Brexit fever – aux lendemains du référendum, le Royaume-pas-si-uni

Les retombées du résultat du référendum britannique ne sont pas encore claires – à part la décision de quitter l’Union européen qui devrait être entérinée, procédure qui pose elle-même de nombreuses interrogations – quand ? comment ? – mais l’impact sur l’économie et la politique interne sera multiple.

L’avenir politique deux leaders des deux parties principales est déjà compromis. Après avoir été désavoué par l’électorat, David Cameron a logiquement annoncé son départ, à la fois comme premier ministre et comme leader de son parti. Le nouveau leader du parti conservateur, le parti majoritaire à la Chambre des communes, sera appelé à diriger le pays comme le prévoient l’usage. Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste, est actuellement le sujet de vives critiques quant à son soutien mitigé à la campagne en faveur de la décision de rester dans l’Union européenne.

Mais, au-delà de l’avenir individuel des hommes et femmes politiques, l’avenir même des deux partis est en jeu. La question européenne a toujours divisé les deux partis au pouvoir depuis 1945. La droite du parti conservateur désapprouve ce qu’ils estiment être l’emprise de Bruxelles et souligne la perte de souveraineté nationale – malgré la non-appartenance du pay à l’espace Schengen – , tandis que la gauche du parti travailliste désapprouve les orientations capitalistes de l’Union européenne – et ce malgré le virage social que le Royaume-Uni a entamé depuis vingt ans.

Le référendum témoigne, une fois de plus, de la profonde désaffection d’un grand nombre d’électeurs pour ces deux partis. Les signes avant-coureurs étaient pourtant visibles – l’émergence des nationalismes, le refuge des électeurs rejetant la politique des deux partis de droite et de gauche classiques, ayant été un constant depuis une dizaine d’années – le SNP en Ecosse, le Plaid Cymru au pays de Galles, sans parler du Sinn Fein, réadmis dans l’arène politique depuis le cessez-le-feu en Irlande du Nord ; mais aussi UKIP, mené par Nigel Farage – qui, au lendemain du vote, déclara le 23 juin Independence Day – ainsi que des partis régionalistes anglais tels que Yorkshire First.

La géographie et la sociologie politiques montrent un pays écartelé : les jeunes, les zones de prospérité et des employés des secteurs en poupe (secteur bancaire, assurances, technologie, internet), en Angleterre, ayant voté Rester, mais aussi, et à l’inverse, l’Ecosse et l’Irlande du nord, pour qui l’économie de marché, la politique d’austérité menées par le gouvernement Conservateur, étaient néfastes, alors que les subventions et le soutien de l’Europe leur ont fait le plus grand bien.

Ceux qui ont voté contre l’Europe sont ceux qui participent le moins à l’économie des services : les villes industrielles touchés par le ralentissement économique, les zones peuplés de retraités, les comtés agricoles (malgré les subventions de la Politique agricole commune), les laissés pour compte qui ont souffert de la restriction des aides sociales imposées comme remède à la crise financière par le gouvernement de droite. Ceux-ci cherchent des bouc-émissaires – l’immigrant, la Commission européenne, et mettent les pro-européens des partis au pouvoir, le gouvernement et l’opposition, dans le même sac.

Pourtant, il paraîtrait que les électeurs et les politiques ne croyaient pas à une victoire possible du camp Leave, comme le prouvent, lu lendemain du résultat, les déclarations et les mines déconfites des deux tenors du Leave, Boris Johnson et Michael Gove. Les accusations de campagne mensongère ont contribué à discréditer le résultat : la hauteur et l’utilisation qui sera faite de la contribution du Royaume-Uni à l’UE en cas de sortie, la possibilité de mieux contrôler l’immigration des sans papiers extra-européens – des allégations et conclusions que leurs principaux promoteurs ont admis, au lendemain du vote, être « exaggérées » et « hâteuses » .

Face à la déception que le résultat du vote semble avoir laissée – une pétition réclamant une règle sur la participation nécessaire (75 %) pour accepter une telle vote a déjà rassemblé plus de 2 million et demi de signatures en deux jours – le résultat semble sinon remis en question, du moins discutable.

Le parti libéral-democrate, seul parti politique clairement pro-européen, qui a su et pu représenter des électeurs en Angleterre, au pays de Galles et en Ecosse, a déclaré qu’il représentait le seul recours et fera de la question du maintien du Royaume-Uni, ou du moins sa demande de rentrer, dans l’Union européen, son cheval de bataille lors des prochaines élections. Mais celles-ci ne sont pas prévues avant 2020 car la durée d’une législature est de 5 ans maximum. Le parti majoritaire – les conservateurs – a la possibilité de changer de leader et de premier ministre sans en appeler au pays – ce qui s’est passé dans les transitions Thatcher-Major en 1990 et, Blair-Brown en 2010. Une bataille interne pour le leadership s’ouvre donc. Ce n’est pas sûr que ce soit Boris Johnson qui en sorte vainqueur, car le parti pourrait se choisir un leader plus consensuel, moins compromis, tel que Theresa May, actuel Ministre de l’Intérieur.

Le Royaume-Uni risque également de se disloquer. Le référendum écossais en 2014 montrait la montée des tendances indépendantistes. Nicola Sturgeon, leader du parti nationaliste écossais, premier ministre de l’Ecosse, a annoncé l’ouverture de négociations pour que l’Ecosse reste dans l’UE. Cela ne peut se faire sans doute sans se séparer du Royaume-Uni. L’Ecosse décidera donc bien de l’avenir du Royaume-Uni. D’autre part, le Sinn Fein a déclaré que le gouvernement britannique avait perdu sa légitimité pour gouverner l’Irlande du nord, qui a voté majoritairement comme l’Ecosse, pour le maintien, arguant qu’un référendum pour l’union avec la République d’Irlande est justifié par le résultat et parle d’un « rideau de fer » qui coupera l’île d’Irlande en deux si la frontière redevient une barrière.

Nombreux sont ceux qui prédisent des années difficiles, non seulement en raison du ralentissement abrupte des indicateurs économiques causé par le vote. Il s’agira autant de concilier les deux camps – divisés de façon à peu près égale – mais aussi de retrouver confiance dans les partis politiques, et présider à la destinée d’un Royaume de moins en moins uni –  la prédiction de Tom Nairn  dans son livre The Break-Up of Britain (1977).

L’état de l’Irlande (1640 – 1830) – exposition virtuelle

L’Etat de l’Irlande 1640-1830 (cliquez pour visiter l’exposition)

Dans les quelque neuf cents ouvrages en anglais du Service du Livre ancien de l’Université de Poitiers, cent soixante-deux traitent de l’Irlande. Ils ont été publiés entre 1643 et 1800. Une cinquantaine de ces ouvrages ont été sélectionnés pour l’exposition « L’état de l’Irlande 1640-1830 ». Ils traitent de sujets touchant à la politique économique et à l’économie politique et abordent des sujets variés, qui vont des décisions régulant l’imposition et la taxation au moment de la guerre civile en Angleterre entre parlementaires et royalistes (1643) à un traité sur les considérations sur l’état de l’Irlande au moment de l’incorporation politique (1801).

L’Irlande dans le Fonds Dubois

Les auteurs

Parmi les auteurs des ouvrages on peut dénombrer des hommes politiques (William PITT, Edmund BURKE), des satiristes (Jonathan SWIFT), des « mathématiciens politiques » (William PETTY) et des agronomes (Lord SHEFFIELD, Arthur YOUNG). Certaines œuvres sont anonymes, sans nom d’auteur ou avec des pseudonymes codés : Hiberno Britannus – l’Irlandais britannique (Hibernia : mot latin pour l’Irlande), A Gentleman – Un Gentilhomme, Philopatriae – le patriote.

Les thématiques

Les sujets abordés incluent les principales occupations commerciales et manufacturières, la régulation de l’économie irlandaise par statut, l’exportation du blé et de la laine, la production du lin, les tisserands (pour certains de ces pamphlets politiques Jonathan SWIFT adopta le pseudonyme du Drapier), la dette nationale, la monnaie, les impôts, la propriété terrienne, l’amélioration de l’agriculture, l’industrie du fer, la condition ouvrière, le protectionnisme, les tarifs douaniers et la réglementation des exportations irlandaises. Sont aussi évoqués des problèmes plus politiques tels que la démocratie, la religion, l’exclusion politique des catholiques, la domination anglaise et l’union politique de 1801.

Les problématiques

Pendant plus d’un siècle, à partir de l’annexion de l’île de l’Irlande par l’Angleterre et l’implantation des colons, les questions économiques et politiques furent posées et débattues dans ces pamphlets et ouvrages. Comment administrer l’île ? Comment encourager l’agriculture et l’industrie pour que l’Irlande et ses habitants ne constituent pas un gouffre financier ? Comment accorder une voix aux Irlandais dans la gestion de leurs affaires ? La solution trouvée en 1801 – par les Anglais – fut l’Union des deux parlements.

Crédits

Philippe Cauvet, Pascale Drouet, Susan Finding, Elodie Peyrol-Kleiber, enseignants chercheurs du département d’études anglophones de l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers, membres du MIMMOC (EA 3812) et du FORELL (EA 3816)

Anne-Sophie Traineau-Durozoy et l’équipe du Service du Livre ancien du SCD de l’Université de Poitiers (Jérôme Bonneau, Stéphanie Daude, David Denaud, Marie-Agnès Godefroy, Sandrine Painsard)

Romain Ménard, d’I-Médias

Les étudiants du Master 2 esDoc promotion 2015

La Grande Famine en Irlande 1846-1851 : échos et répercussions (le Royaume-Uni, l’Empire, l’Europe)

famineNous annonçons la publication en ligne du numéro 12 de Mémoire(s), Identité(s) et Marginalité(s) dans le monde occidental contemporain, dédié à La Grande Famine en Irlande 1846-1851 : échos et répercussions, dirigé par Philippe Cauvet, Susan Finding et Moya Jones.

Cultures coloniales et postcoloniales et la décolonisation

Journée d’études Cultures coloniales et postcoloniales et la décolonisation, le vendredi 15 février 2013 à l’Université François Rabelais Tours.

Organisé par le laboratoire Interactions Culturelles et Discursives (ICD) EA 6297 et la Fédération pour l’étude des civilisations contemporaines (FE2C) FR 4227 avec le soutien de la CRHIA EA 1163 Université de La Rochelle et la participation de membres du MIMMOC EA 3812 Université de Poitiers dans le cadre du projet PRES Limousin-Poitou-Charentes « Cultures et territoires ».

Dans le cadre d’un projet de recherche commun à plusieurs laboratoires et d’universitaires membres de la Fédération pour l’étude des civilisations contemporaines (FE2C) initiée par les laboratoires MIMMOC (Université de Poitiers), EHIC (Université de Limoges et Blaise Pascal Clermont-Ferrand), FREDD (Université de Limoges), la journée d’étude a réuni onze chercheurs de sept universités françaises autour des « cultures coloniales » devant un public composé de chercheurs, de doctorants et d’étudiants de master sur les bords de la Loire dans les locaux de l’Université François Rabelais Tours.

Les intervenants se sont penchés sur les questions suivantes posées en préalable :

-Le traitement du fait colonial diffère sensiblement entre les différents empires coloniaux : britannique et français, notamment, mais aussi dans les futures ex-colonies liées par leur histoire aux autres cultures européennes. Qu’est-ce que « une culture coloniale »? Comment se manifeste-t-elle?

-Dans quelle mesure la/les culture(s) coloniales) (éducation, religion, littérature…) a-t-elle, ont-elles contribué à la décolonisation ou, au contraire, freiné l’émergence d’une culture indépendante ? L’appropriation du savoir colonial par les autochtones est-elle à l’origine d’un pouvoir, ou a-t-elle plutôt décrédibilisé les « convertis »?

-Les cultures coloniales, les empires, furent pluriethniques, voire plurinationales. Ce phénomène a-t-il contribué à l’émergence d’un transnationalisme postcolonial? Les mouvements panafricain, panislamique, ont-ils été générés par le fait même de l’existence d’une culture coloniale?

Au cours de la journée des interventions sur l’Afrique du nord et l’Afrique subsaharienne à l’époque coloniale (le Maroc espagnol, la Tunisie sous protectorat française, le Cameroun méridional), sur les Amériques (l’Amérique latine – notamment le Puerto Rico -, les Caraïbes et l’Amérique du nord), sur les représentations et le traitement des populations indigènes (les Indiens d’Amérique latine et des Etats-Unis, les pèlerins du hajj, la police coloniale britannique) ainsi que la dissémination des idées politiques dans les ‘cultures coloniales’ dans les pays colonisateurs (Amérique du nord, Royaume-Uni, Caraïbes).

Les cinq interventions de la matinée furent présidées par Trevor Harris (ICD Université de Tours):

Alfredo Gomez-Muller (Université François- Rabelais, Tours) expliqua comment les « Représentations de « l’indien » dans les imaginaires sociaux et politiques des XIXe et XXe siècles en Amérique Latine » ont cherché à éliminer la présence de l’indien dans la culture et les réseaux de pouvoir dans les jeunes états indépendants latino-américains.

Marie-Catherine Chanfreau (Université de Poitiers) analysa l’ « Adaptation ou réaction locale vis-à-vis de l’administration espagnole au Maroc »,  les jeux de pouvoir et les soulèvements marocains sur fond de rivalités coloniales franco-hispano-allemandes de la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’à la fin du régime franquiste (1859 – 1976).

Luc Chantre (Université de Limoges) examina l‘ « L’organisation du pèlerinage à La Mecque dans l’empire français à la veille des indépendances. Peut-on parler d’une « culture coloniale » du hajj ? »  avec la Tunisie comme cas d’étude particulière pour illustrer la logique promotionnelle qu’emprunta la France lors de l’encadrement et de l’organisation des pèlerinages, d’abord une question interne de politique sanitaire, sociale et économique, qui devint par la suite une question de politique étrangère.

Mélanie Torrent (Université Paris Diderot – Paris 7) montra comment le partage territorial des Camérouns devint un enjeu culturel : « Des partages coloniaux aux frontières culturelles : espace politique et stratégies identitaires au Cameroun méridional (1954-1961) ». L’unification de deux territoires, administrés l’un par les Britanniques, l’autre par les Français, fournit l’occasion de comparer les pratiques coloniales et la réaction des populations administrées, par exemple, le choix de la lutte armée ou une campagne pacifique lors des combats pour l’indépendance.

Cheikh Nguirane (Université de Poitiers) parla de la mise en place, dans les trois mille cours de soutien et centres communautaires des Afro-Caribéens britanniques, de lieux de mémoire et de résistance, et de la création d’une tradition transnationale inspiré par le panafricanisme: « De la communauté ethnique au communautarisme scolaire: Les ‘Black Supplementary Schools’ dans la diaspora noire britannique ».

Les quatre interventions de l’après-midi furent présidées par Susan Finding (MIMMOC, Université de Poitiers) :

Dans son intervention « Le Racisme Scientifique: justification et application d’une culture coloniale en Amérique du Nord », Kelly Fazilleau (Université de Poitiers) retraça les représentations « scientifiques » de l’indigène au XIXe siècle et leur évolution et des politiques qui en découlèrent ou/et en furent inspirées aux Etats-Unis et au Canada jusqu’au milieu du XXe.

Cynthia Tolentino (University of Oregon/L’Institut d’histoire du temps présent – IHTP)  prît l’exemple de Puerto Rico pour dresser le fond politique nécessaire à la compréhension des représentations des Puerto-ricains dans la culture littéraire et cinématographique américaine. Dans sa communication « From U.S. Unincorporated Territory to U.S. Commonwealth: Refigurations of Decolonization and Difference », elle analysa comment on peut parler de décolonisation sans l’existence d’un empire formel et devant l’amnésie ou le déni de son existence par la mémoire collective et l’historiographie américaines.

Les « Global radicals » qui sont le sujet de la communication de Jean-Paul Révauger (Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3) sont des intellectuels engagés C.L.R. James et George Padmore du Trinidad et la Oil Workers Trade Union de Trinidad, ainsi que Maurice Bishop et Bernard Coard, de la Grenade. Ces hommes furent à la fois le produit des cultures coloniales et l’exemple même d’une culture transatlantique, dans des réseaux ‘panafricains’ dont les centres d’activité se trouvaient à Londres et à New York.

L’intervention d’ Emma Bell (Université de Savoie), « Normalising the Exceptional: Colonial Policing Cultures Come Home » , évoqua la culture coloniale des services de police dans les colonies britanniques comme soutien au pouvoir militaire. Elle démontra comment le modèle irlandais a largement inspiré les mesures mises en place dans la métropole, au Royaume-Uni, dès la création de la police londonienne en 1824 et jusqu’à la fin du XXe siècle.

L’ensemble des communications a contribué à éclairer les questions qui ont été posées dès le début de ce projet, à savoir, les définitions d’une « culture coloniale », les circulations d’idées à l’intérieur des empires, et les manifestations culturelles post-coloniales : idéologie et idées politiques, littérature et arts.

2e journée d’étude Fonds Dubois

2e JOURNEE D ETUDE “Patrimoine : Fonds Dubois” du 22 novembre 2012

Compte-rendu posté sur le site dédié créé pour servir de lien au chercheurs du projet : http://dubois.hypotheses.org/

Cette deuxième journée d’étude consacrée à la valorisation du Fonds Dubois poursuit les travaux initiés lors de la première Journée d’études en date du 27 mars 2012 (voir le compte-rendu  publié sur ce site dédié).  Organisé par les laboratoires MIMMOC (EA 3812) de l’Université Poitiers et CRIHAM (EA 4….) bi-site Poitiers-Limoges, à la MSHS de Poitiers et la Bibliothèque Universitaire Droit-Lettres, la journée a de nouveau réuni des universitaires anglicistes (11e section), des historiens (22e section), des spécialistes du Service commun de documentation et de la numérisation de l’Université de Poitiers, et des collègues des Universités de Paris 8, Paris-Diderot, Metz et Manchester (Royaume-Uni) spécialistes de l’histoire des échanges commerciales et intellectuelles du Royaume-Uni, de l’Europe et des Etats-Unis des 17e et 18e siècles.

Participants : Nathalie Brémand, Responsable de la Bibliothèque Sciences Humaines et Arts, SCD, Directrice de rédaction de la BVPS, Université de Poitiers. Laurent Colantonio, MCF Histoire contemporaine, Université de Poitiers, CRIHAM (EA 4270). Susan Finding, Professeur de civilisation britannique, Directrice du MIMMOC (EA 3812), Directrice de la FE2C (FED 2447). Robert Mankin, PR, Université de Paris-Diderot, Directeur LARCA (LAboratoire de Recherche sur les Cultures Anglophones)  (EA 4214). Philippe Minard, PR, Directeur d’études EHESS, Université de Paris 8, Co-directeur du laboratoire IDHE, UMR 8533- CNRS (excusé). Eric Planchon, Ingénieur de recherche, responsable Plateforme Ressources numériques, M.S.H.S. de Poitiers. Allan Potofsky, PR, Président REDEHJA, Institut Charles V, Université de Paris-Diderot. Siobhan Talbott, Hallsworth Research Fellow in Political Economy, University of Manchester. Anne-Sophie Traineau-Durozoy, Conservateur, Responsable du Fonds ancien, SCD, Université de Poitiers. Des étudiants du Master 1 Recherche Culture et société étrangères assistèrent à la journée.

Plusieurs volets de ce projet furent évoqués pendant la journée. En premier lieu, les pistes scientifiques. Susan Finding présenta “Auguste Dubois : sources pour une biographie intellectuelle – la république des professeurs?“, un répertoire des sources trouvées pour faire un travail sur le personnage d’Auguste Dubois, son oeuvre, son travail et sa vie de professeur à la Faculté de Droit de l’Université de Poitiers au début du 20e siècle. Ces sources sont à la fois bibliographiques (IdRef SUDOC), historiques (Institut international d’histoire sociale, Amsterdam – Fonds Marcel Rivière, Fonds Kashnoor, Archives départementales – Faculté de Droit, et même le Fonds Dubois lui-même qui contient des pamphlets publiés par cette faculté), mais aussi ‘monumentale’

Maison d’Auguste Dubois, Poitiers

(la maison d’Auguste Dubois et sa tombe à Poitiers). Une biographie d’Auguste Dubois (Professeur de l’histoire des doctrines économiques à la Faculté de Droit de Poitiers au tout début du 20e siècle) et un travail sur la composition de sa collection (acquisition personnelle -parfois à l’étranger- d’ouvrages rares) éclaireront l’histoire intellectuelle, l’histoire des livres, l’histoire de l’université, mais aussi, l’enseignement de l’histoire économique en France.

Pour finir, Susan Finding a rappelé l’analyse faite par Steven Pincus, Bradford Durfee Professor of History, à l’Université de Yale, lors de sa présentation en mars dernier concernant la spécificité du Fonds en la comparant à la collection Goldsmiths-Kress qui l’a amené à conclure : “The Fonds DuBois is a phenomenally wide-ranging collection of political economic pamphlets for the eighteenth century. (…)The Fonds Dubois collection provides us with a remarkably strong selection of the output of the major political economic writers of the eighteenth century.”

Dr. Siobhan Talbott, Hallsworth Research Fellow in Political Economy, University of Manchester, chercheuse invitée financée par le laboratoire MIMMOC et la Région Poitou-Charentes au 2e semestre 2012-2013, présenta ensuite les objectifs de son projet de recherche et l’intérêt du Fonds Dubois pour ses recherches et pour la communauté scientifique en général.

Ses recherches sur le commerce extérieur britannique ont souligné des aspects des positions relatives nationale et internationale des nations britanniques qui sont en contradiction avec la dynamique que les chercheurs ont cru existaient normalement. L’union des royaumes en 1603, et celle des parlements anglais et écossais en 1707, sont considérées comme un indicateur de la supériorité économique et politique naturelle de l’Angleterre, alors que ‘une politique étrangère indépendante a disparu de l’autre côté de la frontière sous Jacques 1er après l’union des couronnes.’  Les historiens de la Grande Bretagne et de l’Europe moderne continuent à travailler avec cette idée, mettant en avant la prééminence de l’Angleterre sans vérifier les hypothèses sur lesquelles cette vision est basée. De plus, de telles investigations ont tendance à décrire l’histoire ‘anglaise’ plutôt que l’histoire britannique que J. G. A. Pocock, entre autres, encourage. Son travail cependant a suggéré que l’Écosse et l’Irlande ont maintenu des politiques économiques étrangères indépendantes et ont participé de façon autonome dans des conflits internationaux tels que la guerre de la Ligue d’Augsbourg (guerre de Neuf Ans) et la guerre de la Succession d’Espagne, ce qui soulève des interrogations concernant le positionnement relatif de l’Angleterre, de l’Écosse, de l’Irlande sur la scène internationale.

Ce projet est conçu pour répondre à ces questions et comporte une analyse détaillée des alignements et associations internationales que les trois nations britanniques entretenaient, ainsi qu’un examen de la place relative de chacune dans l’économie et le pouvoir commercial des nations britanniques à l’étranger – en particulier avec la France, mais aussi avec l’Europe et le monde transatlantique – à l’époque moderne.  Ce projet est soutenu par le financement de d’un contrat de recherche de trois ans, la Hallsworth Research Fellowship in Political Economy (University of Manchester, 2012-2015), pendant lesquels elle mènera des travaux  au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis.

Pendant les trois mois de chercheuse invitée à Poitiers, elle a l’intention d’utiliser le Fonds Dubois, dont le contenu est une mine pour ce projet de recherche. Quelques exemples sont les documents 374/1-14 sur le commerce étranger britannique, en particulier avec la France, à la fin de la guerre de Succession d’Espagne: les documents 435/1-2 and 1761/1-3 sur le commerce maritime des années 1750; documents 1705/2, 1708/1, and 1827-8, sur l’émergence d’une aristocratie dans les affaires en France, et des documents de la chambre de commerce et d’industrie, Rouen (1859/1-2). Les édits royaux, les actes du conseil d’état, en particulier ceux qui gèrent le commerce au début du dix-huitième siècle (collection 3253) sont d’un intérêt certain, ainsi que les oeuvres de Samuel Gale (1981/1-4), Daniel Defoe (2053/1-4), Christopher Robinson (2397/1-4) et William Knox (2489/1-2), dont certains n’existent que dans ce fonds. Cette liste est loin d’être exhaustive et ne constitue que des exemples des ressources dont l’Université de Poitiers est le dépositaire et qu’elle utilisera pendant son séjour au printemps 2013.

Le travail qu’elle mènera contribuera à des publications dans des revues internationales de renom. Une étude pilote a déjà été publié dans Historical Research (2012) et été lauréat du Prix Pollard 2011 attribué par la Institute of Historical Research (Université de Londres) et l’éditeur universitaire Wiley-Blackwell.L’éditeur Pickering et Chatto publiera une étude intitulé Conflict, Commerce and Franco-Scottish Relations, 1560-1713.  Ce séjour permettra également d’augmenter considérablement le travail déjà entrepris pour la création de la base de données qu’elle a initié : British Commercial Agents: a biographical database, 1560-1720, (Les agents commerciaux britanniques: base de données biographique, 1560-1720), qui sera publié en ligne pour l’utilisation par les chercheurs et le grand public.  Elle contribuera enfin pendant ce séjour de trois mois à l’identification des priorités pour la numérisation du Fonds Dubois, et en collaboration avec les universitaires engagés dans ce projet, et aidera au développement d’un réseau international de chercheurs dans ce domaine autour de ce fonds.

En fin de matinée, au 2e étage de la Bibliothèque Droit-Lettres, la présentation du Fonds Dubois et d’un certain nombre d’ouvrages de la section concernant les ouvrages en anglais ou publiés au Royaume-Uni, par Mme Traineau-Durozoy, Conservateur, responsable du Fonds ancien du Service commun de documentation (SCD) de l’Université de Poitiers, fut l’occasion de comprendre la richesse de ce Fonds. Mme Traineau-Durozoy présenta également l’histoire du catalogage du Fonds. Ce sont les conservateurs et bibliothécaires qui en dressant les inventaires ont les premiers souligné les richesses du Fonds.

Mais la partie la plus riche de cet ensemble date des 18e et 19e siècles, avec un éclairage sensiblement différent, le 18e beaucoup plus économique et politique (commerce des blés, assignats, Compagnie des Indes, physiocratie…), le 19e davantage centré sur les courants socialistes et utopiques (saint-simoniens, fouriéristes, l’Icarie de Cabet, Proudhon, aussi bien que Robert Owen…).

Des ensembles particuliers méritent d’être signalés :

‑ les romans utopiques et voyages imaginaires  (la collection complète des Voyages ima­ginaire, songe, visions et romans cabalistiques publiée par Charles Georges Thomas Garnier, mais aussi trois Thomas More, les Sévarambes de Veiras, les Galligènes de Tiphaigne de la Roche, Jacques Sadeur de Foigny, les Isles fortunées de Moutonnet de Clairfons, le Prince de Montberaud de Lesconvel, le Jacques Massé de Tyssot de Patot…).

‑ la collection de pamphlets en langue anglaise, soit environ 400 pièces sur l’Irlande, la politique, la banque, le commerce international, la South Sea Company, signés par (ou attribués à) William Petty, Davenant, Swift, Drapier, De Foe…

Jean-Paul Bonnet, Le catalogue des brochures du Fonds Dubois de la Bibliothèque universitaire de Poitiers, 2000.

Les différents outils disponibles pour consulter le Fonds sont les suivants:

-Catalogue en ligne Université de Poitiers – SCD – Fonds ancien

-Inventaire et index (auteur, thèmes) des 3089 brochures (J-P. Bonnet, 2000).

-Catalogue, (Nathalie Rollet, mars 2001).

-Liste des périodiques et brochures : les socialismes utopiques.

-Ouvrages en langue anglaise traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne 16e-19e siècles (avril 2008).

-Tableaux Excel chronologiques :

-Fonds Dubois  – anglais

-Fonds Dubois – français.

Pour finir Mme. Traineau-Durozoy a présenté la liste des Acquisitions faites par le SCD avec les crédits Région Poitou-Charentes / MIMMOC sur les domaines “Economie, politique et société aux 17e et 18e s. dans les îles britanniques” pour servir d’usuels aux chercheurs venant travailler sur le Fonds.

En début d’après-midi, une visite à la plateforme des ressources numérique de la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société permit aux chercheurs de se rendre compte des importants moyens techniques à disposition, notamment la dernière acquisition permettant de numériser en A0, en cours d’installation, présentée par Eric Planchon, Ingénieur d’études, responsable de ce service.

Mme Nathalie Bremand présenta la Bibliothèque virtuelle Premiers socialismes (BVPS) par mis en ligne sur le site de la SCD de l’Université, ce qui donna l’occasion à la réunion de poser des questions sur la conception du site, sur les choix opérés et des conseils sur le site projeté dans le cadre de ce projet.

Une discussion s’ensuit sur les priorités et les méthodes de travail. L’importance du travail de valorisation sans équipe dédiée paraît redoutable. Il faut continuer de chercher à faire connaître le Fonds par nos propres réseaux. Les professeurs présents envisagent d’envoyer des étudiants de Master et des doctorants utiliser le Fonds pour leurs travaux. Le travail individuel de chercheurs comme Steven Pincus et Siobhan Talbott, ne fera qu’accroître l’utilisation et la renommée du Fonds, permettant ainsi au projet de numérisation et de création d’une bibliothèque virtuelle de recevoir des appuis, voire à des projets scientifiques (ANR, GDR – cf le GDR 2136 France – Îles britanniques) thématiques autour du Fonds d’émerger.

Lors de la première journée d’étude, des actions avaient été projetées. Certains n’ont pas encore pu être initiées. Un certain nombre ont été déjà été effectuées :

1) prise de contacts : -avec le PRI Iles britanniques de l’EHESS, le Projet pluridisciplinaire Paris Diderot “Littérature pratique et l’imagination des savoirs”;

-Digital Humanities Congress 2012, University of Sheffield, 6th – 8th September 2012 – Susan Finding a assisté au congrès et contacté un certain nombre de participants dont des responsables de http://www.connectedhistories.org, de l’Institute of Historical Research, Londres).

2) création du carnet de recherche du réseau : dorénavant en opération dubois.hypothèse.org. Les membres du réseau sont invité à partager des informations via ce carnet en s’adressant à Susan Finding (Université de Poitiers).

3) solliciter l’intégration dans l’axe Patrimoine et Territoires (Patrimoine du passé) du CPER 2007-2013 Axe B : “Savoir, Sociétés, Images” puisque le projet émergeant correspond aux projets déjà établis Constitutions et circulation des savoirs. Le CPER en fin de parcours n’a pu accéder à la demande. Mais nous espérons pouvoir faire partie du prochain.

4) Susan Finding a soumis le projet de valorisation du Fonds à la MSHS comme projet à intégrer à l’axe 3 de la MSHS de Poitiers”Culture et patrimoine” avec le titre Fonds Dubois, les mots-clés : savoirs, circulations, collections, patrimoine intellectuel, humanités numériques, où les objectifs sont ainsi décrits :

la valorisation du Fonds Dubois (et accessoirement du Fonds ancien) en trois volets, la préservation, la communication et l’exploitation scientifique de l’ensemble.                              Les moyens : 1) répertorier les ouvrages spécifiques, créer une banque d’informations sur les éditions détenues à Poitiers ; 2) création d’une bibliothèque virtuelle (à l’instar de la Bibliothèque virtuelle des premiers socialismes et de la Bibliothèque virtuelle sur les Coutumiers du Centre-Ouest (dans le droit fil de l’idée de création d’un Portail BNF régional piloté par le SCD et de portails internationaux spécialisés 17e-18e siècles) ; 3) soutien et animation de projets de recherche autour du Fonds.

Cet axe, en cours d’élaboration (pour lequel Susan Finding, à la demande des deux porteurs du projet, est responsable du sous-axe “Monde de savoirs”) sera également la base des négociations autour du prochain CPER de l’Université de Poitiers.

La prochaine JE aura lieu en juin 2013 et réunira les deux chercheurs invités internationaux Steven Pincus et Siobhan Talbott, ainsi que les enseignants-chercheurs membres du réseau. La date précise sera annoncée ultérieurement.

Le prochain appel pour des candidatures de chercheur invité financés (voyage et frais de séjour) pour des périodes allant de 1 à 2 mois, ou de 3 à 6 mois (full professor/ post-doc) sera bientôt émis. N’hésitez pas à encourager des candidatures. Informations sur la page Research grants du carnet de recherche dubois.hypotheses.org.

Poitiers, le 29 novembre 2012, SF.

La mixité et le refus de l’hybridité

Cahiers du MIMMOC No.4: 2007

La mixité et le refus de l’hybridité

Etudes réunies et présentées par Susan Trouvé-Finding et Vincent Latour

Le thème de l’identité est au centre des contributions à ce numéro des Cahiers. Parmi les questionnements divers au sujet de l’identité, celui de l’identité plurielle, de la mixité et de
l’hybridité a probablement été le plus posé ces dernières années, au vue des développements sociaux et politiques récents. C’est pourquoi les auteurs ont trouvé opportun de contribuer aux débats en analysant et en comparant les concepts de mixité et d’hybridité dans leurs différentes acceptations en France, au Royaume-Uni, en Irlande et en Espagne. Les contributions qui suivent sont des cas d’étude de l’acceptation des termes de mixité et d’hybridité principalement dans des pays anglophone mais aussi en France. Ils concernent essentiellement le monde contemporain et les dernières décennies. Ils font une large part au thème de l’ethnicité, mais également à d’autres formes de mixité et d’hybridité.
http://cahiersdumimmoc.edel.univ-poitiers.fr/docannexe/file/498/publication_image_accroche_n4.jpg
Les articles de ce cahier sont le fruit des réflexions pendant deux journées d’études et de séminaires du Mimmoc (Equipe d’Accueil 3812). La première journée d’études, « Mixité », s’est tenue à l’Université de Poitiers le 29 avril 2005 avec le soutien du CRECIB (Centre de Recherches et d’Études de la Civilisation britannique). La deuxième journée à l’Université de Toulouse 2 Le Mirail, le 13 octobre 2006, sur « Le refus de l’hybridité culturelle » fut organisée par des chercheurs de TIDE (UMR 6588 CNRS).

Illustration : Modern Dance (crédits : Lieven Soete, licence Creative Commons sur Flickr).