Les métropoles ruissellent moyen…

France Stratégie et le CGET viennent de publier une note intitulée « Dynamique de l’emploi dans les métropoles et les territoires avoisinants », coécrite par Boris le Hir et Cécile Altaber, issue d’un travail de recherche mené par Marc Brunetto, Denis Carré, Nadine Levratto et Luc Tessier du laboratoire EconomiX (rapport complet disponible ici).

Le sujet est d’actualité : face aux contestations du discours pro-métropolitain, certains nuancent le propos et aimeraient bien montrer que soutenir les métropoles ne serait pas en défaveur des autres territoires.

Davezies et Pech (2014) en parlaient déjà dans leur note, avec leur notion de système productivo-résidentiel : en gros, le productif dans les métropoles, le résidentiel dans leur hinterland pour que les actifs des grandes villes aillent passer leur week-end, faire du tourisme et/ou se reposer lors du passage à la retraite. Pour Askenazy et Martin (2015), les autres territoires ne seraient pas lésés par un soutien accru à quelques métropoles, la croissance supplémentaire obtenue grâce à ce type de politique permettant de solvabiliser les transferts sociaux qu’on leur accorderait. D’autres enfin se disent que, même côté productif, les autres territoires peuvent en profiter, s’ils font l’effort de se connecter aux métropoles, afin de bénéficier de leur ruissellement.

C’est bien gentil tout ça, mais on manque d’éléments de preuve, d’où l’étude commanditée à Economix. Et les résultats montrent que ça dégouline ruisselle moyen.

Premier résultat, qui ne vous surprendra pas, fidèles lecteurs : si en moyenne le paquet des 13 métropoles étudiées bénéficie d’une croissance de l’emploi supérieure à la moyenne (1,4% contre 0,8% sur 2009-2014), cette moyenne masque de fortes disparités. Quelques métropoles sont très dynamiques, d’autres ont une croissance moyenne, d’autres sous-performent (ce qui rend cocasse en passant la formule des auteurs de la note de France Stratégie et du CGET, qui indiquent que « la dynamique métropolitaine est évidente » pour signaler immédiatement après que en fait non. Ce n’est pas dit comme cela dans le rapport des chercheurs. On résout comme on peut ses problèmes de dissonance cognitive…).

Deuxième résultat, le plus important : sur les effets d’entrainement, c’est un peu le bazar… La dynamique de Lyon, Nantes et Aix-Marseille semble profiter aux territoires voisins ; pas d’effet sur Lille, Toulouse et Montpellier ; dynamique inversée (les territoires voisins croissent plus vite que la zone métropolitaine) sur Grenoble et Strasbourg ; mauvaise dynamique partout sur Rouen et Nice. Je veux bien qu’on parle de modèle métropolitain après ça…

J’ai souligné le mot « semble » dans le point ci-dessus, car l’analyse menée par les chercheurs est une analyse statistique/économétrique qui teste l’existence de corrélations spatiales. En gros, il s’agit de voir si la croissance d’un territoire est significativement liée, du point de vue statistique, à la croissance des territoires voisins. On a vu le résultat : ça dépend.

Mais au-delà, comme toujours, corrélation ne veut pas dire causalité (ce sur quoi les auteurs alertent, d’ailleurs, mais j’imagine que certains vont lire trop vite). Une relation même positive peut indiquer qu’un territoire non métropolitain tire sa croissance de la métropole voisine, ou bien que c’est la métropole qui tire une partie de sa croissance des territoires voisins, ou bien encore qu’une variable cachée (le contexte macro-régional par exemple, comme signalé par les auteurs) agit favorablement sur les deux, ou bien que la dynamique des deux territoires considérés va dans le même sens mais pour des raisons différentes (Nantes et le bocage vendéen vont tous les deux biens, je ne pense pas que ce soit en raison d’une quelconque interdépendance).

Bref, une étude bien faite, aux résultats conforment à ce que j’observe (il n’y a pas de modèle), qui appelle surtout à d’autres recherches plus qualitatives pour identifier la nature des interdépendances territoriales et leur diversité. Si elle peut permettre d’éviter de tomber dans une nouvelle mode, c’est bien…

Vous allez m’entendre…

Vous allez m’entendre, enfin si vous le voulez bien :

  • lundi 4 décembre, à partir de 18h30, lors d’une conférence débat à l’IAE de Poitiers, en compagnie de Catherine Lathus (chef d’entreprise) et Sacha Houlié (député de la Vienne et vice-président de l’Assemblée Nationale), avec pour thème « La Vienne, à l’heure de la reprise économique ? ». Entrée libre mais inscription obligatoire par ici,
  • mardi 12 décembre, à partir de 12h30, sur Radio Pulsar, autour de la vie de chercheur et de la parution de mon dernier ouvrage,
  • bientôt, sur Xerfi Canal, toujours autour de mon dernier ouvrage (je monte dans la capitale demain pour gagner en productivité et accessoirement enregistrer la séquence),
  • jeudi 21 décembre, à partir de 17h, sur Bordeaux, comme « grand témoin » lors de la présentation par le CESER Nouvelle-Aquitaine de sa dernière étude « Faire territoire(s) », à l’Hôtel de Région.

Détails à suivre quand j’ai les infos. Après, vacances. Et après les vacances d’autres dates suite à des invitations pour présenter mon livre, sur Paris, Pau, Toulouse et même en Corse…

Actualités d’éloge

Stéphane Ménia a rédigé une jolie note de lecture de mon dernier ouvrage, à lire ici.

Joli article également, dans la Nouvelle République datée d’aujourd’hui (dimanche 22 octobre), par Didier Monteil.

Mercredi 22 novembre, de 18h à 20h, le site poitevin de Sciences Po Paris m’a invité à présenter mon livre, entrée libre et gratuite, 49 place Charles de Gaulle, amphithéâtre Bolivar, Poitiers, circulation fluide : on n’est pas à Bordeaux.

Produit dérivé : exposition à l’espace Mendès-France, jusqu’au 21 janvier, 14 panneaux et une vidéo sur la décomposition du PIB par habitant. Exposition qui va se balader en France, à Niort, ce week-end, salon de l’ESS, dans le Béarn, ensuite, et puis encore ailleurs, je vous dirai.

A suivre : une recension dans Alternatives Economiques, une interview Xerfi Canal, des conférences à Angers, à Paris et à Lyon. Je fais le service après-vente. Et je rédige mon tout prochain ouvrage, livraison l’an prochain.

Crévindiou ! Le « rural » n’est pas mort…

Petit article remarquable de Laurent Rieutort, Professeur des Universités en géographie humaine à Clermont-Ferrand, pour la Revue Population & Avenir : « La ruralité en France : des potentiels oubliés ? » (n°731, p. 4-7, disponible sur Cairn (€)).

Il exploite de nouvelles données produites par l’Insee, sur la base d’une méthodologie européenne proposée par Eurostat, permettant de dépasser les limites du découpage en Aires Urbaines (je ne développe pas, voir son article ou ce document de l’Insee, également passionnant).

Cette méthodologie permet de distinguer les communes densément peuplées (au moins 50% de la population vit dans des zones de densité supérieure à 1500 habitants au km²), les communes de densité intermédiaire (même logique pour des densités entre 300 et 1500 hab/km²), les communes peu denses (entre 25 et 300 hab/km²) et les communes très peu denses (moins de 25 hab/km²).

Il analyse ensuite la dynamique démographique (évolution de la population, impact du solde naturel et du solde migratoire) et la dynamique économique (évolution de l’emploi, distinction entre activité présentielle et productive, types d’emploi (ouvriers, employés, cadres, …)).

Avec des résultats qui vont faire pâlir les adeptes du tout-métropole d’un côté, et de la France périphérique, de l’autre (j’agrège dans le tableau ci-dessous quelques résultats picorés dans son article, en me focalisant sur 2008-2013. Les résultats sur une période plus longue (1999-2013) ou sur la période antérieure à la crise (1999-2008) sont globalement les mêmes, voir l’article) :

densité

++ + France
part dans la population (2013) 35.50% 29.10% 31.30% 4.10% 100%
part dans l’emploi (2013) 36.30% 27.40% 32.20% 4.10% 100%
croissance démographique totale 2008-2013 0.34% 0.37% 0.83% 0.40% 0.50%
croissance naturelle 2008-2013 0.74% 0.26% 0.18% 0.03% 0.40%
croissance migratoire 2008-2013 -0.41% 0.10% 0.63% 0.37% 0.09%
croissance actifs occupés 2008-2013 -0.32% -0.60% 0.09% -0.27% -0.26%
dont cadres, prof. intellect. sup. et prof. intermédiaires 0.72% 0.52% 1.57% 1.54% 0.90%

++ : zones très denses, + : zones denses, – : zones peu denses, — : zones très peu denses

Les espaces peu denses et très peu denses ont une croissance démographique loin d’être catastrophique, supérieure aux espaces denses et très denses. Ceci est le produit d’un solde naturel faible (population plus âgée en moyenne) plus que compensé par un solde migratoire bien plus positif.

Côté dynamique économique, l’évolution est également plus favorable (ou moins défavorable) que celle observée dans les espaces denses et très denses, y compris pour les CSP supérieures. L’auteur explique dans le texte que ces évolutions sont pour partie tirées par le développement de la sphère présentielle, certes, mais aussi par le développement des activités productives (l’agriculture représente 10% des emplois dans les espaces très peu denses et l’industrie 20% des emplois).

Il conclut par trois points que je ne peux que partager :

  • On observe une diversité de trajectoires dans le monde urbain et rural, l’effet taille ne permet pas de résumer les processus économiques,
  • Plutôt que de chercher le « territoire performant », analysons les interrelations et les interdépendances entre les territoires et répondons aux enjeux de connexion, d’animation et de gouvernance,
  • N’oublions pas les territoires hors métropoles (les communes denses et très denses des 15 métropoles institutionnelles françaises concentrent 40% des actifs occupés, ça fait du monde en dehors), qui ont « le sentiment d’être en marge de la société, alors qu’elles ne sont pas condamnées et enregistrent souvent un renouveau démographique, socio-économique, et un niveau élevé d’innovations et de créativité » (page 7).

Vous allez croire que je parle de ce travail parce qu’il rejoint les conclusions de mes propres travaux et qu’il contredit les thèses à la Davezies/Guilluy, thèses primaires mais désormais caduques ? Non. C’est le cas, mais ce n’est pas la raison principale. J’en parle parce qu’il apporte des éléments de preuve très solides, à partir de données nouvelles et d’une méthodologie rigoureuse.

Ça fait du bien de lire des conclusions certes complexes mais justes, plutôt que des affirmations séduisantes mais tellement fausses.

Inversion de la courbe du chômage : un nouveau petit point

L’Insee vient de mettre en ligne les taux de chômage trimestriels par zones d’emploi (304 zones en France métropolitaine) pour le 4ème trimestre 2015. L’occasion de refaire un point à l’échelle infra-nationale sur la question de l’inversion de la courbe du chômage.

A l’échelle du pays, c’est clair, le chômage stagne : la moyenne simple des taux de chômage par zone d’emploi était à 9,9% fin 2012, 9,8% fin 2013, 10,2% fin 2014 et 10,1% fin 2015. Mais rien ne dit que des choses ne bougent pas à des échelles plus fines.

La dernière fois que je m’étais livré à l’exercice, on observait peu de changement, moins d’une dizaine de zones avaient vu leur taux de chômage baissé. Cette fois, leur nombre est plus important : 75 des 304 zones d’emploi ont un taux de chômage au dernier trimestre de 2015 inférieur à leur taux de chômage au dernier trimestre de 2012. Dans certains cas, la variation est faible, dans d’autres cas, elle est relativement forte.

Pour le montrer, on peut commencer par cartographier l’écart entre les deux taux de chômage (taux 2012 – taux 2015). Une valeur positive signifie que le taux de chômage a baissé, d’autant plus que la valeur est élevée.

inversion

Les zones en bleu sont celles qui ont connu une hausse du chômage ; celles en jaune et en orange ont connu une baisse du taux : entre 0,1 et 0,6 points de pourcentage pour les zones en jaune, entre 0,6 et 1,2 points de pourcentage pour celles en orange.

Vous pouvez découvrir le détail des 75 zones d’emploi ici : le nom de la zone, sa région d’appartenance, le taux de chômage aux deux dates et la variation du taux. Elles sont classées de la plus forte variation à la plus faible. Les 15 zones en orange sont les suivantes :

zone d’emploi région  2012  2015 écart
Douai Nord-Pas-de-Calais-Picardie 14.8 13.6 1.2
Calais Nord-Pas-de-Calais-Picardie 16.8 15.7 1.1
Vesoul Bourgogne-Franche-Comté 10.0 9.1 0.9
Vallée de l’Arve Auvergne-Rhône-Alpes 10.5 9.6 0.9
Lens-Hénin Nord-Pas-de-Calais-Picardie 17.0 16.1 0.9
Ussel Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes 7.8 7.1 0.7
Verdun Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine 11.6 10.9 0.7
Saint-Flour Auvergne-Rhône-Alpes 6.6 5.9 0.7
Limoux Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 13.6 12.9 0.7
Sens Bourgogne-Franche-Comté 11.3 10.7 0.6
Saint-Malo Bretagne 9.8 9.2 0.6
Château-Thierry Nord-Pas-de-Calais-Picardie 12.2 11.6 0.6
Vendôme Centre-Val-de-Loire 8.7 8.1 0.6
Bar-le-Duc Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine 9.0 8.4 0.6

On peut symétriquement regarder les zones qui ont connu la dégradation la plus forte de leur situation. En voici la liste :

zone d’emploi région 2012 2015 écart
Porto-Vecchio Corse 10.5 12.8 -2.3
Bastia Corse 10.0 11.6 -1.6
Autun Bourgogne-Franche-Comté 9.3 10.8 -1.5
Sartène-Propriano Corse 11.2 12.7 -1.5
Morteau Bourgogne-Franche-Comté 6.5 7.9 -1.4
Troyes Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine 11.2 12.4 -1.2
Ganges Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 12.6 13.8 -1.2
Menton Vallée de la Roya Provence-Alpes-Côte d’Azur 8.8 10 -1.2
Montereau-Fault-Yonne Ile-de-France 11.0 12.1 -1.1
Guingamp Bretagne 9.5 10.6 -1.1
Carhaix-Plouguer Bretagne 9.4 10.4 -1.0
Montauban Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 10.9 11.9 -1.0
Céret Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 15.0 16 -1.0
Orly Ile-de-France 9.9 10.8 -0.9
Romorantin-Lanthenay Centre-Val-de-Loire 9.5 10.4 -0.9
Aubenas Auvergne-Rhône-Alpes 13.0 13.9 -0.9
Nice Provence-Alpes-Côte d’Azur 9.7 10.6 -0.9
Cavaillon-Apt Provence-Alpes-Côte d’Azur 12.4 13.3 -0.9

Comme dit dans un autre billet, attention cependant à l’interprétation des taux de chômage : certaines zones ont un faible chômage qui se conjugue à de faibles créations d’emploi, d’autres un fort chômage mais une dynamique forte de création d’emploi, etc. Il est aussi possible que sur certains territoires, le « renoncement » à chercher un emploi soit plus fort, ce serait à regarder. Cela semble quand même bouger un peu, en positif, notamment dans quelques zones de la nouvelle région « Hauts de France », particulièrement exposées au problème du chômage.

Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes : quels secteurs clés ?

J’ai présenté hier, à Angoulême, quelques éléments sur l’économie de la nouvelle région issue de la fusion d’Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes (région dite « ALPC » pour l’instant). Le diaporama présenté est visible ici.

Les messages clés que je voulais faire passer étaient les suivants :

  • l’idée selon laquelle la création de richesse et d’emploi passe uniquement en France par quelques métropoles est empiriquement faux. Pour ALPC, donc, tout ne se joue pas à Bordeaux. Pour preuve les deux premières cartes du diaporama, qui montrent des dynamiques d’emploi favorables, sur période longue et sur une période plus récente, sur Bordeaux mais aussi sur d’autres territoires hors métropole,
  • plutôt que de chercher le modèle de développement à répliquer partout, il convient d’étudier précisément les contextes territoriaux, à des échelles assez fines (zones d’emploi, aires urbaines, …), d’identifier les problématiques à traiter et de brancher les bonnes politiques. Faire du sur-mesure plutôt que du prêt-à-porter.

Dans cette perspective, pour commencer à caractériser les contextes territoriaux, une stratégie empirique consiste à repérer ce que j’appelle les « secteurs clés » de la région : des secteurs plus présents sur ce territoire qu’ailleurs en France, l’hypothèse étant que si ces secteurs sont plus présents, c’est sans doute que des avantages comparatifs ont pu se créer au fur et à mesure du temps.

J’ai mobilisé pour cela des données récentes (données Acoss sur l’emploi privé pour l’année 2014, voir ici pour une présentation des données), avec un découpage géographique fin (découpage en zones d’emploi, il y en a 304 France entière dont 33 en ALPC, voir ici pour une présentation des zones d’emploi) et un découpage sectoriel fin (732 secteurs différents, voir ici pour la présentation de cette nomenclature). Si on travaille d’emblée à l’échelle des zones d’emploi, le secteur le plus spécifique (je n’ai retenu que les secteurs employant plus de 1000 personnes et dont le poids est au moins le double du poids moyen observé en France) est celui de la « production de boissons alcooliques distillées », présent sur la zone d’emploi de Cognac, qui regroupe 2 294 salariés Acoss : le poids de ce secteur sur Cognac est 271 fois le poids observé en moyenne France entière. Suit Bressuire et la « Transformation et conservation de viande de volaille ». Les 48 secteurs répondant à ces critères sont repris dans les deux derniers tableaux de ma présentation.

Une autre stratégie possible consiste à travailler dans un premier temps au niveau d’ALPC dans son ensemble : je retiens les secteurs qui emploient au moins 1000 personnes et dont le poids en ALPC est au moins le double de celui observé France entière. Ils sont au nombre de 31, vous pouvez les découvrir ici. Les 5 secteurs les plus spécifiques sont les suivants :

secteur effectifs spécificité
Fabrication de piles et d’accumulateurs électriques 1 654 14.9
Production de boissons alcooliques distillées 3 277 7.2
Fabrication de placage et de panneaux de bois 1 891 6.6
Construction de bateaux de plaisance 1 918 6.6
Fabrication d’articles céramiques à usage domestique ou ornemental 1 079 5.8

La spécificité est le rapport entre le poids du secteur en ALPC et le poids France entière. Le premier secteur est ainsi 15 fois plus présent en ALPC que France entière. On peut également repérer parmi les 31 secteurs ceux qui pèsent le plus en emploi. Les 5 premiers selon ce critère sont les suivants :

secteur effectifs spécificité
Construction aéronautique et spatiale 15 698 2.8
Activités de centres d’appels 7 454 2.2
Commerce de gros de boissons 5 589 2.3
Fabrication de charpentes et d’autres menuiseries 3 647 2.3
Production de boissons alcooliques distillées 3 277 7.2

Il est possible ensuite de repérer la géographie plus précise de ces secteurs clés, à l’échelle des zones d’emploi voire des communes. Pour les deux secteurs à plus gros effectifs, ça donne ceci.

aéro

On retrouve les zones d’emploi de Bordeaux, Pau, Bayonne, Rochefort, Oloron Sainte-Marie, …

Pour les centres d’appels :

centres_appel

Les zones qui dominent sont Poitiers (la zone du Futuroscope en fait), Bordeaux, La Rochelle, Pau, Tulle.

Ce type de repérage statistique ne suffit pas : il faut ensuite procéder à des analyses plus qualitatives : i) analyses de secteur pour comprendre les déterminants de la dynamique de l’activité, le positionnement des entreprises, les problématiques elles font face, …, ii) analyses des territoires où sont implantées ces entreprises, pour comprendre le pourquoi de leur présence ici, le rapport qu’elles entretiennent au territoire, les liens qu’elle ont avec d’autres entreprises, localement ou ailleurs, etc. Nous nous étions livré à ce type d’exercice (sur le premier point tout au moins) pour l’activité des centres d’appels il y a quelques années, secteur qui emploie de nombreuses personnes mais que les politiques ne veulent pas regarder (pas assez « tendance »), alors qu’à l’évidence il y a des choses à regarder et à faire… Vous pouvez lire l’article ici.

Alain Rousset a indiqué à plusieurs reprises vouloir mettre en place une sorte de « Datar régionale », avec un volet « intelligence économique » destiné à produire ce type d’analyses et un volet plus opérationnel (quelles politiques enclenche-t-on ensuite ?). Il est clair que cela fait gravement défaut…

Mon sentiment est qu’il convient de ne pas développer une nouvelle structure, mais plutôt de fédérer les ressources et les compétences présentes en Région, à commencer par celles des chercheurs en économie, géographie, sociologie, …, mais aussi celles dont disposent l’Insee, les Agences d’Urbanismes (cruellement absentes en Poitou-Charentes et en Limousin), etc.

Avec un objectif essentiel : ne pas chercher comme l’a fait trop longtemps l’ex-Datar à « vendre » aux territoires un modèle générique de développement (SPL, Pôles de Compétitivité, Métropoles, …), mais plutôt, comme expliqué plus haut, de produire des analyses quantitatives et qualitatives permettant de repérer les problématiques spécifiques à traiter et de brancher ensuite, si nécessaire, les bonnes politiques publiques.

Taille des villes et performances économiques : une légende urbaine

city-35002_960_720Mondes Sociaux vient de mettre en ligne un article co-écrit par Michel Grossetti, Benoît Tudoux et moi-même, qui synthétise certains de nos travaux récents sur la question. Vous pouvez le lire en cliquant ici, allez y jeter un œil ne serait-ce que pour les illustrations !

J’aurai l’occasion d’en parler et d’en débattre au Printemps de l’Economie, lors d’une table ronde organisée par l’OFCE, jeudi 14 avril prochain, à laquelle participeront Guillaume Allègre, Xavier Timbeau et Laurent Davezies. Tous les détails sont ici. (Je participe également à deux autres tables rondes : mardi 12 matin sur le thème « quel territoire économique en dehors des périmètres institutionnels? » et mardi 12 après-midi sur le thème « comment favoriser l’innovation sur les territoires? »).

La dynamique économique des territoires français : de l’obsession métropolitaine à la prise en compte de la diversité des configurations territoriales

Gauguin-Doù-venons-nous-que-sommes-nous-où-allons-nous-1898-1VSuite à la diffusion de notre article « La métropolisation, horizon indépassable de la croissance économique ? »,  (version courte ici), Michel et Grossetti et moi-même avons reçus de nombreux retours, côté « académique », d’une part, mais aussi côté « acteurs des territoires » (politiques, institutions nationales et régionales, agences d’urbanisme ou de développement économique, …).

Du côté de ces derniers, une demande récurrente : convaincus par notre critique de « l’obsession métropolitaine », la question devient « que faire alors ? ». Demande légitime, nous avons bien conscience de son importance, nous nous étions limités à une analyse critique d’une thèse dominante (idem dans ce billet vis-à-vis de l’économie géographique), tout en nous disant qu’il faudrait compléter en expliquant comment nous proposons de regarder les territoires pour mieux calibrer les politiques de développement économique.

Nous avons avancé un peu en rédigeant un article présenté lors des 8e journées de la proximité, à Tours, en mai dernier. Nous venons de poster l’article sur Hal, vous pouvez le télécharger en cliquant sur ce lien. Son titre : « La dynamique économique des territoires français : de l’obsession métropolitaine à la prise en compte de la diversité des configurations territoriales ».

La première partie reprend des éléments de critique que nous avions commencé à développer, pour insister sur la diversité des configurations territoriales. La deuxième partie (à partir de la page 8), surtout, esquisse la trame d’une conceptualisation alternative des dynamiques territoriales. Nous finissons par quelques propositions en termes de politiques publiques, en illustrant avec les exemples de territoires sur lesquels nous travaillons (Belfort-Montbéliard, d’une part, Toulouse, d’autre part).

C’est du work in progress, commentaires bienvenus, prolongements à venir !

Interview Xerfi Canal

Dans le cadre des journées de l’économie, en amont de ma participation à la table ronde sur la gouvernance économique des territoires, Xerfi Canal m’a interviewé quelques minutes autour de la question « quelle politique économique pour les territoires ? ». La vidéo vient d’être mise en ligne, vous pouvez la visionner ici.

La gouvernance économique des territoires

Retour des Journées de l’économie sur Lyon, où j’ai notamment participé à une table ronde animée par Isabelle Laudier, intitulée « La gouvernance économique des territoires ». Table ronde filmée, voici la vidéo, j’interviens après 4’30 pendant une dizaine de minutes, interviennent ensuite Nadine Levratto, Denis Carré puis Olivier Crépin. S’ensuit un jeu de questions/réponses d’une quarantaine de minutes.


La gouvernance economique des territoires par journeeseconomie

Je suis également intervenu dans le cadre des Etats généraux étudiants, une vidéo devrait prochainement être disponible, je la poste lorsque c’est le cas.

De nombreuses conférences ont été filmées, je vous invite à aller jeter un oeil sur celles d’ores et déjà disponibles.