Interprétation et authenticité, Jean-Jacques Nattiez

Jean-Jacques Nattiez s’interroge quant aux origines de cette mouvance qu’est l’interprétation historiquement informée. Il présente le mouvement «authenticiste» comme étant une conséquence du positivisme au lendemain de la guerre, une volonté de décrire le passé, mais également comme étant une victime (ou complice?) d’une économie du disque grandissante au Xxème siècle.
Peut-on cataloguer ce stéréotype du «fait à l’ancienne» comme étant seulement un argument de vente?
La mouvance «historisante» se développe d’abord autour du répertoire baroque puis s’étend aux périodes Classique et Romantique. L’analyse des traités, des manuscrits, l’utilisation d’instruments d’époque sont en apparence des preuves d’authenticité.
Cela n’est pourtant pas suffisant; c’est ce qui amène certains praticiens à chercher des moyens pour renouer avec le contexte de «vie» des œuvres.
La notion même d’exécution à l’époque baroque n’est pas figée ( instrumentation, effectifs, ornementations, diminutions) c’est pourquoi il est difficile de mesurer la part de liberté à s’octroyer aujourd’hui dans l’interprétation.
La conception de la musique comme un discours-la rhétorique-, est un point sur lequel la plupart des musicologues et interprètes se rejoignent.
Cette recherche d’authenticité ne doit pourtant pas être assimilé à «la vérité». Le meilleur moyen d’être authentique est peut être de remettre en doute les vérités acquises.
Les interprètes doivent faire en quelques sorte le deuil de leur idéal d’interprétation parfaite.
D’autres paramètres, extra-musicaux, sont à prendre en compte tels que la localisation géographique ou bien la compréhension du public. Ce dernier est imprégné d’une culture propre à un lieu et comprend donc aisément le message délivré par le compositeur. L’auditeur du XIème siècle ne peut avoir les mêmes références stylistiques et culturelles.
Une interprétation ne peut pas être un catalogue de connaissances musicologiques, une photographie figée du passé.
Prendre en compte tous les paramètres contextuels d’une œuvre rend alors impossible l’interprétation en elle même.
On peut également se demander si la volonté de reconstitution historique est légitime, car il faudrait aussi une «écoute» authentique et nous ne pouvons changer les paramètres culturelles qui forment le public d’aujourd’hui. Une interprétation ne doit pas, pour être reçue, être un «essai de laboratoire».
Il est nécessaire de développer un jugement critique par rapport à tous les critères historiques qui peuvent être pris en compte afin de proposer une interprétation pertinente. Cela fait appel de nouveau à une certaine forme de subjectivité; la «sélection» des critères prioritaires est remise entre les mains des exécutants et ne peut alors être scientifiquement exacte.
Une infinie richesse musicale naît de cette absence ou multitude de vérités.

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