Covid 19, épisode 12 : l’impact économique de l’épidémie

L’épidémie et le confinement en sont pas sans effet sur l’activité économique. La Banque de France vient d’annoncer qu’elle estime la chute du PIB français la deuxième quinzaine de mars à environ 33%, ce qui entraine une contraction de l’économie au premier trimestre 2020 de 6%. Dans son point de conjoncture du 26 mars dernier, l’Insee estimait également la perte d’activité à 35% (écart entre l’activité économique estimée pendant la dernière semaine de mars et l’activité d’une semaine « normale »).

A partir du document de l’Insee, il est possible de s’interroger sur l’impact géographique de cette perte d’activité. En effet, dans son document, l’Insee donne les chiffres sur les pertes d’activité attendues par grands secteurs :

Part dans le PIB (%) Perte d’activité attendue (%)
Agriculture et industries agro-alimentaires 4 -4
Industrie hors agro-alimentaire 12 -52
Construction 6 -89
Services marchands 56 -36
Services non marchands 22 -14
Total 100 -35

  Si on dispose du poids des secteurs par territoire, on peut appliquer les taux de croissance attendues à ces poids, et obtenir ainsi des taux de croissance localisés, que l’on pourrait  qualifier de structurels, puisque les différences obtenus entre les territoires ne dépendront que des différences de structures de spécialisation. Toute chose égale par ailleurs, on obtiendra un taux de croissance attendue très négatif si le territoire en question est très spécialisé dans les secteurs les plus en déclin (construction et industrie hors IAA) et/ou peu spécialisé dans les secteurs les moins impactés (agriculture et IAA, services non marchands).

Rien de très compliqué en apparence, encore faut-il disposer du poids des secteurs à une échelle infra-nationale. Pour la variable « valeur ajoutée », on en dispose seulement à l’échelle régionale. J’ai donc préféré recourir à la variable « emploi » disponible en 38 secteurs à l’échelle des départements, pour l’année 2018. J’ai agrégé les 38 secteurs de telle sorte à retrouver les 5 grands secteurs pour lesquels l’Insee fournit ses prévisions.

Les poids des secteurs selon les départements varient assez sensiblement. Voici un petit tableau qui reprend pour chaque secteur ce qu’il pèse dans le département où il pèse le moins, dans celui où il pèse le plus, ainsi que le nom des deux ou trois départements où il pèse le plus.

poids minimal poids maximal départements les plus spécialisés
agriculture et IAA 1% 12% Côtes d’Armor, Gers, Vendée
industrie hors IAA 3% 21% Ain, Haute-Saône, Eure
construction 2% 10% Haute-Corse, Corse du Sud
services marchands 31% 72% Paris, Hauts-de-Seine
services non marchands 16% 51% Lozère, Creuse

Voici la carte des spécialisations par départements :

S’agissant des prévisions de croissance par département, elles oscillent entre -28% pour la Creuse, le Gers et l’Aude, et -35% pour les Hauts-de-Seine, les Yvelines, l’Ain et la Haute-Savoie. En voici la carte :

Le résultat principal reste sans doute que tous les départements sont impactés, et de manière violente…

Ces résultats sont à prendre avec prudence : l’Insee d’abord alerte sur la difficulté de l’exercice auquel il s’est livré et sur le caractère fragile de ses estimations. De mon côté, je me suis appuyé sur des données emplois de 2018 qui ont pu évolué depuis. Une autre limite résulte du fait que l’on raisonne malgré tout à des échelles sectorielles et géographiques très agrégées, qui masquent la finesse des spécialisations. Mais difficile de faire mieux en l’état actuel des choses.