9 La France – l’ennemi ami? 1688

9 La France – l’ennemi  ami? (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 »  dans le Fonds Dubois)

(Les côtes d’ouvrages FD et autres sont les références du Fonds Dubois)

Le commerce est à la fois le moyen de contrer les maux internes, mais aussi de combattre l’influence étrangère. L’Angleterre se compare sans cesse à ses deux rivaux continentaux : la France et la Hollande. Ainsi le commerce devient un instrument, le moteur et la raison d’être des relations extérieures. Les problèmes internes – chute des loyers, manque d’argent, thésaurisation des richesses, investissements dans le bâtiment avec la reconstruction de Londres – sont pointés par les analystes, avant de proposer des remèdes [FD 385], [FD 2229, 2211, 2293] qui selon plusieurs passent par les monopoles commerçantes et la participation dans leurs actions.

La France, pays catholique, soutenait la monarchie anglaise Stuart – non sans motifs ultérieurs – et accueillit les réfugiés royaux successifs : pendant la République, le prince Charles et son frère Jacques, futurs rois; après la Révolution, à nouveau Jacques, mais aussi son fils, le prince de Galles. Ainsi dans les traités de commerce, dans les almanachs, dans les revues de l’état du pays, on retrouve la liste, parfois encyclopédique, des régions avec lesquelles les marchands anglais traitent, avec toujours présentes et en bonne place, la France et la Hollande.

L’exemple le plus célèbre de ce genre de littérature est l’ouvrage d’Edward CHAMBERLAYNE  (1616-1703)  Angliae Notitia ou l’état présent de l’Angleterre, publié en 1669. [FD 2303] Le succès de cet ouvrage qui avait pris comme modèle le (deux éditions supplémentaires dans l’année, le neuvième en 1676) est sans doute dû à plusieurs facteurs. D’une part, ses connaissances et connexions : l’auteur avait voyagé à travers l’Europe pendant la République. À son retour à la restauration en 1660, il devint secrétaire du 1er comte de Carlisle et l’accompagnait dans ses missions diplomatiques. Chamberlayne, devint en 1679 le précepteur du fils illégitime du roi Charles II, et fut chargé d’enseigner l’anglais au Prince George de Danemark, futur consort de la princesse Anne (1683) et beau-frère de William et Mary. D’autre part, l’essor du commerce et le besoin d’œuvres pédagogiques ont dû contribuer au succès d’auteur. Ayant été inspiré par L’Estat Nouveau de la France (1661), ce livre fut le sujet de plagiat par Guy Miège, The New State of England (1691), encore preuve du succès du genre.

Charles Howard, député, membre de la puissante famille Howard, 1er compte de Carlisle, patron de Chamberlayne. Son petit fils sera nommé First Lord of the Treasury  Privy Counsellor, Earl Marshal par William et Mary, et, à la mort de la reine Anne, Lord Justice.

Après 1688, la guerre intermittente, appelée guerre de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697), par laquelle l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Espagne et la Sainte Empire s’unirent pour contrer les  ambitions de Louis XIV, amène une autre lecture des relations avec la France. La France – avec l’Espagne – est l’exemple même de la monarchie « universelle » – pour ne pas dire absolue -, selon DAVENANT, dans son traité de relations internationales De l’équilibre des pouvoirs (entre les nations), Du droit de la guerre, de la paix et des alliances, 1701. [FD 2445] Si pour lui « l’Angleterre a toujours tenté de tenir l’équilibre en Europe », la France représente l’allié du catholicisme ennemi. Associant forme de gouvernement et supériorité morale, ce sont précisément les droits et libertés d’un peuple libre, que les anglais peuvent opposer au nombre, richesses et capacité militaire de la France. [FD 2308]

La signature du Traité de Ryswick (1697)

Les persécutions françaises contre les Huguenots (Révocation de l’Édit de Nantes, 1685) sont dénoncées pour leur impact négatif sur l’économie française – de nombreux tisserands de soieries et autres artisans du luxe ont trouvé refuge à Londres (et au Pays bas). Une certaine crainte est présente dans l’ouvrage de SOULIGNE, protestant français réfugié en Angleterre, [FD 2320] la France pourraient encore renverser Guillaume et Mary et les Jacobites retourner sur le trône d’Angleterre. Mais PETTY, rassure par ses calculs logiques et arithmétiques, qu’en raison d’obstacles naturels, la France ne pourra jamais être plus puissant que les anglais ou les hollandais en mer. [FD 2461] D’ailleurs, par le Traité de Ryswick (1697), Louis XIV reconnut la légitimité de Guillaume et Mary.

8 Les conditions sociales en Angleterre au 17e siècle : pauvreté, éducation

8 Les conditions sociales en Angleterre au 17e siècle :  La pauvreté et l’éducation

(exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Si la présence de pauvres et de vagabonds étaient visible, les causes de la pauvreté – le coût élevé des denrées (1693-1698), l’infirmité ou la malchance, le manque de travail, l’appel des villes et centres de manufacture – étaient peu reconnues.

L’oisiveté des pauvres, résultat de leur condition, était jugée cause de leur malchance.

« Il y a deux sortes de pauvres » : ceux qui étaient prêts à travailler, ceux qui préféraient faire la manche, conclut Sir Francis Brewster  New essays on trade, (1ère édition 1695) daté 1702. [FD 1961]

Depuis les Tudor, les paroisses – unité d’administration civile – devaient secourir les malheureux, financé par un impôt local. Dans certaines villes des œuvres charitables financées par des dons leur sont destinées. [FD 1049] et l’on autorisa la construction d’hôpitaux et et de « maisons de travail » pour employer et entretenir les pauvres de la ville.  [FD 1049]  [FD 1049]

À Bristol, le marchand [d’esclaves] et philanthrope, Sir Edward Colson (1636-1721), mercier et membre de la Royal Africa Company, Tory et Anglican convaincu, fit bâtir des maisons d’aumône (Almshouses), [FD 384]

 

 

Some proposals for the imployment of the poor / Thomas Firmin.- Londres : J. Grover, 1681 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2300)

 

 

Les propositions pour des « maisons de travail », qui corrigeraient l’oisiveté, et ses conséquences déshonorables, le vagabondage et la mendiance, leur fournirait un travail qui bénéficierait la nation, sont  nombreuses à la fin du 17e siècle. [FD 2247] [FD 2330] [FD 2248]

Sir Matthew HALE (1609-1676), Président de la Haute-Cour de Justice, associe la prospérité du pays, le commerce de la laine, la rivalité commerciale avec la France et la Hollande, à sa proposition pour de telles institutions.  [FD 2288]

Peu vont jusqu’à proposer un système d’assurance – tel celui en place contre le feu, ou la perte des biens et des navires [Lloyds] – contre la pauvreté causée par la maladie, la mort d’un membre de la famille. [FD 345]

L’éducation

Former et fournir des travailleurs qui aideraient à relever l’industrie domestique dans ces maisons de travail, mais aussi en général, devient ainsi une préoccupation. [FD 2302] Des considérations sur l’éducation fleurissent dans ces ouvrages destinés à trouver des remèdes aux maux du pays : collège industriel, [FD 2283], académies [FD 345], instruction des femmes.  [FD 2283]

Certains ouvrages contiennent de véritables traités sur l’éducation des enfants, [FD 2283 ]  ou encore sur la nécessité de bien rémunérer les maîtres d’école. [FD 2305].

Mais le plus influent fut Locke, dont pensées sur l’éducation, publiées en 1693 [Jm 31-3] bien que destinées à une famille aristocrate, furent largement diffusées. Locke préconise une éducation pratique, ancrée dans les sciences et les techniques, dans sa langue maternelle (et non le latin) où apprendre serait un plaisir pour l’enfant. Les enfants des pauvres pourraient être scolarisés dans des écoles paroissiales où ils apprendraient l’éthique du travailOn the Poor Law and Working Schools » (1697).

La condition féminine

S’il vaut mieux traiter les enfants, tout en les préparant à une dure vie de labeur, il est  également proposé de mieux traiter les femmes. [FD 2300]

Au lieu de les condamner pour sorcellerie, ou de les maltraiter, les hommes devraient être jugés s’ils battaient leur femme. [FD 2302]

Elles devaient pouvoir bénéficier de soins au moment de leur  « travail » d’enfantement, et, on proposa même un ordre laïc d’enseignantes (vierges) qui se consacreraient à l’éducation pour le bien de tous.  [FD 2293]


 

4 John Locke, théoricien des droits et des libertés (1688)

  1. John Locke, 1632 – 1704 (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

 Portrait de Locke, dans les premières éditions des Œuvres complètes, 1714, 1722, 1727.   [Jm 31-1, Fonds Dubois]

Fils d’un petit propriétaire qui avait servi dans l’armée des parlementaires pendant la guerre civile, Locke fut éduqué à Oxford – ses lettres et ses œuvres sont rédigés en latin, [Jp 152] en anglais et en français – puis devint secrétaire d’Ashley, comte de Shaftesbury, leader de l’Opposition Whig et membre du Comité du Commerce. Après la disgrâce de son patron en 1683, Locke s’exila sur le continent – en Hollande et en France, alors que Louis XIV révoque l’Édit de Nantes (1685).

De retour dès 1688, ses œuvres sur la politique, l’économie [FD 2306], la liberté de conscience, la philosophie, commencées en Angleterre comme mémoires pour le compte de son employeur, et reprise en exile, d’abord publiés de façon anonyme, firent de lui un homme célèbre, théoricien des droits et des libertés, réaffirmant la suprématie des lois contre les décrets royaux, gloire de la Révolution glorieuse et l’un des pères spirituels de l’Age des Lumières et de l’Indépendance américaine. 

Droits inaliénables à l’existence et à la propriété

Dans son deuxième Traité sur le Gouvernement, Ch. XVI, §190,  il énonce le lien entre la liberté individuelle et le droit à la propriété. [Jm 31] Le titre dans sa première forme démontre le lien étroit entre l’avènement de Guillaume et Mary et la réflexion sur les origines de l’autorité politique : Essay concerning the True Original, Extent and End of Civil Government (1689).

Ce lien entre propriété et liberté se trouve également exprimé dans deux œuvres des années 1670 par deux hommes qui ont marqué l’expansion coloniale : William PENN et Thomas SHERIDAN. Tandis que le premier, fondateur de la ville de Pennsylvanie, promeut les droits de propriété et de liberté, y compris la liberté religieuse des puritains, réfute la manumission,  [FD 2272 ] Le destin de Thomas SHERIDAN fut tout autre. Nommé Gouverneur de l’Irlande par Jacques II en 1687, accusé de corruption, Sheridan finit sa vie en exile à la cour du roi déchu à St Germain en Laye. [FD 2251]   Ce n’est donc pas surprenant de voir l’interprétation Whig de l’avènement de Guillaume et Mary avancer celui-ci comme un avantage pour le commerce et le pouvoir du pays. Le renouveau du pays, Britannia nova (1698), passerait par l’emprise sur les océans et du globe, Orbis Britannicus. [FD 1051]

3 Libertés et droits en Angleterre au 17e siècle (1688)

  1. Libertés et droits (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

Liberté de réligion

Depuis le Schisme anglican, le catholicisme avait été proscrit – à l’exception du  règne de Marie Tudor. Être catholique revenait selon la loi à admettre l’autorité d’une puissance étrangère, délit de trahison. Cent cinquante ans après la dissolution des monastères par Henri VIII, qui marqua la fin de la Réforme en Angleterre, en mai 1686, Jacques II fit lire dans les églises anglicanes du royaume une Déclaration d’indulgence, promettant la liberté de conscience aux dissidents protestants (Quakers, Baptistes, Presbytériens…..) et aux catholiques. Mais les termes dans lesquels il promettait cette ‘indulgence’, furent mal reçus par les responsables de l’Eglise établie en Angleterre, ne pouvant accepter que le roi exprime le souhait ardant que son people soit catholique – sept évêques anglicans qui protestèrent furent accusé de sédition mais innocentés par la cour, au grand embarras de la Couronne. La naissance contestée d’un fils au couple royal en 1686 (le bébé mort-né aurait été secrètement remplacé par un autre), qui fut baptisé dans la foi catholique, ne pouvait que renforcer la méfiance sur les dessins de Jacques II concernant le catholicisme et les alliances continentales.

Depuis les années 1660, le pouvoir de l’Église anglicane avait été renforcé. Les protestants qui refusaient de souscrire aux principes anglicans ne pouvaient tenir un poste d’élu ou dans l’administration. Locke dénonça cette « religion nationale » dans sa  Lettre sur la Tolération. [Jm 31-2] La pratique du culte protestant non-anglican, ‘non-conforme’, éloignée des villes, malgré la popularité grandissante des sectes baptiste, quaker et autres, dont la construction de chapelles pour accueillir les fidèles témoigne. On suggérait de forcer les pasteurs dissidents à aller convertir les ‘américains’ [natifs] voisins des colonies anglaises, tandis que l’accueil des Huguenots devait être conditionné à leur adhésion à l’Église anglicane et la formation d’apprentis anglais. [FD 2293] Defoe consacre quatre vers ironiques à la dissidence dans The True-Born Englishman, 1701, (voir plus loin) : « Là où Dieu érige une maison de prière, le Diable y construit une chapelle sans faille; et l’on constate après examen, que ce dernier a une plus grande congrégation. » Les déclarations de Jacques II (1687 et 1688), accordant la liberté de conscience aux catholiques, incluait également les dissidents protestants, mais cela ne le protégea pas des ires de l’Église établie et du parlement.

Les libertés individuelles – garanties par le Parlement

L’édition en 1737 par John TOLAND [FD 42] de l’ouvrage de théorie politique de James HARRINGTON, Oceana, datant de 1656, servit à justifier la succession de Guillaume d’Orange. Selon Harrington, trois types de gouvernement – la monarchie, l’aristocratie, la démocratie – existaient. Si la force était utilisée par ces régimes, ceux-ci se transformaient respectivement en tyrannie, oligarchie ou anarchie. L’illustration dans cette édition  montre le roi, entouré des symboles de l’Écosse (chardon), de l’Angleterre (rose) et de l’Irlande (harpe), et des promoteurs de lois et de constitutions antiques – Moise, Solon, Confucius, Lycurgue, Numa, Junius Brutus – comparables à celui qui avait accordé le Bill of Rights et les actes de lois limitant les pouvoirs de la Couronne et accordant des Droits et libertés aux sujets (1701), la succession interdite aux catholiques (1701) et pour limiter les droits des catholiques (Parlement d’Irlande, 1704).

La doctrine de monarchie parlementaire émerge. Le pouvoir du roi est défini comme émanant de la loi (Locke, Traité de Gouvernement, Ch. XVIII, § 206. [Jm 31-2 ], la loi émane du parlement, qui a le droit de resister l’autorité du Roi, afin de defendre leurs libertés. [FD 1193] Le compromis politique qui sort de la crise est une Constitution ou le pouvoir existe non pas sous une seule forme – monarchie, aristocratie, ou démocratie – mais sous la forme d’un gouvernement mixte, d’une monarchie limitée. [FD 374]

2 Crise politique : le parlement, le Roi, la religion (1688)

2 Crise politique : le parlement, le Roi, la religion (Exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre 1688 » dans le Fonds Dubois)

(Les côtes d’ouvrages FD et autres sont les références du Fonds Dubois).

Le 17e siècle fut celle d’une crise politique quasi permanente entre la monarchie et le parlement  Jacques 1er (qui succéda à Elizabeth 1er en 1603, grand-père de Jacques II, puis son père, Charles 1er, tentèrent de s’imposer, mais les parlementaires finirent par prendre les armes et à exécuter le roi. Son héritier, Charles II, de retour au pouvoir en 1660 après la chute du Protectorat des Cromwell – père et fils –, n’a pas renoncé aux ambitions absolutistes de ses aïeuls. En vingt-huit ans, il n’a accepté de convoquer le parlement que quatre fois, tenta de renforcer l’exécutif et de se passer des financements accordés par le Parlement. Le commerce et les revenues des douanes suffisaient à peine, et le roi a dû quémander des subsides à son cousin Louis XIV, beau-frère de sa sœur – Madame, dont Bossuet prononça l’oraison funèbre (1669). En retour la Hollande devait être partagée -inégalement- entre les deux pouvoirs et Charles se convertirait au catholicisme. D’autres appels de fonds suivirent tout au long des années 1670. Louis XIV ne pouvait se réjouir de tenir l’Angleterre à l’écart de ses ambitions continentales et de se féliciter de l’état agité de l’Angleterre qui, divisée, la rendait peu apte à peser sur les relations internationales. (Arnaud de POMPONNE, Mémoires du marquis de Pomponne… Paris, Huet, 1868, cité par Clark 1956, p.548).

Sans héritier légitime (le duc de Monmouth, fils illégitime, était candidat), Charles II légua le trône à son frère Jacques. Mary (née en 1662) et Anne, filles de Jacques, Duc d’York, et de sa première femme, Anne Hyde, furent élevées dans la religion anglicane et ce malgré la conversion de leur père au catholicisme vers 1668. Suite à la mort de sa première femme en 1671, Jacques se remaria en 1673 avec Marie de Modène. Charles II eût voulu fiancer sa nièce au Dauphin, pour sceller l’alliance française, mais l’opposition à un mariage catholique fut trop importante. Elle fut donc fiancée au prince Guillaume d’Orange, gouverneur aux Provinces-Unis des Pays Bas, protestant (dont la mère était une sœur de Charles et Jacques), chose qu’accepta son père catholique, pensant que sa popularité à lui, héritier du trône anglais, auprès de ses sujets protestants, en serait améliorée.

Selon les ouvrages soutenant la Révolution publié peu après, Jacques II avait agi de façon peu précautionneuse en dévoilant au grand jour son catholicisme. [FD 374] Il s’enfuit le 18 décembre 1688. Le parlement ne siégeant pas – le dernier parlement sous Charles II, à Oxford en 1681 n’avait siégé qu’une semaine, et Jacques II avait dissout le seul de son règne en juillet 1687  – il fallut en appeler au Prince d’Orange, neveu et gendre du roi, pour assurer la protection du royaume. [FD 1193] Malgré les efforts du secrétaire du Roi à l’Amirauté Samuel PEPYS (1633-1703), l’escadre de Guillaume put accoster dans le Devon. La Convention de 1689 se réunit sous la protection du Prince pour offrir le trône au couple royal.

Le contexte politique est présent dans les ouvrages économiques, où les auteurs traitant des impôts, de la monnaie, ou du commerce, font référence aux événements et au régime politique. [FD 2402] [FD 1044] [FD 2402] ou encore dans la juxtaposition dans les oeuves complètes de Locke de traités politiques et économiques. [Jm 31-2]

À l’époque de la publication d’un grand nombre des ouvrages de cette période dans la collection du Fonds Dubois – autour de 1696 – le parti Whig triomphant était néanmoins sujet à des divisions internes : entre les anciens du parti Whig, propriétaires terriens, et la Junte Whig,  administration efficace zélée de cinq aristocrates élus parlementaires en 1689 : John Somers, Charles Montagu (comte de Halifax), Thomas Wharton, Edward Russell (comte d’Orford) et le conte de Sunderland. Les termes ‘Whig’ et ‘Tory’, d’abord des insultes – ‘rustres’ écossais et ‘brigands’ en irlandais -, entrent dans le registre politique pour désigner les défenseurs et les détracteurs de tout ce suivit la ‘Glorieuse Révolution’. [FD 2386].

1 Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois

  1. Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois (exposition virtuelle « La Glorieuse Révolution d’Angleterre 1688« )

Les ouvrages en langue anglaise datant du 17e siècle dans le Fonds Dubois sont d’une grande qualité. Quelques ouvrages d’économie et de philosophie politique, et non des moindres, datant de la guerre civile et de la Républque, ou avant –  Malynes, Misselden, Mun, Maddison, Bettel, Slingsby, Harrington –, mais la plupart datent des années de la Restoration et de la ‘Révolution glorieuse’, voir des toutes dernières années du siècle et du début du 18e siècle. Cela tient à la thématique de la collection autant que de la publication croissante de pamphlets en cette fin de siècle. La plupart des auteurs d’ouvrages sur les questions des richesses du pays et des libertés de ses sujets sont représentés dans ces rayons : Chamberleyne, Davenant, Child, Cary, Coke, Defoe, Locke, Petty, Sheridan, Temple, Yarranton. Par un curieux hasard, celui qui recruta Defoe comme pamphlétier. Sir Robert Harley, Conte d’Oxford, (1661-1724), fut lui-même mécène et bibliophile. Sa collection de manuscrits et documents médiévaux (Harley Collection, est un des fleurons de la British Library <>.

Un autre ouvrage exemplifie les provenances possibles de volumes dans le Fonds Dubois. Le volume 1 des deux volumes de England’s improvement by sea and land par Andrew Yarranton, publiés en 1677-1698, contient quatre indices :

-la marque sur le dos de la reliure (la couronne d’un marquis au-dessus d’un S) (A comparer avec les exemples à l’Université de Toronto);

-l’ex-libris du marquis de Shelburne (les armoiries et la devise) ;

-l’ex-libris de Charles Butler ;

-l’étiquette des bouquinistes Kashnor, du Museum Bookstore.

William Fitzmaurice Petty, comte Shelburne, marquis de Lansdowne (1737-1805), avait été en charge du gouvernement britannique en 1783 (son arrière-petit-fils fut Gouverneur-Général du Canada un siècle plus tard, puis Vice-roi de l’Inde, Ministre de la Guerre, et Ministre des Affaires étrangères). Sa bibliothèque fut dispersée après sa mort – les manuscrits à la British Library, les ouvrages par la maison de ventes Leigh et Sotheby, le 14 avril 1806 (un exemplaire du Catalogue de la vente fut vendu à Drouot en 2010 – Collection de Charles Lucas : Bibliotheca Lansdowniana. A Catalogue of the Entire Library of the Late Most Noble William Marquis of Lansdowne, Londres, Leigh et Sotheby, 6 janvier 1806, 4 parties en un volume in-8).

Charles Butler, 1821 – 1910, l’un des directeurs de la Royal Insurance Company (fondée à Liverpool en 1845), ayant fait fortune devint un collectionneur d’art (il figure parmi les collectionneurs et artistes dépeints dans Private View of the Old Masters Exhibition, Royal Academy, 1888, de Henry Jamyn Brooks, 1889. Voir le descriptif des figurants sur le site de la National Portrait Gallery et les informations données lors de l’acquisition récente d’un portrait de l’école hollandaise provenant de la collection Butler). Antiquaire, numismate et bibliophile – parmi ses livres, une 1ère édition de Don Quixote en anglais (City University New York Special Collections), il a dû acquérir l’ouvrage plus tard. Sa bibliothèque a été vendue par Sotheby en mai 1911.

Il est vraisemblable que Léon Kashnor, bouquiniste, et fournisseur d’Auguste Dubois, y ait acquis un certain nombre d’ouvrages, pour les mettre en vente dans ses catalogues thématisés d’ouvrages anciens – les cartouches d’auteurs et les objets de production sur la page de couverture du catalogue illustrent ses spécialités. Le professeur Dubois n’avait plus qu’à y faire son choix.

Les thèmes abordés sont ceux choisis par le Professeur Auguste Dubois, titulaire de la chaire des doctrines économiques à l’Université de Poitiers, et proposés par le bouquiniste londonien spécialisé en histoire économique auprès de qui il se fournissait, Léon Kashnor. Parmi ces thèmes pour le dix-septième siècle on retrouve la monnaie et sa rareté, les impôts, la balance des paiements, le crédit, la toute jeune Banque d’Angleterre, le commerce, les manufactures – notamment les lainages -, la population, l’emploi, la pauvreté, les compagnies des Indes, du Levant et d’Afrique, l’agriculture, la douane, l’Irlande – qui faisait partie des possessions anglaises, des Royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, mais aussi la France et les Pays-Bas – principaux pays à la fois alliés politiques et rivaux commerciaux.

A travers ces ouvrages, on peut retracer à la fois l’évolution économique du pays – l’essor du crédit, les discussions sur l’intégration des marchés – en 1707 l’Union des deux royaumes fut actée – alors que le marché irlandais restait subordonné à celui de l’Angleterre (voir à ce propos l’exposition virtuel : http://etat-irlande.edel.univ-poitiers.fr/exposition/lirlande-dans-le-fonds-dubois/], la puissance maritime grandissante, la révolution commerciale, la division du travail, mais encore les mœurs et coutumes de l’époque en matière d’emploi, d’éducation, de la condition des femmes, et des modes de vie. Les ouvrages du Fonds Dubois présentés ici éclairent l’arrière-plan économique et sociale du changement de régime en 1688 appelé “Révolution glorieuse” par ses partisans et montre des facettes des révolutions diverses que les historiens (Pincus, Black, Harris) associent à ce titre univoque : politique, économique, politique étrangère, dans le pouvoir de l’Eglise établie.

La Glorieuse Révolution d’Angleterre, exposition virtuelle 2017

Savez-vous :

Pourquoi « Madame se meurt » (Bossuet) ;

De quoi Robinson Crusoe est l’archetype ;

Ce qui était projeté à Stratford-upon-Avon en 1677 ;

Où se situent New Harlem et New Brunswick ;

La/les langue-s que parlait le philosophe John Locke ;

La boisson favorite des anglais à la fin du 17e siècle ;

Les devenir des Huguenots après l’Edit de Nantes ;

La réputation des pirates des Caraïbes ?

 

L’exposition d’ouvrages anciens « La Glorieuse Révolution d’Angleterre », 14 février au 1er avril 2017, répondra à ces questions et à d’autres.

Hall de la Bibliothèque Droit-Lettres, Campus, Université de Poitiers.

Suivre les liens pour ouvrir chaque page:

1.Les îles britanniques du 17e siècle dans le Fonds Dubois

2.La crise politique : le parlement, le Roi, la religion

3.Libertés et droits

4.John Locke 1632-1701

5.L’économie, Le crédit, la monnaie, la Banque d’Angleterre, Les manufactures

6.Daniel Defoe 1660-1731 et Le commerce

7.Les compagnies marchandes anglaises et Sir Josiah Child 1630-1699

8.Les conditions sociales en Angleterre au 17e siècle :La pauvreté et L’éducation

9.La France – l’ennemi ami

10.Les Pays bas – le modèle maudit?

11.Bibliographie

Le catalogue d’ouvrages en anglais du Fonds Dubois peut être consulté ici : Fonds Dubois: ouvrages en langue anglaise, traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne [PDF – 439 Ko]

L’économie britannique et le Brexit

Vient de paraître:

L’économie britannique et le Brexit, sous la direction de Susan Finding, Revue L’Observatoire de la société britannique n°24, Septembre 2019, 190 pages

Résumé

À l’aune d’une nouvelle ère de relations internationales pour le Royaume-Uni, une ère de reconfigurations politiques, sociales et économiques, sont réunis dans ce numéro des articles qui analysent l’impact sur l’économie britannique de la sortie du pays de l’Union européenne, le « Brexit ». Le présent numéro fait le point sur les débats autour de certaines questions économiques soulevées par la décision et le processus du Brexit. Les articles dans ce numéro se classent dans trois catégories principales : le Royaume-Uni dans son ensemble ; le devenir de l’économie des régions à gouvernance autonome (Écosse et Irlande du nord) ; et le secteur des finances. Les contributions font ressortir des questions fondamentales sur le plan politique et économique : la philosophie politique qui sous-tend la société britannique, la place des services et le poids de la finance dans l’économie britannique, les relations internes au Royaume entre les régions, et les relations extérieures en dehors de l’UE, en particulier avec les États-Unis.

Les contributions publiées sont le fruit d’une journée d’étude tenue à Poitiers en novembre 2018: programme Brexit

Sommaire

Gabriel Siles-Brügge, Préface / Le Brexit : incertitudes et contradictions

Susan Finding (Poitiers, MIMMOC), Introduction  / Brexit, souveraineté nationale et mondialisation

Céline Lageot (Poitiers, CECOJI), Le processus constitutionnel de sortie de l’UE du Royaume-Uni               

Emma Bell (Savoie, TRIANGLE), Brexit : Towards a neoliberal real utopia?                                                

Louise Dalingwater, (Paris3, CERVEPAS), NHS staffing shortages and the Brexit effect

Gilles Leydier (Toulon, BABEL), ‘Don’t panic but do worry’ : L’Écosse et les enjeux économiques du Brexit

Philippe Cauvet (Poitiers, MIMMOC), ‘It’s not just the economy, stupid !’ Brexit, the Good Friday Agreement and the Irish border conundrum

Nicolas Sowels (Paris1, CREC), Brexit and Financial Services : the Major Sticking Points                  

Martine Azuelos (Paris3, CERVEPAS), The London-New York Nexus in the Shadow of Brexit

Christian Aubin, Ibrahima Diouf (Poitiers, CRIEF), Les conséquences monétaires du Brexit                                                      

 

La démocratie parlementaire britannique : la Chambre des Lords. Journée d’étude

affiche-lords

A l’occasion des 20 ans de la réforme de 1999 sera organisée une journée d’études sur la Chambre des Lords:  »getting the houses in order’: agenda-setting, policy-making and legislating in the House of Lords’. Elle aura lieu à l’université de Poitiers le 11 octobre 2019. Cette journée portera sur les évolutions de la représentativité, du rôle, des pouvoirs et de l’activité politique de cette chambre controversée au sein du système institutionnel britannique.  .

Cette journée fera l’objet d’une captation vidéo qui sera retransmise sur le site Internet UPTV: http://uptv.univ-poitiers.fr

Cette journée est organisée grâce au soutien de l’université de Poitiers (les laboratoires MIMMOC et CECOJI),  de l’université de Lille (laboratoire CECILLE) ainsi que le CRECIB.

Lieu: Salle de conférence i-médias, bâtiment B21, Maison des Langues, ESPE et i-médias, 3 rue Shirin Ebadi, Poitiers.

Programme:

SESSION 1. Historical perspectives

Chair: Lucie de Carvalho (University of Lille)

9:30-10:00: Keynote speaker: Chris Ballinger (Academic Dean and Official Fellow, Exeter College, Oxford):

‘The House of Lords Act 1999: An Unimportant Act?’

10:00-10:20: discussion

10:30-10:50: Toufik Abdou (PhD student, University Sorbonne Nouvelle – Paris 3) : ‘The Labour Party and the House of Lords Reform: 1983-2017’

10:50-11:00: Discussion.

SESSION 2. Political and sociological perspectives

Chair: Anne Cousson (Senior Lecturer in British studies, University of Poitiers)

11:15-11:35: Professor Lord Kenneth Morgan (House of Lords; King’s College, London): ‘The purpose and the future of the House of Lords: The view of an historian and working peer’

11:40-12:00: Carole Taylor (BSc PhD, Parliamentary Assistant): ‘The House of Lords Reform: Insiders’ Views’

12:05-12:25: Damien Connil (Research fellow in law and social sciences, University of Pau – Pays de l’Adour): ‘Chambre des lords et groupes parlementaires, entre impensé et particularismes / Parliamentary Groups in The House of Lords: peculiarities and twilight zones’

12:30-1:00: discussion

SESSION 3.  Contemporary stakes

Chair: Susan Finding (Professor of British Studies, University of Poitiers)

2:00-2:20: Céline Lageot (Professor of public law, University of Poitiers): L’impossible transformation de la Chambre des Lords? / ‘The impossible transformation of the House of Lords?’

2:25-2:45: Elizabeth Gibson-Morgan (Professor of British studies, University of Tours): ‘The House of Lords and the UK Constitution: From Human Rights to Brexit’

2:45-3:05: Anne Cousson (Senior Lecturer in British studies, University of Poitiers): ‘The Lords as the specialised human rights House? A case study of prisoners’ voting rights debates’

3:10-3:30 discussion

SESSION 4. Roundtable: Brexit, the House of Lords and the future of Parliament

4:00-5:00: all speakers and Thibaud Harrois (Senior lecturer in British studies, University Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

 

Le ‘Festival of Britain 1951’ : une certaine idée du Royaume-Uni

Le numéro 20 des Cahiers du MIMMOC est paru.

20 | 2019  Le ‘Festival of Britain 1951’ : une certaine idée du Royaume-Uni

The Festival of Britain 1951: the cultural politics of display
Sous la direction de Susan FINDING

La journée d’études, Londres et le « Festival of Britain » 1951, organisée par Moya Jones et Philippe Chassaigne, de l’Université de Bordeaux-Montaige, avec le soutien de l’EA 2958, CEMMC, et la participation de spécialistes français des études culturelles et politiques du Royaume-Uni, s’est tenue le jeudi 8 novembre 2018. Les articles qui composent ce numéro des Cahiers du MIMMOC reprennent les communications qui y ont été présentées.

Dans les analyses qui composent ce numéro, on retracera le contexte historique et politique, les retombées culturelles (architecture, cinéma et musique), et l’image que renvoient les manifestations et produits associées au Festival (publicités, festivités à Londres et dans les provinces).

Le narratif, le roman national, qui s’en dégage reflète la vision orientée du passé et de l’avenir du pays façonnée par les élites dirigeantes politiques et culturelles en cette période charnière qui clôt les années d’austérité et de guerre et ouvre une période de prospérité.