Nouvel an ludo-éducatif

Ne reculant devant rien pour égayer votre soirée du nouvel an, je vous propose, à vous et à vos compagnons de beuverie, de participer à un petit jeu, j’ai nommé : le test à l’aveugle du Cola.

Etape 1, vous achetez les cinq Cola suivants :

  1. Coca-Cola normal
  2. Pepsi-Cola normal
  3. Coca-Cola zéro
  4. Coca-Cola light sans caféine
  5. Cola de marque de distributeur (perso, j’ai pris du Cola Casino)

Etape 2,chaque participant teste à l’aveugle ces cinq sodas,

Etape 3, chacun remplit enfin un petit questionnaire en ligne où il indiquera s’il a reconnu, oui ou non, chacun des colas ci-dessus. Il y ajoutera son genre (homme ou femme) et son âge.

C’est tout !

Pour accéder à l’enquête, il suffit de cliquer sur ce lien.

Si vous êtes trop impatient, vous pouvez vous livrer à ce petit jeu avant le réveillon (perso, je le fais dès demain). Je le laisserai ouvert jusqu’au 5 janvier (le temps de récupérer du réveillon), après quoi je publierai les résultats sur mon blog.

Merci de votre participation, qui aidera à repousser encore la frontière des connaissances…

Développement économique : la solution territoriale

cnerLe CNER (fédération des agences de développement économique) a organisé le 2 juillet dernier un colloque intiitulé « Développement économique : la solution territoriale ». L’ouverture du colloque a été assurée par Anne-Marie Escoffier, ministre déléguée chargée de la décentralisation. J’ai ensuite participé à un débat avec Philippe Estèbe sur le thème « Décentraliser l’action économique, pourquoi? ».

L’ensemble des propos des intervenants sont repris dans ce document. Mes échanges avec Philippe Estèbe, animés par Eric Valmir, sont repris de la page 7 à la page 11, suivis page 12 de quelques questions/réponses avec la salle.

 

On ne voit de relocalisation nulle part : petits compléments

Dans mon billet d’hier, vous avez vu que si les relocalisations n’existent pratiquement pas, les journaux en parlent de plus en plus. J’ai laissé entendre en fin de billet que l’activisme d’Arnaud Montebourg sur le sujet expliquait ce décalage, mais sans apporter de preuve. En voici une, car sur Factiva, en plus de pouvoir récupérer le nombre d’articles par année, on peut visualiser le nuage des mots les plus fréquents dans les articles. Une petite copie d’écran et hop!, on obtient cela :

cloud_relocBingo !

Autre complément : comme je n’ai des statistiques sur les relocalisations effectives que depuis 2009, j’avais restreint la quantification des articles incluant l’item « relocalisation » à cette période. Or, dans Factiva, on dispose des archives des Echos depuis 1997, on peut donc procéder à la quantification depuis cette date. De plus, j’ai élargi la recherche en repérant les articles incluant les termes relocaliser, relocalise, relocalisation, etc (il suffit en fait d’indiquer comme mot recherché relocalis*). On obtient ce nouveau graphique :

reloc_97_13On retrouve la croissance très forte de fin de période (la période Montebourg, baptisons-la), mais également un curieux pic autour de 2004. Je me suis donc empressé de générer le nuage de mots-clés pour la période allant du 31 décembre 2003 au 31 décembre 2005. On obtient ceci :

cloud_reloc2Arnaud Montebourg, digne successeur de Nicolas Sarkozy, en somme (par contre, je ne sais absolument pas qui est ce Pierre Raffarin…).

En résumé : les politiques parlent beaucoup de phénomènes qui n’existent pas, les journalistes parlent beaucoup de ce dont parlent les politiques et les économistes tentent d’expliquer qu’on ferait mieux de se concentrer sur les vrais sujets. Mais personne ne parle de ce dont parlent les économistes, alors ils s’en vont jouer à Candy Crush Saga…

On ne voit de relocalisation nulle part, sauf dans les journaux

N’ayant plus de vie dans Candy Crush Saga, je me suis amusé à dénombrer dans les Echos le nombre d’articles traitant du sujet des relocalisations entre 2009 et 2013 (via la base Factiva à laquelle est abonnée l’Université de Poitiers, je n’ai pas épluché toutes les éditions du quotidien, non plus).

Ensuite, aucun de mes amis Facebook ne m’ayant envoyé de vie de secours, j’ai collecté via l’Observatoire de l’Investissement développé par Trendéo, le nombre effectif de relocalisations observées.

Au final, j’ai construit ce graphique :

relocD’où le titre de ce billet.

Je me demande si Arnaud Montebourg joue à Candy Crush Saga. Ce ne serait pas mal, je me dis, en termes de bonne allocation des deniers publics. Au cas où, Arnaud, tu pourrais m’envoyer une vie?

Pourquoi, mais pourquoi donc, avons-nous de si mauvais politiques ?

J’apprends ce soir, dans cet article, Qu’Arnaud Montebourg menacerait de dissolution la centrale d’achats publics (l’UGAP), qui ne se révèlerait pas, à son goût, suffisamment patriotique. Il s’apprêterait à convoquer son Président une nouvelle fois pour qu’il lui donne des explications. Il aurait affirmé : «J’ai des remontées de partout. C’est le carnet de commandes du monde entier, sauf de la France, que l’Ugap favorise».

Plusieurs remarques :

  • si l’on en croît le même article, l’UGAP passe 74% de commandes auprès de TPE, PME et ETI dont 98% sont françaises. Ce qui fait 72% de commandes passées auprès d’entreprises françaises. Etant donné que la France pèse environ 3% à 4% du PIB mondial, si l’UGAP ouvrait son carnet de commandes de manière indifférenciée à l’échelle mondiale, comme le suggère Arnaud Montebourg, le poids des commandes passées auprès d’entreprises françaises devrait être de 3% à 4%. Il est de 72%. Soit autour de 20 fois plus. Dans le genre « carnet de commande du monde entier, sauf de la France », on a fait mieux,
  • Par patriotisme? Certes non. Un favoritisme basé sur un critère de nationalité est totalement interdit, et c’est tant mieux. J’imagine la réaction de notre Ministre s’il apprenait qu’une entreprise française s’était fait retoquée d’un appel d’offre allemand, britannique ou italien, pour la seule raison qu’elle était française. Pour tout un ensemble de commandes génériques que l’on peut produire un peu partout dans le monde, on a plutôt intérêt à faire appel à des entreprises géographiquement proches, afin de réduire les délais, les coûts de transports, de négociation, tout ça, tout ça. Personnellement, résidant à Poitiers, je vais rarement acheter mon pain en Papouasie-Nouvelle Guinée. Pas par patriotisme : juste par flemme et par économie,
  • Pour d’autres produits, en revanche, s’approvisionner auprès d’entreprises françaises s’avère un peu plus compliqué. Dans notre faculté, j’ai bien tenté de faire passer l’idée d’acquérir ce type d’ordinateurs, mais ce fut un échec. J’hésite à prôner le retour au boulier, mais pour réaliser des tableaux croisés dynamiques, c’est pas pratique, pas sûr que ça va passer,
  • Puisqu’il s’agit de se prononcer sur la question de la nationalité des ressources achetées par les entreprises et les institutions, je me demande comment se positionne notre Ministre par rapport à la nationalité de la ressource la plus précieuse à la disposition des entreprises et des institutions, celle sans qui toute production de richesse est impossible : la ressource humaine. Quel pourcentage est acceptable ; je veux dire – c’est quoi le bon quota de français?

Sinon, ce matin, j’ai fait une conférence sur le thème de la mondialisation auprès d’étudiants. Je leur ai expliqué, chiffres à l’appui, que l’enjeu, pour l’économie française, était de s’insérer intelligemment dans des processus productifs de plus en plus fragmentés à l’échelle mondiale, qui rendait totalement illusoire l’identification de la nationalité des produits. De travailler, plutôt, à notre spécialisation et à sa qualité. D’où des enjeux importants, pour les acteurs publics, en termes de soutien à l’innovation et à sa diffusion, ainsi qu’en termes de formation des personnes. Deux heures à déconstruire les discours, à recadrer les problèmes, à esquisser des pistes, en termes d’action publique.

Si j’avais su : bonjour/supprimons l’UGAP/au revoir/retournez sous vos couettes.

Pourquoi, mais pourquoi donc…

Inversion de la courbe du chômage : Issoire et Bar-le-Duc y sont déjà !

L’Insee vient de publier les taux de chômage par zones d’emploi pour le deuxième trimestre 2013.

L’occasion de regarder autrement la situation de l’économie française : plutôt que de se focaliser sur un indicateur macro-économique (taux de chômage pour l’ensemble de l’économie française), on peut analyser la distribution des taux de chômage par zone d’emploi, car les situations sont très hétérogènes selon les territoires.

A titre d’illustration, j’ai collecté les taux de chômage pour le 2ème trimestre 2012 et pour le deuxième trimestre 2013 des 304 zones d’emplois de France métropolitaine. On peut alors construire ce graphique :

GraphTous les indicateurs augmentent : taux de chômage minimum (de 4,7% à 5,2%), taux de chômage maximum (16,8% à 17,9%), la médiane (9,6% à 10,3%).

Au deuxième trimestre 2013, les taux de chômage les plus faibles sont observés pour Houdan (5,2%), Les Herbiers (5,9%) et Wissembourg (6,1%). Les plus forts pour Agde – Pézenas (17,9%), Calais (17,7%) et Lens – Hénin (17,7%).

Certaines zones sont-elles déjà parvenues à inverser la courbe du chômage ? Sur les 304 zones, seules 2 sont dans cette situation, toutes les autres ont vu leur taux de chômage augmenter. Il s’agit de Bar-le-Duc (passage de 9% à 8,9%) et Issoire (9,6% à 9,5%). On pourrait ajouter Saint-Gaudens (12,8% aux deux dates). La dégradation la plus forte concerne Morteau, avec une hausse de plus de 21% du taux de chômage, mais ils partaient de bas (passage de 6,1% à 7,4% du taux de chômage).

L’Université n’est pas en crise

C’est le titre d’un ouvrage co-écrit par deux sociologues, Romuald Bodin et Sophie Orange, qui a vocation à chasser les idées reçues qui circulent sur l’Université et sous-tendent certaines des politiques qui lui sont appliquées. Rue89 résume les six idées démontées par ces chercheurs :

  1. On va à l’Université faute de mieux
  2. Les étudiants n’ont pas de projet professionnel précis
  3. Les bacs pro et techno envahissent la fac
  4. L’Université ne forme que des chômeurs
  5. Les abandons en fin de première année sont un fléau
  6. Une sélection à l’entrée serait préférable

Je vais m’empresser d’acheter l’ouvrage qui me semble particulièrement intéressant et bien documenté (gros travail empirique). Les éléments présentés dans l’article de Rue89 me semblent convaincants, j’émettrai juste une réserve sur le point 3 : certes, les bacs pro et techno n’envahissent pas la fac, ils restent largement minoritaires, mais ceux qui y vont ont des taux de réussite très faibles et côté bac pro, plus de la moitié de ceux ayant demandé un BTS en 1er voeu n’ont pu y accéder, voir le billet que j’avais écrit sur ce sujet, il y a donc une vraie problématique à traiter.

Je vais regarder plus précisément ce qu’ils en disent, note de lecture à suivre!

Les métropoles, avenir économique de la France ?

Vous pensez peut-être que l’essentiel du travail d’un chercheur consiste à produire des connaissances nouvelles ? Hélas non : il faut aussi rappeler que certaines connaissances communes, véhiculées parfois par des collègues eux-mêmes chercheurs, sont stupides contestables.

Exemple parmi d’autres : l’idée que la croissance économique passe nécessairement par la concentration des activités dans quelques métropoles, dans le cas de la France : l’Ile de France, avec comme argument en apparence imparable le fait que le PIB par habitant de la région capitale est nettement supérieur à la moyenne des région, preuve d’une évidente sur-productivité.

Michel Grossetti vient de publier un petit billet sur le sujet, dont je recommande vivement la lecture (en complément, voir aussi ce billet que j’avais écrit il y a quelques temps). Ce qui est cocasse, dans l’histoire, c’est que Laurent Davezies, qui est l’un des premiers à avoir critiqué l’utilisation de cet indicateur comme mesure de la performance des régions (page 3 et suivantes), tombe à pieds joints dans les travers qu’il dénonçait. Le côté schizophrène des chercheurs, sans doute (plus vraisemblablement son côté parisien).

Qu’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas que d’une bataille entre chercheurs : j’ai été invité à réagir la semaine dernière aux travaux de la Datar relatifs aux « villes intermédiaires » dans le cadre du travail de prospective « Territoires 2040″, j’ai pu constater que ce discours sur « les métropoles sont l’avenir de la France » et « L’Ile de France est la région la plus productive » imprégnait méchamment les esprits, des gens de la Datar, tout au moins. Dans le même sens, ce qui se prépare côté lois de décentralisation repose aussi très largement sur cette idée reçue.

Sur un sujet proche (« Vive la concentration! »), je recommande la lecture de cette interview de Christine Musselin sur la création des communautés d’Universités. On comprend l’intérêt du Ministère, qui veut réduire le nombre d’interlocuteurs. Croire dans le même temps qu’un nombre réduit de sites permettra d’augmenter la performance du système est une idée aussi stupide contestable que la précédente (voir cet autre billet de Michel Grossetti).

La première idée, comme la deuxième, ne tiennent pas la route empiriquement. J’insiste : elles ne tiennent pas la route empiriquement. Ce ne serait donc pas mal que les politiques publiques qui sont en train d’être définies évitent de reposer sur des idées invalides, je trouve…

Fallait-il sauver le soldat Heuliez ?

Il n’aura échappé à personne que l’entreprise Heuliez fait l’objet de toutes les attentions du Conseil Régional de Poitou-Charentes depuis de nombreuses années et que régulièrement ce dossier fait la une des médias régionaux (ici par exemple tout récemment), bien sûr, mais aussi nationaux (là, fin septembre).

En bon économiste soucieux de l’utilisation de l’argent public et de l’évaluation des politiques mises en oeuvre sur les territoires, on peut se demander si cette attention est légitime et surtout si les sommes engagées l’ont été à bon escient.

A ce titre, je souhaite mettre en évidence un point particulier rarement évoqué dans les médias et dans le débat public : Heuliez est une entreprise localisée dans le Nord Deux-Sèvres, plus précisément dans le bocage Bressuirais. Quelle importance, me direz-vous ?

L’importance est grande : venir au secours d’une grande entreprise située sur un territoire connaissant un taux de chômage important et où les possibilités de redéploiement des personnes perdant leur emploi sont faibles, c’est une chose ; procéder de même sur un territoire où le taux de chômage est faible et où les personnes perdant leur emploi en retrouve rapidement un autre, c’en est une autre. D’où la question : qu’en est-il du Bressuirais ?

Pour y répondre, j’ai collecté les taux de chômage trimestriel, par zone d’emploi, de 2003 à 2013, pour différentes zones d’emploi de Poitou-Charentes. Pour faciliter l’analyse des chiffres, j’ai construit pour chaque zone un indicateur compris entre 0 et 100% qui permet de la situer dans l’ensemble national : si l’indice de la zone est compris entre 0 et 10%, c’est que la zone fait partie des 10% des zones d’emploi ayant le plus faible taux de chômage. Si son indice est compris entre 90% et 100%, la zone fait partie des 10% des zones ayant le plus fort taux de chômage.

Voici ce que ça donne pour les zones d’emploi sélectionnées :

heuliez.png

Surprise : la zone d’emploi de Bressuire est celle qui connaît le plus faible taux de chômage de la Région depuis le premier trimestre 2003 et ce sans discontinuer. C’était vrai avant, depuis longtemps en fait. Elle fait partie en gros des 10% des zones d’emploi françaises qui connaissent les plus faibles taux de chômage.

Comment l’expliquer ? Le Bressuirais est en fait très proche du choletais et fonctionne de manière assez similaire : on y trouve de très nombreuses PME et les salariés circulent plutôt bien entre ces entreprises. Quand Heuliez va mal, les PME alentours peuvent recruter certains de ses salariés (et quand Heuliez va bien, les PME alentours ont toutes les peines du monde à trouver la main d’oeuvre dont elles ont besoin…). Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce territoire, je vous invite à parcourir l’étude que nous avions mené il y a quelques temps, en ligne sur le site de mon laboratoire (dédicace spéciale à Benjamin Guimond qui a fait un travail colossal sur cette étude).

A contrario, la situation des zones d’emploi de Rochefort, Royan et dans une moindre mesure La Rochelle est… comment dire… problématique… Les deux premières font partie des 20% des zones d’emploi ayant les plus forts taux de chômage. Forte dégradation sur Châtellerault entre 2007 et 2009, lente décroissance (relativement à l’ensemble national) depuis. Cognac a vu sa situation se dégrader un peu en 2009 (effondrement des ventes de Cognac), mais les choses se sont globalement rétablies. Niort et Poitiers vont bien, merci (un peu moins bien que sur le Bressuirais, mais ça va).

On pourra m’objecter que c’est précisément l’activisme du Conseil Régional qui permet d’observer cette situation sur le Bressuirais. Acceptons cette idée d’une intervention particulièrement efficace des instances régionales : on a très envie, alors, de leur demander de se pencher rapidement sur les cas de Rochefort, Royan, La Rochelle, Angoulême et Châtellerault. Autrement dit sur les cinq zones d’emploi de la Région qui, depuis plus de dix ans, souffrent le plus…

NB1 : merci à Olivier C. pour l’idée de ce graphique comparant les différentes zones de la Région, j’étais parti au départ sur la seule courbe du Bressuirais, cette version est beaucoup plus saisissante.

NB2 : après quelques échanges entre chercheurs de l’Université de Poitiers, nous nous sommes dit que le cas Heuliez était un cas particulièrement intéressant pour traiter de la dynamique économique de certains territoires et de la pertinence des politiques publiques. Nous allons nous atteler à la tâche dans les prochains mois, des suites à ce billet sont donc à attendre.

Futuroscope : ceci n’est pas un technopôle

magritte_ceci-n-est-pas-une-pipeL’Insee vient de publier les résultats d’une étude sur le Futuroscope, intitulée   »Technopôle du Futuroscope : plus de 10 600 emplois directs et induits ». Etude réalisée en partenariat avec le Conseil Général de la Vienne.

La méthodologie déployée par l’Insee est une méthodologie classique dans les études d’impacts économiques : il s’agit de dénombrer les emplois directs (salariés des entreprises de la zone), indirects (salariés de leurs fournisseurs et sous-traitants au prorata du volume d’activité concerné) et induits (emplois liés aux dépenses des deux premières catégories). Pour le Parc stricto sensu, on dénombre 800 emplois directs, 240 emplois indirects et 560 emplois induits. Sur l’ensemble de la zone, le total des emplois est de plus de 10 000, comme indiqué dans le titre (estimation plancher car des données manquent sur les emplois indirects des entreprises autres que le Parc).

Le plus intéressant n’est pas là, mais dans la recension des activités présentes sur la zone. Je me concentre sur les emplois directs. La zone du Futuroscope, c’est 1040 emplois pour le Parc, 300 dans l’hôtellerie-restauration et 2840 dans les centres d’appel. Soit plus de 60% du total de la zone. C’est ensuite 1360 emplois dans le domaine de la formation-recherche, notamment le CNED (500 personnes), le CNDP (250), l’ENSMA (230) et l’Université (160). C’est enfin 1000 emplois dans les services aux entreprises (assurances, informatique, autres services aux entreprises) et 300 dans les administrations publiques (Conseil Général et CCI de la Vienne).

En quoi est-ce intéressant ? Disons que les chiffres montrent que le Futuroscope est certes une zone d’activité économique importante du département de la Vienne, mais n’a rien d’un technopôle, que l’on peut définir comme un site destiné à accueillir des entreprises de haute technologie bénéficiant d’interactions locales avec le monde de la recherche et de la formation. Les laboratoires de recherche présents travaillent certes avec des entreprises, mais pas ou très peu avec des entreprises de la région, plutôt des entreprises de Midi-Pyrénées ou d’Ile de France. A contrario, les emplois privés ne relèvent pas de la haute technologie, il s’agit massivement d’emplois des centres d’appels.

C’est grave docteur ? Oui et non. Non car il s’agit d’emplois qui font vivre des milliers de personnes ainsi que leurs familles et c’est très bien. Oui, car affirmer que la zone est remplie d’entreprises high tech, i) ça relève du déni de réalité, ii) c’est considérer que certaines activités sont moins nobles et qu’il vaut mieux les cacher, iii) c’est se détourner de l’analyse des menaces et opportunités qui pèsent sur les entreprises effectivement présentes.

A ce titre, si les chiffres du document sont très clairs, certaines formulations prêtent à sourire. Notamment quand dans le chapeau de l’article, on nous indique que « les trois axes du développement souhaités à l’origine : Formation-Recherche, loisirs et nouvelles technologies sont toujours bien présents aujourd’hui »,  ou encore et surtout quand les auteurs expliquent que la concentration sur la zone des secteurs de la formation et de la recherche vise à « créer un effet « cluster » qui attire des organismes extra-régionaux ». C’était certes l’intention initiale, mais on a vraiment du mal à voir un quelconque effet cluster…

Au final, le Futuroscope n’est pas un technopôle, elle n’en n’a que l’image. Encore une fois, ce n’est pas grave. C’est même plutôt logique, vu la spécialisation du Parc.