Prêts en Bulles # 11

L’Université de Poitiers aime les auteurs de bande dessinée et le prouve une nouvelle fois. Après Tiphaine Gantheil et Timothée Morisse, c’est au tour de Robin Cousin de poser ses crayons quelques mois à l’Appart, atelier où sont nés les travaux de ses prédécesseurs. Nous aurons l’occasion de présenter l’auteur plus en détail lors d’une prochaine rencontre. Mais pour l’heure, nous avons voulu parler de l’une de ses créations graphiques, Le profil de Jean Melville. C’est ainsi l’occasion de plonger dans un thriller inédit du genre où se mêlent révolution technologique et questionnement philosophique sur son emprise envers notre société. Mettez vos lunettes, connectez-les et laissez-vous guider par cette fiction qui fait froid dans le dos.

Le Profil de Jean Melville/Robin Cousin (Editions FLBLB). Source : Decitre.fr

Gary est en pleine filature. Il doit expédier rapidement une affaire de potentielle arnaque sur fond d’accident de travail. Le détective, campé dans sa voiture, tue le temps en téléphonant à son ami de toujours, Jean Melville. Après s’être remémorés quelques souvenirs d’enfance, Jean rappelle à Gary qu’ils doivent se retrouver le lendemain matin pour faire une randonnée.

Mais Gary sera contraint d’annuler la sortie pédestre. L’agence qui l’emploie a besoin de toute l’équipe pour résoudre une enquête colossale. La gigantesque entreprise qu’est Jimini débarque dans les locaux pour s’attacher ses services. Représentée par Bruno Mirabelle, la société, forte de cette nouvelle technologie – les lunettes connectées –  veut mettre la lumière sur un sabotage dont a été victime l’un de ses prestigieux clients et alliés. En effet, l’opérateur de téléphonie Gotel, voit sa cote de popularité baisser après que ses câbles sous-marins ont été sérieusement endommagés, entraînant fatalement un dysfonctionnement du réseau internet.

Jean, qui de son côté prône les logiciels libres tels que RCC, sent la magouille à plein nez. Au moment où Gary le met au courant de cette investigation, il ne cessera de le mettre en garde. L’hypermnésique (au grand dam de son ami, Jean a une mémoire hors du commun), emploiera toute son énergie à démanteler un complot évident à ses yeux.

De son côté, Gary paraît d’abord suspicieux devant l’arrivée en trombe de Jimini. D’autant plus qu’il ne se sent pas concerné par ce monde hyper connecté. Et puis, la curiosité qu’elles suscitent finiront par lui faire porter ces lunettes. L’application créée par Jimini lui pose alors diverses questions permettant d’établir son profil. Désormais Gary saura se rendre à un lieu précis par le chemin le plus court, ce qu’il doit manger, quel film regarder, comment brûler ses calories… En somme, l’objectif de base du programme est simple : améliorer le bien-être…

Gary se prendra au jeu jusqu’à ce que se produise un événement tragique. Sa lucidité originelle lui permettra ainsi de se servir du programme avec l’aide de RCC. Sans s’en rendre compte, il est en train de résoudre sa première enquête connectée.

Récompensé en 2017 par le prix Révélation ADAGP/Quai des Bulles, Robin Cousin livre avec Le Profil de Jean Melville un roman graphique d’anticipation maîtrisé de bout en bout.

D’abord par le sujet où il n’hésite pas à pointer du doigt les prouesses technologiques aussi formidables que potentiellement dangereuses. Ce passionné de sciences s’était déjà brillamment distingué avec Le Chercheur Fantôme où il mettait en avant la recherche scientifique. Ici, en utilisant Jean et Gary, ses deux personnages à l’amitié évidente mais écorchée par des visions différentes du monde, Robin Cousin démontre la façon dont l’homme peut accaparer une avancée technologique et la transformer en enjeu politique majeur.

Mais aussi par un rendu graphique très cohérent pour s’imprégner de ce polar scientifique. Avec beaucoup de simplicité et de fluidité dans son trait, il incite naturellement le lecteur à plutôt se focaliser sur l’intrigue et peut-être l’amener à se poser des questions quant à sa propre relation avec le monde moderne d’aujourd’hui. En utilisant le noir et blanc, l’auteur se sert également d’un duo de couleurs (bleu et rouge), mais aussi de ces effets arc-en-ciel pour mettre en exergue l’envahissement de ces inventions numériques dans le quotidien.

Le Profil de Jean Melville est une fiction qui ne se veut ni accusatrice ou moralisatrice. Robin Cousin éveille tout simplement une réflexion sur notre façon d’apprécier les excitants progrès offerts pas la technologie. Dans une société actuelle hyper connectée, l’Intelligence Artificielle est inévitablement entrée dans la majorité des foyers. Mais entre profiter de ses atouts incontestables et la laisser régir nos modes de vie, il n’y a qu’un pas…

 

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