Prêts en Bulles # 7

Cette fin d’année universitaire coïncide avec l’ultime billet de la saison pour Prêts en Bulles. L’occasion de dresser un bilan de l’activité de notre fonds bandes dessinées qui ne cesse de s’enrichir depuis près de deux ans. En avoisinant les mille titres disponibles à l’emprunt, quelques données démontrent que cet objet culturel trouve sa place dans la communauté estudiantine. Sans éluder les nombreuses lectures sur place, voici quelques œuvres graphiques qui ont obtenu la faveur du public et d’autres qui mériteraient tout autant de voyager hors de nos locaux.

Carnets de Thèse/T. Rivière (Editions du Seuil). Source : Decitre.fr

Carnets de Thèse/T. Rivière (Editions du Seuil). Source : Decitre.fr

  • Notre avisQuoi de plus logique que la bande dessinée la plus empruntée depuis son acquisition en 2015 soit Carnets de Thèse. Ce témoignage de T. Rivière qui utilise son propre vécu de parcours de thésarde. Encore faut-il que tous ceux qui préparent ce diplôme de haute distinction s’y retrouvent. Force est de constater que T. Rivière a réussi à mettre en images le ressenti de chacune et chacun d’entre eux. L’incompréhension de l’entourage familial, la longueur sans fin de ce diplôme tant convoité, la dureté de ces remises en question perpétuelles, font de tous ces imprévus un témoignage authentique. À l’origine issues de son blog, les deux-cents pages de l’auteure offrent un sujet unique et représentatif de l’univers des thésards.

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Prêts en Bulles # 6

Il y a quelques semaines disparaissait Jirō Taniguchi, l’un des plus grands auteurs japonais de mangas. Ce genre apparu en France en 1978 a réellement conquis l’hexagone avec la saga futuriste Akira imaginée par Katsuhiro Otomo, douze ans plus tard. Puis sont arrivées les créations graphiques de J. Taniguchi. Celui qui a permis une vision inédite du manga a toujours été surpris par la ferveur qu’il dégageait auprès du public français. Une belle histoire qui a débuté en 1995 avec L’Homme qui marche, et qui ne s’est jamais essoufflée. C’est une œuvre remplie de délicatesse, de poésie et de rêverie que laisse en héritage un mangaka passionné par la bande dessinée européenne. Parmi ces quelques titres, la BU Lettres vous propose un voyage des plus apaisants.

Elle s’appelait Tomoji / J. Taniguchi : couverture. Ed. Rue de Sevres (source : Decitre.fr).

 

  • Notre avisTaniguchi s’inspire ici de la vie de Tomoji Uchida, célèbre pour avoir créé un temple bouddhiste (Tokyo). L’auteur, en narrant la jeunesse de Tomoji, en profite pour dépeindre un Japon moins connu, car pauvre et met l’accent sur les conditions de vie précaires. C’est là tout l’intérêt de l’histoire : découvrir cette période appelée l’ère Taishō (1913-1926), où la population se cantonnait à une vie rudimentaire. L’auteur distille quelques indices qui expliqueraient la raison pour laquelle Tomoji se serait dirigée vers le bouddhisme (notamment par de dures épreuves à traverser). Le trait épuré de Taniguchi accompagne harmonieusement ce portrait. Tout en délicatesse, il donne à ses personnages cette humilité qu’il affectionne tant. Avec cette particularité qu’il utilise pour la première fois, un personnage féminin au centre de l’histoire. Comme souvent, une fois l’oeuvre terminée, on a cette agréable sensation d’avoir été transportés.

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Prêts en Bulles # 5

Dans quelques jours débute le célèbre Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. La BU Lettres en profite pour mettre en lumière l’un des plus grands scénaristes anglais que la bande dessinée se targue d’avoir dans son monde. Le lien entre, le tout frais retraité, Alan Moore et le FIBD est indéfectible. Il commence par l’attribution par le festival du prix du meilleur album étranger en 1989 (pour Watchmen). S’ensuivront deux autres prestigieuses récompenses en 1990 et 2001 (pour V pour Vendetta & From Hell). Régulièrement, Moore fait partie des auteurs plébiscités pour le Grand Prix du Festival. Et ce, même s’il refuserait courtoisement son éventuelle attribution. Voici une partie de son Œuvre, disponible à l’emprunt.

  • From Hell de Moore & Campbell (éd. Delcourt)

From Hell/ A. Moore & E. Campbell (éditions Delcourt). Source : Decitre.fr

  • Notre avis : Quand on tient cette œuvre entre ses mains et qu’on y découvre les premières cases, il est légitime de sentir une certaine réticence à se lancer dans cette lecture. Pourtant, passée cette première impression, on s’aperçoit combien nous pouvons être happés par l’histoire de cette autopsie, bien qu’hypothétique, de Jack the Ripper. Aidé par le dessin très noir de E. Campbell, la documentation fouillée du scénariste est impressionnante (enrichie d’un appendice de plus de quarante pages). À tel point que cette fiction sombre à souhait peut être considérée comme l’œuvre graphique la plus aboutie d’Alan Moore. Culte.

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Prêts en Bulles # 4

Dans le but de faire écho aux très intéressantes dernières Rencontres Michel Foucault, In Fine Le dernier jour des vivants, la BU Lettres a choisi d’extraire plusieurs documents relatant ce sujet quelque peu sensible. Concernant le neuvième Art, voici une liste – non exhaustive – de titres disponibles. La mort inspire indéniablement les artistes. Lorsqu’elle est traitée dans la bande-dessinée, ses auteurs la rendent plus vivante que jamais…

Couverture BD YO-YO Post Mortem ; Tome 1 / LE COZ G. : Ed. Sandawe.com (source : Decitre.fr)

Couverture BD YO-YO Post Mortem ; Tome 1 / LE COZ G. : Ed. Sandawe.com (source : Decitre.fr)

  • Notre avisvoilà presque 2 ans, nous avions mis en avant ce premier « tombe » imaginé par Gilles Le Coz. C’est l’âme de J.P Gratin qui est à l’honneur ! Tout juste enterré suite à un cancer des poumons (sous-entendu), le voilà à peine en mode « RIP » que James Bône « toque » à sa tombe. C’est de façon aussi brutale que l’auteur, annonce la couleur… S’en suit l’ultime voyage de Gratin, accompagné de son morbide accompagnateur, jusqu’à la destination finale où un choix lui sera proposé… Fort de son succès, le « tombe » 2 est prévu pour mars 2017. Une autre belle occasion pour mourir de rire !

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Prêts en Bulles # 3

Toujours dans l’intention de valoriser la collection grandissante de bandes-dessinées présentes à la Bibliothèque de Lettres, ce nouvel épisode met en exergue des œuvres intégrales. Une édition qui regroupe plusieurs tomes en un seul volume qui, de surcroît, renferme une histoire close, est une belle opportunité de faire (re)découvrir de séduisantes séries. Que ce soit avec ces romans graphiques percutants comme Black Hole jusqu’à des plus récents mais non moins réussis à l’instar de Amère Russie, la BUL vous présente quelques coups de cœur disponibles dans nos rayons.

La Licorne/ Gabella et Jean (éditions Delcourt). Source : Decitre.fr

La Licorne/ Gabella et Jean (éditions Delcourt). Source : Decitre.fr

 

  • Notre avis : c’est en pleine période de la Renaissance que se déroule cette aventure. Le corps humain est au centre de toutes les attentions. C’est une véritable plongée dans l’histoire de la médecine pour cette Intégrale de La Licorne. Teintée de fantastique avec la présence des Primordiaux, cette série brille autour d’Ambroise Paré et consorts qui nous entraînent dans une intrigue addictive et complexe dont le dessin est considérablement bonifié par Anthony Jean. Mathieu Gabella scénarise ici une quête humaine des plus réussies.

 

Amère Russie/ Ducoudray et Anlor (éditions Bamboo). Source : Decitre.fr

Amère Russie/ Ducoudray et Anlor (éditions Bamboo). Source : Decitre.fr

 

  • Notre avis : c’est en 1994 que la Russie tente de reprendre le contrôle de la Tchétchénie. Durant deux ans de conflits sanglants, les civils tentent de survivre tant bien que mal. Aurélien Ducoudray imagine une femme russe, Ekaterina, dont le courage et une sacrée force de caractère sont visibles dès le début du récit. Privée de son fils parti se battre contre l’ennemi, elle apprend son emprisonnement. Une solution se présente à elle pour le délivrer : aller elle-même le chercher. Commence alors une épopée périlleuse où, accompagnée de sa précieuse chienne Milyi, Ekaterina ne reculera devant rien. Une histoire profondément humaine servie par le trait éblouissant d’Anlor. En atteste cette édition en fac-similé N&B, qui permet un peu plus de s’imprégner d’un récit graphique aussi original que prenant.

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Prêts en Bulles # 2

Après l’hommage à Charlie, la Bibliothèque de Lettres et Sciences Humaines vous propose la mise en lumière de plusieurs bandes-dessinées traitées par un auteur prolifique, connu sous le nom de Jim (il s’est également identifié sous le pseudo Téhy). Qu’il en soit l’unique créateur (Une Nuit à Rome, De Beaux Moments), ou en s’associant avec divers dessinateurs (Mig, Fane, Chabane, Mermoux, Grelin, Tefenkgi…), ses œuvres interpellent tant elles dissèquent la nature humaine. En effet, depuis quelques albums (sa riche bibliographie explore plusieurs thèmes qui parlent autant d’anticipation, de science-fiction que d’humour), Jim offre de jolies chroniques sociales qui surprennent le lecteur à parfois s’identifier aux personnages illustrés. Avec pas moins de neuf titres à emprunter, la BULSH vous donne l’occasion de vous en imprégner.

Petites Eclipses / Jim & Fane (éditions Casterman). Source : Amazon.fr

Petites Eclipses / Jim & Fane (éditions Casterman). Source : Amazon.fr

 

  • Notre avis : au départ, six amis se réunissent pour assister à un rare événement, une éclipse totale. L’occasion de se retrouver dans une maison de vacances pour être ensemble, faire la fête et…. régler ses comptes ! Sur un dessin N&B dynamique où Fane ne nous donne aucun répit, ce bout de vie réalisé à quatre mains ne laisse pas insensible. Que l’on soit trentenaire ou pas, il est fort à parier que certaines scènes vous paraîtront familières. Jim et Fane nous délivrent avec Petites éclipses un roman graphique fragile car rempli d’émotions.

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Prêts en Bulles # 1

Forte de ses nombreuses acquisitions en bande dessinée, la Bibliothèque Universitaire de Lettres et Sciences-Humaines vous propose régulièrement la mise en valeur de sa collection selon une thématique prédéfinie. Une BD, son bref résumé, accompagnée parfois d’une chronique détaillée. Les prémices nécessaires pour vous donner l’envie de venir les emprunter. 

Cabu, Honoré, Wolinski, Reiser, Tignous, Charb & Luz, une liste d’auteurs qui, est-il besoin de le rappeler, évoque d’abord Charlie Hebdo mais surtout cet inoubliable et cruel 7 janvier 2015. L’un d’entre eux a survécu, un autre est déjà parti depuis bien longtemps rejoint par cinq membres de cette équipe unie autour du journal satirique. Dérision, moqueries, caricatures, liberté d’expression, voici ce pourquoi ces derniers sont morts. Leurs dessins, eux, seront toujours là. Quelques unes de leurs œuvres graphiques sont à votre disposition :

charbviedemahomet

Couverture La vie de Mahomet : intégrale/Charb & Zineb (éd. les échappés). Source : decitre.fr

Résumé de l’éditeur : En Occident, tout le monde peut citer des épisodes de la vie de Jésus ou de Moïse, mais rares sont les personnes en mesure de relater la vie Mahomet. Alors que l’islam est présenté comme la deuxième religion de France, le parcours terrestre de l’ultime messager d’Allah mérite d’être connu, même par le profane. Charb et Zineb nous font découvrir les faits les plus marquants de son existence et nous expliquent l’origine des grands préceptes de la religion musulmane : la naissance du prophète, les révélations de l’ange Gabriel, ses mariages, les miracles, l’hégire… Ils nous éclairent aussi sur la vie intime et familiale de Mahomet, sur des épisodes peu connus par les musulmans eux-mêmes. Zineb a reconstitué le parcours du prophète, grâce à de longs mois de recherches dans les sources islamiques. Chaque anecdote, chaque citation proviennent des textes de la vulgate canonique, reconnus par les oulémas les plus rigoureux. Avec l’humour qu’on lui connaît, Charb a mis en images la vie de Mahomet telle que l’on racontée les chroniqueurs de l’islam. C’est un traitement bien français de l’histoire d’une religion que propose ce livre : laïque et universaliste. Lire la suite

Akira : le manga qui a conquis la France

« Le 6 décembre 1982, à 14 heures et 17 minutes, une bombe d’un nouveau type est lâchée sur la région du Kantô, Japon. Exactement neuf heures plus tard, la troisième guerre mondiale éclate […] Néo-Tokyo, 38 ans après (An 2019). »

Couverture BD Akira ; Tome 1 / Otomo K. : Ed. Glénat (source : Decitre.fr)

Couverture BD Akira ; Tome 1 / Otomo K. : Ed. Glénat (source : Decitre.fr)

Voici les lignes introductives de cette saga futuriste qu’est Akira. Le décor étant dressé, suivront 2200 planches pour illustrer ce manga débuté en 1982 au Japon et dont l’ultime volume relié sortira en 1993.

Les premières cases illustrent une bande de jeunes motards conduite par Kanéda et Tetsuo, les deux fortes têtes de la troupe. Alors qu’ils roulent à toute vitesse dans la « vieille ville », surgit de nulle part une espèce de mutant, provocant une violente collision entre Tetsuo et celui qu’on appellera numéro 26. Lire la suite

La Romantique écorchée dans Murena

Pour la plupart d’entre nous, les premiers bancs d’école sont loin. Même si notre éducation s’est fondée sur les acquis obtenus pendant cette période, notre mémoire nous joue indéniablement des tours sur l’assimilation de certains faits de l’Histoire.

Aussi, si la période de l’Antiquité peut s’être dispersée dans nos souvenirs, les lectures d’Astérix ou Alix, sans se substituer aux manuels appropriés, nous rappellent la romanisation de la Gaule, aux côtés de César ou Cléopâtre.

Et puis il y a Murena, cette série historique qui se démarque en racontant l’ère de cette Rome Antique à la fin du règne de Claude, le quatrième Empereur romain, en 54 après J.C. Le premier tome (La Pourpre et l’Or, 1997) lui sera consacré dans l’unique but de comprendre l’arrivée au pouvoir de son successeur et fils adoptif (voire neveu…), Néron.

Murena ; Tome 7 / Dufaux et Delaby. : Ed. Dargaud (source : Decitre.fr)

Murena ; Tome 7 / Dufaux et Delaby. : Ed. Dargaud (source : Decitre.fr)

Ainsi, les yeux du héros éponyme (et fictif), Lucius Murena, dévoileront le règne tumultueux, passionnant, incendiaire & teinté de complots que sera celui de Néron, le sixième César. La souveraineté de ce dernier lui ayant été imposée suite aux manigances de sa mère Agrippine, Néron sombrera lentement dans une folie pure avec pour conséquence un acte irrémédiable… Lire la suite

Yo-Yo Post Mortem provoque l’addiction, ne commencez pas à la lire !

Le titre de cette chronique pourrait prêter à confusion quant à l’intérêt que l’on doit porter à cet OMNI (Objet Morbide Non Identifié) qu’est Yo-Yo Post Mortem. Qu’on ne s’y trompe pas, il fait simplement écho à l’intitulé de ce premier tom(b)e : Mourir nuit gravement à la santé.

 YO-YO Post Mortem Gilles le Coz

Couverture BD YO-YO Post Mortem ; Tome 1 / LE COZ G. : Ed. Sandawe.com (source : Decitre.fr)

En restituant les termes adéquats, on reconnaitra aisément ces types d’avertissements présents sur des supports appropriés. On comprendra par la suite que le titre de ce premier opus fait référence à la cause du décès du héros principal.

L’auteur de cette BD, Gilles Le Coz, ne triche pas avec nos émotions : Lire la suite