ. Le gouvernement ne semble pas davantage avoir mesuré les conséquences économiques en déclenchant l’Article 50.­­­ Il semble toutefois que les conséquences économiques de cette décision politique soient multiples et profondes.

  • 4 Les auteurs des articles dans ce numéro se trouvent dans la même position – bien moins grave certes (…)

À l’aune d’une nouvelle ère de relations internationales pour la Grande-Bretagne, une ère de reconfigurations politiques, sociales et économiques, sont réunis dans ce numéro des articles qui analysent l’impact du « Brexit ». Depuis le résultat-surprise du référendum de juin 2016, une épée de Damoclès est suspendue au-dessus du Royaume-Uni. Les articles ont été rédigés pendant l’hiver 2018-2019, et révisés entre le moment où le parlement britannique a rejeté l’accord négocié entre le gouvernement britannique et l’Union européenne, le 15 janvier 2019, et la fin du délai imposé par l’activation de l’Article 50 par le Premier ministre, initialement le 29 mars 2019 (‘B-Day’). Ce délai se prolonge, prorogé jusqu’au 12 avril à cause de l’impasse à Westminster, et de nouveau, début avril, jusqu’au 30 octobre 2019. Ne souhaitant pas attendre le dénouement de la crise politique, constitutionnelle et existentielle que le résultat du referendum a déclenchée4, — ces lignes ont été rédigées en mars 2019, avant les atermoiements du départ de Theresa May et le choix de son successeur à la tête du Parti conservateur, et par conséquent du gouvernement — le présent numéro fait le point sur les débats autour de certaines questions économiques soulevées par la perspective de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Le Brexit, quel que soit son format, — même si l’accord négocié est finalement voté, et même si le processus est arrêté ou si un délai supplémentaire pour aboutir à une sortie est demandé, et accordé — ne manquera pas d’avoir des répercussions sur un certain nombre d’institutions, de politiques et de méthodes de fonctionnement européens. En attendant de savoir l’accord négocié, signé par le Royaume-Uni et l’Union européenne, est avalisé par le parlement (Deal ou No Deal ?), ou si une deuxième consultation du peuple sous forme de référendum ou d’élections législatives s’avère nécessaire, les acteurs de tous les secteurs économiques ont conduit des analyses prospectives, évalué les ajustements nécessaires et élaboré des plans pour faire face aux difficultés constatées : indisponibilité de main d’œuvre immigrée, délais de livraison prolongés, formalités administratives accrues, tarifs douaniers entraînant des coûts supplémentaires, valeur de la livre sterling incertaine, subventions agricoles évaporées… Les stratégies envisagées vont du déménagement du siège social dans un pays européen (secteur bancaire) où ailleurs (Dyson à Singapour ; Honda ; BMW pour la Mini) à la négociation bilatérale avec les autorités du pays concerné (Eurostar), de la création de stocks supplémentaires (fournitures, médicaments) à la création de filières de transport et de stockage dédiées (NHS, ferrys trans Manche)5. Devant les incertitudes quant au dénouement de la crise et sur la durée des négociations et des tractations parlementaires, de nombreux représentants de l’industrie et du commerce sont intervenus publiquement pour avertir le gouvernement des conséquences négatives qui se faisaient déjà sentir6.

Les articles dans ce numéro se classent dans trois catégories principales : le Royaume-Uni dans son ensemble ; le devenir de l’économie des régions à gouvernance autonome (Écosse et Irlande du nord) ; et le secteur financier. Les contributions font ressortir des questions fondamentales sur les prémices et le fonctionnement de la société britannique : la philosophie politique qui la sous-tend, la place des services et le poids de la finance dans l’économie britannique, les relations internes au Royaume entre les régions, et les relations extérieures du pays, sur le plan politique et économique. L’impact sur les relations extérieures ne se limite pas aux relations avec l’UE, mais aussi, conséquence du poids du secteur de la finance, avec les États-Unis.

Le Brexit et le Royaume-Uni : questions de philosophie politique

Les trois premiers articles envisagent le Royaume-Uni dans son ensemble et traitent de questions relevant de la philosophie politique et sociale. Céline Lageot retrace le processus constitutionnel de sortie de l’UE du Royaume-Uni. Ce faisant elle rappelle l’importance constitutionnel du principe de souveraineté parlementaire :

Alors que le Gouvernement a cru pouvoir passer outre le consentement du Parlement pour la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne, les juges de la Cour suprême sont venus arbitrer le conflit dans l’affaire Miller en janvier 2017, en rappelant la plénitude du principe de souveraineté parlementaire. Non seulement, et nonobstant le résultat du référendum de juin 2016, le Parlement a dû donner son approbation au déclenchement de la procédure de sortie, mais il devra en définitive autoriser la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Ce principe a mené, tant bien que mal, aux votes indicatifs du 26 mars 2019 censés faire connaître ce que le parlement, souverain, après avoir rejeté à plusieurs reprises l’accord ramené de Bruxelles par le Premier ministre, Theresa May, accepterait comme solution. Cette consultation a révélé surtout les profonds désaccords au sein des deux principaux partis politiques, et, par conséquent, n’a pu dégager une majorité en faveur d’aucune des propositions alternatives.

Dans sa contribution, Emma Bell souligne les principes qui prévalent chez les tenants du Brexit et les conséquences qui en découlent :

Bien que le Brexit soit parfois considéré par la gauche comme une opportunité de tirer un trait sur le néolibéralisme, notamment en facilitant la renationalisation des services publics, la droite du parti conservateur britannique le voit comme une vraie occasion de montrer la voie en matière de déréglementation afin de créer une utopie néolibérale au Royaume-Uni. […] Cependant, bien que la création d’une utopie néolibérale après le Brexit soit irréalisable, « le néolibéralisme réellement existant » devrait perdurer, les incertitudes économiques du Brexit plaçant les grandes entreprises dans une position de force vis-à-vis du gouvernement britannique.

L’expansion du secteur des services dans les quarante années précédant la crise de 2007, quasiment depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, a été significative. Si on ne peut imputer ce développement à l’adhésion au marché commun, la transformation de l’économie britannique suite au déclin industriel, accompagne l’expansion des échanges commerciaux avec l’Europe. Aujourd’hui, les services dominent l’économie et la vie des britanniques – les chiffres de 2016 montrent que 80 % des emplois sont dans les services publics et privés et seulement 12 % dans l’industrie, 1.5 % l’agriculture7. La place des services privés, et en particulier des services financiers, sera examinée dans des articles de la troisième partie. Louise Dalingwater analyse un aspect de l’impact du Brexit sur un pan du secteur public, le service public de santé :

L’un des défis les plus importants du post-Brexit est celui de la capacité du système britannique de santé publique (National Health Service) à retenir du personnel de santé qualifié. Le NHS a recours à des travailleurs étrangers pour combler le déficit chronique en personnel. Cet article montre pourquoi le NHS connaît actuellement une crise de recrutement et souligne comment la sortie du Royaume-Uni de l’UE pourrait aggraver le problème. Il examine ensuite l’impact potentiel du Brexit sur la présence de personnel européen dans le NHS. L’article examine pourquoi une évaluation de l’effet du Brexit sur cette crise de recrutement est difficile à effectuer. Enfin, il analyse les politiques mises en place par le Gouvernement britannique pour tenter de limiter les départs du personnel et pour remédier à la crise de recrutement.

La politique d’immigration du gouvernement conservateur aurait un effet négatif important sur l’économie, d’après des rapports officiels qu’on a tenté de garder secrets8. Si les politiques d’immigration ne sont pas directement liées à la sortie de l’UE, la perception du public et du personnel du NHS provenant de l’UE font ce lien entre les deux. Mieux contrôler ses frontières et l’immigration, on se le rappellera, fut un des arguments brandis par la campagne en faveur du Brexit.

Le Brexit et les régions à gouvernance autonome : les cas de l’Écosse et de l’Irlande du nord

  • 9 Ian Jack, « North to south, the seeds of division in Brexit Britain were sown long ago », The Guard (…)
  • 10  Sur Londres, voir Berbéri, C., « Londres : une ville plus favorable à l’euro que les autres villes (…)

Le résultat du référendum a souligné les faiblesses des relations inégales entre les différentes parties – régions et nations – du Royaume-Uni. Le décalage entre les régions anglaises ayant voté en faveur de l’UE – méridionales, prospères, cosmopolites – et les régions anglaises ayant voté en faveur du Brexit – au nord, au taux de chômage et de pauvreté élevé – reprend la division centenaire entre le nord industriel et le sud, centre administratif9, entre les régions et nations ‘périphériques’ et le centre du pouvoir, le cœur du Royaume – l’Angleterre et Londres10. Le résultat souligne également les attentes très différentes des nations composant l’Union et fait écho à l’évolution des vingt dernières années vers une autonomie plus grande de l’Écosse, mais aussi, dans une certaine mesure, du pays de Galles, et de l’Irlande du nord.

  • 11 Site officiel de l’exécutif gallois : What impact will Brexit have on the Welsh economy? 13 April 2 (…)

On s’attend à ce que l’économie galloise soit touchée par le Brexit : au niveau de son PNB, du commerce, de l’investissement et des emplois. Entre trois scénarios possibles évoqués en 2018, le plus couteux pour l’économie serait une économie sans accord avec l’UE entièrement livrée aux règlementations de l’Organisation mondiale du commerce. Le moins couteux serait le statut quo (pas de Brexit), avec un accord type CETA comme solution intermédiaire11. En accord avec ces estimations, le 4 décembre 2018, l’Assemblée galloise s’est positionnée en adoptant une motion qui rejetait l’accord obtenu par le Premier ministre britannique, et proposait que le Royaume-Uni reste au sein de l’Union douanière et du marché commun. Ce vote n’a de valeur que symbolique, mais indique, une fois de plus, l’écart entre le gouvernement britannique – Tory – et les gouvernements autonomes de ces nations, ici, l’exécutif gallois travailliste.

En Écosse, on est tout aussi préoccupé par les retombés économiques de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Selon Gilles Leydier :

Le débat autour des enjeux économiques résultant du Brexit s’est déroulé en Écosse dans un contexte politique particulier, en raison notamment du vote largement majoritaire exprimé par les Écossais en faveur du « Remain » ; mais aussi de la revendication exprimée par le gouvernement nationaliste d’un traitement spécifique du cas écossais dans le cadre des négociations engagées avec les institutions européennes ; et, enfin, de la question posée par le rapatriement des compétences exercées conjointement par l’UE et les institutions décentralisées vers le territoire britannique.

Sa contribution « analyse comment les enjeux économiques ont alimenté le débat politique autour de l’autonomie écossaise au sein du Royaume-Uni et de la perspective indépendantiste, dans un climat général d’incertitude et d’inquiétudes multiples face aux conséquences attendues du Brexit. »

  • 12 Marie-Claire Considère-Charon, « Brexit à l’irlandaise : vers la remilitarisation de la frontière ? (…)

En Irlande du nord, la situation est compliquée par d’autres facteurs. Philippe Cauvet analyse les retombées constitutionnelles et politiques du résultat du référendum britannique dans ce territoire en des termes qui replacent le débat dans la longue durée. La frontière entre le Royaume-Uni et l’Irlande, seule frontière terrestre de chacun des deux pays, pose des difficultés qui ne sont pas seulement économiques et administratives. Elle reste une question fondamentale depuis l’indépendance de l’Irlande, il y a un siècle. Le Brexit aura des conséquences du Brexit sur les relations entre les communautés en présence, conséquences qui pourraient même aller jusqu’au retour d’un contrôle militaire de la zone frontalière12. Selon Philippe Cauvet, le problème que pose la frontière est dû aux failles inhérentes à l’accord de paix. Ces failles seraient de deux ordres, l’une étant la nature du partage des pouvoirs, qui, au lieu de contribuer à la construction de relations de confiance et d’un consensus, a renforcé la polarisation sectaire en Irlande du nord ; l’autre faille se situant au niveau de la définition constitutionnelle incomplète des rôles du Royaume-Uni et de l’Irlande comme co-garants de l’Accord du Vendredi Saint.

  • 13 European Committee of the Regions, Assessing the exposure of EU27 regions and cities to the UK’s wi (…)

En élargissant la perspective au-delà des régions britanniques, le Brexit ne sera pas sans conséquences pour plusieurs régions européennes ayant un fort niveau d’échanges commerciaux avec le Royaume-Uni. Selon un rapport de mars 2018 par le Conseil européen des régions, à part les régions irlandaises, qui seraient impactées au même niveau que le Royaume-Uni, en raison de leur forte intégration économique, des régions néerlandaises, belges, françaises (la Bretagne et les Hauts-de-France particulièrement dans le domaine de la pêche), mais aussi italiennes et espagnoles, seraient particulièrement exposées aux conséquences économiques du retrait du Royaume-Uni de l’UE. Le rapport détaille les secteurs économiques qui seraient les plus touchées : les secteurs de l’automobile, l’agriculture, l’alimentaire, la chimie et l’industrie13.

Le Brexit et le secteur de la finance

Un secteur en particulier au Royaume-Uni, celui de la finance, a été un des premiers à se soucier des effets du Brexit sur les échanges. C’est ainsi que trois articles se penchent sur les questions financières – en examinant tour à tour l’impact sur la prédominance de la « City » dans la finance mondiale, sur les relations trilatérales Royaume-Uni – Europe – États-Unis, et sur les conséquences monétaires pour l’ensemble.

  • ‘Next Steps in the “Special Relationship” – Impact of a US-UK Free Trade Agreement’, Testimony by D (…)
  • La ville globale – New York – Londres – Tokyo, chez Descartes, 1996. Voir le résumé de son parcours (…)

 « Depuis des décennies, le Royaume-Uni a été le portail stratégique vers l’UE pour les entreprises et institutions financières américaines14 » selon Daniel S. Hamilton, professeur à John Hopkins University, specialiste des relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis. C’est ainsi que les relations entre les Londres et New York, centres financiers historiques, villes « bi-moteurs de l’économie mondiale » selon l’expression de Saskia Sassen15, sont l’objet de l’article de Martine Azuelos :

Alors que le danger que représente le Brexit pour Londres en tant que place tournante de la finance mondiale a suscité beaucoup d’inquiétudes, ses effets potentiels sur les liens étroits existant entre Londres et New York, et que suggère la création du néologisme « NY-LON », ont fait couler beaucoup moins d’encre. C’est de cette deuxième question que traite cet article, en la replaçant dans le contexte plus large des débats sur la « relation spéciale » entre l’économie du Royaume-Uni et celle des Etats-Unis et sur le rôle des places financières dans le processus de mondialisation. La première partie met l’accent sur la centralité des investissements directs étrangers (IDE) et de la finance dans la relation entre les deux économies nationales et sur le rôle qu’ont joué les deux places de Londres et de New York dans la mondialisation. La deuxième partie définit « l’espace de flux » constitué par les deux villes globales jumelles et les fondements institutionnels qui sous-tendent ces flux en s’attachant à démontrer que la mondialisation est « enchâssée » dans l’espace que constitue NY-LON et dans les institutions qui s’y sont développées. En se fondant sur ce cadre d’analyse, la troisième partie fournit quelques pistes permettant de comprendre quels pourraient être les effets du Brexit sur NY-LON et sur la mondialisation.

Se centrant plutôt sur Londres, l’article de Nicolas Sowels souligne les principaux défis posés par le Brexit aux services financiers basés au Royaume-Uni et les défis qui existent également pour l’Union européenne. Il soutient que :

« les institutions financières ayant anticipé la possibilité d’un Brexit sans accord, les risques les plus graves d’instabilité financière sont moindres. Cependant, à long terme, le Brexit soulève des problèmes réglementaires importants, car l’accès au marché européen fondé sur « l’équivalence » sera beaucoup plus difficile que l’accès automatique actuel fondé sur la reconnaissance mutuelle et les « droits de passeport ». Ce processus engendrera des côuts pour le Royaume-Uni comme pour l’UE. »

Les risques d’instabilité économique pourraient être évitées par la planification, pour l’instant, laissée aux bons soins des entreprises, mais peu assurée par le gouvernement, préoccupé par l’obtention d’un accord sur les conditions de sortie.

  • 16 Report by the Comptroller General and Auditor General. Cabinet Office: Civil Contingencies Secretar (…)

À partir de juin 2018 – certains diront tardivement – le gouvernement a affecté un nombre important de fonctionnaires (6,000) à cette tâche, nommée ‘Operation Yellowhammer’, à laquelle 1.5 milliard de livres sterling ont été alloués. Devant la possibilité grandissante d’une sortie sans accord avec l’UE, un rapport établi par les services d’audit, publié en mars 2019, fait état des zones de risques de perturbation pour lesquels des plans devaient être mis en œuvre : les transports, les frontières (personnes et marchandises), la santé, l’énergie (et autres industries « critiques », dont les télécommunications), l’alimentation et l’eau, les britanniques dans l’UE, le droit, la finance, l’Irlande du nord, les territoires outre-mer et dépendances britanniques (y compris Gibraltar), la sécurité nationale16. On notera que plusieurs de ces domaines (droit, santé, finance, Irlande du nord) font l’objet d’analyses dans ce numéro.

Adoptant encore cette double perspective d’analyse des conséquences intérieures et extérieures de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, Christian Aubin et Ibrahima Diouf analysent « Les conséquences monétaires du Brexit » pour le Royaume-Uni, pour l’Union européenne, et pour la zone euro :

« Même si le Royaume-Uni n’appartient pas à la zone euro, le Brexit a des conséquences monétaires qui ne doivent pas être ignorées. Les inquiétudes liées à la sortie de l’UE ont fortement affecté la monnaie britannique. L’impact prévisible du Brexit sur l’activité économique conduit la Banque d’Angleterre à adapter sa politique monétaire pour arbitrer entre stabilité monétaire et stabilité réelle. Enfin, la fragmentation financière induite par le Brexit peut entraîner un dysfonctionnement de la zone euro. »

Dans cette perspective, peut-on encore parler d’une économie « nationale » ? Le discours politique concernant la question de souveraineté nationale semble bien faible lorsqu’on se rend compte de cette imbrication des économies. Le paradoxe réel que l’ensemble de ces contributions souligne est celui de la difficile réconciliation entre, d’une part, l’indépendance et la souveraineté nationale, et, d’autre part, l’interdépendance et les échanges commerciaux dans l’économie mondialisée, et, en fin de compte, entre le politique et l’économique.

Notes:

1 Voir par exemple, Dominic Sandbrook, dans le quotidien conservateur, le Daily Mail, 31 janvier 2011, « The day Britain lost its soul. How decimalisation signalled the demise of a proudly independent nation ».

2 Timothy Whitton (dir.), Le Royaume-Uni de Theresa May, Observatoire de la société britannique, 21, 2018. Signalons également deux numéros de la Revue française de civilsation britannique : Karine Tournier-Sol (dir.) Le Référendum sur le Brexit du 23 juin 2016, Revue française de civilisation britannique, XXII-2, 2017 ; Stéphanie Bory, Fiona Simpkins, Le Brexit et les élections législatives britanniques de 2017, Revue française de civilisation britannique, XXIII-2, 2018.

3 Les coordinateurs de ce numéro adressent leurs remerciements aux laboratoires MIMMOC (EA 3812) et CECOJI (EA 7353) de l’Université de Poitiers, au Centre de recherches en civilisation britannique (CRECIB) et aux collègues qui ont participé à la journée d’études tenue à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Poitiers (USR 3565).

4 Les auteurs des articles dans ce numéro se trouvent dans la même position – bien moins grave certes – que les britanniques, chefs d’entreprise, simples citoyens, vacanciers, qui ont dû remettre sans cesse des décisions importantes devant l’impossibilité de prédire l’avenir ou de savoir quelle réglementation sera en vigueur à court ou à moyen terme.

5 https://www.theguardian.com/politics/2018/dec/30/food-prices-to-finance-what-a-no-deal-brexit-could-mean-for-britain.

6 Mike Hawes, président de la Society of Motor Manufacturers and Traders, Colin Stanbridge, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Londres, The Guardian, 15 janvier 2019 ; Tom Enders, Airbus CEO urges UK decision makers to avoid no-deal Brexit, Airbus, 24 January 2019, https://www.airbus.com/search.video.html?page=3&lang=en&newsroom=true.

7 https://www.bls.gov/emp/ep_table_201.htm.

8 Peter Walker and Anushka Asthana, « Second Brexit analysis leak shows harm of tighter migration rules », The Guardian, 31 janvier 2018.

9 Ian Jack, « North to south, the seeds of division in Brexit Britain were sown long ago », The Guardian, 2 février 2019.

10  Sur Londres, voir Berbéri, C., « Londres : une ville plus favorable à l’euro que les autres villes du Royaume-Uni ? », Observatoire de la société britannique [En ligne], 11 | 2011, http://journals.openedition.org/osb/1187 ; DOI : 10.4000/osb.1187.

11 Site officiel de l’exécutif gallois : What impact will Brexit have on the Welsh economy? 13 April 2018, https://seneddresearch.blog/2018/04/13/what-impact-will-brexit-have-on-the-welsh-economy/. ″The scenario simulations reveal that Brexit will lead to the imposition of costs, either through the imposition of tariffs or the loss of preferential access to the single market. The impact on the Welsh economy will be felt via reductions in GDP, GDP per capita, trade, investment and employment. The least costly outcome for Wales is if the status quo can be held to for as long as possible. The next best or next least worst is the conclusion of a CETA type agreement by the EU. The most costly is a Brexit based on WTO rules.

12 Marie-Claire Considère-Charon, « Brexit à l’irlandaise : vers la remilitarisation de la frontière ? », Observatoire de la société britannique [En ligne], 22 | 2018, mis en ligne le 01 mai 2019, consulté le 02 mars 2019. URL : http://journals.openedition.org/osb/2721; DOI : 10.4000/osb.2721.

13 European Committee of the Regions, Assessing the exposure of EU27 regions and cities to the UK’s withdrawal from the European Union, ECON Commission, 14 March 2018.

14 ‘Next Steps in the “Special Relationship” – Impact of a US-UK Free Trade Agreement’, Testimony by Dr. Daniel S. Hamilton, U.S. House of Representatives, Joint Hearing by the Subcommittee on Terrorism, Non-Proliferation and Trade Subcommittee on Europe, Eurasia and Emerging Threats of the Committee on Foreign Affairs, February 1, 2017, p. 4.

15 La ville globale – New York – Londres – Tokyo, chez Descartes, 1996. Voir le résumé de son parcours dans l’éloge prononcé lors de l’attribution du Doctorat honoris causa à l’Université de Poitiers : https://journals.openedition.org/mimmoc/585.

16 Report by the Comptroller General and Auditor General. Cabinet Office: Civil Contingencies Secretariat. Contingency preparations for exiting the EU with no deal. National Audit Office, HC 2058, 12 March 2019. Suivant le report, en avril 2019, de la date de sortie de l’UE au 1er novembre, les fonctionnaires detaches à la planification des mesures d’urgence ont été renvoyés à leur ministères d’origine, et la planification d’urgence abandonnée. Richard Johnstone, ‘Brexit: Whitehall churn means government may never be as ready again for no deal, says IfG’, Civil Service World, 5 juin 2019.

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Pour citer cet article

Référence papier

Susan Finding, « Introduction
Brexit, souveraineté nationale et mondialisation », Observatoire de la société britannique, 24 | 2019, 15-28.

Référence électronique

Susan Finding, « Introduction
Brexit, souveraineté nationale et mondialisation », Observatoire de la société britannique [En ligne], 24 | 2019, mis en ligne le 01 mai 2020, consulté le 15 janvier 2021. URL : http://journals.openedition.org/osb/3146 ; DOI : https://doi.org/10.4000/osb.3146

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Projet de recherche à Churchill College, Cambridge, janvier à juillet 2021

Le projet de recherche en lien avec le Fonds Dubois au SCD de l’Université de Poitiers, « Early 20th century economic history book collectors and their collections : Herbert S. Foxwell, 1849-1936 »,  soumis à l’Ambassade de France à Londres et à Chuchill College Cambridge, m’a valu l’honneur d’être nommée Overseas Fellow de Churchill College, où je mènerai ce projet  de janvier à juillet 2021.Churchill College

Ci-dessous le projet soumis (en anglais):

The comparative & interdisciplinary ongoing research project focuses on issues of collection formation and the sourcing of rare economic history books with reference tosignificant collections and collectors. It throws light on networking and nodal connections in the world of antiquarian books and academic scholarship in the late nineteenth and early twentieth centuries. This part of the project centres on the life, workand collections of Herbert S. Foxwell (1849-1936) Fellow at St. John’s between 1874-1889 and 1905-1936, and Professor of Economics, University College, London.

According to J.M.Keynes, the collections Foxwell sold to Harvard ‘should rank with the GL [Goldsmiths’ Library] in London and the Seligman collection in Columbia as one of the three outstanding economic libraries in the world’ (1), making Foxwell, responsible for two of the three, the foremost collector in the field.

[Photo : Keynes & Foxwell’s neighbouring houses in Harvey Rd., Cambridge]

Today, Foxwell’s collections at Senate House (Goldsmiths) and the Baker Library, Harvard Business School (Kress Collection of Business and Economics) together form the Goldsmiths’-Kress Library of Economic Literature, composed of 60.000 monographies from before 1850, reproduced on microfilm in the 1970s, and now an online subscription-based corpus which has recently been given digital humanities research tools.(2) Keynes called this corpus ‘Foxwell’s main life work and his chief claim to be remembered’. (3) Foxwell’s collecting and cataloguing set standards for the range and breadth of subjects and the methodological tools for economic history source description.

The collective corpus collated by five eminent collectors active in the period 1880-1930 (4) forms the largest privately-constituted depositories of works in the field of early economic history outside public institutions such as the British Library and the National Library of Australia. Major disposals of private librairies in country houses in Britain led to acquisitions of books by learned (and monied) private collectors, and, through subsequent donations and acquisitions of whole new collections, to significant depository holdings on economics in academic librairies in Britain (Senate House Library), the United States (Columbia & Yale Libraries), and The Netherlands (International Institute of Social History). The five collectors comprised one Frenchman, two Englishmen and two Americans. Three of them held chairs in economics: Auguste Dubois (1866-1935) at Poitiers from 1908, Edwin Seligman (1861-1939) at Columbia from 1904, and Herbert S. Foxwell (1849-1936). All three were instrumental in the emergence of their discipline, founding associations and journals for the study of economics, and supporting institutional initiatives.

At Cambridge, ‘the struggle to establish Political Economy as a subject in its own right’ led to a specific economics department collection in 1906, with Keynes as Librarian.(5) Foxwell was founder member of the Royal Economic Society and the Economic Journal (1891-).Seligman was the editor of the Political Science Quarterly and founder member of the American Economic Association. Dubois co-founded the Revue d’histoire des doctrines économiques et sociales (1908-1912) – Revue d’histoire économique et sociale (1913-1977). The fourth collector, Henry R. Wagner (1862-1957), collected and catalogued rare books in the field. The fifth, one of their principal suppliers, was Leon Kashnor, a specialist antiquarian book dealer, sold collections to the International Institute of Social History, Amsterdam in 1937 & the National Library of Australia (Canberra) in 1950.(6)

The University of Poitiers Manuscripts & Rare Books Library holds the prestigious Dubois collection composed of around 6,000 works on political economy published between the 1670s and 1840s, with a number of extremely rare pamphlets, including a previously unexplored & unrecognized depository of around 900 early English titles (1560 to 1840), bequethed to the University in 1935 by August Dubois, Poitiers Professor of Economic & Political Doctrine. Fonds Dubois: ouvrages en langue anglaise, traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne [PDF -439Ko]. Having recognised the significance of this deposit, I have been researching and promoting itthe past ten years. To date, 50,000€ has been awarded on competitive merit by international and French national and regional research institutions for the project. Thematic exhibitions have been held : The State of Ireland 1640-1830 (2015), 1688 The Glorious Revolution (2017, web publication forthcoming). A number of works in the collection have been digitalized in their entirety for the virtual library on early Utopian socialists. I have published articles, given papers, and organised conferences around this collection. I set up an international network comprising over forty academics and twenty institutions including Brown, Columbia, Yale, Harvard,London, Sheffield, Leeds, the Sorbonne, Montpellier, the EHESS (Paris), which, it is hoped, will be extended to include Cambridge as a result of this project, http://dubois.hypotheses.org/. These serve as a link between the different fields and researchers. In 2020, the European Early American Studies Association (EEASA) is holding its bi-annual conference in Poitiers as a result of interest generated in the Dubois collection.

Two previous visiting fellowships at Yale, 2014, and at the Huntington Library, California, 2017, provided support for studying firstly the collection of 6,000 items donated to Yale (Beinecke Library) by Henry R. Wagner; the collections bought from Herbert S. Foxwell (1849-1936) by the Baker Library, Harvard Business School, and the Hugh Bancroft (1879-1933) collection; the Seligman Papers and 50,000 item collection at Columbia University Library.

The web of collectors of economic history rarities and the provenance of a numberof books in these collections, bought from antiquarian booksellers in London, Leon Kashnor (Museum Bookstore), was established and I began to map the links between purveyors and collectors of rare economic tracts in London in the 1890s to 1930s. The William Reece Fellowship (Huntington), was dedicated to work on H. E. Huntington (philanthropist, collectioner) and H. R. Wagner (silver dealer & book collector in London in the 1910s), and antiquarian booksellers they dealt with. Wagner, like Foxwell, was a dedicated bibliographer. His Irish Economics:1700-1783, (7) was privately published in 1907. A bibliography of British economic tracts was never completed.(8) In the common pursuit of identifying and locating as many early works on economic history as possible at a time when their value in monetary terms and the profile of economics as a discipline were low, Foxwell, Seligman, Wagner and Dubois were aware of their peers, as collectors and academics and, from 1911 at least, (9) exchanged bibliographical information, and lent each other books, catalogues and index cards in an ongoing transatlantic conversation.(10)

This project proposes to further examine and revalue Herbert S. Foxwell’s book collecting, his unique contribution to the preservation of rare pamphlets & the bibliography of economic history and his status in the emergence of the Cambridge school of economics (11) in a wider perspective. His work ‘heavily influenced Edwin R.A. Seligman’ (12) and ‘testified to the “global exchange of knowledge” in the late nineteenth through early twentieth centuries’ (13) between a small but influential group of academics & bibliophiles on both sides of the Atlantic, whose expertise, connexions, flair and dedication, remain largely unrecognised.

Foxwell acquired over 50.000 items over his lifetime. (14) In 1901, at the age of 52, to finance and make room for further acquisitions, he sold a collection of 30,000 items to the Goldsmiths Company. It was deposited with the University of London in 1903. Both Cambridge University Library and the LSE had been interested in acquiring it. Seligman also showed an interest.(15) In 1929, a collection of duplicates was sold to Harvard. After his death, a collection of 20,000 volumes was acquired by Harvard with the help of C.W. Kress. Foxwell’s dispersed collections arethus now reunited in The Goldsmiths’-Kress Library of Economic Literature, 1450-1850, virtual online collection The Making of the Modern World. (16) I have already been able to consult the deposits at Senate House Library, London and the Baker Library Historical Collections,Harvard Business School. Further papers of Foxwell’s are held by the Kwansei Gakuin University Library (Japan)and are consultable online. During the Fellowship period, I intend to explore archival material and libraries at a number of Cambridge institutions: the Marshall Library of Economics (the papers of H. S. Foxwell, J. M. Keynes, Alfred Marshall (17), James Bonar, Austin Robinson, Charles Rye), Cambridge University Library, for additional archive material (letters from or to Foxwell, work by him, information concerning his correspondants and contemporaries) and the libraries of Churchill College (Robinson), St. John’s (Foxwell, Larmor, The Eagle), King’s (Marshall, Keynes, Pigou, Browning), Trinity (Edward E. Foxwell, Sidgwick), Magdalene and Sidney Sussex.

The history of these collectors and collections (provenance, acquisition, cataloguing, dealings with antiquarian booksellers) and the selection of the works deemed worthy of inclusion informs research in cultural studies : the book trade and the antiquarian market; the value/scarcity or popularity of works on political economy; philanthropy, academia, and bibliophilia in ‘fin de siècle’ London; the development of economics as an institutional and academic discipline. It also contributes to the archeology of economic concepts, epistemological debate, and the role of academe in preserving such artefacts. This research in Cambridge on Foxwell’s collecting and compiling, sourcing and cataloguing of rare economics books will enable several work-in-progress papers, and a book project, be completed and submitted for publication following this Fellowship.

1. J. M. Keynes, C. E. Collet, [obituary] « Herbert Somerton Foxwell, » The Economic Journal, Dec. 1936.

2. John J. McCusker, « An Introduction to The Making of the Modern World. » The Making of the Modern World. Detroit, Gale Cengage Learning, 2011.

3. J. M. Keynes, Essays in Biography, The Royal Economic Society, Palgrave Macmillan, (1st ed. 1933), 2010, p.238.

4. Other collections were constituted later: Kansas Howey Economic History Collection, Hitotsubashi University Li-brary, Tokyo.

5. Marshall Library of Economics. Origins.

6. Huub Sanders `Books and pamphlets on British social and economic subjects (ca. 1650-1880) at the IISH Amsterdam’, 1988; The Kashnor collection : the catalogue of a collection relating chiefly to the political economy of Great Britain and Ireland from the 17th to the 19th centuries, Canberra, National Library of Australia, 2 Vols., 1969.

7. Foxwell considered the title to be exaggerated, as half the titles concerned money and banking. Letter to W. R. Scott, July 1, 1931, H.S. Foxwell Papers. Baker Library Historical Collections. Harvard Business School.

8. Boxes of typescripts and index cards, Henry R. Wagner Collection, Beineke Library, Yale; m/s Bibliography of Brit-ish Economics, 1499-1799, UCLA Special Collections.

9. Columbia University, Rare Books Manuscripts Files, MS Coll Seligman, Letter Foxwell to Seligman, 4 June 1911.

10. Columbia, MS Coll Seligman, Letter from Seligman to Janet Bogardus, Librarian of the Seligman Collection at Columbia, 7 September 1936; Janet Bogardus, to Frank W. Fetter, Haverford College, June 14th 1937;Frank W. Fetter, Haverford College, to Janet Bogardus, 16 February 1938.

11.Peter Groenewegen,The Minor Marshallians and Alfred Marshall: An Evaluation, Routledge, 2012; Rogério Arthmar & Michael McClure, ‘Herbert Somerton Foxwell (1849-1936), in Robert A. Cord (ed.), The Palgrave Companion to Cambridge Economics, Springer, 2017.

12. McCusker, ‘An Introduction…’, 2011.

13. Foxwell papers, Kwansei Gakuin University Library.

14. Anon [Keynes]. ‘Professor Foxwell; The Bibliography of Economics,’ The Times, Aug. 4, 1936; .J. M. Keynes , C. E. Collet, « Herbert Somerton Foxwell, June 17, 1849-August 3, 1936, » The Economic Journal, Dec. 1936.

15. Letter from Foxwell to Seligman, letter dated 22 July 1901. Columbia University, Rare Books Manuscripts Files, MS Coll Seligman.

16. The Making of the Modern World. Detroit: Gale Cengage Learning; J.H.P. Pafford, “Introduction” in Canney, M., Knott, D., Catalogue of the Goldsmiths’ Library of Economic Literature,London: Cambridge University Press, 1970-1995, vol. 1, pp. ix-xxi.; Jeffrey L. Cruikshank, A delicate experiment: the Harvard Business School, 1908-1945. Boston, Mass.: Harvard Business School Press, 1987; Senate House Library, University of London, ‘Herbert Somerton Foxwell and the Goldsmiths’ Library: A Brief History’; Peter Groenewegen, ‘Alfred Marshall and Henry S. Foxwell. A Tale of Two Libraries’ in Classics and Moderns in Economics, Essays on Nineteenth and Twentieth Century Economic Thought, Vol. 2, Routledge, 2004, pp.72-85.

17. The Correspondance of Alfred Marshall, Economist, edited by John K. Whittaker, CUP, 1995.

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Printemps des Humanités numériques UFR Lettres et Langues Poitiers Brève numérique n°5 Le Fonds Dubois & les humanités numériques: l’exposition virtuelle

Brève numérique n°5

Le Fonds Dubois & les humanités numériques: l’exposition virtuelle

Qui était Auguste Dubois? Licencié ès lettres en 1886, reçu docteur de la faculté de droit de Lille en 1893, il fut d’abord chargé de cours à la faculté de droit de Lille, avant de devenir professeur agrégé à la faculté de droit de Poitiers. Son enseignement a porté dès le début sur l’économie politique (doctorat) et l’histoire des doctrines économiques. En 1903, il publiait le premier tome de son Précis de l’histoire des doctrines dans leurs rapports avec les faits et les institutions, un ouvrage qui reste un exemple de méthode scientifique et de critique économique. Découvrez le parcours de cet intellectuel et son rôle dans l’histoire des idées, de l’histoire économique et sociale des XVIIe-XVIIIe s. en France et au Royaume-Uni à travers la présentation de Susan Finding (MIMMOC EA 3812), Elodie Peyrol-Kleiber (MIMMOC, EA 3812) et Anne-Sophie Traineau Durozoy (Conservatrice, SCD, UPoitiers).

Le projet en vidéo.

Pour en savoir plus: https://dubois.hypotheses.org/

6 Daniel Defoe et le commerce

6 Daniel Defoe  1660-1731 (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Defoe fut éduqué dans une académie protestante faisant partie de la mouvance dissidente. Il participa à la rébellion de 1685 (dite Monmouth) contre Jacques II. Marchand et spéculateur, mais aussi journaliste, il est actif après le règne de Guillaume et Marie. Defoe a néanmoins commencé sa carrière de pamphlétier en 1697, en défendant à la fois le roi et son Président des Communes, puis ministre principal au début du règne d’Anne, Sir Robert Harley, Conte d’Oxford, (1661-1724), qui engagea Defoe comme polémiste politique au solde du parti Whig. C’est ainsi qu’il rédige An Essay Upon several Projects (1697) [1702] [FD 345].

Defoe se fit remarquer en premier en pourfendeur de ceux qui décriaient Guillaume III, rustre hollandais, en démontrant que l’idée d’un « anglais de pure souche » était une fiction :

« Mais lorsque je vois que courent les rues libelles et invectives à l’encontre des Hollandais, pour la simple raison qu’ils sont étrangers ; lorsque je vois d’insolents pédants et autres rimailleurs de ballades accabler le roi de reproches et d’insultes au prétexte qu’il emploie des étrangers et qu’il est lui-même étranger, je m’avoue amené par ce spectacle à rappeler ses propres origines à notre peuple et, par-là, lui démontrer combien cela nous couvre de ridicule, dans la mesure où, s’agissant d’Anglais ab origine, nous nommes en fait tous étrangers. » (Préface, L’anglais de race pure, 1700)

Les principales idées de Defoe sur la liberté d’expression, la propriété intellectuelle, la censure, sur l’exclusion des protestants dissidents de la société civile, et sur l’immigration et la xénophobie, reflètent les débats de l’époque. Il fut lui-même cloué au pilori en 1703 pour un pamphlet satirique considéré comme séditieux, où pour en finir avec la dissidence, il propose leur annihilation : The Shortest-Way with the Dissenters; Or, Proposals for the Establishment of the Church, 1702, et commet le crime de lèse-Eglise en ridiculisant les High Tories, Anglicans. Son « Hymne au pilori » qui tourne à nouveau en dérision la punition, appliquée aux plus nobles et aux les plus honnis, est vendu à la foule venue le châtier.

Journaliste, son récit sur le commerce et les manufactures d’Angleterre, tout comme son journal de voyages à travers le pays, et son travail d’investigation et de témoignage (A Journal of the Plague Year, 1722), nourrissent ses œuvres de fiction pour lesquelles il est renommé. Le héros éponyme de Robinson Crusoe devient ainsi pour Karl Marx l’archétype du capitaliste impérialiste – avec une petite flèche envers le peuple chez qui Marx avait trouvé refuge.

« Notre ami Robinson apprends vite par expérience, et ayant réussi à récupérer une montre, un livre de bord, une plume et de l’encre de l’épave, il commence, comme tout britannique de naissance, par faire un inventaire des objets d’utilité qu’il détient, des opérations nécessaire pour les produire, et enfin, du temps de travail que ces objets lui ont coûté en moyenne. » Le Capital, Vol.1, 1ère partie.

L’ouvrage que publia Defoe en 1726, The Complete English Tradesman [FD 1727] est à la fois descriptif et prescriptif. Un nombre d’ouvrages grandissant aidait les commerçants à comprendre le métier. Faisant le tour des techniques de commerce, Defoe défend le commerce comme essentiel à la nation, le système de commerce anglais comme supérieur à tout autre, et la noblesse de la classe des commerçants, point inférieure aux autres rangs sociaux. L’expansion du commerce à l’étranger augmente le commerce domestique, crée des emplois et de la demande, ce qui augmente la production et améliore les salaires.

Comme pour John Locke, les liens entre le libéralisme politique et économique, entre le soutien à Guillaume III et une théorie de l’économie, sont manifestes, au moment où on cherchait à expliquer et comprendre les mécanismes du pouvoir et des marchés – car les liens entre propriété et pouvoir, richesse et  était évident en ce fin de XVIIe siècle. La force du Royaume protège la couronne, l’Eglise, l’Etat, les Lois, le Commerce et les Libertés. La force du Royaume provient de ses richesses et de son commerce. [FD 2235]  Les mêmes sentiments se retrouvent vingt ans plus tard,  « Les bases de la richesse du royaume sont la Terre, les Manufactures, et le Commerce extérieur, ceux-ci sont les Pilliers … » [FD 384]

Au total, une vingtaine de pamphlets et d’ouvrages anciens traitant de sujets économiques se trouvent dans le Fonds Dubois.Fonds Dubois: ouvrages en langue anglaise, traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne [PDF – 439 Ko]

9 Le commerce

Le commerce est la façon dont « un Pays, relativement petit et avec une Population peu nombreuse, peut par leur Situation, Commerce et Politique valoir en Richesse et en Force, un Peuple et un Territoire bien plus grands »  confirme William PETTY, en 1690. [FD 2418]

Les colonies

Les produits importés en Angleterre à la fin du XVIIe siècle viennent du continent (soies, vins, lins…), des colonies anglaises (le tabac de Virginie, le sucre de Barbade et Jamaïque, îles nouvellement acquis), ou des Indes, commerce contrôlé par des monopoles (les épices (poivre), et le coton). Les lois sur la navigation interdisent l’utilisation de transporteurs autres qu’anglais, et le commerce entre les colonies – toute marchandise doit passer par l’Angleterre avant d’être réexpédiée. La production du tabac en Jamaïque est protégée par l’interdiction de cultiver la plante sur le sol anglais.

La différence entre les colonies américaines au nord et dans les Caraïbes -respectivement les pèlerins puritains respectables, des flibustiers et des marchands, des opposants au roi Charles II exilés à son accession, dans les derniers, [FD 368]  permet à certains de préconiser une forme d’autonomie politique aux premiers, leur permettant de réunir des représentants lors une assemblée annuelle. [FD 2455]

Indication de la place de l’Irlande et de l’Écosse dans les considérations dans le commerce anglais, dans un traité, elles ne viennent qu’après les plantations, signe de leur contribution moindre aux richesses du pays. [FD 1096] Voir à ce sujet l’exposition virtuel [URL: http://etat-irlande.edel.univ-poitiers.fr/exposition/lirlande-dans-le-fonds-dubois/].

Le travail contraint et l’esclavage

Les besoins en main d’œuvre dans les plantations sont tels que l’on cherche des solutions: par exemple en y envoyant les oisifs, les vagabonds, les pauvres d’Angleterre, qui seraient par la force des choses obliges de se débrouiller. [FD 384]

À partir de 1650 la pratique du commerce triangulaire, déjà pratiqué par les navigateurs, est étendue à la traite des esclaves pour répondre à la demande en main d’œuvre des colonies productrices de sucre. Pour les auteurs de l’époque, la traite n’est qu’une autre forme de commerce : on propose l’augmentation de ce commerce d’Afrique vers les Caraïbes pour répondre à la demande des colonies et des  espagnols. [FD384]  C’est l’interdiction faite aux colonistes de commercer avec des nations étrangères qui contribue à l’essor de l’esclavage et du Royal Africa Company (1662) qui ‘traitait’ environ 5000 esclaves par an dans les années 1680.

Dans le Deuxième Traité sur le Gouvernement (Ch. 3-4) Locke évoque l’esclavage, mais semble ignorait la question de l’origine des esclaves noirs vendus par ses concitoyens. Pour Locke, « l’esclavage n’est que la continuation d’un état de guerre, entre un conquérant légitime et un captif. »

 

 

 

 

 

 

5 L’économie anglaise au 17e siècle: l’argent, le crédit, la Banque d’Angleterre, les manufactures

  1. L’économie anglaise au 17e siècle (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Dans les traités d’économie politique – discipline qui n’en avait pas encore ni le nom, ni le titre – de cette période, on cherche à établir avec précision des chiffres – d’où le titre de l’ouvrage de William Petty, Arithmétique politique [FD 2418] concernant le commerce, la population, [FD 2455] la douane, et l’administration grandissante servait à compiler ces quantifications.

Selon la méthode scientifique émergeante, on chercha à établir des liens de cause à effet entre les phénomènes observés (Locke, Discourse on Human Understanding, 1689) afin d’établir des lois naturelles, aussi bien en médecine, en sciences naturelles, en philosophie politique qu’en économie. Les débats se font par pamphlet interposé, le média préféré de l’époque, au moment même de la transition vers une diffusion massive de la presse quotidienne (1702 Daily Courant).

Le débat sur la progression des richesses du pays, le développement urbain – Petty publia des comparaisons de plusieurs grandes villes pour comprendre les phénomènes, parfois en version bilingue – [FD 2461] les origines de ces richesses – les biens ou le labeur (la propriété ou le mérite) – bat son plein. Le taux d’accumulation de capital, résultant des bénéfices et de l’épargne, était suffisant pour financer le commerce extérieur, la reconstruction de Londres après le feu de Londres (1666), la construction navale (les chantiers de Chatham) et pour faire baisser les taux d’intérêt. (Grassby, p.395-397).

Un résumé de l’histoire économique de l’époque vue par des analystes quatre-vingt ans plus tard (1766) est donné dans l’ouvrage, traduit en anglais de VIVANT de MEZAGUE [FD 2484].

Mais les premier sujets qui interrogèrent ces auteurs à part la croissance de la population, sont ceux de l’imposition, de l’inflation des prix, la quantité d’argent en circulation et la balance des paiements – l’argent étant exporté pour les importations, celles-ci contribuait à la pénurie souvent constatée.

  1. L’argent, le crédit, la Banque d’Angleterre

L’argent

La fonction et le rôle de l’argent – monnaie et matière – ayant une valeur intrinsèque, et/ou une valeur marchande et variable sont discutés. [FD 2314] La croissance de l’économie demandait une plus grande quantité de pièces de monnaie pour assurer l’échange de marchandises. La monnaie venant à manquer, on cherchait à diviser des pièces existantes, en les coupant  (clipp’t) [FD 2273], à utiliser le crédit et à développer des billets de banque, comme équivalent des sommes d’argent trébuchantes et sonnantes. [FD 2064].

La publication de tracts économiques par Locke de considérations sur ces sujets, fait partie d’un nombre important de pamphlets publiés en 1696, en réponse à la crise d’espèces. [FD371]

Le crédit

Avec le manqué d’argent, pour pouvoir continuer à commercer, le crédit semblait aussi nécessaire à une nation commerçante « que les liquides dans la circulation du sang dans le corps » [FD 2316] [FD 1947] Le développement des banques et la création de la Banque nationale s’ensuivent. Comprendre comment fonctionne le système devient un élément important pour les commerçants. [FD 2064].

L’investissement et l’Échange de titres

Le fiancement du commerce est obtenu par l’investissement de partenaires, et le développement de ce marché centré sur les cafés autour de la Cathédrale St. Paul à Londres, devient  l’Échange, ou créances et parts sont échangés, créant un marché nouveau, à l’origine de la Bourse. La ruelle Exchange Alley et le principal lieu de change, Jonathan’s Coffee House, sont décrits par Defoe,  Journal of the Plague Year, 1722).

On lira également sa description de la Cité, déjà devenue la métonymie de la finance (En Explorant toute l’Ile de Grande Bretagne, Lettre V, 1726 en anglais). Mais la spéculation qui était visible au tournant du siècle n’était pas du goût de tous. Les cafés de la cité étaient des lieux où des fortunes se faisaient et se défaisaient. En 1701 et 1702, Daniel DEFOE, dénonce rondement la spéculation qui s’ensuivit. [FD2385],   [FD 345].

Cinquante ans plus tard, le café est représenté comme un concentré des affaires avec de nombreuses caricatures : Britannia figure de la nation évanouie, un juif barbu, un quaker, les animaux utilisés pour décrire l’état des marchés (ours, taureau, canard).

Jonathan’s Coffee House or an Analysis of Change Alley With a Group of Characters from the Life – Inscribed to Jacob Henriques, 1763                                                  [Crédit : British Museum (Creative Commons) 1868,0808.4311, AN367356001]

 

La Banque d’Angleterre

Si on commençait à comprendre et à expliquer les mécanismes du commerce au début de l’ére du crédit et des banques au point de rédiger des vade-mecum [FD 2254] on comprenait également, dès les années 1670,  l’intérêt d’une banque centrale, qui bénéficierait aux pauvres, aux classes moyennes, aussi bien qu’aux riches, aux marins, et aux commerçants.  [FD 2239] [FD 2290]  [FD2385]

Mais ce n’est qu’en 1694 que la Banque d’Angleterre  obtient une Charte royal. Elle permit au gouvernement de trouver la somme de 1.2 million de livres, par souscription – on dirait ‘crowd-funding’ de nos jours – prêtés à un taux de 8%. La Banque fut accueillie très favorablement, « la gloire de l’Angleterre, qui allait améliorer grandement le commerce du pays ». [FD 1926]

L’un des membres fondateurs, William PATERSON (1658-1717), marchand tailleur, flibustier aux Bahamas, promoteur du projet de colonie écossaise au Panama, qui y perdit femme et enfant, devient également promoteur de l’Union des deux royaumes en 1707 – conséquence de la dette écossaise engendrée par l’aventure coloniale malheureuse.

  1. Les manufactures

La laine était l’exportation principale, et le commerce – donc de la laine – est à la base de la création des richesses, selon DAVENANT. [FD 2388] Mais la ré-exportation de biens dont l’Angleterre contrôlait le commerce (Navigation Acts) permit l’essor d’un deuxième marché d’exportation. De nombreux ouvrages fustigent le goût immodéré pour des produits étrangers : soies, vins, etc., le luxe et la mode et prônaient la préférence nationale. [FD 384]  [FD 2293]

Toute sorte de relevés des besoins (Wants), de calamités, d’améliorations et de projets sont publiés dans le but d’aider le développement du commerce, des métiers et des industries. Le pays « se languit » (Britannia languens) à cause de la chute des baux, le manque d’espèces etc. [FD 385] On propose d’éliminer la corruption, de baisser les prix [FD 2427]; d’améliorer les transports, [FD 2255] en reliant les deux fleuves principaux du royaume – la Tamise et la Severn – (mais l’auteur se plaint ouvertement que des « discours idiots dans les cafés » avaient mis fin à ces projets); de fonder des villes nouvelles de tisserands  : New Brunswick, New Harlem près de Stratford-on-Avon, ou encore, un port de pêche à l’est de Londres (Isle of Dogs) [FD 2255].

Parmi d’autres ‘projetteurs’ se trouvent Carew REYNELL, The True English Interest or an account of the chief national improvements… 1679, [FD 2245] et un certain DEFOE, An Essay Upon several Projects (1697). FD 345] D’autres relevaient la ‘désunion’ des territoires d’Angleterre – les trois législatures (Westminster, Dublin, Edinburgh) et des lois qui se chevauchent ou contredisent  comme empêchements au libre commerce [FD 2461].

 

 

1 Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois

  1. Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois (exposition virtuelle « La Glorieuse Révolution d’Angleterre 1688« )

Les ouvrages en langue anglaise datant du 17e siècle dans le Fonds Dubois sont d’une grande qualité. Quelques ouvrages d’économie et de philosophie politique, et non des moindres, datant de la guerre civile et de la Républque, ou avant –  Malynes, Misselden, Mun, Maddison, Bettel, Slingsby, Harrington –, mais la plupart datent des années de la Restoration et de la ‘Révolution glorieuse’, voir des toutes dernières années du siècle et du début du 18e siècle. Cela tient à la thématique de la collection autant que de la publication croissante de pamphlets en cette fin de siècle. La plupart des auteurs d’ouvrages sur les questions des richesses du pays et des libertés de ses sujets sont représentés dans ces rayons : Chamberleyne, Davenant, Child, Cary, Coke, Defoe, Locke, Petty, Sheridan, Temple, Yarranton. Par un curieux hasard, celui qui recruta Defoe comme pamphlétier. Sir Robert Harley, Conte d’Oxford, (1661-1724), fut lui-même mécène et bibliophile. Sa collection de manuscrits et documents médiévaux (Harley Collection, est un des fleurons de la British Library <>.

Un autre ouvrage exemplifie les provenances possibles de volumes dans le Fonds Dubois. Le volume 1 des deux volumes de England’s improvement by sea and land par Andrew Yarranton, publiés en 1677-1698, contient quatre indices :

-la marque sur le dos de la reliure (la couronne d’un marquis au-dessus d’un S) (A comparer avec les exemples à l’Université de Toronto);

-l’ex-libris du marquis de Shelburne (les armoiries et la devise) ;

-l’ex-libris de Charles Butler ;

-l’étiquette des bouquinistes Kashnor, du Museum Bookstore.

William Fitzmaurice Petty, comte Shelburne, marquis de Lansdowne (1737-1805), avait été en charge du gouvernement britannique en 1783 (son arrière-petit-fils fut Gouverneur-Général du Canada un siècle plus tard, puis Vice-roi de l’Inde, Ministre de la Guerre, et Ministre des Affaires étrangères). Sa bibliothèque fut dispersée après sa mort – les manuscrits à la British Library, les ouvrages par la maison de ventes Leigh et Sotheby, le 14 avril 1806 (un exemplaire du Catalogue de la vente fut vendu à Drouot en 2010 – Collection de Charles Lucas : Bibliotheca Lansdowniana. A Catalogue of the Entire Library of the Late Most Noble William Marquis of Lansdowne, Londres, Leigh et Sotheby, 6 janvier 1806, 4 parties en un volume in-8).

Charles Butler, 1821 – 1910, l’un des directeurs de la Royal Insurance Company (fondée à Liverpool en 1845), ayant fait fortune devint un collectionneur d’art (il figure parmi les collectionneurs et artistes dépeints dans Private View of the Old Masters Exhibition, Royal Academy, 1888, de Henry Jamyn Brooks, 1889. Voir le descriptif des figurants sur le site de la National Portrait Gallery et les informations données lors de l’acquisition récente d’un portrait de l’école hollandaise provenant de la collection Butler). Antiquaire, numismate et bibliophile – parmi ses livres, une 1ère édition de Don Quixote en anglais (City University New York Special Collections), il a dû acquérir l’ouvrage plus tard. Sa bibliothèque a été vendue par Sotheby en mai 1911.

Il est vraisemblable que Léon Kashnor, bouquiniste, et fournisseur d’Auguste Dubois, y ait acquis un certain nombre d’ouvrages, pour les mettre en vente dans ses catalogues thématisés d’ouvrages anciens – les cartouches d’auteurs et les objets de production sur la page de couverture du catalogue illustrent ses spécialités. Le professeur Dubois n’avait plus qu’à y faire son choix.

Les thèmes abordés sont ceux choisis par le Professeur Auguste Dubois, titulaire de la chaire des doctrines économiques à l’Université de Poitiers, et proposés par le bouquiniste londonien spécialisé en histoire économique auprès de qui il se fournissait, Léon Kashnor. Parmi ces thèmes pour le dix-septième siècle on retrouve la monnaie et sa rareté, les impôts, la balance des paiements, le crédit, la toute jeune Banque d’Angleterre, le commerce, les manufactures – notamment les lainages -, la population, l’emploi, la pauvreté, les compagnies des Indes, du Levant et d’Afrique, l’agriculture, la douane, l’Irlande – qui faisait partie des possessions anglaises, des Royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, mais aussi la France et les Pays-Bas – principaux pays à la fois alliés politiques et rivaux commerciaux.

A travers ces ouvrages, on peut retracer à la fois l’évolution économique du pays – l’essor du crédit, les discussions sur l’intégration des marchés – en 1707 l’Union des deux royaumes fut actée – alors que le marché irlandais restait subordonné à celui de l’Angleterre (voir à ce propos l’exposition virtuel : http://etat-irlande.edel.univ-poitiers.fr/exposition/lirlande-dans-le-fonds-dubois/], la puissance maritime grandissante, la révolution commerciale, la division du travail, mais encore les mœurs et coutumes de l’époque en matière d’emploi, d’éducation, de la condition des femmes, et des modes de vie. Les ouvrages du Fonds Dubois présentés ici éclairent l’arrière-plan économique et sociale du changement de régime en 1688 appelé “Révolution glorieuse” par ses partisans et montre des facettes des révolutions diverses que les historiens (Pincus, Black, Harris) associent à ce titre univoque : politique, économique, politique étrangère, dans le pouvoir de l’Eglise établie.

La Glorieuse Révolution d’Angleterre, exposition virtuelle 2017

Savez-vous :

Pourquoi « Madame se meurt » (Bossuet) ;

De quoi Robinson Crusoe est l’archetype ;

Ce qui était projeté à Stratford-upon-Avon en 1677 ;

Où se situent New Harlem et New Brunswick ;

La/les langue-s que parlait le philosophe John Locke ;

La boisson favorite des anglais à la fin du 17e siècle ;

Les devenir des Huguenots après l’Edit de Nantes ;

La réputation des pirates des Caraïbes ?

 

L’exposition d’ouvrages anciens « La Glorieuse Révolution d’Angleterre », 14 février au 1er avril 2017, répondra à ces questions et à d’autres.

Hall de la Bibliothèque Droit-Lettres, Campus, Université de Poitiers.

Suivre les liens pour ouvrir chaque page:

1.Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois

2.La crise politique : le parlement, le Roi, la religion

3.Libertés et droits

4.John Locke 1632-1701

5.L’économie, Le crédit, la monnaie, la Banque d’Angleterre, Les manufactures

6.Daniel Defoe 1660-1731 et Le commerce

7.Les compagnies marchandes anglaises et Sir Josiah Child 1630-1699

8.Les conditions sociales en Angleterre au 17e siècle :La pauvreté et L’éducation

9.La France – l’ennemi ami

10.Les Pays bas – le modèle maudit?

11.Bibliographie

Le catalogue d’ouvrages en anglais du Fonds Dubois peut être consulté ici : Fonds Dubois: ouvrages en langue anglaise, traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne [PDF – 439 Ko]

L’économie britannique et le Brexit

Vient de paraître:

L’économie britannique et le Brexit, sous la direction de Susan Finding, Revue L’Observatoire de la société britannique n°24, Septembre 2019, 190 pages

Résumé

À l’aune d’une nouvelle ère de relations internationales pour le Royaume-Uni, une ère de reconfigurations politiques, sociales et économiques, sont réunis dans ce numéro des articles qui analysent l’impact sur l’économie britannique de la sortie du pays de l’Union européenne, le « Brexit ». Le présent numéro fait le point sur les débats autour de certaines questions économiques soulevées par la décision et le processus du Brexit. Les articles dans ce numéro se classent dans trois catégories principales : le Royaume-Uni dans son ensemble ; le devenir de l’économie des régions à gouvernance autonome (Écosse et Irlande du nord) ; et le secteur des finances. Les contributions font ressortir des questions fondamentales sur le plan politique et économique : la philosophie politique qui sous-tend la société britannique, la place des services et le poids de la finance dans l’économie britannique, les relations internes au Royaume entre les régions, et les relations extérieures en dehors de l’UE, en particulier avec les États-Unis.

Les contributions publiées sont le fruit d’une journée d’étude tenue à Poitiers en novembre 2018: programme Brexit

Sommaire

Gabriel Siles-Brügge, Préface / Le Brexit : incertitudes et contradictions

Susan Finding (Poitiers, MIMMOC), Introduction  / Brexit, souveraineté nationale et mondialisation

Céline Lageot (Poitiers, CECOJI), Le processus constitutionnel de sortie de l’UE du Royaume-Uni               

Emma Bell (Savoie, TRIANGLE), Brexit : Towards a neoliberal real utopia?                                                

Louise Dalingwater, (Paris3, CERVEPAS), NHS staffing shortages and the Brexit effect

Gilles Leydier (Toulon, BABEL), ‘Don’t panic but do worry’ : L’Écosse et les enjeux économiques du Brexit

Philippe Cauvet (Poitiers, MIMMOC), ‘It’s not just the economy, stupid !’ Brexit, the Good Friday Agreement and the Irish border conundrum

Nicolas Sowels (Paris1, CREC), Brexit and Financial Services : the Major Sticking Points                  

Martine Azuelos (Paris3, CERVEPAS), The London-New York Nexus in the Shadow of Brexit

Christian Aubin, Ibrahima Diouf (Poitiers, CRIEF), Les conséquences monétaires du Brexit                                                      

 

Journée d’étude sur le Brexit

La journée d’étude L’économie britannique avant et après le Brexit, programme Brexit, du vendredi 23 novembre, à la MSHS, Poitiers, organisée par les laboratoires MIMMOC (EA 3812) et le CECOJI (EA 7353) de l’Université de Poitiers avec le soutien du CRECIB (Centre de recherches en civilisation britannique)

Présentation du CRECIB

a réuni une quinzaine de chercheurs devant une assistance composé d’étudiants de l’UFR Lettres et Langues des Licences et Masters LLCER et LEA anglais et des doctorants du MIMMOC et du CECOJI.

La journée a successivement évoqué des questions internes (processus constitutionnnel, l’idéologie utopiste qui motive la décision, et l’impact sur les échanges commerciaux en matière de santé), des questions concernant la position de l’Ecosse et des Irlandes (Irlande du nord, la République d’Irlande), le commerce, la finance et les relations extérieures (la politique commerciale, la place du City de Londres et de la finance), avant de terminer sur des questions macro-économiques concernant les politiques économiques et monétaires européennes.

L’ensemble sera publié dans un numéro spécial de revue de l’Observatoire de la société britannique, qui sortira en 2019, autour de la date butoir du 29 mars 2019, date où la sortie du Royaume-Uni, avec ou sans accord, sera actée.

Ont participé à la journée :

Christian Aubin, professeur de sciences économiques, Université de Poitiers; Martine Azuelos, professeur émérite, Université de la Sorbonne Nouvelle Paris 3, directrice-fondatrice du Centre d’études sur la vie économique des pays anglo-saxons (CERVEPAS) ; Emma Bell, professeur en civilisation britannique, Université de Savoie-Chambéry;  Philippe Cauvet, maître de conférences en études anglophones, Université de Poitiers; Louise Dalingwater, maître de conférences-HDR, responsable de la licence Anglais et Culture Economique (ACE), Université de la Sorbonne Nouvelle Paris 3 ; Susan Finding, professeur en civilisation britannique, Université de Poitiers; Céline Lageot, professeur de droit comparé, Université de Poitiers; Gilles Leydier, professeur en études anglophones, Université de Toulon, Président du CRECIB; Gabriel Siles-Brügge, Directeur du Centre for the Study of Globalisation and Regionalisation à l’Université de Warwick et Parliamentary Academic Fellow auprès du Comité sur le commerce international (International Trade Committee) à la Chambre des Communes; et Nicholas Sowels, maître de conférences, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne.