Les coulisses du pouvoir et la démocratie parlementaire au Royaume-Uni

Les coulisses du pouvoir, métaphore spatiale pour les hautes sphères des instances politiques, soustraites au regard du public, sont un espace privilégié et réservé. L’analyse du fonctionnement des antichambres des principaux partis politiques britanniques et des rapports en coulisse entre l’exécutif, le législatif et l’administratif fait ressortir le rôle et l’efficacité des coulisses du pouvoir comme lieu de régulation des tensions engendrées dans le jeu des différents composantes des pouvoirs politiques. L’évolution des technologies de la communication, le déplacement de pouvoirs vers des instances « dépolitisées » et le décloisonnement des sphères politiques annoncent une transformation de ce lieu de pouvoir et une redéfinition des coulisses.

Introduction

En politique, l’envers du décor1, les coulisses de la scène publique, sont synonymes des lieux où le jeu du pouvoir s’exerce de façon mystérieuse, peu transparente voire occulte. Dans le présent volume, les études de cas particuliers qui évoquent les couloirs de Westminster et de Whitehall, ainsi que les coulisses des nouvelles instances mises en place depuis 1998, à savoir, le Parlement écossais, l’exécutif gallois et la mairie de Londres, font état de tractations et de compromis. Ces lieux de pouvoir, espace privilégié, réservé et restreint, et souvent mal connus, forment le substrat de la démocratie parlementaire britannique où les réseaux politiques se font et se défont. Ces coulisses forment un labyrinthe – ne parle-t-on pas des arcanes du pouvoir ? – dans lequel les auteurs se sont aventurés pour essayer d’en explorer la structure, le rôle et le
fonctionnement.

Le terme anglais ‘corridors of power’ désigne les plus hautes sphères du pouvoir exécutif, les lieux où se prennent les décisions de la plus haute importance2 et la notion, traduite en français par l’expression ‘coulisses du pouvoir’3, fut inventée par le scientifique, romancier et haut fonctionnaire britannique, C.P. Snow4, habitué de ces lieux, dans un roman datant de 1956, intitulé Homecomings. Il utilisa à nouveau cette appellation dans le roman éponyme 

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Corridors of Power de 1964, dont l’action se situe à l’époque de la crise de Suez, pendant la Guerre froide. Il est lui-même devenu, de 1964 à 1966, parliamentary secretary du Ministre de la Technologie du gouvernement Wilson, Frank Cousins, incarnant ainsi un des personnages dont il avait esquissé les traits. L’intrigue se déroule dans ce contexte historique et évoque les luttes byzantines dans le cercle fermé des ministres et des hauts fonctionnaires. Sous-jacentes à cette notion sont donc les idées de lieu clos et d’influences secrètes alors que le personnage principal, Roger Quaile, opposé à la course à l’armement nucléaire, tente d’élargir son rayon d’action et d’asseoir le pouvoir qu’il exerce en tant que ministre. Comme l’explique
Snow dans son avant-propos5, l’auteur et critique Rayner Heppenstall remarqua le terme, l’utilisa comme titre pour un compte-rendu de Homecomings6. C’est ainsi que le public et Snow lui-même adoptèrent la notion et le choisit comme titre de son futur roman. Le terme est devenu courant avant même la publication de ce dernier. La résonance particulière du terme répondait, sans doute, au besoin de nommer et ainsi de reconnaître l’existence de cette réalité, politique, d’identifier en quelque sorte le phénomène comme objet d’étude

Sous le libellé de coulisses du pouvoir, on évoque la machinerie du gouvernement élu et celle de son support administratif dans les ministères, mais aussi, et surtout, ses aspects cachés, l’envers de la scène publique : les conseillers officiels et officieux des hommes et femmes de pouvoir, qu’ils soient fonctionnaires, éminence grise ou ‘spin doctor’, ainsi que les divers types de groupes de pression7. Le terme même de lobby8 fait référence aux couloirs des Chambres du Parlement où les députés sont sollicités, où des négociations, dont le contenu et la manière peuvent être tendancieux, sont conduites. En français « faire antichambre » ne signifie-t-il pas attendre une faveur ?

À Westminster comme à Whitehall, mais aussi dans d’autres lieux de pouvoir, délocalisés, « dévolus », le pouvoir s’exerce dans les lieux de débat public et dans des lieux moins accessibles. L’exercice du pouvoir dans les parlements écossais et gallois, les autorités locales et régionales, les mairies, les partis politiques, les syndicats, les
entreprises, les organisations fédératrices (comme le Trade Union Congress, la Confederation of British Industry ou l’Union Européenne), ou encore les organisations non-gouvernementales, à l’intérieur même des lobbies, est ainsi plus ou moins transparent selon la tradition, la politique et les mœurs de ces instances.

Le travail présenté ici, sans prétendre être exhaustif, nous amène à examiner les rapports de pouvoir, les stratégies diverses, les conflits d’intérêts, la négociation et les compromis, la transparence ou non de la démocratie élective et les pouvoirs occultes qui s’y exercent. Certains épisodes parlementaires évoqués dans ce volume – les débats sur Maastricht en 1993, sur l’Irak en 2003, sur les droits du citoyen et les libertés individuelles en 2005 – illustrent ce propos. Ces questions, posées depuis une vingtaine d’années, ont suscité un
débat de fond sur la réforme des institutions britanniques, réforme qui concerne plusieurs composantes de la constitution, comme en témoignent les réformes entreprises depuis dix ans par le gouvernement Blair. Celles-ci comprennent la décentralisation des pouvoirs, « devolution », (1998), les droits de l’homme (1998), la Chambre des Lords (1999), la gestion des partis politiques et des élections (2000), l’accès à l’information (2000), le pouvoir judiciaire (2005). Un certain nombre de ces réformes sont évoquées directement ou indirectement dans les contributions qui suivent, toutes liées par la même interrogation sur les lieux de pouvoir dans une démocratie moderne. On évoquera tour à tour les composantes du pouvoir politique que sont les partis politiques, l’administration centrale et les nouvelles institutions démocratiques mises en place dans les régions depuis 1998.

Depuis la parution de ce numéro en 2008, les réformes constitutionnelles continuent au Royaume-Uni.

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Lords’ Constitutional Reform Committee 2010

  • 1  Thème du XXe congrès de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES) tenu en Avignon (…)
  • 2  Cambridge International Dictionary of Idioms, 1998.
  • 3  Le terme ‘couloirs du pouvoir’ est cependant utilisé par Yvan Levaï, La République des mots : De M (…)
  • 4  (1905–1980) Physicien à l’université de Cambridge, haut fonctionnaire responsable de la sélection (…)
  • 5  C.P. Snow, Corridors of Power, Londres, Macmillan, 1964 (Penguin, 1966), 7, Author’s note to the o (…)
  • 6 Times Literary Supplement, 7 September 1956, 524 voir Nicholas Tredell, “Corridors of Power”, The L (…)
  • 7  Il n’est pas du ressort de ce présent volume d’examiner ce point particulier. Les think tanks font (…)
  • 8  Selon le Online Etymology Dictionary le sens de « grande entrée d’un bâtiment public » du terme lo (…)

L’abolition de l’esclavage au Royaume-Uni : débats et dissensions

http://www.images.hachette-livre.fr/media/imgarticle/SEDES/2010/9782301000606-V.jpgL’abolition de l’esclavage au Royaume-Uni 1787-1840 : débats et dissension  / The abolition of slavery in Britain 1787-1840 : debate and dissension. Paris, Sedes, 2009. Ouvrage dirigé par Susan Finding, Professeur à l’université de Poitiers.

Entre 1787 et 1840 le Royaume-Uni et ses colonies connaissent une longue lutte entre partisans et opposants de la traite des esclaves et de l’esclavage. C’est ce combat, souvent intense, parfois violent, qu’étudient les contributions françaises et internationales réunies dans cet ouvrage. Leurs analyses portent sur le climat moral et intellectuel au Royaume-Uni à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Des thèmes particuliers et des cas d’études spécifiques sont abordés : les évangélistes, les baptistes, les femmes militantes de la cause abolitionniste, le port esclavagiste de Bristol, l’ex-esclave Equiano, le poète Coleridge, le réformateur Wilberforce, le débat économique.  À la croisée de plusieurs disciplines (études anglaises, histoire des idées, sciences politiques) cet ouvrage est destiné aux étudiants préparant le concours, ainsi qu’à tous ceux qui s’intéressent à la civilisation anglophone.

Pour une revue de cet ouvrage voir Notes de lecture : Révauger Cécile   lien XVII-XVIII. Revue de la société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles,     Année   2011,    Volume   68,    Numéro   68,   pp. 203-205.

A collection of essays from scholars worldwide dealing with the issues concerning the context and content of the debates in Britain and its colonies during the fifty year struggle to implement the abolition of the slave trade and the institution of slavery from 1787 to 1840. Scholars from Australia, Britain, France, and the United States examine the moral and intellectual climate of late-eighteenth and early-nineteenth century Britain. Themes include the Enlightenment, religion and romanticism, ethics and politics, transatlantic influences and abolitionist discourse. Case studies analyse particular aspects: the Evangelicals, the Baptists, women abolitionists, black Bristol, Equiano the former slave, Coleridge the poet, Wilberforce the reformer, the economic debate.  At the crossroads between English Studies, History, the History of Ideas and Politics, it will be of interest to students and scholars studying English literature and English-speaking cultures, the social, intellectual and political history of Britain and the Caribbean, and cross-cultural and transdisciplinary transfers.

John Briggs, Professor, Theology Department, University of Oxford.
Vernon Burton, Emeritus Professor of History, African American Studies, andSociology, University of Illinois.
John Coffey, Professor of Early Modern History, University of Leicester.
Deirdre Coleman, Robert Wallace Chair of English, University of Melbourne.
Laurent Curelly, Maître de conférences en civilisation britannique, Université de Haute-Alsace.
Madge Dresser, Reader in History, University of West England.
Susan Finding, Professeur de civilisation britannique, Université de Poitiers.
Trevor Harris, Professeur de civilisation britannique, Université François Rabelais, Tours.
Peter Kitson, Professor of English, University of Dundee.
Mason I. Lowance, Professor of English, University of Massachussetts, Amherst.
Lawrence McDonnell, Lecturer in History, Iowa State University, Ames, IA.
Clare Midgely, Professor of History, Sheffield Hallam University.
Veront M. Satchell, Senior Lecturer in History and Archeology, University of the West Indies, Kingston, Jamaica.
Troy Smith, NCSA, University of Illinois, Urbana-Champagne.
Timothy Wheelan, Professor of English Studies, Georgia Southern University.

Introduction (Susan Finding)

11 septembre : témoignages américains sur le campus

La Nouvelle République, 9 septembre 2011.

Joël Maybury, consul des États-Unis à Bordeaux, et Ted Widmer, historien et ancien conseiller de Bill Clinton, se sont exprimés sur les attentats.

Ted Widmer et Joël Maybury entourés de Susan Finding, Christelle le Billan et Saïd Ouaked, maîtres de conférence. (Légende photo parue avec l’article non reproduite ici).

Ils font face à des étudiants, des chercheurs. Ils racontent le 11 septembre 2001, les conséquences des attentats terroristes qui plongèrent le pays dans le deuil. Hier, l’université de Poitiers a reçu Joël Maybury, consul des États-Unis à Bordeaux, et Ted Widmer, historien de la Brown University et ancien conseiller de Bill Clinton, dans le cadre d’un colloque sur le thème « Le 11 septembre 2001 dans le monde : politiques, cultures, identités. » Un colloque organisé par une fédération de laboratoires de recherche et d’enseignement universitaires en Limousin, Poitou-Charentes. « Cette manifestation fait partie d’un projet de recherche en civilisations contemporaines, explique Susan Finding, directrice du laboratoire de Poitiers. Le 11 Septembre est un cas d’étude intéressant dans la gestion de la crise et l’après conflit. »

Dans la salle de conférence, la voix de Joël Maybury s’élève. Ce 11 septembre, il suivait une formation à quelques centaines de mètres du Pentagone, à Washington, quand les sirènes, les bruits d’explosion, ont envahi l’espace. « Et puis il y a eu un grand silence. Nous entendions les oiseaux chanter. » Les États-Unis ont subi de lourdes pertes. « Mais
le peuple américain est fort. Il a su se relever »,
souligne le consul.

« Il est important de se souvenir, affirme Ted Widmer. Mais c’est aussi très difficile car ces attentats font encore partie de notre présent. » Même si cet événement s’apprête à entrer dans l’Histoire. Ted Widmer en est bien conscient. « Les Américains ont puni ces attentats par l’élimination de Ben Laden, reprend l’historien. Un criminel a été condamné et nous en éprouvons du soulagement. » La commémoration du dixième anniversaire des attentats devrait permettre de tourner une dernière page. « Le président Obama va honorer ce jour, commente Ted Widmer. C’est un homme porté par de bonnes intentions. Il devrait permettre au peuple américain d’écrire un nouveau chapitre. »

Magalie Lépinoux