Brexit, souveraineté nationale et mondialisation

Il y a un an, nous annoncions la sortie d’un numéro de l’Observatoire de la société britannique consacré à la question de l’Economie britannique et le Brexit.

concept créateur d'illustration de brexit, ballon volant avec l'ue de l'union européenne et le drapeau britannique du royaume-uni sur le fond blanc. - brexit photos et images de collection

La finalité de la décision acquise depuis quelques semaines, la mise en ligne du numéro de décembre 2019, et la sortie du numéro de décembre 2020 de la revue, dédié à nouveau à la question, BREXIT AND ITS DISCONTENTS/ LE BREXIT, UN MALAISE SANS FIN ? sous la direction de Margaret Gillespie, Philippe Laplace & Michel Savaric, nous incite à republier l’introduction du numéro rédigé il y a douze mois.

Brexit, souveraineté nationale et mondialisation, Susan Finding, Observatoire de la société britannique, 24 | 2019 : L’économie britannique et le Brexit, p. 15-28  https://doi.org/10.4000/osb.3146

Depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne en janvier 1973, un certain nombre de britanniques n’ont cessé de penser que l’entrée dans la CEE a eu un impact négatif sur l’économie du pays. Le passage au système métrique, décidé dès 1965, n’a fait que renforcer l’idée que l’économie de la première nation industrielle, son système impérial de poids et de mesures, tous deux séculaires, sont menacés par cette participation. Dans l’esprit de nombreux britanniques la décimalisation de la monnaie, à partir de février 1971, a contribué à la vision négative de l’impact, notamment sur la flambée des prix1. La demande – il y a quarante ans – d’une renégociation de la contribution britannique au budget européen par le nouveau Premier ministre, Margaret Thatcher, et ses déclarations péremptoires concernant le déficit démocratique des institutions européennes, reflétaient et entretiennent encore ce sentiment. En 2016, la contribution budgétaire britannique à l’Union européenne a été utilisée comme l’un des principaux arguments de la campagne en faveur du Brexit, ses partisans prétendant que les 350 millions de livres sterling hebdomadaires versés à l’UE – chiffre contesté – seraient consacrés au système public de santé (NHS), institution emblématique du système social britannique. Si l’entrée du Royaume-Uni dans l’union douanière, puis dans l’union politique et sociale, a posé problème aux britanniques, sa sortie, près de cinquante ans plus tard, ne pose pas moins de questions, notamment à propos son impact sur l’économie.

  • 2 Timothy Whitton (dir.), Le Royaume-Uni de Theresa May, Observatoire de la société britannique, 21, (…)
  • 3 Les coordinateurs de ce numéro adressent leurs remerciements aux laboratoires MIMMOC (EA 3812) et C (…)

Après un numéro de l’Observatoire de la société britannique consacré aux défis auxquels Theresa May devait faire face en accédant à la tête de l’exécutif en juin 2016, et deux numéros de la Revue française de civilisation britanniques sur le référendum de juin 2016 et les élections législatives de 20172, élections dont le Premier ministre espérait qu’elles lui donneraient une plus grande majorité et les coudées franches – mais qui en réalité ont produit un parlement sans majorité, incapable de dégager un consensus sur la difficile négociation des conditions du départ –, le numéro présent se penche sur l’économie britannique avant et après le Brexit et sur certaines questions épineuses qui se sont posées depuis le 23 juin 20163. L’éventuel impact de la sortie de l’UE sur l’économie britannique a peu joué dans la décision les électeurs de voter en faveur du Brexit, si ce n’est la fameuse contribution du Royaume-Uni à l’Union européenne, largement utilisée par les partisans du départ. Le gouvernement ne semble pas davantage avoir mesuré les conséquences économiques en déclenchant l’Article 50.­­­ Il semble toutefois que les conséquences économiques de cette décision politique soient multiples et profondes.

  • 4 Les auteurs des articles dans ce numéro se trouvent dans la même position – bien moins grave certes (…)

À l’aune d’une nouvelle ère de relations internationales pour la Grande-Bretagne, une ère de reconfigurations politiques, sociales et économiques, sont réunis dans ce numéro des articles qui analysent l’impact du « Brexit ». Depuis le résultat-surprise du référendum de juin 2016, une épée de Damoclès est suspendue au-dessus du Royaume-Uni. Les articles ont été rédigés pendant l’hiver 2018-2019, et révisés entre le moment où le parlement britannique a rejeté l’accord négocié entre le gouvernement britannique et l’Union européenne, le 15 janvier 2019, et la fin du délai imposé par l’activation de l’Article 50 par le Premier ministre, initialement le 29 mars 2019 (‘B-Day’). Ce délai se prolonge, prorogé jusqu’au 12 avril à cause de l’impasse à Westminster, et de nouveau, début avril, jusqu’au 30 octobre 2019. Ne souhaitant pas attendre le dénouement de la crise politique, constitutionnelle et existentielle que le résultat du referendum a déclenchée4, — ces lignes ont été rédigées en mars 2019, avant les atermoiements du départ de Theresa May et le choix de son successeur à la tête du Parti conservateur, et par conséquent du gouvernement — le présent numéro fait le point sur les débats autour de certaines questions économiques soulevées par la perspective de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Le Brexit, quel que soit son format, — même si l’accord négocié est finalement voté, et même si le processus est arrêté ou si un délai supplémentaire pour aboutir à une sortie est demandé, et accordé — ne manquera pas d’avoir des répercussions sur un certain nombre d’institutions, de politiques et de méthodes de fonctionnement européens. En attendant de savoir l’accord négocié, signé par le Royaume-Uni et l’Union européenne, est avalisé par le parlement (Deal ou No Deal ?), ou si une deuxième consultation du peuple sous forme de référendum ou d’élections législatives s’avère nécessaire, les acteurs de tous les secteurs économiques ont conduit des analyses prospectives, évalué les ajustements nécessaires et élaboré des plans pour faire face aux difficultés constatées : indisponibilité de main d’œuvre immigrée, délais de livraison prolongés, formalités administratives accrues, tarifs douaniers entraînant des coûts supplémentaires, valeur de la livre sterling incertaine, subventions agricoles évaporées… Les stratégies envisagées vont du déménagement du siège social dans un pays européen (secteur bancaire) où ailleurs (Dyson à Singapour ; Honda ; BMW pour la Mini) à la négociation bilatérale avec les autorités du pays concerné (Eurostar), de la création de stocks supplémentaires (fournitures, médicaments) à la création de filières de transport et de stockage dédiées (NHS, ferrys trans Manche)5. Devant les incertitudes quant au dénouement de la crise et sur la durée des négociations et des tractations parlementaires, de nombreux représentants de l’industrie et du commerce sont intervenus publiquement pour avertir le gouvernement des conséquences négatives qui se faisaient déjà sentir6.

Les articles dans ce numéro se classent dans trois catégories principales : le Royaume-Uni dans son ensemble ; le devenir de l’économie des régions à gouvernance autonome (Écosse et Irlande du nord) ; et le secteur financier. Les contributions font ressortir des questions fondamentales sur les prémices et le fonctionnement de la société britannique : la philosophie politique qui la sous-tend, la place des services et le poids de la finance dans l’économie britannique, les relations internes au Royaume entre les régions, et les relations extérieures du pays, sur le plan politique et économique. L’impact sur les relations extérieures ne se limite pas aux relations avec l’UE, mais aussi, conséquence du poids du secteur de la finance, avec les États-Unis.

Le Brexit et le Royaume-Uni : questions de philosophie politique

Les trois premiers articles envisagent le Royaume-Uni dans son ensemble et traitent de questions relevant de la philosophie politique et sociale. Céline Lageot retrace le processus constitutionnel de sortie de l’UE du Royaume-Uni. Ce faisant elle rappelle l’importance constitutionnel du principe de souveraineté parlementaire :

Alors que le Gouvernement a cru pouvoir passer outre le consentement du Parlement pour la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne, les juges de la Cour suprême sont venus arbitrer le conflit dans l’affaire Miller en janvier 2017, en rappelant la plénitude du principe de souveraineté parlementaire. Non seulement, et nonobstant le résultat du référendum de juin 2016, le Parlement a dû donner son approbation au déclenchement de la procédure de sortie, mais il devra en définitive autoriser la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Ce principe a mené, tant bien que mal, aux votes indicatifs du 26 mars 2019 censés faire connaître ce que le parlement, souverain, après avoir rejeté à plusieurs reprises l’accord ramené de Bruxelles par le Premier ministre, Theresa May, accepterait comme solution. Cette consultation a révélé surtout les profonds désaccords au sein des deux principaux partis politiques, et, par conséquent, n’a pu dégager une majorité en faveur d’aucune des propositions alternatives.

Dans sa contribution, Emma Bell souligne les principes qui prévalent chez les tenants du Brexit et les conséquences qui en découlent :

Bien que le Brexit soit parfois considéré par la gauche comme une opportunité de tirer un trait sur le néolibéralisme, notamment en facilitant la renationalisation des services publics, la droite du parti conservateur britannique le voit comme une vraie occasion de montrer la voie en matière de déréglementation afin de créer une utopie néolibérale au Royaume-Uni. […] Cependant, bien que la création d’une utopie néolibérale après le Brexit soit irréalisable, « le néolibéralisme réellement existant » devrait perdurer, les incertitudes économiques du Brexit plaçant les grandes entreprises dans une position de force vis-à-vis du gouvernement britannique.

L’expansion du secteur des services dans les quarante années précédant la crise de 2007, quasiment depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, a été significative. Si on ne peut imputer ce développement à l’adhésion au marché commun, la transformation de l’économie britannique suite au déclin industriel, accompagne l’expansion des échanges commerciaux avec l’Europe. Aujourd’hui, les services dominent l’économie et la vie des britanniques – les chiffres de 2016 montrent que 80 % des emplois sont dans les services publics et privés et seulement 12 % dans l’industrie, 1.5 % l’agriculture7. La place des services privés, et en particulier des services financiers, sera examinée dans des articles de la troisième partie. Louise Dalingwater analyse un aspect de l’impact du Brexit sur un pan du secteur public, le service public de santé :

L’un des défis les plus importants du post-Brexit est celui de la capacité du système britannique de santé publique (National Health Service) à retenir du personnel de santé qualifié. Le NHS a recours à des travailleurs étrangers pour combler le déficit chronique en personnel. Cet article montre pourquoi le NHS connaît actuellement une crise de recrutement et souligne comment la sortie du Royaume-Uni de l’UE pourrait aggraver le problème. Il examine ensuite l’impact potentiel du Brexit sur la présence de personnel européen dans le NHS. L’article examine pourquoi une évaluation de l’effet du Brexit sur cette crise de recrutement est difficile à effectuer. Enfin, il analyse les politiques mises en place par le Gouvernement britannique pour tenter de limiter les départs du personnel et pour remédier à la crise de recrutement.

La politique d’immigration du gouvernement conservateur aurait un effet négatif important sur l’économie, d’après des rapports officiels qu’on a tenté de garder secrets8. Si les politiques d’immigration ne sont pas directement liées à la sortie de l’UE, la perception du public et du personnel du NHS provenant de l’UE font ce lien entre les deux. Mieux contrôler ses frontières et l’immigration, on se le rappellera, fut un des arguments brandis par la campagne en faveur du Brexit.

Le Brexit et les régions à gouvernance autonome : les cas de l’Écosse et de l’Irlande du nord

  • 9 Ian Jack, « North to south, the seeds of division in Brexit Britain were sown long ago », The Guard (…)
  • 10  Sur Londres, voir Berbéri, C., « Londres : une ville plus favorable à l’euro que les autres villes (…)

Le résultat du référendum a souligné les faiblesses des relations inégales entre les différentes parties – régions et nations – du Royaume-Uni. Le décalage entre les régions anglaises ayant voté en faveur de l’UE – méridionales, prospères, cosmopolites – et les régions anglaises ayant voté en faveur du Brexit – au nord, au taux de chômage et de pauvreté élevé – reprend la division centenaire entre le nord industriel et le sud, centre administratif9, entre les régions et nations ‘périphériques’ et le centre du pouvoir, le cœur du Royaume – l’Angleterre et Londres10. Le résultat souligne également les attentes très différentes des nations composant l’Union et fait écho à l’évolution des vingt dernières années vers une autonomie plus grande de l’Écosse, mais aussi, dans une certaine mesure, du pays de Galles, et de l’Irlande du nord.

  • 11 Site officiel de l’exécutif gallois : What impact will Brexit have on the Welsh economy? 13 April 2 (…)

On s’attend à ce que l’économie galloise soit touchée par le Brexit : au niveau de son PNB, du commerce, de l’investissement et des emplois. Entre trois scénarios possibles évoqués en 2018, le plus couteux pour l’économie serait une économie sans accord avec l’UE entièrement livrée aux règlementations de l’Organisation mondiale du commerce. Le moins couteux serait le statut quo (pas de Brexit), avec un accord type CETA comme solution intermédiaire11. En accord avec ces estimations, le 4 décembre 2018, l’Assemblée galloise s’est positionnée en adoptant une motion qui rejetait l’accord obtenu par le Premier ministre britannique, et proposait que le Royaume-Uni reste au sein de l’Union douanière et du marché commun. Ce vote n’a de valeur que symbolique, mais indique, une fois de plus, l’écart entre le gouvernement britannique – Tory – et les gouvernements autonomes de ces nations, ici, l’exécutif gallois travailliste.

En Écosse, on est tout aussi préoccupé par les retombés économiques de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Selon Gilles Leydier :

Le débat autour des enjeux économiques résultant du Brexit s’est déroulé en Écosse dans un contexte politique particulier, en raison notamment du vote largement majoritaire exprimé par les Écossais en faveur du « Remain » ; mais aussi de la revendication exprimée par le gouvernement nationaliste d’un traitement spécifique du cas écossais dans le cadre des négociations engagées avec les institutions européennes ; et, enfin, de la question posée par le rapatriement des compétences exercées conjointement par l’UE et les institutions décentralisées vers le territoire britannique.

Sa contribution « analyse comment les enjeux économiques ont alimenté le débat politique autour de l’autonomie écossaise au sein du Royaume-Uni et de la perspective indépendantiste, dans un climat général d’incertitude et d’inquiétudes multiples face aux conséquences attendues du Brexit. »

  • 12 Marie-Claire Considère-Charon, « Brexit à l’irlandaise : vers la remilitarisation de la frontière ? (…)

En Irlande du nord, la situation est compliquée par d’autres facteurs. Philippe Cauvet analyse les retombées constitutionnelles et politiques du résultat du référendum britannique dans ce territoire en des termes qui replacent le débat dans la longue durée. La frontière entre le Royaume-Uni et l’Irlande, seule frontière terrestre de chacun des deux pays, pose des difficultés qui ne sont pas seulement économiques et administratives. Elle reste une question fondamentale depuis l’indépendance de l’Irlande, il y a un siècle. Le Brexit aura des conséquences du Brexit sur les relations entre les communautés en présence, conséquences qui pourraient même aller jusqu’au retour d’un contrôle militaire de la zone frontalière12. Selon Philippe Cauvet, le problème que pose la frontière est dû aux failles inhérentes à l’accord de paix. Ces failles seraient de deux ordres, l’une étant la nature du partage des pouvoirs, qui, au lieu de contribuer à la construction de relations de confiance et d’un consensus, a renforcé la polarisation sectaire en Irlande du nord ; l’autre faille se situant au niveau de la définition constitutionnelle incomplète des rôles du Royaume-Uni et de l’Irlande comme co-garants de l’Accord du Vendredi Saint.

  • 13 European Committee of the Regions, Assessing the exposure of EU27 regions and cities to the UK’s wi (…)

En élargissant la perspective au-delà des régions britanniques, le Brexit ne sera pas sans conséquences pour plusieurs régions européennes ayant un fort niveau d’échanges commerciaux avec le Royaume-Uni. Selon un rapport de mars 2018 par le Conseil européen des régions, à part les régions irlandaises, qui seraient impactées au même niveau que le Royaume-Uni, en raison de leur forte intégration économique, des régions néerlandaises, belges, françaises (la Bretagne et les Hauts-de-France particulièrement dans le domaine de la pêche), mais aussi italiennes et espagnoles, seraient particulièrement exposées aux conséquences économiques du retrait du Royaume-Uni de l’UE. Le rapport détaille les secteurs économiques qui seraient les plus touchées : les secteurs de l’automobile, l’agriculture, l’alimentaire, la chimie et l’industrie13.

Le Brexit et le secteur de la finance

Un secteur en particulier au Royaume-Uni, celui de la finance, a été un des premiers à se soucier des effets du Brexit sur les échanges. C’est ainsi que trois articles se penchent sur les questions financières – en examinant tour à tour l’impact sur la prédominance de la « City » dans la finance mondiale, sur les relations trilatérales Royaume-Uni – Europe – États-Unis, et sur les conséquences monétaires pour l’ensemble.

  • ‘Next Steps in the “Special Relationship” – Impact of a US-UK Free Trade Agreement’, Testimony by D (…)
  • La ville globale – New York – Londres – Tokyo, chez Descartes, 1996. Voir le résumé de son parcours (…)

 « Depuis des décennies, le Royaume-Uni a été le portail stratégique vers l’UE pour les entreprises et institutions financières américaines14 » selon Daniel S. Hamilton, professeur à John Hopkins University, specialiste des relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis. C’est ainsi que les relations entre les Londres et New York, centres financiers historiques, villes « bi-moteurs de l’économie mondiale » selon l’expression de Saskia Sassen15, sont l’objet de l’article de Martine Azuelos :

Alors que le danger que représente le Brexit pour Londres en tant que place tournante de la finance mondiale a suscité beaucoup d’inquiétudes, ses effets potentiels sur les liens étroits existant entre Londres et New York, et que suggère la création du néologisme « NY-LON », ont fait couler beaucoup moins d’encre. C’est de cette deuxième question que traite cet article, en la replaçant dans le contexte plus large des débats sur la « relation spéciale » entre l’économie du Royaume-Uni et celle des Etats-Unis et sur le rôle des places financières dans le processus de mondialisation. La première partie met l’accent sur la centralité des investissements directs étrangers (IDE) et de la finance dans la relation entre les deux économies nationales et sur le rôle qu’ont joué les deux places de Londres et de New York dans la mondialisation. La deuxième partie définit « l’espace de flux » constitué par les deux villes globales jumelles et les fondements institutionnels qui sous-tendent ces flux en s’attachant à démontrer que la mondialisation est « enchâssée » dans l’espace que constitue NY-LON et dans les institutions qui s’y sont développées. En se fondant sur ce cadre d’analyse, la troisième partie fournit quelques pistes permettant de comprendre quels pourraient être les effets du Brexit sur NY-LON et sur la mondialisation.

Se centrant plutôt sur Londres, l’article de Nicolas Sowels souligne les principaux défis posés par le Brexit aux services financiers basés au Royaume-Uni et les défis qui existent également pour l’Union européenne. Il soutient que :

« les institutions financières ayant anticipé la possibilité d’un Brexit sans accord, les risques les plus graves d’instabilité financière sont moindres. Cependant, à long terme, le Brexit soulève des problèmes réglementaires importants, car l’accès au marché européen fondé sur « l’équivalence » sera beaucoup plus difficile que l’accès automatique actuel fondé sur la reconnaissance mutuelle et les « droits de passeport ». Ce processus engendrera des côuts pour le Royaume-Uni comme pour l’UE. »

Les risques d’instabilité économique pourraient être évitées par la planification, pour l’instant, laissée aux bons soins des entreprises, mais peu assurée par le gouvernement, préoccupé par l’obtention d’un accord sur les conditions de sortie.

  • 16 Report by the Comptroller General and Auditor General. Cabinet Office: Civil Contingencies Secretar (…)

À partir de juin 2018 – certains diront tardivement – le gouvernement a affecté un nombre important de fonctionnaires (6,000) à cette tâche, nommée ‘Operation Yellowhammer’, à laquelle 1.5 milliard de livres sterling ont été alloués. Devant la possibilité grandissante d’une sortie sans accord avec l’UE, un rapport établi par les services d’audit, publié en mars 2019, fait état des zones de risques de perturbation pour lesquels des plans devaient être mis en œuvre : les transports, les frontières (personnes et marchandises), la santé, l’énergie (et autres industries « critiques », dont les télécommunications), l’alimentation et l’eau, les britanniques dans l’UE, le droit, la finance, l’Irlande du nord, les territoires outre-mer et dépendances britanniques (y compris Gibraltar), la sécurité nationale16. On notera que plusieurs de ces domaines (droit, santé, finance, Irlande du nord) font l’objet d’analyses dans ce numéro.

Adoptant encore cette double perspective d’analyse des conséquences intérieures et extérieures de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, Christian Aubin et Ibrahima Diouf analysent « Les conséquences monétaires du Brexit » pour le Royaume-Uni, pour l’Union européenne, et pour la zone euro :

« Même si le Royaume-Uni n’appartient pas à la zone euro, le Brexit a des conséquences monétaires qui ne doivent pas être ignorées. Les inquiétudes liées à la sortie de l’UE ont fortement affecté la monnaie britannique. L’impact prévisible du Brexit sur l’activité économique conduit la Banque d’Angleterre à adapter sa politique monétaire pour arbitrer entre stabilité monétaire et stabilité réelle. Enfin, la fragmentation financière induite par le Brexit peut entraîner un dysfonctionnement de la zone euro. »

Dans cette perspective, peut-on encore parler d’une économie « nationale » ? Le discours politique concernant la question de souveraineté nationale semble bien faible lorsqu’on se rend compte de cette imbrication des économies. Le paradoxe réel que l’ensemble de ces contributions souligne est celui de la difficile réconciliation entre, d’une part, l’indépendance et la souveraineté nationale, et, d’autre part, l’interdépendance et les échanges commerciaux dans l’économie mondialisée, et, en fin de compte, entre le politique et l’économique.

Notes:

1 Voir par exemple, Dominic Sandbrook, dans le quotidien conservateur, le Daily Mail, 31 janvier 2011, « The day Britain lost its soul. How decimalisation signalled the demise of a proudly independent nation ».

2 Timothy Whitton (dir.), Le Royaume-Uni de Theresa May, Observatoire de la société britannique, 21, 2018. Signalons également deux numéros de la Revue française de civilsation britannique : Karine Tournier-Sol (dir.) Le Référendum sur le Brexit du 23 juin 2016, Revue française de civilisation britannique, XXII-2, 2017 ; Stéphanie Bory, Fiona Simpkins, Le Brexit et les élections législatives britanniques de 2017, Revue française de civilisation britannique, XXIII-2, 2018.

3 Les coordinateurs de ce numéro adressent leurs remerciements aux laboratoires MIMMOC (EA 3812) et CECOJI (EA 7353) de l’Université de Poitiers, au Centre de recherches en civilisation britannique (CRECIB) et aux collègues qui ont participé à la journée d’études tenue à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Poitiers (USR 3565).

4 Les auteurs des articles dans ce numéro se trouvent dans la même position – bien moins grave certes – que les britanniques, chefs d’entreprise, simples citoyens, vacanciers, qui ont dû remettre sans cesse des décisions importantes devant l’impossibilité de prédire l’avenir ou de savoir quelle réglementation sera en vigueur à court ou à moyen terme.

5 https://www.theguardian.com/politics/2018/dec/30/food-prices-to-finance-what-a-no-deal-brexit-could-mean-for-britain.

6 Mike Hawes, président de la Society of Motor Manufacturers and Traders, Colin Stanbridge, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Londres, The Guardian, 15 janvier 2019 ; Tom Enders, Airbus CEO urges UK decision makers to avoid no-deal Brexit, Airbus, 24 January 2019, https://www.airbus.com/search.video.html?page=3&lang=en&newsroom=true.

7 https://www.bls.gov/emp/ep_table_201.htm.

8 Peter Walker and Anushka Asthana, « Second Brexit analysis leak shows harm of tighter migration rules », The Guardian, 31 janvier 2018.

9 Ian Jack, « North to south, the seeds of division in Brexit Britain were sown long ago », The Guardian, 2 février 2019.

10  Sur Londres, voir Berbéri, C., « Londres : une ville plus favorable à l’euro que les autres villes du Royaume-Uni ? », Observatoire de la société britannique [En ligne], 11 | 2011, http://journals.openedition.org/osb/1187 ; DOI : 10.4000/osb.1187.

11 Site officiel de l’exécutif gallois : What impact will Brexit have on the Welsh economy? 13 April 2018, https://seneddresearch.blog/2018/04/13/what-impact-will-brexit-have-on-the-welsh-economy/. ″The scenario simulations reveal that Brexit will lead to the imposition of costs, either through the imposition of tariffs or the loss of preferential access to the single market. The impact on the Welsh economy will be felt via reductions in GDP, GDP per capita, trade, investment and employment. The least costly outcome for Wales is if the status quo can be held to for as long as possible. The next best or next least worst is the conclusion of a CETA type agreement by the EU. The most costly is a Brexit based on WTO rules.

12 Marie-Claire Considère-Charon, « Brexit à l’irlandaise : vers la remilitarisation de la frontière ? », Observatoire de la société britannique [En ligne], 22 | 2018, mis en ligne le 01 mai 2019, consulté le 02 mars 2019. URL : http://journals.openedition.org/osb/2721; DOI : 10.4000/osb.2721.

13 European Committee of the Regions, Assessing the exposure of EU27 regions and cities to the UK’s withdrawal from the European Union, ECON Commission, 14 March 2018.

14 ‘Next Steps in the “Special Relationship” – Impact of a US-UK Free Trade Agreement’, Testimony by Dr. Daniel S. Hamilton, U.S. House of Representatives, Joint Hearing by the Subcommittee on Terrorism, Non-Proliferation and Trade Subcommittee on Europe, Eurasia and Emerging Threats of the Committee on Foreign Affairs, February 1, 2017, p. 4.

15 La ville globale – New York – Londres – Tokyo, chez Descartes, 1996. Voir le résumé de son parcours dans l’éloge prononcé lors de l’attribution du Doctorat honoris causa à l’Université de Poitiers : https://journals.openedition.org/mimmoc/585.

16 Report by the Comptroller General and Auditor General. Cabinet Office: Civil Contingencies Secretariat. Contingency preparations for exiting the EU with no deal. National Audit Office, HC 2058, 12 March 2019. Suivant le report, en avril 2019, de la date de sortie de l’UE au 1er novembre, les fonctionnaires detaches à la planification des mesures d’urgence ont été renvoyés à leur ministères d’origine, et la planification d’urgence abandonnée. Richard Johnstone, ‘Brexit: Whitehall churn means government may never be as ready again for no deal, says IfG’, Civil Service World, 5 juin 2019.

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Pour citer cet article

Référence papier

Susan Finding, « Introduction
Brexit, souveraineté nationale et mondialisation », Observatoire de la société britannique, 24 | 2019, 15-28.

Référence électronique

Susan Finding, « Introduction
Brexit, souveraineté nationale et mondialisation », Observatoire de la société britannique [En ligne], 24 | 2019, mis en ligne le 01 mai 2020, consulté le 15 janvier 2021. URL : http://journals.openedition.org/osb/3146 ; DOI : https://doi.org/10.4000/osb.3146

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4 John Locke, théoricien des droits et des libertés (1688)

  1. John Locke, 1632 – 1704 (exposition virtuelle « La glorieuse révolution d’Angleterre, 1688 » dans le Fonds Dubois)

 Portrait de Locke, dans les premières éditions des Œuvres complètes, 1714, 1722, 1727.   [Jm 31-1, Fonds Dubois]

Fils d’un petit propriétaire qui avait servi dans l’armée des parlementaires pendant la guerre civile, Locke fut éduqué à Oxford – ses lettres et ses œuvres sont rédigés en latin, [Jp 152] en anglais et en français – puis devint secrétaire d’Ashley, comte de Shaftesbury, leader de l’Opposition Whig et membre du Comité du Commerce. Après la disgrâce de son patron en 1683, Locke s’exila sur le continent – en Hollande et en France, alors que Louis XIV révoque l’Édit de Nantes (1685).

De retour dès 1688, ses œuvres sur la politique, l’économie [FD 2306], la liberté de conscience, la philosophie, commencées en Angleterre comme mémoires pour le compte de son employeur, et reprise en exile, d’abord publiés de façon anonyme, firent de lui un homme célèbre, théoricien des droits et des libertés, réaffirmant la suprématie des lois contre les décrets royaux, gloire de la Révolution glorieuse et l’un des pères spirituels de l’Age des Lumières et de l’Indépendance américaine. 

Droits inaliénables à l’existence et à la propriété

Dans son deuxième Traité sur le Gouvernement, Ch. XVI, §190,  il énonce le lien entre la liberté individuelle et le droit à la propriété. [Jm 31] Le titre dans sa première forme démontre le lien étroit entre l’avènement de Guillaume et Mary et la réflexion sur les origines de l’autorité politique : Essay concerning the True Original, Extent and End of Civil Government (1689).

Ce lien entre propriété et liberté se trouve également exprimé dans deux œuvres des années 1670 par deux hommes qui ont marqué l’expansion coloniale : William PENN et Thomas SHERIDAN. Tandis que le premier, fondateur de la ville de Pennsylvanie, promeut les droits de propriété et de liberté, y compris la liberté religieuse des puritains, réfute la manumission,  [FD 2272 ] Le destin de Thomas SHERIDAN fut tout autre. Nommé Gouverneur de l’Irlande par Jacques II en 1687, accusé de corruption, Sheridan finit sa vie en exile à la cour du roi déchu à St Germain en Laye. [FD 2251]   Ce n’est donc pas surprenant de voir l’interprétation Whig de l’avènement de Guillaume et Mary avancer celui-ci comme un avantage pour le commerce et le pouvoir du pays. Le renouveau du pays, Britannia nova (1698), passerait par l’emprise sur les océans et du globe, Orbis Britannicus. [FD 1051]

Résidences de l’âge d’or américain dans le cercle doré à Pasadena, Californie

Lors de la mission effectuée à la Huntington Library, San Marino, Californie, comme William Reece Fellow, j’ai constaté que l’héritage architectural de la ville de Pasadena/San Marino lie d’une façon complémentaire les acteurs de l’histoire des collections de livres anciens qui sont l’objet de mon étude.

Au début du XXe siècle, dans l’espace d’une quinzaine d’années, et dans un rayon de quelques kilomètres, deux collectionneurs bibliophiles et un homme d’affaires ont fait construit des résidences importantes par leur taille, importantes aussi pour leur intérêt architectural et leur contenu.

Comme beaucoup d’américains fortunés à l’époque, emménager en Californie leur semblait allier un climat sec et doux l’hiver, avec les attraits de la campagne et de la montagne, une résidence de choix pour villégiature qui voulait rivaliser avec la Côte d’Azur, en initiant une fête des fleurs avant 1900, à l’instar de la ville de Nice. Une autre similitude avec la Méditerranée était la culture des agrumes; l’une des artères principaux à Pasadena s’appelle la Orange Grove Boulevard. La popularité de la ville était telle que pendant la première décennie du nouveau millénaire, la ville de Pasadena a vu sa population tripler, passant de moins de dix mille âmes à plus de trente mille en 1910.

Dans les années 1900, en l’espace de quelques années, et à quelques kilomètres de distance, deux résidences importantes furent bâties. Henry Edwards Huntington emménagea en 1911 dans une maison de style Beaux-Arts, dessinée par l’architecte Myron Hunt.

Envoyé en Californie pour s’occuper des affaires de son oncle – notamment le chemin de fer Pacific Union, il décida de racheter et d’unifier le réseau ferroviaire électrique desservant la ville de Los Angeles. Après sa retraite en 1910, il se consacra à ses collections de livres et de plantes, et après son mariage en 1913, aux collections d’art et de meubles de sa femme, et à fonder sa bibliothèque et ses jardins sur le terrain du ranch qu’il acheta.

La maison Gamble, contruite en 1904 par les architectes Greene et Greene, pour M. Gamble, de la compagnie Proctor et Gamble de Ciccinati (Ohio), est un magnifique exemple du style « Arts and Crafts », dont les fenêtres et lustres sont ornés de verre Tiffany, et les boiseries et meubles d’artisanat sont épurés et modernes, installée sur les hauteurs boisés de résineux de la vallée de l’Arroyo Secco. Les cinéphiles reconnaîtront la maison de Doc dans les films Back to the Future. 

Autre exemple de nouveauté résidentielle, la maison d’Henry Raup Wagner, au 1124 Winston Avenue, San Marino, fut terminée en 1928 dans l’une des nombreuses rues de banlieue larges où s’érigeaient des maisons cossues. On racontait que Wagner, ayant vendu l’une de ses collections à Henry E. Huntington, ne pouvait s’en passer et s’installa dans le voisinage, à un kilomètre de la bibliothèque où ses livres rares – ainsi que des dizaines de milliers d’autres – se trouvaient dorénavant. Les fenêtres néo-gothiques de sa résidence, en harmonie avec l’amour que portait Wagner aux livres anciens et celui de sa femme pour l’art Byzantin, sont remarquables. « La chaise à tourniquet et table de travail de Monsieur Wagner se trouvait entre deux des fenêtres gothiques qui ornent la façade de la maison » se rappelait Ruth Axe Frey, sa secrétaire particulière (1981, p.35).

Wagner avait vécu auparavant à Berkeley, près de San Francisco, et plus particulièrement, au 90 Camino El Real, à trois kilomètres d’une autre bibliothèque spécialisée, créée par un éditeur-libraire, bibliophile, Hubert Howe Bancroft. La Bibliothèque Bancroft, date de 1905, année de la vente par Bancroft de sa collection d’ouvrages sur l’Ouest américain à l’Université de Californie.

Wagner prit sa retraite de la Compagnie américain de fonderie et de raffinage, appartenant à Meyer Guggenheim, en 1917, l’année de son mariage, tardif, avec Blanche Collet, d’origine française, rencontrée au Mexique. Il passa les quarante années qu’il lui restait à vivre – dont trente à San Marino, près de la Huntington – à se consacrer à la bibliographie et l’histoire, en constituant de nombreuses nouvelles collections d’ouvrages anciens très rares, et en leur consacrant des monographies et études érudites. Ses deux premières collections, faites avant sa retraite, furent consacrées à l’histoire de la métallurgie et à l’histoire économique, sujet pour lequel qu’Auguste Dubois achetait en même temps, au début du XXe siècle, des pamphlets et ouvrages rares, et aux même bouquinistes londoniens, notamment Leon Kashnor, de Museum Street.

Ce fut un cercle doré intellectuel où ces hommes cultivés, des milieux fortunés (ou, du moins, comfortables dans le cas de Henry Raup Wagner) qui permettaient à tous les trois de s’installer en Californie, et de faire construire des résidences, pour l’une d’elles, dans le pur style doré de la Belle Epoque américaine, de la « Gilded Age », pour les deux autres un style épuré rejetant l’opulence et l’apparat pour une simplicité naturelle.

 

Mission de recherche

library-header-reimaginedLa Huntington Library (CA) me fait l’honneur de m’inviter comme William Reese Fellow pour un séjour de deux mois pour travailler sur un projet intitulé ;

Early 20th century economic history book collectors and their collections : Henry R. Wagner 1862-1957.

Le projet est résumé ci-dessous (en anglais).

Reese Fellowships in American Bibliography and the History of the Book in the Americas

The University of Poitiers holds in its Manuscripts & rare books collections the prestigious Dubois collection essentially composed of works on political economy. It holds an impressive number of rare pamphlets published mainly from the second half of the 17th century to the beginning of the 19th. Assembled by August Dubois, Professor of Economic & Political Doctrine at the University of Poitiers, where the University Library (Law & Literature) is the depository to this legacy.

The research in progress which I am particularly involved in focuses on issues of collection formation and the sourcing of rare books with reference to several other significant collections and collectors worldwide. It throws light on networking and nodal connections in the late nineteenth and early twentieth centuries in the world of antiquarian books and academic scholarship. The period I am particulary working on, c. 1880-1930, corresponds to major disposals of private librairies in country houses in Britain. The acquisitions of books by learned (and monied) private collectors, notably American, was widespread and was a major development at the time and led eventually, through subsequent donations and acquisitions of their collections, to significant depository holdings in American academic librairies. In particular, work needs to be continued on the collections of Henry Raup Wagner (1862-1957), benefactor of the Huntington Library and on the books and papers held at the Huntington by him, and also on and around Wagner’s life and work. He was not included in the Dictionary of Literary Biography, American Book Collectors and Bibliographers, Vol. 140 (1994) First Series, or Vol. 187 (1997), Second Series.

This continues work done during a three-month fellowship at Yale University in spring-summer 2014 working in the Beinecke Library concerning the collection of six thousand rare economic books donated by Henry Raup Wagner, collector & bibliographer (1862-1957); the Baker Library, Harvard Business School on the collection bought from Herbert S. Foxwell (1849-1936, Professor of Economics at Cambridge & the LSE) and the Hugh Bancroft (1879-1933) collection; and Columbia University Library on the Seligman Collection (professor of political economy at Columbia for 40 years 1891–1931). I also visited and consulted the Brown Library (Brown University, Providence, RI) and the Lewis Walpole Library (Farmington CT). I have established the provenance of a number of books in these collections via antiquarian booksellers in London, Kashnoor (Museum Bookstore) and Quaritch in particular, and begun to draw a composite picture of book collectors and purveyors in London around the 1900s.

La « Glorieuse » Révolution d’Angleterre 1688

La Glorieuse Révolution d’Angleterre

EXPOSITION / CULTURE  Exposition à la BU Lettres (A2) organisée en partenariat avec l’UFR Lettres et langues et le MIMMOC (EA 3812).

Les riches collections d’Auguste Dubois, léguées à la bibliothèque en 1935, permettent d’illustrer les dimensions politiques et économiques de la Glorieuse Révolution, qui vit l’accession au pouvoir de Marie II et de son époux Guillaume III d’Orange.
L’image contient peut-être : personnes assises et intérieur
Exposition réalisée en partenariat avec l’UFR Lettres et langues de l’Université de Poitiers.

Ouvrages choisis et panneaux explicatifs rédigés par Susan Finding, Professeur de civilisation britannique.

Deux visites guidées seront organisées lundi 06/02/2017 à 18h et mardi 14/02/2017 à 11h. Inscription préalable auprès d’Anne-Sophie Traineau-Durozoy.

Date Du 06/02/2017 au 01/04/2017
Lieu Poitiers – Campus
BU Lettres, bâtiment A2, 1 allée Jeanne Chauvin, Poitiers campus

Vous trouverez ici une sélection d’images montrant l’exposition dans le hall de la bibliothèque universitaire, ainsi que des illustrations figurant dans les ouvrages exposés:

England's improvement by sea and land / Andrew Yarranton -- Londres : R. Everingham, T. Parkhurst et N. Simmons, 1677-1698 Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2255

England’s improvement by sea and land / Andrew Yarranton — Londres : R. Everingham, T. Parkhurst et N. Simmons, 1677-1698 Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2255

L’image contient peut-être : dessin

Sur le campus de Yale : cérémonie de remise de diplômes à l’américaine


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Ce weekend, les 17-19 mai, l’Université de Yale procède à la remise des diplômes aux quatre mille diplômés de licence, master et doctorat (voir statistiques détaillées). Chaque faculté et école doctorale, à différents moments durant le weekend, tient sa propre cérémonie, et une grande cérémonie générale est organisée sur la pelouse centrale historique de Yale, près des premiers bâtiments qui ont servi, et servent toujours, de résidence pour les étudiants, de bureau pour les professeurs et de salles de cours.

DSC01457Fondé en 1701 pour offrir une éducation dans les humanités à l’européenne sur le continent américain, Yale est une université généraliste. Cette université à la réputation d’être l’une des plus chics et chères des États-Unis et compte parmi ses anciens élèves de nombreux présidents des États-Unis, et l’invité d’honneur à la cérémonie de ce dimanche fut John Kerry, Secrétaire d’État, de la promotion de 1966. Parmi les tous derniers invités d’honneur, on note le Président Bill Clinton, et l’acteur et metteur en scène Tom Hanks (cliquer pour écouter et lire leurs discours). L’Université a été classée onzième dans le Classement de Shanghai des universités mondiales, quatrième parmi les universités américaines par le magazine Forbes, et fait partie des huit universités privées d’élite, la Ivy League.

Et pourtant, la diversité et l’ouverture est présente partout. Parmi l’assistance à la cérémonie de remise des diplômes, le nombre important d’étudiants et de familles d’origine étrangère ou ethnique est clairement visible. La présence d’étudiants internationaux (18%), de chercheurs internationaux (deux mille) n’explique pas tout. La grande majorité des étudiants américains à Yale ne viennent pas de l’État de Connecticut. 55% des étudiants arrivés en 2013 viennent d’écoles publiques. 57% des étudiants sont boursiers. La bourse moyenne couvre les frais de scolarité qui ont tendance à faire peur aux étudiants français. En 2013-2014 la scolarité coute 44.000 dollars et la chambre et le restau U 13.500 dollars. Une politique d’égalité des chances a été mise en place en soutien aux étudiants des minorités culturelles.

DSC01464La volonté d’ouverture se voit également dans l’organisation de la cérémonie. Dans un mélange de formalité et de souplesse, de professionnalisme et de légèreté (ici le port de chapeaux inventif aussi bien par les étudiants que par les membres de la faculté), propre au continent d’Amérique du Nord, et semblable aux coutumes des universités prestigieuses britanniques. Une procession des lauréats à travers le campus, précédées des oripeaux symboliques portés par les étudiants distingués et les dignitaires de l’Université, annonce le début de la remise des prix, cérémonie à laquelle tout un chacun a le droit d’assister, sans autre formalité qu’une fouille de sac.

DSC01461Après les discours d’accueil, non pas des dignitaires, mais des représentants des diplômes de 2014, le discours de John Kerry est un moment de réflexion et d’encouragement aux lauréats, dont 75% se destinent non pas aux études supérieures, mais au marché du travail. Cette année, la personnalité et la fonction de Kerry ont fait que ce discours a été aussitôt reporté par les médias, non seulement le quotidien de l’Université, le Yale Daily Times, mais aussi le Washington Times, et ABC News, pour deux messages politiques, au sens large du terme, qu’il a voulu souligner : garder confiance dans son gouvernement et promouvoir la diversité.

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Ce sont justement les prix d’excellence, remises aux étudiants qui ont le plus contribué à la vie de l’Université, qui illustrent parfaitement son message. Les prix sont remis pour les activités sportives, le leadership, le service public et au nom de la tolérance en tout genre. Dans cette dernière catégorie, cette année les étudiants ont été récompensés pour leur travail dans les domaines de l’entente israelo-arabe et de l’œuvre en faveur des étudiant(e)s lesbiennes, gays, bi- et transsexuels (LGBT).

Ce billet a été rédigé dans le cadre du séjour de recherche comme professeur invité à l’Université de Yale, du 20 avril au 20 juillet 2014, avec le soutien de la Région Poitou-Charentes, l’Université de Poitiers et le laboratoire MIMMOC (EA 3812).

      

Cultures coloniales et postcoloniales et la décolonisation

Journée d’études Cultures coloniales et postcoloniales et la décolonisation, le vendredi 15 février 2013 à l’Université François Rabelais Tours.

Organisé par le laboratoire Interactions Culturelles et Discursives (ICD) EA 6297 et la Fédération pour l’étude des civilisations contemporaines (FE2C) FR 4227 avec le soutien de la CRHIA EA 1163 Université de La Rochelle et la participation de membres du MIMMOC EA 3812 Université de Poitiers dans le cadre du projet PRES Limousin-Poitou-Charentes « Cultures et territoires ».

Dans le cadre d’un projet de recherche commun à plusieurs laboratoires et d’universitaires membres de la Fédération pour l’étude des civilisations contemporaines (FE2C) initiée par les laboratoires MIMMOC (Université de Poitiers), EHIC (Université de Limoges et Blaise Pascal Clermont-Ferrand), FREDD (Université de Limoges), la journée d’étude a réuni onze chercheurs de sept universités françaises autour des « cultures coloniales » devant un public composé de chercheurs, de doctorants et d’étudiants de master sur les bords de la Loire dans les locaux de l’Université François Rabelais Tours.

Les intervenants se sont penchés sur les questions suivantes posées en préalable :

-Le traitement du fait colonial diffère sensiblement entre les différents empires coloniaux : britannique et français, notamment, mais aussi dans les futures ex-colonies liées par leur histoire aux autres cultures européennes. Qu’est-ce que « une culture coloniale »? Comment se manifeste-t-elle?

-Dans quelle mesure la/les culture(s) coloniales) (éducation, religion, littérature…) a-t-elle, ont-elles contribué à la décolonisation ou, au contraire, freiné l’émergence d’une culture indépendante ? L’appropriation du savoir colonial par les autochtones est-elle à l’origine d’un pouvoir, ou a-t-elle plutôt décrédibilisé les « convertis »?

-Les cultures coloniales, les empires, furent pluriethniques, voire plurinationales. Ce phénomène a-t-il contribué à l’émergence d’un transnationalisme postcolonial? Les mouvements panafricain, panislamique, ont-ils été générés par le fait même de l’existence d’une culture coloniale?

Au cours de la journée des interventions sur l’Afrique du nord et l’Afrique subsaharienne à l’époque coloniale (le Maroc espagnol, la Tunisie sous protectorat française, le Cameroun méridional), sur les Amériques (l’Amérique latine – notamment le Puerto Rico -, les Caraïbes et l’Amérique du nord), sur les représentations et le traitement des populations indigènes (les Indiens d’Amérique latine et des Etats-Unis, les pèlerins du hajj, la police coloniale britannique) ainsi que la dissémination des idées politiques dans les ‘cultures coloniales’ dans les pays colonisateurs (Amérique du nord, Royaume-Uni, Caraïbes).

Les cinq interventions de la matinée furent présidées par Trevor Harris (ICD Université de Tours):

Alfredo Gomez-Muller (Université François- Rabelais, Tours) expliqua comment les « Représentations de « l’indien » dans les imaginaires sociaux et politiques des XIXe et XXe siècles en Amérique Latine » ont cherché à éliminer la présence de l’indien dans la culture et les réseaux de pouvoir dans les jeunes états indépendants latino-américains.

Marie-Catherine Chanfreau (Université de Poitiers) analysa l’ « Adaptation ou réaction locale vis-à-vis de l’administration espagnole au Maroc »,  les jeux de pouvoir et les soulèvements marocains sur fond de rivalités coloniales franco-hispano-allemandes de la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’à la fin du régime franquiste (1859 – 1976).

Luc Chantre (Université de Limoges) examina l‘ « L’organisation du pèlerinage à La Mecque dans l’empire français à la veille des indépendances. Peut-on parler d’une « culture coloniale » du hajj ? »  avec la Tunisie comme cas d’étude particulière pour illustrer la logique promotionnelle qu’emprunta la France lors de l’encadrement et de l’organisation des pèlerinages, d’abord une question interne de politique sanitaire, sociale et économique, qui devint par la suite une question de politique étrangère.

Mélanie Torrent (Université Paris Diderot – Paris 7) montra comment le partage territorial des Camérouns devint un enjeu culturel : « Des partages coloniaux aux frontières culturelles : espace politique et stratégies identitaires au Cameroun méridional (1954-1961) ». L’unification de deux territoires, administrés l’un par les Britanniques, l’autre par les Français, fournit l’occasion de comparer les pratiques coloniales et la réaction des populations administrées, par exemple, le choix de la lutte armée ou une campagne pacifique lors des combats pour l’indépendance.

Cheikh Nguirane (Université de Poitiers) parla de la mise en place, dans les trois mille cours de soutien et centres communautaires des Afro-Caribéens britanniques, de lieux de mémoire et de résistance, et de la création d’une tradition transnationale inspiré par le panafricanisme: « De la communauté ethnique au communautarisme scolaire: Les ‘Black Supplementary Schools’ dans la diaspora noire britannique ».

Les quatre interventions de l’après-midi furent présidées par Susan Finding (MIMMOC, Université de Poitiers) :

Dans son intervention « Le Racisme Scientifique: justification et application d’une culture coloniale en Amérique du Nord », Kelly Fazilleau (Université de Poitiers) retraça les représentations « scientifiques » de l’indigène au XIXe siècle et leur évolution et des politiques qui en découlèrent ou/et en furent inspirées aux Etats-Unis et au Canada jusqu’au milieu du XXe.

Cynthia Tolentino (University of Oregon/L’Institut d’histoire du temps présent – IHTP)  prît l’exemple de Puerto Rico pour dresser le fond politique nécessaire à la compréhension des représentations des Puerto-ricains dans la culture littéraire et cinématographique américaine. Dans sa communication « From U.S. Unincorporated Territory to U.S. Commonwealth: Refigurations of Decolonization and Difference », elle analysa comment on peut parler de décolonisation sans l’existence d’un empire formel et devant l’amnésie ou le déni de son existence par la mémoire collective et l’historiographie américaines.

Les « Global radicals » qui sont le sujet de la communication de Jean-Paul Révauger (Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3) sont des intellectuels engagés C.L.R. James et George Padmore du Trinidad et la Oil Workers Trade Union de Trinidad, ainsi que Maurice Bishop et Bernard Coard, de la Grenade. Ces hommes furent à la fois le produit des cultures coloniales et l’exemple même d’une culture transatlantique, dans des réseaux ‘panafricains’ dont les centres d’activité se trouvaient à Londres et à New York.

L’intervention d’ Emma Bell (Université de Savoie), « Normalising the Exceptional: Colonial Policing Cultures Come Home » , évoqua la culture coloniale des services de police dans les colonies britanniques comme soutien au pouvoir militaire. Elle démontra comment le modèle irlandais a largement inspiré les mesures mises en place dans la métropole, au Royaume-Uni, dès la création de la police londonienne en 1824 et jusqu’à la fin du XXe siècle.

L’ensemble des communications a contribué à éclairer les questions qui ont été posées dès le début de ce projet, à savoir, les définitions d’une « culture coloniale », les circulations d’idées à l’intérieur des empires, et les manifestations culturelles post-coloniales : idéologie et idées politiques, littérature et arts.

2e journée d’étude Fonds Dubois

2e JOURNEE D ETUDE “Patrimoine : Fonds Dubois” du 22 novembre 2012

Compte-rendu posté sur le site dédié créé pour servir de lien au chercheurs du projet : http://dubois.hypotheses.org/

Cette deuxième journée d’étude consacrée à la valorisation du Fonds Dubois poursuit les travaux initiés lors de la première Journée d’études en date du 27 mars 2012 (voir le compte-rendu  publié sur ce site dédié).  Organisé par les laboratoires MIMMOC (EA 3812) de l’Université Poitiers et CRIHAM (EA 4….) bi-site Poitiers-Limoges, à la MSHS de Poitiers et la Bibliothèque Universitaire Droit-Lettres, la journée a de nouveau réuni des universitaires anglicistes (11e section), des historiens (22e section), des spécialistes du Service commun de documentation et de la numérisation de l’Université de Poitiers, et des collègues des Universités de Paris 8, Paris-Diderot, Metz et Manchester (Royaume-Uni) spécialistes de l’histoire des échanges commerciales et intellectuelles du Royaume-Uni, de l’Europe et des Etats-Unis des 17e et 18e siècles.

Participants : Nathalie Brémand, Responsable de la Bibliothèque Sciences Humaines et Arts, SCD, Directrice de rédaction de la BVPS, Université de Poitiers. Laurent Colantonio, MCF Histoire contemporaine, Université de Poitiers, CRIHAM (EA 4270). Susan Finding, Professeur de civilisation britannique, Directrice du MIMMOC (EA 3812), Directrice de la FE2C (FED 2447). Robert Mankin, PR, Université de Paris-Diderot, Directeur LARCA (LAboratoire de Recherche sur les Cultures Anglophones)  (EA 4214). Philippe Minard, PR, Directeur d’études EHESS, Université de Paris 8, Co-directeur du laboratoire IDHE, UMR 8533- CNRS (excusé). Eric Planchon, Ingénieur de recherche, responsable Plateforme Ressources numériques, M.S.H.S. de Poitiers. Allan Potofsky, PR, Président REDEHJA, Institut Charles V, Université de Paris-Diderot. Siobhan Talbott, Hallsworth Research Fellow in Political Economy, University of Manchester. Anne-Sophie Traineau-Durozoy, Conservateur, Responsable du Fonds ancien, SCD, Université de Poitiers. Des étudiants du Master 1 Recherche Culture et société étrangères assistèrent à la journée.

Plusieurs volets de ce projet furent évoqués pendant la journée. En premier lieu, les pistes scientifiques. Susan Finding présenta “Auguste Dubois : sources pour une biographie intellectuelle – la république des professeurs?“, un répertoire des sources trouvées pour faire un travail sur le personnage d’Auguste Dubois, son oeuvre, son travail et sa vie de professeur à la Faculté de Droit de l’Université de Poitiers au début du 20e siècle. Ces sources sont à la fois bibliographiques (IdRef SUDOC), historiques (Institut international d’histoire sociale, Amsterdam – Fonds Marcel Rivière, Fonds Kashnoor, Archives départementales – Faculté de Droit, et même le Fonds Dubois lui-même qui contient des pamphlets publiés par cette faculté), mais aussi ‘monumentale’

Maison d’Auguste Dubois, Poitiers

(la maison d’Auguste Dubois et sa tombe à Poitiers). Une biographie d’Auguste Dubois (Professeur de l’histoire des doctrines économiques à la Faculté de Droit de Poitiers au tout début du 20e siècle) et un travail sur la composition de sa collection (acquisition personnelle -parfois à l’étranger- d’ouvrages rares) éclaireront l’histoire intellectuelle, l’histoire des livres, l’histoire de l’université, mais aussi, l’enseignement de l’histoire économique en France.

Pour finir, Susan Finding a rappelé l’analyse faite par Steven Pincus, Bradford Durfee Professor of History, à l’Université de Yale, lors de sa présentation en mars dernier concernant la spécificité du Fonds en la comparant à la collection Goldsmiths-Kress qui l’a amené à conclure : “The Fonds DuBois is a phenomenally wide-ranging collection of political economic pamphlets for the eighteenth century. (…)The Fonds Dubois collection provides us with a remarkably strong selection of the output of the major political economic writers of the eighteenth century.”

Dr. Siobhan Talbott, Hallsworth Research Fellow in Political Economy, University of Manchester, chercheuse invitée financée par le laboratoire MIMMOC et la Région Poitou-Charentes au 2e semestre 2012-2013, présenta ensuite les objectifs de son projet de recherche et l’intérêt du Fonds Dubois pour ses recherches et pour la communauté scientifique en général.

Ses recherches sur le commerce extérieur britannique ont souligné des aspects des positions relatives nationale et internationale des nations britanniques qui sont en contradiction avec la dynamique que les chercheurs ont cru existaient normalement. L’union des royaumes en 1603, et celle des parlements anglais et écossais en 1707, sont considérées comme un indicateur de la supériorité économique et politique naturelle de l’Angleterre, alors que ‘une politique étrangère indépendante a disparu de l’autre côté de la frontière sous Jacques 1er après l’union des couronnes.’  Les historiens de la Grande Bretagne et de l’Europe moderne continuent à travailler avec cette idée, mettant en avant la prééminence de l’Angleterre sans vérifier les hypothèses sur lesquelles cette vision est basée. De plus, de telles investigations ont tendance à décrire l’histoire ‘anglaise’ plutôt que l’histoire britannique que J. G. A. Pocock, entre autres, encourage. Son travail cependant a suggéré que l’Écosse et l’Irlande ont maintenu des politiques économiques étrangères indépendantes et ont participé de façon autonome dans des conflits internationaux tels que la guerre de la Ligue d’Augsbourg (guerre de Neuf Ans) et la guerre de la Succession d’Espagne, ce qui soulève des interrogations concernant le positionnement relatif de l’Angleterre, de l’Écosse, de l’Irlande sur la scène internationale.

Ce projet est conçu pour répondre à ces questions et comporte une analyse détaillée des alignements et associations internationales que les trois nations britanniques entretenaient, ainsi qu’un examen de la place relative de chacune dans l’économie et le pouvoir commercial des nations britanniques à l’étranger – en particulier avec la France, mais aussi avec l’Europe et le monde transatlantique – à l’époque moderne.  Ce projet est soutenu par le financement de d’un contrat de recherche de trois ans, la Hallsworth Research Fellowship in Political Economy (University of Manchester, 2012-2015), pendant lesquels elle mènera des travaux  au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis.

Pendant les trois mois de chercheuse invitée à Poitiers, elle a l’intention d’utiliser le Fonds Dubois, dont le contenu est une mine pour ce projet de recherche. Quelques exemples sont les documents 374/1-14 sur le commerce étranger britannique, en particulier avec la France, à la fin de la guerre de Succession d’Espagne: les documents 435/1-2 and 1761/1-3 sur le commerce maritime des années 1750; documents 1705/2, 1708/1, and 1827-8, sur l’émergence d’une aristocratie dans les affaires en France, et des documents de la chambre de commerce et d’industrie, Rouen (1859/1-2). Les édits royaux, les actes du conseil d’état, en particulier ceux qui gèrent le commerce au début du dix-huitième siècle (collection 3253) sont d’un intérêt certain, ainsi que les oeuvres de Samuel Gale (1981/1-4), Daniel Defoe (2053/1-4), Christopher Robinson (2397/1-4) et William Knox (2489/1-2), dont certains n’existent que dans ce fonds. Cette liste est loin d’être exhaustive et ne constitue que des exemples des ressources dont l’Université de Poitiers est le dépositaire et qu’elle utilisera pendant son séjour au printemps 2013.

Le travail qu’elle mènera contribuera à des publications dans des revues internationales de renom. Une étude pilote a déjà été publié dans Historical Research (2012) et été lauréat du Prix Pollard 2011 attribué par la Institute of Historical Research (Université de Londres) et l’éditeur universitaire Wiley-Blackwell.L’éditeur Pickering et Chatto publiera une étude intitulé Conflict, Commerce and Franco-Scottish Relations, 1560-1713.  Ce séjour permettra également d’augmenter considérablement le travail déjà entrepris pour la création de la base de données qu’elle a initié : British Commercial Agents: a biographical database, 1560-1720, (Les agents commerciaux britanniques: base de données biographique, 1560-1720), qui sera publié en ligne pour l’utilisation par les chercheurs et le grand public.  Elle contribuera enfin pendant ce séjour de trois mois à l’identification des priorités pour la numérisation du Fonds Dubois, et en collaboration avec les universitaires engagés dans ce projet, et aidera au développement d’un réseau international de chercheurs dans ce domaine autour de ce fonds.

En fin de matinée, au 2e étage de la Bibliothèque Droit-Lettres, la présentation du Fonds Dubois et d’un certain nombre d’ouvrages de la section concernant les ouvrages en anglais ou publiés au Royaume-Uni, par Mme Traineau-Durozoy, Conservateur, responsable du Fonds ancien du Service commun de documentation (SCD) de l’Université de Poitiers, fut l’occasion de comprendre la richesse de ce Fonds. Mme Traineau-Durozoy présenta également l’histoire du catalogage du Fonds. Ce sont les conservateurs et bibliothécaires qui en dressant les inventaires ont les premiers souligné les richesses du Fonds.

Mais la partie la plus riche de cet ensemble date des 18e et 19e siècles, avec un éclairage sensiblement différent, le 18e beaucoup plus économique et politique (commerce des blés, assignats, Compagnie des Indes, physiocratie…), le 19e davantage centré sur les courants socialistes et utopiques (saint-simoniens, fouriéristes, l’Icarie de Cabet, Proudhon, aussi bien que Robert Owen…).

Des ensembles particuliers méritent d’être signalés :

‑ les romans utopiques et voyages imaginaires  (la collection complète des Voyages ima­ginaire, songe, visions et romans cabalistiques publiée par Charles Georges Thomas Garnier, mais aussi trois Thomas More, les Sévarambes de Veiras, les Galligènes de Tiphaigne de la Roche, Jacques Sadeur de Foigny, les Isles fortunées de Moutonnet de Clairfons, le Prince de Montberaud de Lesconvel, le Jacques Massé de Tyssot de Patot…).

‑ la collection de pamphlets en langue anglaise, soit environ 400 pièces sur l’Irlande, la politique, la banque, le commerce international, la South Sea Company, signés par (ou attribués à) William Petty, Davenant, Swift, Drapier, De Foe…

Jean-Paul Bonnet, Le catalogue des brochures du Fonds Dubois de la Bibliothèque universitaire de Poitiers, 2000.

Les différents outils disponibles pour consulter le Fonds sont les suivants:

-Catalogue en ligne Université de Poitiers – SCD – Fonds ancien

-Inventaire et index (auteur, thèmes) des 3089 brochures (J-P. Bonnet, 2000).

-Catalogue, (Nathalie Rollet, mars 2001).

-Liste des périodiques et brochures : les socialismes utopiques.

-Ouvrages en langue anglaise traduits de l’anglais ou publiés en Grande-Bretagne 16e-19e siècles (avril 2008).

-Tableaux Excel chronologiques :

-Fonds Dubois  – anglais

-Fonds Dubois – français.

Pour finir Mme. Traineau-Durozoy a présenté la liste des Acquisitions faites par le SCD avec les crédits Région Poitou-Charentes / MIMMOC sur les domaines “Economie, politique et société aux 17e et 18e s. dans les îles britanniques” pour servir d’usuels aux chercheurs venant travailler sur le Fonds.

En début d’après-midi, une visite à la plateforme des ressources numérique de la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société permit aux chercheurs de se rendre compte des importants moyens techniques à disposition, notamment la dernière acquisition permettant de numériser en A0, en cours d’installation, présentée par Eric Planchon, Ingénieur d’études, responsable de ce service.

Mme Nathalie Bremand présenta la Bibliothèque virtuelle Premiers socialismes (BVPS) par mis en ligne sur le site de la SCD de l’Université, ce qui donna l’occasion à la réunion de poser des questions sur la conception du site, sur les choix opérés et des conseils sur le site projeté dans le cadre de ce projet.

Une discussion s’ensuit sur les priorités et les méthodes de travail. L’importance du travail de valorisation sans équipe dédiée paraît redoutable. Il faut continuer de chercher à faire connaître le Fonds par nos propres réseaux. Les professeurs présents envisagent d’envoyer des étudiants de Master et des doctorants utiliser le Fonds pour leurs travaux. Le travail individuel de chercheurs comme Steven Pincus et Siobhan Talbott, ne fera qu’accroître l’utilisation et la renommée du Fonds, permettant ainsi au projet de numérisation et de création d’une bibliothèque virtuelle de recevoir des appuis, voire à des projets scientifiques (ANR, GDR – cf le GDR 2136 France – Îles britanniques) thématiques autour du Fonds d’émerger.

Lors de la première journée d’étude, des actions avaient été projetées. Certains n’ont pas encore pu être initiées. Un certain nombre ont été déjà été effectuées :

1) prise de contacts : -avec le PRI Iles britanniques de l’EHESS, le Projet pluridisciplinaire Paris Diderot “Littérature pratique et l’imagination des savoirs”;

-Digital Humanities Congress 2012, University of Sheffield, 6th – 8th September 2012 – Susan Finding a assisté au congrès et contacté un certain nombre de participants dont des responsables de http://www.connectedhistories.org, de l’Institute of Historical Research, Londres).

2) création du carnet de recherche du réseau : dorénavant en opération dubois.hypothèse.org. Les membres du réseau sont invité à partager des informations via ce carnet en s’adressant à Susan Finding (Université de Poitiers).

3) solliciter l’intégration dans l’axe Patrimoine et Territoires (Patrimoine du passé) du CPER 2007-2013 Axe B : “Savoir, Sociétés, Images” puisque le projet émergeant correspond aux projets déjà établis Constitutions et circulation des savoirs. Le CPER en fin de parcours n’a pu accéder à la demande. Mais nous espérons pouvoir faire partie du prochain.

4) Susan Finding a soumis le projet de valorisation du Fonds à la MSHS comme projet à intégrer à l’axe 3 de la MSHS de Poitiers”Culture et patrimoine” avec le titre Fonds Dubois, les mots-clés : savoirs, circulations, collections, patrimoine intellectuel, humanités numériques, où les objectifs sont ainsi décrits :

la valorisation du Fonds Dubois (et accessoirement du Fonds ancien) en trois volets, la préservation, la communication et l’exploitation scientifique de l’ensemble.                              Les moyens : 1) répertorier les ouvrages spécifiques, créer une banque d’informations sur les éditions détenues à Poitiers ; 2) création d’une bibliothèque virtuelle (à l’instar de la Bibliothèque virtuelle des premiers socialismes et de la Bibliothèque virtuelle sur les Coutumiers du Centre-Ouest (dans le droit fil de l’idée de création d’un Portail BNF régional piloté par le SCD et de portails internationaux spécialisés 17e-18e siècles) ; 3) soutien et animation de projets de recherche autour du Fonds.

Cet axe, en cours d’élaboration (pour lequel Susan Finding, à la demande des deux porteurs du projet, est responsable du sous-axe “Monde de savoirs”) sera également la base des négociations autour du prochain CPER de l’Université de Poitiers.

La prochaine JE aura lieu en juin 2013 et réunira les deux chercheurs invités internationaux Steven Pincus et Siobhan Talbott, ainsi que les enseignants-chercheurs membres du réseau. La date précise sera annoncée ultérieurement.

Le prochain appel pour des candidatures de chercheur invité financés (voyage et frais de séjour) pour des périodes allant de 1 à 2 mois, ou de 3 à 6 mois (full professor/ post-doc) sera bientôt émis. N’hésitez pas à encourager des candidatures. Informations sur la page Research grants du carnet de recherche dubois.hypotheses.org.

Poitiers, le 29 novembre 2012, SF.

« Rethinking revolutions »

Steven Pincus, Bradford Durfee Professor of History, Yale University, invité par le laboratoire MIMMOC, donnera une conférence intitulé « Rethinking Revolutions » le jeudi 29 mars 2012, 14h-16h, dans l’Amphi 2, à l’UFR Lettres & Langues, de l’Université de Poitiers. Professeur Pincus est l’auteur de 1688 The First Modern Revolution (Yale, 2009) et de Protestantism and patriotism: Ideologies and the Making of. English Foreign Policy, 1650~1668 (Cambridge, 1996).

Lien vers la conférence en ligne sur UPTV

et

Prof. Steven Pincus: \ »1688: The First Modern Revolution\ » – YouTube

Les politiques sociales aux Etats-Unis et ailleurs

http://www.harmattan.fr/catalogue/couv/j/9782296127395j.jpgLes politiques sociales aux Etats-Unis sont le sujet d’une présentation dans l’ouvrage   MARGINALITÉ ET POLITIQUES SOCIALES Réflexions autour de l’exemple américain, co-dirigé par Taoufik Djebali et Benoit Raoulx, paru chez l’Harmattan en 2011.

1.  Les régulations sociales   INTRODUCTION  Susan Finding (p.25-27)

La définition fonctionnelle de la politique sociale, définition qui correspond au mode de pensée et à la pratique empiriques anglo-saxons, se limite à l’analyse de la fourniture de services sociaux, l’efficacité et les moyens d’intervention adoptés. La définition institutionnelle met l’accent sur la relation entre les acteurs institutionnels [1]. Les deux approches utilisées dans les analyses présentes démontrent comment les régulations sociales américaines contribuent à renforcer l’idée d’un modèle social néo-libéral outre-Atlantique.

En période de crise économique, les gouvernements interviennent pour préserver leurs populations des effets dévastateurs par une protection sociale plus étendue. En période de croissance le désengagement de l’État de cette même protection sociale semble avéré. Le taux de chômage en baisse, le nombre d’assistés devient moins critique. Le désengagement de l’État de domaine social, pour des motifs idéologiques plus que pragmatiques lors des périodes de croissance, amène dans son sillon des changements importants.

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTg1bD7sUmnxFS-Jkiq-3YGM58sHTll0iw2HbGkCxOtW5lb1KLYxwDans les politiques sociales étudiées, on constate le transfert du soutien de l’État, en particulier de mères célibataires, aux réseaux de solidarité informels et aux ONG (retour vers les formes anciennes d’aide aux pauvres), l’alignement des salaires sur un minimum déterminé par le marché, en l’absence de salaire minimum réglementé, le travail intermittent des assistés et une couverture sociale et médicale réduite. Si, aux Etats-Unis, la Personal Responsibility and Work Opportunity and Reconciliation Act (1996) réussit à « réconcilier » l’assistance et le travail au lieu de les opposer, -les handicapés britanniques, français et américains bénéficient dorénavant de programmes d’insertion au travail en plus de prestations compensatoires (Advielle) – ni la famille ni le travail semblent avoir été renforcées par les mesures (Djebali).

Le travail, part essentiel du rêve américain, est malmené par les effets de la globalisation. La prestation américaine, la Trade Adjustment Assistance, à l’origine, une concession aux syndicats pour faire avaler la pilule de la libéralisation des accords d’échange dans les années 1960, pèse de plus en plus lourde.  Conséquences directes de la foi placée dans les bienfaits de la libre-échange, les pertes d’emplois sont concentrées dans les secteurs manufacturiers et dans les états où, en raison des compétences peu élevées requises par ces, industries, les travailleurs sont peu rémunérés. Mesure politique permettant de faire adopter une libéralisation croissante, sa genèse, sa mise en œuvre, son coût élevé et sa faible portée en font moins une mesure de protection sociale qu’un maquillage habile des effets néfastes d’une politique essentielle à la doctrine consensuelle au cœur du projet économique national.

L’étude de l’économie politique des soins confirme cette réflexion sur ‘la prééminence idéologique et politique des intérêts économiques dans la société américaine’ (Oueslati). L’histoire de l’assurance maladie aux Etats-Unis au 20e siècle se caractérise par une opposition continue entre les groupes d’assurés d’un côté, et la profession et l’industrie médicale de l’autre. Cette dernière réussit, dans le contexte de faiblesse des institutions fédérales et de manque de soutien des associations syndicales pour le projet des progressistes de Roosevelt à Clinton, à faire rejeter l’instauration d’une couverture maladie étendue organisée par l’état fédéral. Celle-ci est dépeinte comme contraire aux valeurs américaines, divisant l’unité nationale. L’American Medical Association (Oueslati) et les compagnies d’assurance (Pihet) mobilisent des moyens de communication exceptionnels au service d’un message calqué sur la culture dominante mettant l’accent sur l’opposition fondamental entre l’individu et l’état. L’industrie médicale s’adjuge ainsi le soutien des forces politiques conservatrices et chrétiennes et met en œuvre un lobbying puissant qui utilise l’argument anti-big government (Pihet) et une conception minimaliste du rôle de l’État (Advielle). La mobilisation des groupes favorables à la réforme est plus difficile à coordonner face à la multiplicité des facettes de l’impact de la réforme (Oueslati) L’intérêt général est sacrifié à l’intérêt particulier dès lors que la puissance d’un lobby particulier s’avère plus puissante que celle, plus diffuse, des groupes défendant des intérêts divers.  

Le ‘semi-État providence’ du modèle états-unisien réunit protection sociale fédérale, locale faible et protection privée développée. La couverture maladie n’y est pas un droit mais une éventualité. Un système de santé ‘exceptionnel’ où les inégalités et les ruptures sont nombreuses actent l’impossible réforme des programmes fédéraux Medicare et Medicaid (Oueslati, Pihet). L’augmentation des dépenses de santé publiques et privées est répercutée sur les assurés, la couverture se réduit. On estime qu’en 2003, 40% des américains se retrouvent sans assurance santé complète (Pihet). Cette exclusion médicale suit les contours socio-géographiques de la population, comme la Trade Adjustment Assistance (Azuelos). La inverse care law décrite par Julian Tudor Hart (The Lancet, 27 February 1971) est toujours opérante. Paradoxalement, en période de croissance économique, le désengagement de l’État américain, accompagné par un discours mettant en avant les valeurs du travail et de l’insertion, contribue au délitement des liens sociaux, à une exclusion accrue de populations faibles.


[1] KLEINMAN (Mark) A European Welfare State? European Union Social
Policy in Context
, Londres: Palgrave, 2002, p. 1.