La réussite des bacs professionnels et des bacs technologiques à l’Université (complément au billet précédent)

Dans mon billet précédent, j’indiquais que la probabilité de réussite des bacheliers professionnels et des bacheliers technologiques à l’Université hors IUT était quasi-nulle pour ne pas dire nulle.

Yannick Lung m’a transmis une infographie très intéressante du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, présentée par Geneviève Fioraso lors de son déplacement à Reims le 7 mars dernier, qui permet de nuancer un (petit) peu et de compléter le diagnostic sur d’autres points (l’infographie est aussi disponible directement sur le site du ministère).

On y apprend que le taux de réussite des bacs professionnels en Licence est de 4,5% et celui des bacs technologiques est de 13,5%. En appliquant ces taux, le nombre de sacrifiés est donc de 33000, non pas de 37000 :

Bacs professionnels Bacs technologiques Ensemble
effectifs 2011  12 829  24 259  37 088
taux de réussite 4,60% 13,50%
taux d’échec 95,40% 86,50%
nombre de « sacrifiés »  12 239  20 984  33 223

On y apprend également que dans l’ensemble des bacs professionnels ayant demandé d’entrer en STS en 1er voeu, seuls 43,3% ont été retenu. Soit près de 45000 bacs professionnels qui n’y accèdent pas. Pour les bacs technologiques souhaitant aller en IUT, les ratios sont un peu meilleurs : 61% de ceux ayant émis comme 1er voeu d’aller en IUT y accèdent. Cela fait cependant 7505 lycéens souhaitant y accéder mais n’y accédant pas. C’est pour une bonne part ces bacheliers que l’on retrouve à l’Université hors IUT.

Dans son intervention, Geneviève Fioraso insiste sur la nécessité de donner la priorité aux bacs technologiques en IUT et aux bacs professionnels en STS. Je souhaite vivement qu’elle y parvienne. Très rapidement. Ce serait bien pour les dizaines de milliers de lycéens qui, sinon, vont échouer sur les bancs de la fac.

L’évaporation académique : les qualifiés non postulants

Billet intéressant de Baptiste Coulmont sur l’évaporation académique. Petite explication : pour décrocher un poste à l’Université, il faut, avant de postuler, passer par une phase de qualification en déposant un dossier auprès du CNU. Si on est qualifié, on peut candidater là où des postes sont ouverts.

Baptiste Coulmont a collecté des statistiques sur le site du Ministère sur le nombre de candidats à la qualification, le nombre de personnes qualifiées, le nombre de personnes qui candidatent une fois qualifiées et le nombre de poste, le tout par section disciplinaire. A partir de ces chiffres, il est possible de calculer différents ratio :

  • le taux de qualification, rapport entre le nombre de personnes qualifiées et le nombre de candidats à la qualification,
  • le taux d’évaporation, rapport entre le nombre de candidats qualifiés qui ne postulent pas ensuite et le nombre total de candidats qualifiés,
  • le taux de pression, rapport entre le nombre de candidats qualifiés postulant et le nombre de postes ouverts.

En quelques graphiques, Baptiste Coulmont montre que le taux d’évaporation est corrélé postivement au taux de qualification : les sections les plus « laxistes » sont celles pour lesquelles l’évaporation est la plus forte. Il est également corrélé positivement au taux de pression : plus le ratio candidats/postes est fort, plus l’évaporation est forte, des personnes qualifiées ne prennent sans doute pas la peine de postuler lorsqu’ils savent que les chances de décrocher un poste sont particulièrement faibles. Il semble cependant que le lien soit plus fort entre taux d’évaporation et taux de qualification qu’entre taux d’évaporation et taux de pression, ce que je me suis empressé de vérifier en construisant une petite matrice des corrélations :


tx_evap tx_qua~f tx_pre~n
tx_evap 1.0000
tx_qualif 0.7156 1.0000
tx_pression 0.4604 0.4759 1.0000

Intuition vérifié, le coefficient est sensiblement plus fort. Cependant, à bien y regarder, il y a une section atypique dans l’ensemble des sections disciplinaires : la section 72 (Epistémologie, histoire des sciences et des techniques). Elle prend des valeurs « aberrantes », aussi vaut-il mieux l’exclure des calculs (Baptiste Coulmont l’a d’ailleurs enlevée pour construire ses graphiques). On obtient cette nouvelle matrice :


tx_evap tx_qua~f tx_pre~n
tx_evap 1.0000
tx_qualif 0.7357 1.0000
tx_pression 0.6439 0.4850 1.0000

L’écart se réduit sensiblement. On note également que la corrélation entre taux de qualification et taux de pression reste assez faible.

Dans son graphique le plus abouti, Baptiste Coulmont représente les trois indicateurs :

En abscisse ce que j’appelle le taux de pression, en ordonnée le taux d’évaporation, les codes couleurs permettent de différencier les taux de qualification.

Pour aller un cran plus loin, j’ai testé une petite régression avec comme variable expliquée le taux d’évaporation et en variables explicatives le taux de qualification et le taux de pression. J’ai également introduit une variable par grande discipline (Droit, Lettres, Sciences, Pharmacie), pour savoir s’il existait, au-delà de ces taux, des spécificités disciplinaires. La section 72 est toujours exclue des calculs. On obtient ceci :


Coefficient Ecart-type
tx_qualif 0,383 0,123 ***
tx_pression 0,012 0,003 ***
Lettres référence
Droit -0,063 0,055
Pharmacie 0,121 0,067 *
Sciences 0,084 0,039 **
Constante 0,011 0,076

Le modèle est plutôt bon, il explique près de 70% de la variance des taux d’évaporation. Les deux taux (taux de qualification et taux de pression) influent positivement sur le taux d’évaporation. On remarque également que par rapport aux sections « Droit », les sections « Sciences » et « Pharmacie » influent positivement sur le taux d’évaporation. Pas de différence entre Droit et Lettres, en revanche.

J’ai testé le même modèle en introduisant une nouvelle variable pour intégrer la taille des sections. J’ai simplement ajouté le nombre de personnes qualifiées pour intégrer cet élément. Les résultats sur les autres variables sont peu modifiés, la variable introduite est elle-même significative et joue négativement : plus une section est grande, moins le taux d’évaporation est élevé.


Coefficient Ecart-type
tx_qualif 0,381 0,119 ***
tx_pression 0,011 0,003 ***
qualif -0,0003 0,000 **
Lettres référence
Droit -0,068 0,053
Pharmacie 0,122 0,065 *
Sciences 0,133 0,045 ***
Constante 0,056 0,077

Je ne pense pas qu’on puisse aller plus loin dans l’analyse avec les statistiques disponibles, mais comme suggéré dans le document du Ministère, une analyse plus poussée de ce phénomène d’évaporation ne serait pas inintéressant, une enquête auprès d’une cohorte de personnes concernées serait sans doute la meilleure stratégie dans ce sens.

Le recrutement local dans les Universités : rien ne change

La question du localisme semble retrouver une certaine actualité en France. Pour ceux qui l’auraient oublié, cette question avait suscité pas mal de débats en 2008, suite à l’étude de Godechot et Louvet, étude dont j’avais fait une analyse critique avec Michel Grossetti et Anne Lavigne. Plus récemment, j’avais posté un billet qui décalait quelque peu le débat, en présentant les résultats d’une étude s’intéressant moins aux pratiques de recrutement qu’à la mobilité géographique (inter-régionale) des enseignants-chercheurs.

Je viens de recevoir les résultats d’une autre étude empirique de Didier Chauveau et Stéphane Cordier, qui analysent l’Indice de Mobilité Académique (IMA) qui est publié par le ministère de la recherche et l’enseignement supérieur depuis 4 ans. Ils montrent que le taux de localisme est stable dans le temps et variable selon les disciplines. Sur le premier point, ils ont construit le graphique suivant, en distinguant les Professeurs des Universités et les Maîtres de Conférences :

L’endorecrutement des PU tourne autour de 50%, celui des MCF est autour des 20-25%. Tout corps confondus, il a été de 32%, 36 %, 27% et 28 % entre 2008 et 2011. Dans tous les cas, pas d’évolution statistiquement significative, précisent les auteurs.

Ils insistent ensuite sur le cas particulier des mathématiques, qui s’interdisent depuis pas mal d’années de recruter localement les MCF, ce que l’on retrouve logiquement dans les chiffres. Le pourcentage d’endorecrutement est également faible dans cette discipline au niveau des PU, mais là, un complément serait utile : étant donné que les recrutements locaux sont rares, n’assiste-t-on pas, lors du passage au corps des PU, à un retour plus important que la moyenne des autres disciplines à l’Université de soutenance de la thèse? Je ne suis pas sûr que les données mobilisées permettent de répondre à cette question, je transmets cependant aux auteurs, qu’ils n’hésitent pas à répondre en commentaire s’ils le souhaitent.

Je reviendrai bientôt sur le sujet, car nous sommes en train de finaliser une nouvelle version de notre article, qui complète le précédent sur un point essentiel : la faible mobilité géographique des enseignants-chercheurs est-elle spécifique à notre monde professionnel? Les docteurs ne s’engageant pas ensuite dans le monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sont-ils plus mobiles géographiquement que ceux qui s’y engagent? Vous pouvez faire un pronostic en commentaire, réponse dans quelques jours…

La triste histoire des bacs professionnels : supplément au Monde

L’éditorial du Monde daté de demain nous raconte la triste histoire des bacs professionnels. J’en rajoute une couche, car l’histoire est encore plus triste que ce que nous dit le Monde et j’aime bien faire pleurer dans les chaumières.

Le Monde nous dit que le bac professionnel est en apparence une réussite, 188 000 jeunes l’ont obtenu en 2012, ce qui a permis de tenir l’objectif de 80% d’une classe d’âge au bac. 47% souhaitent poursuivre dans le supérieur, soit en BTS, soit en IUT.

Sauf que, c’est là que l’histoire triste commence, ils ne parviennent que difficilement à accéder à ces formations courtes professionnalisantes, leur route étant barrée par les autres bacheliers (notamment en IUT, c’est moins vrai en BTS). Dépités, ils se tournent donc vers les filières universitaires hors IUT (car je rappelle que les IUT sont des filières universitaires) où ils échouent lamentablement, n’étant pas du tout préparés à ce type d’étude. Deuxième et dernière étape de l’histoire triste contée par le Monde.

Comme promis, je vous raconte le troisième épisode, oublié par le Monde, qui rend l’histoire encore plus triste : les autres bacheliers qui s’inscrivent dans les filières courtes professionnalisantes, qui barrent donc la route aux bacs pro, que font-ils une fois leur diplôme en poche? Ils vont sur le marché du travail? Que nenni! Côté IUT (je n’ai pas les chiffres, sensiblement inférieur je pense pour les BTS), 60 à 80% bifurquent vers les filières longues des universités! On forme donc en IUT des personnes dans l’optique qu’elles aillent rapidement sur le marché du travail, mais elles n’y vont pas. Pendant ce temps, ceux qui voudraient une formation courte du supérieur pour y accéder ne peuvent pas y aller.

On peut poursuivre encore un peu : en plus des bacs pro, les autres bacheliers aux dossiers les plus faibles, qui voudraient aussi accéder aux IUT/BTS pour faire des études courtes et entrer sur le marché du travail, voient tout autant leur route barrée. Ils viennent donc échouer sur les bancs de la fac. D’où le taux d’échec constaté. Plutôt que de remédier à l’organisation calamiteuse du système d’ensemble, on explique aux filières universitaires hors IUT que ça va pas, on injecte de l’argent (plan licence, tout ça), on se désespère un peu partout, côté étudiants qui échouent, côté enseignants-chercheurs qui ne savent pas gérer ce type de public mal préparé et qui n’a pas envie d’être là, côté parents qui s’arrachent les cheveux, etc.

Ce n’est pas la triste histoire des bacs professionnels : c’est la triste histoire de l’organisation du système de l’enseignement supérieur… Et encore, je n’ai pas parlé des classes prépas et des écoles, ni, en amont, de la triste histoire de l’orientation après le collège… J’aime bien faire pleurer dans les chaumières, mais pas trop quand même…

Le classement des villes universitaires où il fait bon étudier (« L’Etudiant » bashing)

Je ne connais pas la progression des ventes ou des visites du site du magazine l’Etudiant, mais à mon avis, c’est plutôt positif. Il faut dire qu’ils se sont mis sur un créneau porteur : produire des classements. Des lycées, des écoles d’ingénieurs, des écoles de commerce, des prépas Math spé, des prépas commerciales, etc.

Dernier exemple en date : le classement des villes universitaires où il fait bon étudier. Classement toutes catégories, classement métropole, classement grandes villes, classement villes moyennes.

Je te vois venir, lecteur perfide : tu te dis que, « ça y est, encore un chercheur mécontent du rang de la ville universitaire où il travaille, qui va dénigrer bêtement le classement produit mais en fait c’est parce qu’il n’est pas content, tout ça, tout ça ». Ben non : L’Etudiant titre justement « la consécration pour Toulouse, Montpellier et Poitiers ». Poitiers est au premier rang des villes de taille moyenne. Youpi…

Ce n’est donc pas le problème. Le problème, c’est que ce classement, c’est du grand n’importe quoi. Il suffit de jeter un oeil sur la méthodologie et de mobiliser quelques neurones (un ou deux peuvent suffire) pour s’en convaincre :

  • 37 critères sont retenus cette année (tiens, l’an passé c’était 39 critères?!), classés en 9 thèmes. 37 critères auxquels sont appliqués des coefficients de 1 à 4 (on ne connait pas les coefficients appliqués), ce qui permet de définir 4 catégories… Critères, thèmes, catégories, coefficient… Vous suivez? Peu importe : seul le classement compte, on fait confiance à la déontologie du producteur du classement pour le reste…
  • liste des critères ensuite, avec, à l’évidence, plusieurs corrélés entre eux : nombre d’étudiants, nombre de fauteuils de cinéma, nombre de bars, nombre de formations supérieures. Plein de fois la même information, donc, et je vous dis pas avec le jeu des coef. ce que ça donne…
  • critères corrélés entre eux, mais, de plus, corrélés avec la taille des villes et/ou des Universités. Big is beautiful, apparemment (pour le lecteur non informé, je rappelle que le nombre d’étudiants à Harvard est le même que le nombre d’étudiants à l’Université de Poitiers),
  • un classement avec des évolutions radicales : Poitiers est passé du rang 3 au rang 1 des villes moyennes en 1 an, Bordeaux à gagné 5 places, Nancy, 6 places, Dijon en a perdu 5, etc. Quand vous vous intéressez à des éléments structurels, qui bougent lentement par définition, et que vous vous apercevez que le classement change très vite, une conclusion s’impose : votre « thermomètre » est pourri. Si vous voulez faire un meilleur boulot, il faut changer de thermomètre. Si les ventes sont bonnes, il faut le conserver.
Invité l’an dernier à intervenir lors d’une journée sur l’attractivité et le rayonnement des villes universitaires, j’avais déjà commencé mon topo sur ce classement pour faire les mêmes remarques. En amont de la préparation de mon intervention, en expliquant à l’un des organisateurs tout le bien que je pensais de ce classement, je m’étais exposé à la remarque classique « ah oui, comme vous êtes mal classés, etc » (d’où ma digression ci-dessus). J’avais également envoyé un mail à L’Etudiant, afin qu’ils me transmettent leurs données de base. Mail resté sans réponse.
Lors de la conférence, après mon intervention, la personne de l’Etudiant qui produit ce classement a réagi (elle était présente dans la salle, je ne savais pas). Pour me dire que oui, sans doute, ce classement avait des limites, mais que c’était juste de l’information donnée aux lecteurs, que c’était sans prétention, que les gens pouvaient ensuite en faire ce qu’ils voulaient, etc. Un côté naïf presque touchant, je dirais.
Bon, c’est pas tout ça, faut que je vous laisse : un article à réviser pour publication, histoire de faire monter mon Université dans le classement de Shangaï…

Communication universitaire

Puisque j’en suis à prodiguer des conseils en communication, je vous fais partager la photo de deux prospectus destinés aux étudiants de l’Université de Poitiers, l’un et l’autre informant sur des sujets sérieux.

Ces deux plaquettes sont à disposition des étudiants, posées sur une table, l’une à côté de l’autre, dans la « salle d’attente » du secrétariat du doyen de notre UFR. Juxtaposition qui brouille un peu les messages, je trouve…

La (faible?) mobilité géographique des enseignants-chercheurs

Il y a quelques années, Olivier Godechot et Alexandra Louvet avaient montré, via l’exploitation d’une base de données originale (la base Docthèse), la tendance du monde universitaire français au localisme (tendance des universités à recruter leurs propres docteurs). D’où leur préconisation : une interdiction du localisme. J’avais réagi, dans un texte co-écrit avec Michel Grossetti et Anne Lavigne, en expliquant que le localisme n’était pas la cause mais la conséquence d’un déficience des processus de recrutement. Plutôt que d’interdire le localisme, donnons aux universités les moyens de mettre en oeuvre des procédures plus efficaces (recruter pour une quarantaine d’années une personne vue en entretien une vingtaine de minutes ne me semble pas optimal).

Quelques temps après, j’avais sollicité Olivier Godechot pour savoir si nous pouvions disposer de la base de données sur laquelle ils avaient travaillé, afin de l’analyser autrement (je remercie sincèrement Olivier Godechot de l’avoir mise à notre disposition). Mon idée : en raisonnant à l’échelle des universités, Godechot et Louvet passaient à côté de certains phénomènes. Notamment : leur étude montre que le localisme des universités parisiennes est moins important que le localisme des universités de province, mais n’est-ce pas lié à des phénomènes de circulation entre universités parisiennes?

Nous avons donc commencé à travailler sur la base (je travaille sur ce chantier avec Bastien Bernela et Marie Ferru), en distinguant notamment entre le « localisme » universitaire et le « localisme » régional. Distinction éclairante s’agissant des universités parisiennes :

Niveau établissement

 

Niveau régional

Alsace

59,0%

63,1%

Aquitaine

53,9%

60,5%

Auvergne

56,5%

56,5%

Bourgogne

64,8%

64,8%

Bretagne

56,2%

62,3%

Centre

44,2%

47,1%

Champagne-Ardenne

44,4%

44,4%

Franche-Comté

48,7%

48,7%

Ile-de-France

29,4%

61,1%

Languedoc-Roussillon

54,1%

60,5%

Limousin

65,5%

65,5%

Lorraine

44,3%

61,8%

Midi-Pyrénées

58,8%

69,3%

Nord-Pas-De-Calais

64,1%

72,3%

Basse-Normandie

50,9%

50,9%

Haute-Normandie

68,9%

73,3%

Pays-de-la-Loire

65,6%

66,2%

Picardie

66,7%

68,9%

Poitou-Charentes

65,3%

65,3%

Provence-Alpes-Côte-d’Azur

54,6%

67,1%

Rhône-Alpes

51,8%

72,2%

France

43,4%

 

63,5%

En moyenne France entière, 43,4% des docteurs d’une université dirigent leur première thèse dans la même université (c’est de cette façon que l’on mesure le localisme, ce qui n’est pas exempt de critique, cf. le texte disponible via le lien plus bas). A l’échelle des régions, ce taux monte à 63,5%.

Quid des universités parisiennes? Taux très faible à l’échelle des universités (29,4%), mais dans la moyenne à l’échelle de la région Ile-de-France (61,1%). Les docteurs franciliens bougent, mais pour rester sur Paris.

De manière générale, ce taux de 63,5% m’apparaît plutôt élevé, plus élevé, je pense, que ce que la plupart des acteurs du monde universitaire ont en tête. Si l’on ajoute à la région de soutenance de la thèse les régions limitrophes, ce taux passe à près de 70%. Les enseignants-chercheurs semblent donc peu mobiles. Je dis bien semble, car nous n’avons pas de point de comparaison : peut-être sont-ils plus mobiles que la moyenne des personnes de même niveau de qualification, peut-être moins. Nous travaillons actuellement sur ce point, résultats à suivre.

Nous avons ensuite testé de premiers modèles économétriques, notamment un modèle gravitaire, pour voir dans quelle mesure la mobilité interrégionales des enseignants-chercheurs pouvait s’expliquer par des facteurs structurels comme la distance entre les régions ou encore la taille des régions. Résultat : la distance géographique entre les capitales régionales joue négativement sur les mobilités, la taille scientifique (mesurée par le nombre de chercheurs) joue positivement. Eléments qui ont peu à voir avec la nature du processus de recrutement mais plus à voir avec des facteurs classiques de mobilité, que l’on retrouve dans de nombreuses études.

Ces premières analyses ont donné lieu à la rédaction d’un article disponible ici et présenté la semaine dernière en colloque sur Montréal. Il s’agit d’une première version, pas mal de compléments en cours, mais toutes vos remarques et commentaires sont les bienvenus!

Attractivité et rayonnement des villes universitaires

J’ai participé en mars dernier à un colloque sur l’attractivité et le rayonnement des villes universitaires, organisé par l’Avuf (Association des Villes Universitaires de France). La synthèse de cette journée est disponible ici (format pdf). Petit résumé de mon propos page 4. Je vous invite également à lire la synthèse des propos de Michel Grossetti page 8 et 16.

Des quotas en classe préparatoire pour les meilleurs élèves…

Je découvre dans le Monde que François Hollande propose de fixer des quotas pour permettre un plus large accès aux classes préparatoires. Extraits :

« Dans tous les lycées de France, quels qu’ils soient, une part des élèves de terminale devront aller dans les classes préparatoires aux grandes écoles sans qu’il y ait de système particulier. Ça peut être 5 à 6 % des élèves ».

(…) Cette mesure est inspirée d’une proposition de loi défendue en 2005 entre autres par le député de l’Essonne Manuel Valls, qui proposait que « les meilleurs élèves de chaque lycée de France auraient un droit d’accès aux classes préparatoires aux grandes écoles et aux premières années des établissements qui sélectionnent à l’entrée (Instituts d’études politiques ou Dauphine par exemple) », en fixant le poucentage de ces élèves à 6 %.

Je vous avoue qu’à chaque fois que je lis ce type de propos, les bras m’en tombent… C’est que, vous comprenez, je suis prof à l’Université, alors entendre qu’il faut que les meilleurs élèves aillent dans les grandes écoles ou dans les établissements qui sélectionnent à l’entrée, parce que quand même c’est tellement mieux, c’est à pleurer… Le problème, c’est que notre élite politique, de droite comme de gauche, est issue de ces grandes écoles. Comment, dès lors, attendre qu’ils fassent bouger le système ?

Une suggestion? Lisez les travaux des chercheurs. Sur le sujet évoqué dans l’article, je vous conseille cet article de Marie Duru-Bellat et Annick Kieffer, très complet. Je vais reprendre la conclusion, tiens, car on dirait que c’est une réponse à l’article du Monde…

Promouvoir l’égalité des chances ne peut se limiter à jouer à la marge sur les processus de sélection dans les filières d’« élite » par différents systèmes de discrimination positive (comme les procédures d’admission spéciale pour les élèves des lycées défavorisés) alors que, par définition, celles-ci resteront toujours quantitativement restreintes.

Il conviendrait de jouer bien en amont, sur les inégalités de réussite précoce et donc sur les chances d’accéder aux voies scolaires les mieux adaptées à ces filières (en l’occurrence l’accès aux baccalauréats généraux). De multiples actions en aval sont bien sûr concevables, telles que favoriser les formations tout au long de la vie qui sont, en France, particulièrement rares, ce qui donne encore plus de portée aux inégalités scellées très tôt dans l’éducation initiale.

Dis, l’ESSEC, c’est quoi un taux de chômage?

Dans la rubrique Economie du Monde, je découvre cet article, intitulé « « Jeunes diplômés : le grand défi du premier emploi », au Sénat le 12 mars ». C’est annoncé sur Le Monde, ça se passe au Sénat, c’est organisé par « Le Café de l’avenir et l’Executive MBA ESSEC & Mannheim », nous dit-on.

Que du beau monde.

L’article commence par cette phrase :

Un rappel, d’abord, en guise de préambule : 23% des jeunes de moins de 24 ans sont aujourd’hui au chômage en France.

Je ne sais pas qui est le coupable : Le Monde? l’ESSEC? Le Sénat? L’article semble signé par l’ESSEC Business School. Donc je vais considérer que c’est l’ESSEC Business School qui est l’auteur de l’article. Ça claque, je trouve, l’ESSEC Business School (je sais, je me répète. La pédagogie, comme l’humour, se nourrit de répétition).

Dommage qu’ils ne savent pas ce que c’est qu’un taux de chômage, à l’ESSEC. Enfin, c’est surtout dommage pour ceux qui vont payer quelques milliers d’euros chaque année pour être diplômé de cette école (ce Mastère est à 16000€ par exemple).

Je dis ça, parce qu’un taux de chômage de 23% (c’est le taux de chômage des jeunes en France), ça ne veut pas dire que 23% des jeunes sont au chômage. Ça veut dire que 23% des jeunes actifs sont au chômage. Comme beaucoup de jeunes sont en étude (donc non comptés comme actifs), la part des jeunes au chômage est autour de 8%, non pas de 23%.

Sinon, à l’Université, l’année coûte beaucoup moins de 16000€. Je dirais au maximum de l’ordre de 300€. Ce que vous ne payez pas est payé par l’Etat. Et vous savez quoi? A l’Université, on sait ce que c’est, un taux de chômage…