Evolution de la pile protocole radio 6G : quelques propositions

L’accès radio 5G à la 6G : quelles évolutions pour la pile protocolaire ?

La 5G NR a fait évoluer l’interface radio par rapport au LTE : introduction de la couche SDAP, évolution des fonctions PDCP et RLC, nouvelle gestion de la QoS, évolution des mécanismes de retransmission, etc.

Dans un précédent article consacré à l‘évolution de la pile protocolaire du LTE vers NR, nous avions présenté les principales transformations apportées aux différentes couches radio.

A de jour, la pile protocolaire de la 6G n’est pas encore définitivement spécifiée. Les mécanismes présentés dans cet article doivent donc être considérés comme des pistes de conception actuellement étudiées dans le cadre des travaux préparatoires à la standardisation 6G.

Une tendance se dessine néanmoins : améliorer les performances de la future interface radio ne consistera pas uniquement à augmenter le débit de la couche physique. Une partie des gains pourrait provenir d’une évolution du fonctionnement même du plan utilisateur.

Plusieurs objectifs apparaissent :

  • réduire la latence ;
  • limiter la signalisation et certains traitements protocolaires ;
  • améliorer l’efficacité énergétique ;
  • adapter plus rapidement le fonctionnement du RAN aux besoins des applications ;
  • permettre l’utilisation de mécanismes prédictifs, notamment fondés sur l’IA.

Non seulement la 6G poursuit la recherche d’optimisation pour transmettre les données (6G Lean) mais la 6G pourrait également chercher à optimiser le moment où elles sont transmises et les traitements nécessaires avant et après leur transmission.

1. Pourquoi faire évoluer une pile protocolaire 5G qui fonctionne déjà ?

Dans la 5G NR, le plan utilisateur de la pile radio repose sur plusieurs sous-couches :

SDAP → PDCP → RLC → MAC → PHY

Chacune assure des fonctions bien identifiées (liste non exhaustive).

La couche PDCP prend en charge la numérotation des PDU, leur remise en ordre, la protection des données ou encore la détection des duplications.

La couche RLC assure la segmentation et le réassemblage des données et, en mode AM (Acknowledged Mode), les retransmissions ARQ.

La couche MAC réalise le multiplexage des canaux logiques, la gestion des retransmissions HARQ, l’accès aux ressources radio et propose des algorithmes de séquencement entre utilisateurs.

Cette architecture en couches présente un avantage majeur : elle sépare les différentes fonctions et offre une souplesse d’utilisation. Mais cette modularité implique également des états protocolaires, des en-têtes, des traitements successifs et des échanges de signalisation.

Or, les futurs services 6G pourront présenter des contraintes particulièrement fortes : communications immersives, applications d’IA distribuée, communications extrêmement fiables et à faible latence, réseaux non terrestres NTN, etc regroupées sur le service HRLLC.

Pour ces applications, une partie de la latence et de la consommation énergétique peut provenir non plus de la transmission radio elle-même, mais du fonctionnement de la pile protocolaire.

Une piste pour la 6G consiste donc à rendre le plan utilisateur plus simple, plus réactif et, lorsque cela est possible, plus prédictif en optimisant des procédures.

2. Simplifier les couches PDCP et RLC

Une première piste concerne la numérotation des données.

Dans NR, les couches PDCP et RLC disposent chacune de leur propre espace de numérotation fondé sur un Sequence Number (SN).

Au niveau RLC, ce numéro permet notamment d’identifier les PDU, de détecter les données manquantes et, en mode AM, de gérer les mécanismes de retransmission.

PDCP possède de son côté son propre espace de numérotation (SN – Sequence Number), utilisé notamment pour la remise en ordre, la détection des duplications et la continuité des données lors de certaines procédures de mobilité (handover).

Cette séparation offre de la souplesse, mais implique également le maintien de deux espaces de numérotation et des états protocolaires associés.

La 6G pourrait étudier un espace de numérotation SN commun pour la sous-couche PDCP et RLC

L’objectif n’est pas simplement d’économiser quelques bits dans l’en-tête RLC. L’intérêt potentiel réside surtout dans la simplification des états protocolaires, des fenêtres de réception et des mécanismes nécessaires pour assurer la correspondance entre les données PDCP et RLC et également d’apporter de l’IA prédictif. Une telle simplification pourrait réduire les traitements et, indirectement, la consommation énergétique.

Il s’agit néanmoins d’un compromis : les espaces de numérotation SN distincts de la 5G apportent également de la flexibilité. Une éventuelle unification devra donc préserver les propriétés nécessaires aux différents modes de fonctionnement du protocole.

3. Réduire la latence d’accès UL : préconfigurer ou accélérer le scheduling ?

Lorsqu’un paquet arrive dans le buffer d’un UE, celui-ci ne dispose pas nécessairement immédiatement d’une ressource physique PUSCH permettant de le transmettre.

Dans un scheduling UL dynamique, le réseau doit d’abord être informé du besoin de transmission, puis attribuer les ressources correspondantes.

Données UE → SR vers noeud radio  → 1er UL Grant (NB -> UE) → BSR (UE -> NB) → 2e UL Grant (NB -> UE) → transmission (UE -> NB)

La Scheduling Request (SR) informe le réseau que l’UE souhaite transmettre. Un premier grant permet ensuite à l’UE de fournir notamment son Buffer Status Report (BSR). À partir de cette information, le scheduler peut dimensionner plus précisément les ressources nécessaires à la transmission.

Plusieurs échanges peuvent donc intervenir avant même que les données utiles commencent réellement à être transmises.

Pour un transfert volumineux, ces échanges représentent une faible part du temps total de communication. Pour un petit paquet soumis à une contrainte de latence forte, en revanche, le temps consacré à obtenir une ressource peut devenir comparable au temps nécessaire à transmettre les données elles-mêmes.

Deux stratégies utilisées en 4G et en 5G permettent alors de réduire cette latence : préconfigurer les ressources ou accélérer la procédure de scheduling dynamique (se référer aux articles SDT).

3.1 PUR : préconfigurer une ressource UL

Le Preconfigured Uplink Resource (PUR) repose sur une idée simple : certaines ressources UL sont configurées à l’avance afin que l’UE puisse transmettre sans exécuter à chaque fois une procédure complète de demande de ressources.

Lorsque les caractéristiques du trafic sont relativement prévisibles, cette approche permet de supprimer une partie de la signalisation précédant la transmission.

La contrepartie est un manque de souplesse. La ressource est associée à des occasions de transmission prédéfinies. Si les données arrivent juste après une de ces occasions, l’UE doit attendre la suivante. Inversement, une ressource configurée peut rester inutilisée si aucune donnée n’est disponible, ce qui signifie un gaspillage de la ressource radio montante.

Le PUR échange donc une partie de la flexibilité du scheduling dynamique contre une réduction de la signalisation et du délai d’accès.

3.2 Configured Grant : disposer à l’avance d’une ressource PUSCH

Le principe du Configured Grant (CG) permet également à l’UE de disposer de ressources PUSCH configurées à l’avance.

L’UE peut alors transmettre sur une ressource déjà configurée, ce qui permet de court-circuiter une partie de la procédure classique SR → UL Grant → BSR → UL Grant

Ainsi :

Données UE → ressource PUSCH déjà configurée → transmission UE-> NB

Cette approche est particulièrement intéressante pour les trafics périodiques ou sensibles à la latence.

Il faut toutefois distinguer les différents modes de Configured Grant. Dans le Type 2, les paramètres de la ressource sont configurés par RRC, mais son activation ou sa désactivation dépend d’une signalisation de contrôle DCI.

Il s’agit donc toujours d’un accès coordonné par le réseau, même si la procédure est plus légère qu’un scheduling dynamique paquet par paquet.

L’amélioration recherchée n’est pas de supprimer le contrôle du réseau, mais de déplacer une partie de la décision de scheduling en amont.

3.3 Fast UL Scheduling : accélérer le scheduling dynamique

Une autre approche consiste à conserver un fonctionnement dynamique tout en réduisant le nombre d’échanges nécessaires.

Samsung Research [1] part du constat que, dans l’accès UL dynamique 5G, la première réponse accordée après la Scheduling Request sert essentiellement à permettre à l’UE d’envoyer son BSR. Ce n’est qu’après réception de ce BSR que le réseau connaît précisément la quantité de données disponible et peut attribuer un grant adapté.

Le Fast UL Scheduling étudié pour la 6G cherche notamment à supprimer ce premier aller-retour.

L’idée consiste à permettre à l’UE d’envoyer directement le BSR sur une ressource contention-based, sans attendre qu’une allocation de ressource individuelle lui soit préalablement attribuée (UL Grant).

Deux pistes sont notamment envisagées :

  • définir un mécanisme contention-based PUSCH ;
  • réutiliser le principe du 2-step RACH, qui comporte déjà une transmission PUSCH contention-based.

Data arrival → Contention-based PUSCH + BSR → UL Grant → Data

L’aNB dispose ainsi plus rapidement de l’état du buffer et peut calculer le grant réellement nécessaire.

Cette approche ne signifie donc pas que l’UE transmet toutes ses données sans autorisation du réseau. Elle cherche plutôt à permettre à l’UE de transmettre plus rapidement l’information nécessaire au scheduler pour prendre sa décision.

La contrepartie est inhérente à l’accès par contention : plusieurs UE peuvent sélectionner simultanément la même ressource. La gestion des collisions lorsque la charge augmente constitue donc un point important à étudier.

4. Ne plus attendre les données : les annoncer avant leur arrivée

Le Fast UL Scheduling réduit le délai après l’arrivée des données.

Mais peut-on aller plus loin et agir avant leur arrivée ?

Certaines applications produisent un trafic relativement prévisible. Une application immersive ou un traitement d’IA peut par exemple générer des bursts de données à des instants connus ou partiellement prévisibles.

Le terminal pourrait alors indiquer à la station de base :

  • quand les prochaines données devraient arriver ;
  • quelle quantité de données est attendue.

Le scheduler de l’aNB (noeud radio 6G) pourrait ainsi préparer les ressources radio avant même que les données ne soient présentes dans le buffer L2.

Prediction → Resource preparation → Data arrival → Transmission

Cette approche, désignée Early Reporting dans l’étude Samsung, introduit cependant une nouvelle contrainte : la qualité de la prédiction.

Une mauvaise estimation de l’instant d’arrivée ou du volume du prochain burst peut conduire le réseau à réserver inutilement des ressources.

Le problème du scheduler évolue donc : il ne s’agit plus uniquement de décider rapidement quelles ressources attribuer, mais également d’évaluer la fiabilité de l’information prédictive fournie par le terminal.

5. Accélérer les retransmissions : rapprocher HARQ et ARQ

La fiabilité de la liaison radio repose sur plusieurs mécanismes de retransmission.

Au niveau MAC/PHY, HARQ assure des retransmissions rapides.

Au niveau RLC, le mode AM utilise ARQ pour récupérer les données qui n’ont finalement pas pu être correctement transmises.

Dans la pile classique, ces mécanismes appartiennent à des niveaux différents.

Lorsqu’une transmission échoue définitivement au niveau HARQ, RLC peut devoir attendre son propre mécanisme de détection ou un rapport d’état avant de déclencher la retransmission ARQ.

Une piste consiste à renforcer les interactions inter-couches.

L’information issue du mécanisme HARQ pourrait être exploitée afin d’accélérer le déclenchement de la retransmission correspondante au niveau RLC.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de fusionner HARQ et ARQ, mais de réduire le délai existant entre les deux mécanismes. Par contre, il est nécessaire de positionner cette solution parmi les architectures O-RAN.

Pour certaines applications 6G, recevoir un paquet avec une très grande fiabilité après son échéance peut n’avoir aucun intérêt.

La question n’est alors plus seulement : Le paquet finira-t-il par arriver ?

mais plutôt : Le paquet arrivera-t-il avant son échéance ?

6. Une QoS capable de s’adapter pendant la communication

La 5G introduit le concept de QoS Flow.

Les paquets sont associés à des caractéristiques définissant notamment leur priorité, leur budget de délai ou leurs contraintes de fiabilité.

Ce modèle fonctionne particulièrement bien lorsque les caractéristiques du trafic restent relativement stables.

Certains services 6G pourraient toutefois produire des flux beaucoup plus variables.

Prenons une application XR. Elle peut générer successivement :

petit paquet critique → burst vidéo → données moins prioritaires → nouveau paquet critique

Appliquer exactement le même traitement à tous ces paquets peut devenir inefficace.

Une piste consiste donc à rendre la gestion de la QoS plus dynamique et davantage consciente des caractéristiques du service.

Le réseau pourrait notamment prendre en compte :

  • le volume du prochain burst ;
  • son instant d’arrivée ;
  • le délai restant avant son échéance ;
  • l’importance d’un paquet ou d’un ensemble de PDU ;
  • les relations temporelles entre plusieurs flux.

Les paramètres L2 pourraient alors être adaptés dynamiquement.

Par exemple, retransmettre un paquet dont le délai maximal est déjà dépassé consomme des ressources radio sans nécessairement améliorer la qualité perçue par l’application. Il pourrait être préférable de l’abandonner afin d’utiliser ces ressources pour un paquet encore utile.

Le RAN devient ainsi progressivement davantage service-aware.

7. Vers une gestion énergétique coordonnée entre l’UE et le réseau

La réduction de la consommation énergétique n’est pas une problématique nouvelle. La 5G NR dispose déjà de mécanismes permettant de limiter les périodes d’activité du terminal, notamment le C-DRX et des mécanismes de Wake-Up Signal (WUS).

Le principe du WUS est d’éviter qu’un UE doive activer inutilement l’ensemble de sa chaîne de réception pour surveiller le canal de contrôle. Un signal de réveil plus simple peut lui indiquer s’il doit sortir de son état de faible consommation.

L’enjeu pour la 6G n’est donc pas d’introduire le principe du WUS, mais d’aller plus loin dans la gestion coordonnée des périodes d’activité et de sommeil du terminal et du réseau.

Le réseau pourrait lui-même désactiver temporairement certaines ressources : porteuses, chaînes d’antennes, couches MIMO, cellules de capacité ou certains signaux de référence.

Une coordination plus fine devient alors nécessaire : il serait contre-productif qu’un UE se réveille précisément au moment où les ressources réseau dont il a besoin ont été placées en sommeil.

La problématique énergétique devient ainsi plus globale : il ne s’agit plus seulement de réduire la consommation du terminal, mais d’optimiser conjointement les périodes d’activité de l’UE et du réseau.

8. L’IA dans la pile protocolaire : prédire plutôt que réagir

Plusieurs des mécanismes précédents ont un point commun : ils nécessitent d’anticiper.

Il peut être utile de prévoir :

  • l’arrivée du prochain paquet ;
  • le volume du prochain burst ;
  • la durée probable d’une période d’inactivité ;
  • l’évolution des contraintes de QoS.

L’intelligence artificielle peut donc devenir un outil intéressant pour optimiser le fonctionnement de la couche 2.

Un modèle local au terminal pourrait par exemple estimer le Time To Next Packet, c’est-à-dire le temps restant avant l’arrivée probable des prochaines données.

Le terminal pourrait rester plus longtemps en sommeil lorsque le prochain paquet est prévu loin dans le temps, puis se réveiller à l’approche de son arrivée.

De la même manière, une estimation du trafic futur peut permettre au scheduler de préparer les ressources nécessaires avant l’arrivée effective des données.

Il faut cependant distinguer :

  • utiliser l’IA dans un équipement
  • standardiser un algorithme d’IA.

Il n’est pas nécessaire que le 3GPP impose le modèle utilisé par chaque terminal ou équipement réseau.

Le standard peut plutôt définir les informations échangées, leur signification, leur validité et la manière dont elles peuvent être exploitées, tout en laissant aux constructeurs le choix de leurs algorithmes de prédiction.

L’un des enjeux de la future standardisation pourrait donc être de permettre l’exploitation de la prédiction sans figer les algorithmes qui la réalisent.

9. Quelles métriques cherche-t-on réellement à améliorer ?

Les différentes évolutions présentées précédemment ne cherchent pas toutes à améliorer les mêmes performances. Certaines agissent principalement sur la latence, d’autres sur la consommation énergétique, l’utilisation des ressources radio ou encore la fiabilité dans un délai imposé.

Il est donc intéressant de relier chaque évolution aux métriques qu’elle cherche principalement à améliorer.

Piste étudiée Mécanisme Métriques principalement visées
Simplification PDCP/RLC Réduction des états et mécanismes protocolaires redondants complexité ↓ ; traitements ↓ ; overhead protocolaire ↓
PUR / Configured Grant Ressources UL préconfigurées latence d’accès UL ↓ ; signalisation ↓
Fast UL Scheduling Réduction des échanges précédant l’allocation UL latence d’accès UL ↓ ; temps avant transmission ↓
Early Reporting Anticipation de l’arrivée et du volume des données latence ↓ ; utilisation des ressources ↑
Interaction HARQ–ARQ Transmission plus rapide de l’information d’échec entre couches temps de récupération ↓ ; latence de retransmission ↓ ; fiabilité dans un délai imposé ↑
QoS dynamique / service-aware Adaptation du traitement aux caractéristiques des données respect du délai ↑ ; ressources utiles ↑ ; QoS applicative ↑
Coordination énergétique UE–aNB Coordination des périodes d’activité et de sommeil consommation UE ↓ ; consommation RAN ↓ ; efficacité énergétique ↑
Prédiction / IA Anticipation du trafic et des besoins latence ↓ ; consommation ↓ ; utilisation des ressources ↑

Ces métriques ne sont évidemment pas indépendantes. Une même évolution peut améliorer une métrique tout en introduisant un compromis sur une autre.

Le Fast UL Scheduling en fournit un bon exemple : l’utilisation d’une ressource contention-based peut réduire la latence lorsque la charge est faible, mais elle introduit également un risque de collision lorsque plusieurs UE tentent d’accéder simultanément à la même ressource. De même, l’Early Reporting peut permettre de préparer les ressources avant l’arrivée des données, mais une mauvaise prédiction peut conduire à réserver inutilement des ressources.

L’objectif de la future pile protocolaire n’est donc pas de maximiser indépendamment chacune de ces métriques, mais de rechercher un compromis dynamique entre latence, fiabilité, efficacité spectrale, consommation énergétique et complexité protocolaire, en fonction du service transporté.

10. De la 5G réactive à une 6G plus prédictive

Les différentes pistes étudiées semblent finalement suivre une logique commune.

Fonction 5G NR Piste 6G
Numérotation L2 SN PDCP + SN RLC SN potentiellement unifié
Accès UL SR → Grant → BSR → Grant Fast UL Scheduling
Allocation UL après arrivée des données Early Reporting
Retransmission HARQ puis ARQ interaction HARQ–ARQ
QoS paramètres relativement stables QoS plus dynamique / service-aware
Énergie mécanismes principalement côté UE coordination UE–aNB
Décision principalement réactive prédiction / IA

Ces évolutions ne conduisent donc pas nécessairement à l’apparition d’une nouvelle couche protocolaire.

Elles suggèrent plutôt un changement de philosophie.

Observation → prédiction → anticipation → allocation/configuration → événement

La réduction de la latence ne provient alors plus uniquement d’une transmission physique plus rapide.

Elle peut également résulter de la suppression d’attentes, de signalisation et de traitements devenus inutiles.

Conclusion

Les premières réflexions autour du plan utilisateur 6G montrent que l’évolution de la future interface radio ne devrait pas se limiter à de nouvelles bandes de fréquences, de nouveaux schémas de transmission ou à une augmentation du débit.

Une partie importante des gains pourrait provenir d’une simplification et d’une adaptation de la pile protocolaire elle-même.

Trois tendances principales se dégagent :

  • Simplifier, en supprimant certains états, traitements ou informations redondants.
  • Accélérer, en renforçant les interactions entre les couches et en réduisant les échanges nécessaires avant une transmission.
  • Anticiper, grâce à une meilleure connaissance des caractéristiques du service et, éventuellement, à des mécanismes prédictifs reposant sur l’IA.

Ces évolutions cherchent conjointement à réduire la latence, les traitements protocolaires et la consommation énergétique, tout en améliorant l’utilisation des ressources et la capacité à respecter les contraintes temporelles des applications.

Ces mécanismes restent néanmoins des pistes de conception et de standardisation. Les choix définitifs dépendront des travaux du 3GPP et des compromis entre performances, complexité, consommation énergétique, robustesse et interopérabilité.

La 6G pourrait ainsi ne pas seulement être une interface radio plus rapide que la 5G.

Elle pourrait surtout devenir une interface moins dépendante de mécanismes purement réactifs, davantage consciente des caractéristiques du service transporté et capable d’anticiper une partie des besoins de transmission.

Références

  1. Samsung Research, Streamlined, Efficient and Intelligent User Plane Design for 6G, 2026.
  2. 3GPP TR 38.914, Study on 6G Scenarios and Requirements.
  3. F. Launay, Évolution de la pile protocolaire LTE vers NR (3/5).
  4. 3GPP TS 38.322, NR; Radio Link Control (RLC) protocol specification.

Les procédures liées aux supports (bearers) dans l’architecture CUPS

Avant de lire cet article, il est préférable d’avoir lu l’article précédent présentant l’architecture CUPS. Dans cet article nous allons voir les modifications apportées sur les protocoles d’établissement de support suite au découpage des entités SGW et PGW en deux parties (plan de contrôle et plan utilisateur).

I) Protocole de gestion des sessions et de handover

Le protocole de gestion de sessions a pour but d’ajouter, de modifier ou supprimer une entrée des tables de contextes au niveau des entités SGW et PGW  afin de permettre :

  • l’établissement du support par défaut ;
  • l’établissement du support dédié ;
  • la modification des caractéristiques du support
  • la désactivation du support

En cas de handover, sous la direction de l’entité MME, la table de contexte du SGW doit être modifiée afin de gérer le transfert de l’entité eNB source vers l’entité eNB cible.

Pour assurer la compatibilité avec les différentes évolutions du réseau opérateur, les entités fonctionnelles SGW-C et SGW-U doivent assurer les mêmes fonctionnalités.

Ainsi, concernant la gestion des sessions, les sous-fonctionnalités sont réparties de la manière suivante :

  • La gestion des supports (bearer) est sous la responsabilité des entités SGW-C ou SGW-U
  • L’allocation des identifiants de tunnels TEID est obligatoirement sous la responsabilité de l’entité SGW-C et optionnellement, l’entité SGW-C peut léguer cette fonctionnalité à l’entité SGW-U.
  • Le transfert des paquets est géré par l’entité SGW-U
  • Le marquage des paquets est géré par l’entité SGW-U

L’identifiant de tunnel TEID est unique pour chaque entité SGW-U, ce dernier est alloué lors de l’activation d’un support et supprimé lors de la désactivation du support.

En cas de handover de la station de base eNb source vers une station de base eNb cible sans changement d’entité SGW-U, l’entité fonctionnelle  SGW-C (qui est le contrôleur SDN) injecte une modification de règles de transfert à l’entité SGW-U via la requête Sx session modification request supportée par le protocole PFCP. La table de flux au niveau de l’entité SGW-U doit remplacer l’adresse IP de l’eNB source et l’identifiant de tunnel associé au bearer sur l’eNB source par l’adresse IP et le TEID correspondant de l’eNB cible (et ceci pour  tous les tunnels activés lors de la procédure de handover).

En cas de handover d’un eNb source vers un eNb cible avec changement d’entité SGW-U, l’entité fonctionnelle PGW-C (contrôleur SDN) doit en plus injecter une modification de règles (protocole PFCP)à l’entité PWG-U pour commuter le tunnel S5/S8 de l’entité SGW-U  vers l’entité SGW-U cible. Le message Sx session modification request transmis de l’entité PGW-C vers l’entité PGW-U contient l’identifiant du support (bearer ID), l’adresse IP de l’entité SGW-U cible et le nouvel identifiant de support TEID de l’entité SGW-U.

La procédure de handover se déroule en trois étapes :

  • Préparation des ressources radios entre l’entité UE et l’eNB cible
  • Modification de la table de contexte du SGW-U provoquée par l’échange suivant
    • SGW-C vers SGW-U: requête Sx session modification request
    • Après avoir transmis le dernier paquet PDU à l’entité eNB source, le SGW-U confirme la modification de sa table de flux
    • SGW-C U vers SGW-C: requête Sx session modification response
  • Une fois pris en compte le changement de chemin S1 path au niveau du SGW-U, il faut en informer l’entité eNB source :
    • SGW-C transmet au SGW-U un marqueur de fin de paquets (end marker packet)
    • SGW-U transmet à l’entité eNB source le marqueur de fin de paquets (end marker packet)
    • l’entité eNB source peut relâcher les supports radios avec l’entité UE.

Si le handover nécessite un changement de SGW-U, dans ce cas, la gestion du marqueur de fin de paquets (end marker packet) est sous le contrôle du PGW-C.

II) Protocole pour la fonction HLCom

Dans le cas de dispositifs IoT à latence élevée, l’organisme 3GPP a introduit des solutions de buffer étendu afin de conserver les données à transmettre aux dispositifs lorsque ces derniers ne sont plus joignables (EMM Registered mais à l’état dormant). Les données sont bufférisées au niveau du SGW jusqu’à ce que le dispositif soit de nouveau dans l’état idle ou connected.

Avec la séparation de l’entité SGW en plan de contrôle et plan utilisateur, la sauvegarde des données doit obligatoirement être supportée par l’entité fonctionnelle SGW-U et optionnellement par l’entité SGW-C.

Premier Cas :

Dans le cas où l’entité SGW-C support la capacité de sauvegarde des données (buffering capacity), lorsque le dispositif UE est dans l’état ECM_idle pour une durée eDRX ou PSM connue, l’entité SGW-C informe l’entité SGW-U (injection de règles) de ne plus transmettre les données à la station de base eNB mais de commencer à transférer les données vers l’entité SGW-C.

Lorsque l’entité UE passe à l’état ECM-CONNECTED, alors l’entité SGW-C met à jour les tables de flux du SGW-U avec l’identifiant TEID du eNB correspondant. Si des données ont été sauvegardées au niveau de l’entité SGW-C, alors les données sont encapsulées dans l’injection de règles Sx. L’encapsulation GTP-U permet à l’entité SGW-U d’identifier la connexion PDN et l’identité du support.

Deuxième Cas :

L’entité SGW-U conserve les données à destinations des dispositifs UE non joignable mais enregistrés sur le réseau.  Ainsi, lorsque le mobile UE passe à l’état en veille (ECM-IDLE), l’entité SGW-C est informée par le MME et doit à son tour en informer l’entité SGW-U par le message Sx session modification.  Dans ce deuxième cas, l’entité SGW-C décide que la bufferisation des données est à la charge de l’entité SGW-U et informe ce dernier. De plus, l’entité SGW-C demande à l’entité SGW-U d’être notifié ou non lorsque le premier paquet en provenance du PDN et à destination du dispositif UE est transmis à l’entité SGW-U

Ainsi, lorsque le premier paquet à destination du dispositif UE est transmis à l’entité SGW-U, ce dernier doit informer le contrôleur SGW-C par le message Sx reporting message ou non. A la réception de ce message, l’entité SGW-C décide d’informer ou non l’entité MME en transmettant la requête Downlink Data Notification.

Lorsque le dispositif UE passe à l’état ECM-CONNECTED, l’entité MME informe l’entité SGW-C et ce dernier notifie l’entité SGW-U via l’interface Sxa en indiquant l’identifiant de tunnel de l’eNB (ou éventuellement le RNC/SGSN).  Les données sont transmises de l’entité SGW-U à l’eNB (ou RNC ou SGSN) et en cas de la mobilité du dispositif UE sur un autre SGW-U, les données sont transmsises de l’entité SGW-U source (l’entité qui a bufferisé les données) vers l’entité SGW-U cible.

III) Les Procédures Sx Sessions Management

Les procédures Sx Sessions Management permettent de contrôler les fonctionnalités des entités fonctionnelles du plan de transport. Le contrôleur peut créer, mettre à jour, ou supprimer les contextes de sessions Sx, c’est-à-dire les paramètres de contextes concernant une connexion PDN pour le support par défaut et pour le support dédié.

Figure 1 : La procédure d’établissement de contexte

Une fois le contexte crée pour une connexion PDN, il est possible de modifier les caractéristiques du contexte par la procédure Sx Session Modification Procedure.

Pour désactiver le contexte, la procédure se nomme Sx Session termination procedure.

Nous allons illustrer la procédure sur une demande d’attachement d’un mobile UE. On suppose que la demande s’effectue sur le MME défini par l’identité GUTI conservé par le mobile UE mais de par le déplacement du mobile UE, on suppose que le mobile UE est sous la couverture d’une cellule connectée à une entité SGW (nommée nouveau SGW) différente de l’entité SGW (nommée ancien SGW) sur lequel le mobile UE était connecté avant le détachement.

On allume  le mobile, le SGW-U ayant été modifié, alors :

  • Au cours de la procédure d’attachement, la modification du SGW source au SGW cible nécessite de supprimer les tables de flux au niveau des entités SGW-U et PGW-U. Ainsi, les entités old SGW-C et old PGW-C exécutent la procédure Sx Session termination
  • Lors de la requête PDN connectivity, la table de flux au niveau du SGW-U et PGW-U doit être fournie. Ainsi, les contrôleurs SDN SGW-C et PGW-C injectent les règles par la procédure Sx Session Establishment.

Nous allons découper le call flow en deux parties :

Première partie

  • Procédure d’établissement du lien radio
  • Demande d’attachement, authentification et mise en sécurité

Deuxième partie

  • Suppression du contexte sur l’entité Old SGW
  • Création du support avec le nouveau SGW

    Figure 2 : La première partie de demande d’attachement

    Figure 3 : La procédure d’établissement de support

 

Présentation de l’architecture CUPS : Control and Use Plane separation

I) L’architecture du réseau mobile 4G

Le réseau de mobiles 2G/3G/4G est rappelé sur la figure 1 :

Figure 1 : Architecture des réseaux de  mobiles

Le réseau est composé de trois accès radios complémentaires (2G/3G/4G) et de deux trois cœurs réseaux, l’un dédié à la gestion des appels téléphoniques (exploitant la technique de commutation de circuit – MSC), le second dédié à la gestion des sessions Data (exploitant la technique de commutation de paquets) en 2.5G/3G (SGSN, GGSN), le troisième est le cœur réseau tout IP pour la 4G. Ce cœur réseau est représenté sur la figure 2.

Sur la figure 2 apparaît une nouvelle entité nommée TDF (Traffic Detection Function). Son rôle est d’analyser le trafic (DPI – Detection Packet Inspector) pour détecter des flux sous surveillance de l’opérateur afin de proposer des fonctions réseaux spécifiques aux flux détectés.

Figure 2 : Evolution de l’architecture réseau 4G (R11)

Lorsque l’utilisateur souhaite établir une session Data, l’entité MME transmet à l’entité SGW et à l’entité PGW (via le protocole GTP-C) la requête de création de support avec les caractéristiques associées au support (priorité, débit, temps réel, …)

Ainsi, les entités SGW et PGW gèrent à la fois le plan de contrôle et le plan de données utilisateurs.

II) L’approche SDN : CUPS (Control User Plane Separation)

Le CUPS propose de séparer en deux parties les entités SGW et PGW. Le contrôleur se nomme SGW-C et PGW-C et le plan de données deviennent les entités SGW-U et PGW-U.

Les règles de traitement de flux sont transmises du contrôleur aux entités du plan utilisateur par une session de règle SX. Cette session permet d’injecter les règles de traitement via le protocole PFCP

Figure 3 : La séparation du plan de contrôle et du plan utilisateur (CUPS)

L’entité fonctionnelle CP s’interface avec plusieurs entités fonctionnelles UP et une entité fonctionnelle UP peut être partagée par plusieurs entités fonctionnelles CP. Le contrôle des flux reste ancré sur un unique SGW-C mais différents SGW-U peuvent être choisis pour différentes connexion PDN. L’entité fonctionnelle CP (SGW-C et PGW-C) fait une sélection (via une recherche DNS évoluée) de l’entité UP en prenant en compte :

  • la localisation de l’entité UE afin de réduire la latence si besoin
  • la capacité de l’entité fonctionnelle UP de prendre en compte les caractéristiques de l’entité UE
  • La charge (overload) de l’entité SGW-U

Pour le dernier point, l’entité SGW-C doit supporter les caractéristiques Load Control transmises sur l’interface Sx.

Localisation de l’UE

Selon la définition, l’aire de service de l’entité SGW est un ensemble de zone de suivis (Tracking Area  TAI) entiers. A chaque mise à jour de localisation, l’entité UE reçoit de la part du MME une liste de zone de suivi (TA) correspondant à la position du mobile UE couvert par le SGW. Deux mobiles UE dans la même cellule peuvent avoir des listes de TA différentes pour ne pas solliciter des ressources réseaux sur les mêmes eNB.

Dans le cas de la séparation en plan de contrôle et plan utilisateur, le SGW-C n’a pas de lien physique avec les stations de base eNB mais communiquent avec les entités fonctionnels comme le MME, le SGSN, le PGW et le SeGW (Security Gateway pour la demande de création de connexions PDN. Le lien avec les eNB est maintenu via l’interface S1-U avec l’entité SGW-U. Dans le cas du CUPS, l’aire de service du SGW-U correspond à l’aire de service du SGW.

Ainsi, en cas de relocalisation sur une entité fonctionnelle SGW-U, il est préférable de trouver l’entité  SGW-U qui couvre la liste de TA (TA1, TA2, TA3) fournit par l’entité MME au mobile UE.

Capacité de l’entité fonctionnelle UP

Les entités fonctionnelles du plan utilisateur peuvent implémenter des fonctionnalités spécifiques qui ne seront utilisées que par des nombre limités d’entités UE comme par exemple, un type de service supportant les communications à haute latence (High Latency Communication HLcom). Pour ce type de service, le SGW-U implémente des fonctionnalités spécifiques de buffer.

Ainsi, en cas de relocalisation sur une entité SGW-U, il est préférable de trouver l’entité  SGW-U qui supporte les fonctionnalités attendues, comme par exemple un buffer étendu pour les communications à latences élévées.

Les conséquences du CUPS

L’avantage de contrôler plusieurs entités SGW-U par un seul SGW-C est de simplifier la gestion de la mobilité et mieux gérer l’équilibrage de charge. De plus, avec la virtualisation du SGW-U, il est possible d’allouer plus ou moins de ressources au SGW-U.

La zone de service du SGW-C peut être plus grande que la zone de service du SGW-U. Dans ce cas, le SGW-C est partitionné et chaque SGW-C gère un SGW-U. Pour assurer la compatibilité entre les différentes évolutions du standard, le MME considère le SGW-C comme un SGW classique. L’alignement de la zone de service du SGW-C partitionné avec le SGW-U assure que la liste de TAI fournie par le MME au SGW-C partitionné permet de sélectionner les SGW-U couvrant ces zones de suivis (la liste de TAI).

Si, pour un UE donné, le SGW-C a sélectionné plusieurs entités SGW-U dans ce cas, la zone de service des SGW-Us réunis couvrent au moins la zone de service du SGW-C.

III) SDN et PFCP : les protocoles d’injections de règles

L’entité de contrôle SGW-C et PGW-C injecte les règles de traitement de flux aux SGW-U et PGW-U afin de connaître les règles d’acheminements des paquets. L’injection de règles s’effectue via l’interface Sxa ou Sxb. Le contrôleur crée une session Sx avec la fonction du plan utilisateur via le protocole d’injection PFCP (Packet Forwarding Control Plane).

Les protocoles OpenFlow, Forces n’ont pas été retenu car ils ne répondaient pas aux critères recherchés :

  • facilité d’implémentation aux fonctions du plan de contrôle (SGW-U, PGW-U) ;
  • latence faible ;
  • gestion de toutes les caractéristiques existantes 3GPP
  • facilité d’étendre ou maintenir le protocole pour supporter les fonctions 3GPP
  • Compatibilités avec les standards 3GPP précédents

Ainsi, le protocole PFCP a été retenu et propose les propriétés suivantes :

  • Une association Sx doit être établie entre la fonction CP et la fonction UP avant d’établir une session Sx (injection de règles). La fonction CP et UP sont appelés Nœuds Sx.
  • Les procédures entre les nœuds Sx sont :
    • Procédure d’établissement, de mise à jour ou de libération de l’association Sx
    • Procédure vérifiant que la session Sx est active (alive)
    • Procédure de contrôle de charge et de congestion afin d’équilibrer la charge sur d’autres fonctions du plan utilisateur (SGW-U, PGW-U) et réduire la signalisation vers l’UP en cas de congestion.
  • La session Sx provisionne les règles d’acheminements de flux du contrôleur vers l’entité du plan utilisateur. La session Sx peut correspondre aux règles d’une connexion PDN pour un UE ou pour une session TDF
  • Procédure de gestion Sx PFD pour injecter les PFD (Packet Flow Descriptions) pour chaque application.