À quoi sert la recherche documentaire ?

Les mots ont un pouvoir. Cette phrase éculée et superbement illustrée dans le 1984 de George Orwell est peut-être plus que jamais d’actualité. La dernière élection présidentielle américaine a vu l’apparition d’un nouveau terme de Novlangue, la « Fake News », qui s’est rapidement imposée Outre-Atlantique, mais aussi en France. En acceptant ce terme et en l’utilisant, on le légitime et l’institutionnalise, lui, ainsi que la pratique à laquelle il renvoie. La langue française dispose pourtant de mots renvoyant à la même idée : le néologisme apparu en réponse « infox », mais aussi « intox », « fausse information », voire plus prosaïquement « mensonge ». En conséquence, le terme est aujourd’hui banalisé, théorisé et librement employé dans les conversations quotidiennes ainsi que dans la vie politique.

 

Ceci est une fake news

Ceci est une fake news / Source : https://www.flickr.com/photos/hragvartanian/32940251834/in/photolist

La désinformation n’est pas un phénomène nouveau. Lire la suite

La secchia rapita d’Alessandro Tassoni : « l’Italie en feu pour la perte d’un seau »

Du 2 au 31 avril 2019, dans le cadre du Livre ancien du mois, la bibliothèque Michel Foucault accueille un document d’ordinaire conservé au Fonds ancien : La secchia rapita.

La secchia rapita (Le seau enlevé) est sans conteste l’ouvrage le plus connu de l’homme de cour et écrivain Alessandro Tassoni (1565-1635), originaire de Modène.

Un poème héroï-comique

Ainsi est caractérisée, grâce au sous-titre, La secchia rapita dès les premières éditions. Dans sa préface, Alessandro Tassoni dit avoir inventé un poème d’un genre nouveau, mêlant l’héroïque et le comique, le style grave et le burlesque.

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Entretien avec Robin Cousin

« Les sciences peuvent-elles encore sauver le monde ? » C’est sur cette vaste question que Robin Cousin s’est penché durant trois mois. Durant sa résidence à l’Université de Poitiers, le primé de l’excellent Profil de Jean Melville nous a accordé un riche entretien. Et s’il n’y avait qu’une chose à retenir au travers de cet échange, c’est qu’il amène naturellement à s’interroger sur ce que doivent être nos limites avec les progrès technologiques d’aujourd’hui. Du crayon jusqu’aux étoiles, la visite guidée dans les réflexions de ce brillant auteur s’avère passionnante.

Les sciences peuvent-elles encore sauver le monde ? / Illustration Robin Cousin pour résidence à l’Université de Poitiers

 

Bonjour Robin. Tu arrives à la fin de ta résidence au sein de l’Université de Poitiers.* Trois mois de rencontres, d’ateliers, de conférences et de préparation d’un livre autour du thème qu’est « Les sciences peuvent-elles encore sauver le monde ? » As-tu trouvé des éléments de réponse à une telle question ?

La question choisie était volontairement vaste et en même temps très simpliste. Je ne m’attendais pas à avoir réellement de réponses. En revanche, je me suis laissé surprendre par une chose. Jusqu’à présent, j’étais très concentré sur les sciences dures (physique, mathématiques, etc.) en me disant qu’on pouvait s’appuyer sur elles face aux problèmes que l’on rencontre actuellement. Mais, lors de cette résidence, je me suis aperçu que les sciences humaines avaient tout autant leur rôle à jouer. Cette découverte a provoqué un nouveau regard et m’a donné un déclic sur ce que j’allais raconter dans mon livre.

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« Opening Night » (1977) de John Cassavetes : le théâtre comme libération

Opening night (1977) https://www.flickr.com

John Cassavetes, comme Bergman, avait le don d’impressionner le spectateur en saisissant la vérité des visages, filmés dans une facture toute amoureuse, caressés de près jusqu’au flou. Il lui fallait pour cela non seulement serrer de près ses personnages en donnant presque l’impression de les faire sortir de l’écran mais aussi s’entourer d’acteurs hors-pairs, tels Ben Gazzara ou Gena Rowlands dont on peut savourer au moindre plan la densité et la suggestivité des expressions.

Par cette sorte d’éloquence muette des visages Lire la suite

Sélection thématique #2 – Le cinéma japonais

Depuis le 26 septembre dernier, la cinémathèque française propose une rétrospective sur l’histoire du cinéma japonais.

 

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Dès 1896, les systèmes de projection sont introduits au Japon.

Les films de fiction apparaissent à partir de 1908.

À ses débuts, le cinéma est muet.

Il est cependant accompagné de musique et de commentaires.

Il s’inspire du théâtre traditionnel, dont le kabuki est l’expression la plus populaire.

En 1931, Heinosuke Gosho réalise le premier film japonais parlant : Madamu to nyōbō / マダムと女房 

 

 

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Plaisir de donner, joie de recevoir. Petit hommage à Nicole Pellegrin.

Le public est parfois un peu dépité que nous ne sautions pas de joie quand on nous propose spontanément un don de livres. Pourquoi diantre cette circonspection légèrement suspicieuse de notre part, alors que nous devrions nous réjouir dans l’allégresse d’accumuler des livres offerts gracieusement sur nos étagères infinies ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer notre réserve. Tout d’abord, le don peut ne pas correspondre du tout à ce que la bibliothèque propose déjà. Or, le travail des bibliothécaires consiste à enrichir et proposer une collection cohérente et vivante, davantage alimentée par des nouveautés. En plus, notre public est universitaire et les documents proposés doivent être de ce niveau. Lire la suite

Le 8 mars en revue(s) : étudier le féminisme

La Journée Internationale des Droits des Femmes est l’occasion pour nous, cette année, de valoriser un domaine particulier de la recherche : les études féministes.

MLF affiche

MLF affiche – Par Jeanne Menjoulet – CC BY 2.0 – source Flickr

C’est à partir des années 70 en France, parallèlement à l’émergence du Mouvement de libération des femmes, que sont apparus les premiers enseignements universitaires et les premiers groupes de recherche sur le féminisme, notamment à l’Université Paris 7. Le GEF (Groupe d’Études Féministes) est créé en 1975 autour de Françoise Basch et Michelle Perrot à Jussieu. Dans « Du mouvement des femmes aux études féministes », la militante, historienne et sociologue Françoise Picq estime que les études féministes en France sont nées de ce groupe d’études. Comme l’explique Claude Zaidman dans « Institutionnalisation des études féministes » (Cahiers du CEDREF, 1995), il y avait volonté de joindre militantisme et recherches universitaires. Lire la suite

Le Gentilhomme cultivateur, ou Corps complet d’agriculture

Du 1er au 30 mars 2019, le livre ancien du mois consacré au Gentilhomme cultivateur de Jean-Baptiste Dupuy-Demportes, est présenté à la bibliothèque Michel Foucault.

Jean-Baptiste Dupuy-Demportes (17..-1770), critique littéraire et auteur dramatique, traduisit de l’anglais, en marge de sa production littéraire, un ouvrage sur l’art vétérinaire équin, Le Gentilhomme maréchal, et un traité d’agriculture, Le Gentilhomme cultivateur.

Paru en 1756, A compleat body of husbandry de l’agronome anglais Thomas Hale (17..-1763), avait rencontré un grand succès en Angleterre. Dès 1760, dans L’Ami des hommes, Mirabeau en publiait un extrait traduit des six premiers livres et louait l’intérêt de cet ouvrage « si utile dans son propre pays, qu’un grand nombre de paroisses en tiennent un exemplaire enchaîné sur un pupitre dans la sacristie pour l’usage des habitants ». Ceci donna l’idée à Dupuy-Demportes d’en faire une traduction intégrale et complétée par des extraits d’autres auteurs contemporains. Lire la suite

Restaurer un livre ancien

Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, XVI 1037

Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, XVI 1037

La prochaine Heure du Livre ancien, qui aura lieu le lundi 4 mars à 12h et à 17h30 à la BU Droit-Economie-Gestion, sera animée par Claude Benoist, restaurateur. A partir de quelques exemples tirés du Fonds ancien, Claude Benoist présentera les techniques et les matériaux de restauration des imprimés anciens.

L’entrée est libre, mais l’inscription est nécessaire (05 49 45 32 91 ou FondsAncien@univ-poitiers.fr).

Quels ouvrages restaure-t-on ?

  • les documents rares, avec des particularités d’exemplaire ou avec une valeur documentaire ou artistique importante,
  • des documents souvent consultés,
  • des documents sur le point d’être exposés,
  • des documents qui s’abîment ou sont abîmés.

Que contient un dossier de restauration ?

Semblables aux règles employées pour les monuments historiques, les recommandations relatives à la restauration rappellent que le travail doit être documenté. On réunit dans le dossier :

  • une note d’opportunité, qui explique pourquoi l’ouvrage a été choisi et donne les buts de cette restauration,
  • une notice bibliographique (titre, auteur, lieu et date d’impression, nom de l’imprimeur-libraire, nombre de pages, références bibliographiques, mentions de provenance, etc.),
  • une description écrite de la reliure avant la restauration (description générale du volume et description détaillée de l’état de conservation), accompagnée de photographies de l’ouvrage avant restauration et de la valeur d’assurance,
  • le projet du conservateur,
  • le devis du restaurateur, avec des fiches techniques,
  • le compte-rendu d’intervention du restaurateur, avec des photographies de l’ouvrage restauré,
  • un rapport d’évaluation du conservateur.

Quels principes suit-on ?

Pour toute intervention, les techniques employées sont réversibles. Le travail doit être visible, mais discret, de manière à ce que le lecteur puisse aisément repérer ce qui a été modifié, sans que l’esthétique du document soit bouleversée. Enfin, les matériaux employés par le restaurateur sont compatibles avec ceux du livre ancien.

Aujourd’hui il est recommandé d’intervenir le moins possible, dans le respect de l’histoire du document. Il ne s’agit pas de revenir à un état initial idéal, qui n’a peut-être jamais existé, mais de permettre à l’ouvrage d’être encore consulté ou exposé.

Pour en savoir plus…

Sélection thématique #1 – La fête de la Saint-Valentin

Le jour du 14 février est célébré dans de nombreux pays comme la fête des amoureux.

Mais connaissez-vous l’origine de la Saint-Valentin ?

Alcée rose - Turpin, Pierre-Jean-François (1775-1840)

Alcée rose – Turpin, Pierre-Jean-François (1775-1840) ©Florilège

Ce jour remonterait aux romains qui fêtaient les Lupercales.

Ces cérémonies païennes étaient célébrées le 15 février. Il s’agissait de rites de purifications champêtres et de fécondité en l’honneur de Faunus Lupercus, dieu des troupeaux.

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