La vision de la 6G par SK Telecom

Vers la 6G : quelles évolutions pour l’architecture des réseaux mobiles ?

Même si les déploiements de 5G-Advanced se poursuivent, les experts 3GPP travaillent maintenant sur les études de la 6G (Rel 20) dont la commercialisation est généralement projetée après 2032.

En France, le hub collaboratif France6G a pour objectif de cartographier les acteurs de la 6G et de définir les orientations scientifiques et les verrous techniques à lever.

Les grands équipementiers et opérateurs publient régulièrement des feuilles de route qui, sans constituer des normes, dessinent un consensus assez net sur la direction que devrait prendre l’architecture des réseaux mobiles dans la prochaine décennie.

Cet article propose une synthèse pédagogique de ces grandes tendances, en s’appuyant notamment sur l’une des feuilles de route les plus complètes publiées récemment, « ATHENA », le troisième livre blanc 6G de l’opérateur sud-coréen SK Telecom, publié le 23 février 2026, disponible en ligne.

Il faut garder à l’esprit que ce type de document relève de la vision industrielle, pas du standard : il ne s’agit ni d’une spécification 3GPP, ni d’une architecture normalisée par l’O-RAN Alliance, mais d’une prospective qui dialogue avec les travaux de standardisation en cours sans s’y substituer. C’est néanmoins une lecture précieuse pour comprendre vers quoi convergent les opérateurs, et pour anticiper les sujets qui structureront vraisemblablement les prochaines releases 3GPP et les futurs travaux de l’O-RAN Alliance.

1. Quatre ruptures attendues à l’horizon 2030

Les feuilles de route 6G s’accordent généralement sur quatre évolutions majeures de l’environnement réseau de la décennie à venir.

La première est la convergence entre intelligence artificielle et réseaux, souvent résumée par le slogan « AI Everywhere ». Elle se décompose en deux axes complémentaires : AI for Network, c’est-à-dire l’IA mise au service de l’amélioration des performances réseau, et Network for AI, c’est-à-dire le réseau repensé pour porter et accélérer la diffusion des services d’IA eux-mêmes.

La deuxième rupture est l’essor massif de nouveaux usages : généralisation des véhicules autonomes et de la réalité augmentée/virtuelle multimodale héritées de la 5G, mais aussi émergence de l’« IA physique », incarnée notamment par les robots humanoïdes, identifiée comme un relais de croissance majeur du trafic mobile de la 6G.

La troisième rupture concerne l’architecture système elle-même : diversification des services, virtualisation et ouverture des réseaux, et renforcement des exigences de protection des données personnelles imposent une refonte structurelle plutôt qu’un simple empilement de nouvelles fonctions.

La quatrième, enfin, est davantage organisationnelle : les évolutions démographiques et sociétales (pénurie de compétences techniques, vieillissement des effectifs d’exploitation réseau) imposent de revoir les paradigmes d’exploitation, d’où l’insistance des opérateurs sur l’automatisation poussée et l’autonomie des réseaux.

2. Les objectifs qui guident cette évolution

Les feuilles de route 6G articulent généralement trois objectifs : l’efficacité opérationnelle (réduction du coût total de possession, gains de productivité), l’expérience client (amélioration perçue de la qualité de service, stabilité opérationnelle) et la monétisation (nouveaux modèles d’affaires liés à l’IA, augmentation du revenu moyen par utilisateur). L’enjeu pour les opérateurs est de trouver la zone d’intersection où une même brique technologique sert simultanément ces trois objectifs, plutôt que de les traiter séparément.

3. Les briques technologiques structurantes de la 6G

En croisant les feuilles de route publiées par plusieurs grands acteurs du secteur, six familles de technologies reviennent systématiquement comme structurantes pour la 6G.

L’IA d’abord : intelligence cognitive, AI-RAN, IA native au réseau, autonomie complète, efficacité énergétique pilotée par apprentissage automatique.

Le cloud ensuite : virtualisation poussée, RAN entièrement « cloudifié », infrastructure extensible à la demande, sobriété énergétique.

L’ouverture : interfaces ouvertes type Open RAN, exposition d’API réseau, plateformisation des actifs de l’opérateur.

La connectivité : intégration satellite-terrestre, continuité de service, hyperconnectivité, réseaux sensibles au temps (time-sensitive networking).

La sécurité : architecture Zero Trust, résilience, détection cognitive des menaces.

Et enfin la convergence des générations et des services : cohabitation 4G/5G/6G sur une même infrastructure, diversité croissante des terminaux, multiplication des services immersifs.

4. Six grandes visions pour le réseau 6G

Ces six familles de technologies se projettent à leur tour sur six visions d’architecture qui reviennent, sous des formulations proches, dans la plupart des feuilles de route 6G actuelles.

Le réseau AI-native est un réseau qui intègre nativement l’intelligence artificielle dans ses principes de fonctionnement, selon les deux axes déjà cités AI for network et Network for AI. Côté AI for network, l’objectif est un réseau pleinement intelligent, capable d’auto-optimisation en temps réel et d’automatisation de bout en bout (exploitation, optimisation de performance, prédiction et résolution d’incidents), avec une intervention humaine réduite au minimum. Côté Network for AI, il s’agit de concevoir une infrastructure télécom à faible latence et haute performance capable d’héberger elle-même des charges de travail d’IA, le même matériel pouvant servir à la fois la communication et le calcul IA. L’infrastructure IA (XPU : GPU, DPU, NPU) n’est pas discutée dans cet article.

Le réseau cloud-native correspond à l’extension de la virtualisation à l’ensemble du réseau télécom, afin de pouvoir étendre, réduire et redistribuer dynamiquement les ressources selon les profils de trafic, avec un pilotage de bout en bout sur tous les domaines (accès radio, cœur, transport, couche service).

Le réseau ubiquitaire vise une infrastructure « agnostique à la génération », c’est-à-dire non figée sur la 5G ou la 6G, capable de faire coexister organiquement les générations technologiques et d’offrir une couverture continue, y compris via les réseaux non terrestres (NTN).

Le réseau ouvert est un écosystème non captif d’un fournisseur unique, fondé sur du matériel COTS (Commercial Off-The-Shelf) et des interfaces ouvertes, qui doit aussi permettre d’exposer les données et actifs du réseau à des tiers, dans une logique de Network as a Platform.

Le réseau Zero Trust ne fait confiance par défaut à aucune entité et vérifie en continu chaque connexion, selon le principe « trust nothing, verify everything ». Cette vision se décline en réalité de façon transversale dans chacune des autres : détection automatique d’anomalies et ajustement dynamique des politiques dans le réseau AI-native, contrôle d’accès fin par micro-service et conteneur dans le réseau cloud-native, authentification et surveillance temps réel des API dans le réseau ouvert.

Le réseau orienté client enfin est pensé prioritairement autour de l’expérience utilisateur plutôt que de la commodité opérationnelle de l’exploitant, avec un objectif de taux de panne proche de zéro et une attention particulière portée aux nouveaux types de terminaux attendus en 6G (robots humanoïdes, véhicules autonomes, lunettes AR).

5. Le RAN devient un nœud de calcul intelligent

Au niveau de l’accès radio, la 6G est généralement envisagée selon deux axes complémentaires : l’IA au service de l’optimisation radio (AI for RAN) et le RAN comme infrastructure de calcul IA (RAN for AI). Cinq exigences de conception en découlent.

L’intégration de l’IA suppose un matériel générique doté de processeurs spécialisés (GPU, NPU…) capable de traiter en parallèle, sur les mêmes ressources virtualisées, le trafic de communication et des charges de calcul IA. Cette capacité de calcul sert à la fois à optimiser intelligemment le traitement du signal aux couches hautes et à la couche physique (adaptation de lien, interface air native-IA, économie d’énergie pilotée par prédiction de trafic), et à héberger des services d’IA tiers directement en périphérie, à faible latence, ce qui ouvre la voie à de nouveaux modèles économiques.

L’automatisation et l’optimisation reposent sur un contrôleur intelligent du RAN (un RIC, au sens où l’entend l’O-RAN Alliance), qui collecte et analyse en temps réel les données réseau pour réaliser, via des agents IA, une auto-optimisation fondée sur l’intention : équilibrage de charge, optimisation de couverture, réglage de paramètres, économies d’énergie, sans intervention directe de l’exploitant. Chaque solution exécutée dans ce contrôleur prend la forme d’une application fondée sur des interfaces ouvertes — on retrouve ici le concept de rApp et de xApp tel que défini par l’O-RAN Alliance. Deux cas d’usage illustrent bien cette logique : l’optimisation de paramètres assistée par IA, où un modèle entraîné sur les données réseau propose le meilleur jeu de paramètres par cellule sous contrainte de taux de coupure, et la mise en veille MIMO assistée par IA, où le modèle décide cellule par cellule des fenêtres de sommeil/réveil sans dégrader la qualité perçue.

La virtualisation vise à découpler complètement matériel et logiciel pour permettre un redéploiement flexible des composants RAN, avec des techniques de mutualisation de ressources (resource pooling) telles que le scale-in en cas de faible charge ou le scale-up/cell pooling en cas de pic de trafic, et la capacité à faire cohabiter 4G, 5G et 6G sur une même plateforme matérielle.

L’ouverture des interfaces s’appuie sur les standards de l’O-RAN Alliance, créée en 2018, pour permettre l’interopérabilité d’équipements multi-fournisseurs aussi bien entre équipements (interfaces externes) qu’au sein même d’un équipement (interfaces internes). L’objectif est de sécuriser des données réseau et terminal de haute qualité, granulaires et normalisées, exposées ensuite vers le NWDAF, l’OSS de l’opérateur, ou des tiers pour de l’analyse ou de l’entraînement de modèles IA.

L’architecture Zero Trust, enfin, devient un principe transversal au RAN : authentification mutuelle continue et chiffrement du trafic entre fonctions internes et entre équipements, surveillance continue des attaques avec automatisation des politiques de sécurité, isolement des ressources et des charges de travail pour limiter la propagation d’une intrusion en environnement virtualisé, et arbitrage explicite entre sécurité et performance pour les services sensibles à la latence (XR, contrôle industriel temps réel, V2X) déployés en périphérie.

6. Le cœur de réseau vers l’autonomie complète

Le cœur de réseau de la 6G est généralement envisagé au-delà de la simple connectivité (« Beyond Connectivity ») : il intégrerait nativement IA, capacité de calcul et sécurité Zero Trust, avec une structure de protocoles simplifiée entre terminaux et réseau et une communication inter-fonctions nettement plus efficace que dans le cœur 5G actuel.

Cinq leviers reviennent fréquemment dans les feuilles de route pour atteindre ce but : un pilotage fondé sur l’intention (intend based), où l’opérateur ne fixe que des objectifs (latence, disponibilité, coûts) et les agents IA traduisent ensuite en plans d’action par domaine ; une coopération entre agents spécialisés (supervision, diagnostic, qualité, sécurité) capable d’orchestrer des scénarios complexes ; une boucle fermée fiable s’appuyant sur un jumeau numérique réseau pour pré-valider les modifications avant déploiement, combinée à des stratégies de déploiement progressif (Canary Update, Rolling Upgrade) ; une analyse de cause racine systématisée croisant journaux, métriques et politiques ; et l’exposition de capacités réseau (QoS, sécurité, localisation, événements) sous forme d’API ouvertes monétisables, dans une logique de Network as a Platform.

Sur le plan de la transformation cloud-native, l’objectif est un environnement de fonctions réseau entièrement cloud-native, fondé sur une architecture en microservices portable entre clouds multiples ou hybrides. L’IA y joue un rôle de résilience marquant : détection des signes avant-coureurs de panne, isolement et récupération automatique de la fonction défaillante sans intervention humaine ni interruption perçue par le client — l’idée d’un cœur de réseau « qui ne meurt pas, même quand il meurt » —, l’horizon visé étant celui des réseaux dits « de niveau 4 » d’autonomie.

Côté ouverture de services, on distingue généralement trois niveaux de maturité pour l’exposition réseau : l’appel API simple, l’exposition contextuelle (qui tient compte de la situation de l’utilisateur) et l’exposition fondée sur l’intention (où le réseau traduit lui-même l’intention de service en politiques). S’y ajoutent des services d’itinérance en périphérie (Roaming Edge), avec des fonctions de plan utilisateur déployées dans le cloud à l’étranger mais pilotables depuis le réseau d’origine, pour rapprocher le traitement des données des clients en itinérance.

L’architecture Zero Trust appliquée au cœur insiste particulièrement sur la fonction d’exposition réseau et la passerelle API, identifiées comme points de vulnérabilité majeurs où se croisent menaces externes et internes : vérification continue de chaque appel API (origine, validité du certificat, intégrité du message, expiration du jeton), principe de moindre privilège granularisé jusqu’au niveau de l’endpoint, chiffrement systématique des échanges (IPSec, TLS récents), et gouvernance de sécurité intégrant sécurité de la chaîne logicielle d’approvisionnement et micro-segmentation.

7. Le réseau de transport, moteur discret de la performance 6G

Le réseau de transport est hors-scope de la 3GPP, alors qu’il conditionne directement la latence et la capacité de bout en bout. Plusieurs évolutions s’y dessinent.

Le pilotage de bout en bout assisté par IA repose sur un orchestrateur combinant un module de collecte de données, un cadre d’inférence IA (gestion des modèles, exécution de l’inférence, optimisation de performance) et un cadre d’automatisation qui agit en temps réel sur le réseau à partir des résultats d’analyse — avec, à la clé, un temps de détection et de résolution d’incident pouvant être ramené à l’ordre de la seconde sur des réseaux comptant plusieurs milliers de routeurs.

L’évolution vers des réseaux tout-optiques convergés vise à s’affranchir de la dépendance aux équipementiers en migrant vers des équipements convergés couches 1 à 3, une architecture de fronthaul nouvelle génération combinant fibre optique transparente et PON, et des architectures « White Box » à bas coût pour le matériel d’accès optique. Le pilotage de cet ensemble multi-fournisseurs s’appuie sur un modèle de données de gestion commun et des API ouvertes, notamment pour piloter les multiplexeurs optiques reconfigurables nouvelle génération (NG-ROADM), capables de débits supérieurs à 200 Gbit/s par longueur d’onde. La capacité par lien de fronthaul, actuellement de l’ordre de 25 Gbit/s, est en cours de migration vers 50 Gbit/s et au-delà, ce qui impose le recours à des modulations plus complexes (PAM4) et à l’optique cohérente numérique pour compenser la pénalité de dispersion liée à la montée en débit.

La sécurisation post-quantique du transport constitue l’un des chantiers les plus structurants pour la décennie à venir. Face à la menace que la maturation de l’informatique quantique fait peser sur les schémas de chiffrement classiques, les opérateurs envisagent une architecture de sécurité double : la distribution quantique de clés (QKD), qui repose sur l’installation d’équipements dédiés aux points névralgiques du réseau (centres de données, sites B2B, centraux), combinée à des algorithmes de cryptographie post-quantique (PQC) sur les liaisons de transmission. Ces services sont d’abord ciblés sur la synchronisation de données massives entre centres de données et sur des liaisons dédiées B2B dans des secteurs sensibles (finance, santé, secteur public, industrie).

Le dimensionnement du transport pour les services xPU anticipe l’arrivée massive de l’IA en répartissant les rôles entre des centres de données IA dédiés à l’entraînement de grands modèles (concentration de GPU, TPU, FPGA) et des clusters répartis en périphérie du réseau, dédiés à l’inférence en temps réel et faible latence, au plus près des usages (analyse vidéo, reconnaissance vocale, traitement de données IoT). Des essais pilotes de clustering GPU longue distance entre sites, combinant routeurs ouverts, modules optiques 400G et cartes réseau RDMA, sont déjà en cours pour évaluer les performances de transmission et d’entraînement sur des réseaux RoCE.

Enfin, le jumeau numérique du réseau de transport (Network Digital Twin) ambitionne de répliquer fidèlement, dans l’espace numérique, l’ensemble des éléments du réseau réel — structure, ressources, trafic, historique de pannes, politiques d’exploitation — afin de permettre simulation, automatisation, optimisation, prédiction et vérification avant tout changement sur le réseau de production.

8. La donnée réseau, nouvelle brique d’architecture à part entière

Un trait marquant des feuilles de route 6G les plus récentes est l’émergence d’un domaine d’architecture entièrement consacré à la valorisation de la donnée réseau, au même rang que l’accès radio, le cœur et le transport. Le constat de départ est connu des opérateurs : la donnée générée par le réseau (localisation, trafic, qualité radio…) est déjà exploitée commercialement — analyse de fréquentation en temps réel, services de positionnement, analyse de zones commerciales — mais la multiplication des cas d’usage en 6G rend intenable la construction d’un pipeline de données indépendant pour chaque service, en raison de la redondance des coûts de développement, de la complexité opérationnelle croissante et de la difficulté à maintenir des politiques de sécurité cohérentes.

Une plateforme de ce type s’organise généralement autour de quatre principes. Une architecture hybride edge-cloud combine un moteur d’exécution en périphérie, capable de fonctionner de manière autonome y compris en cas de coupure temporaire avec le cloud — un point critique pour des environnements industriels (automatisation d’usine, télémédecine) — et capable d’appliquer de l’apprentissage fédéré pour entraîner des modèles sans faire transiter de données sensibles hors du site, avec un moteur d’exécution centralisé dans le cloud responsable de la supervision globale, de la gestion des politiques (souvent via une approche Infrastructure as Code fondée sur Git) et de la conformité réglementaire (RGPD notamment).

Le développement de services pilotés par l’IA s’appuie sur le traitement automatique du langage naturel pour traduire une expression de besoin métier en attributs de données nécessaires, sur des pipelines de feature engineering automatisés, et sur la génération et le réglage automatiques de modèles candidats, orchestrés ensuite avec des mécanismes de résilience désormais classiques en architecture distribuée (circuit breaker, tentatives de relance, délais d’expiration).

L’exploitation autonome assistée par IA se matérialise par des copilotes d’exploitation combinant grand modèle de langage (LLM) et génération augmentée par récupération (RAG), s’appuyant sur une collecte d’observabilité standardisée (métriques, journaux, traces, selon le standard OpenTelemetry), des moteurs de détection d’anomalies et d’analyse de cause racine, et des bases de connaissances indexées des incidents passés pour proposer, après validation humaine, des actions correctives automatisées — avec, à terme, des mécanismes d’auto-réparation pour les pannes mineures.

Enfin, un modèle de gouvernance à deux plans distingue généralement un plan de gouvernance centralisé, qui gère les politiques de manière déclarative avec validation et déploiement automatisés via CI/CD, d’un plan de livraison en périphérie, qui packages et déploie rapidement les services conteneurisés avec des capacités de retour arrière rapide et de déploiement progressif — le tout sous une architecture Zero Trust cohérente entre edge et cloud.

9. Une vision industrielle à mettre en perspective avec la standardisation

Trois précautions de lecture s’imposent lorsqu’on exploite ce type de feuille de route à des fins pédagogiques ou de veille.

D’abord, il s’agit toujours d’une vision d’opérateur ou d’équipementier, pas d’un standard : chaque acteur y développe sa propre nomenclature de fonctions et d’architectures, qui ne préjuge en rien de ce qui sera effectivement retenu par le 3GPP ou l’O-RAN Alliance. Ces feuilles de route sont d’ailleurs souvent accompagnées d’une clause de réserve explicite rappelant qu’elles sont fournies à titre d’information et ne constituent aucun engagement sur une technologie ou un service réellement livré.

Ensuite, ces documents mêlent délibérément des registres différents : une part de prospective pure (« devrait évoluer », « est attendu ») et une part de R&D réelle, mais à des stades de maturité très variables — certains éléments déjà déployés en commercial, d’autres encore au stade de la preuve de concept ou du pilote en laboratoire. Une lecture rigoureuse impose de toujours vérifier à quel stade de maturité se situe l’élément cité avant de le présenter comme une réalité opérationnelle.

Enfin, ces visions s’inscrivent explicitement dans un dialogue avec les instances de standardisation en cours — 3GPP (notamment les travaux des Releases 19 et 20), O-RAN Alliance (SMO, RIC, interfaces O1/O2/R1), ETSI NFV, AI-RAN Alliance, GSMA — sans pour autant s’y substituer. Elles constituent à ce titre un bon point d’entrée pour suivre, dans les prochaines releases, lesquelles de ces propositions seront effectivement retenues, et lesquelles resteront propres à l’écosystème d’un opérateur donné.

10. Conclusion

Au-delà des appellations propres à chaque opérateur, un panorama assez cohérent se dégage des feuilles de route 6G publiées ces dernières années : un réseau pensé nativement pour l’IA — à la fois optimisé par elle et conçu pour l’héberger —, entièrement virtualisé et orchestré de bout en bout, ouvert à l’interopérabilité multi-fournisseurs, sécurisé selon les principes Zero Trust à chaque couche, et dont la donnée elle-même devient un domaine d’architecture à part entière. Pour qui enseigne ou pratique la veille sur les réseaux 5G-Advanced et 6G, ces documents constituent une référence utile à croiser avec les travaux de standardisation du 3GPP et de l’O-RAN Alliance qui, seuls, détermineront in fine ce qui sera réellement déployé.


Glossaire des principaux sigles

Sigle Signification
AI-RAN Artificial Intelligence – Radio Access Network
COTS Commercial Off-The-Shelf
DCO Digital Coherent Optics
LCM Life Cycle Management
NG-ROADM Next-Generation Reconfigurable Optical Add-Drop Multiplexer
NTN Non-Terrestrial Network
NWDAF Network Data Analytics Function
O-RAN Open Radio Access Network
PAM4 Pulse Amplitude Modulation 4-level
PQC Post-Quantum Cryptography
QKD Quantum Key Distribution
RIC RAN Intelligent Controller
RoCE RDMA over Converged Ethernet
SBA Service Based Architecture
vRAN Virtualized Radio Access Network
xPU terme générique pour GPU/NPU/TPU/FPGA
ZTA Zero Trust Architecture

Pour aller plus loin

SK Telecom, 2026 SK Telecom 6G White Paper – Vision on Future Network Architecture, ATHENA, 23 février 2026 : news-static.sktelecom.com/…/2026-SKT-6G-White-Paper-ATHENA_Eng.pdf

6G Progress Report, GSMA, May 2026, https://www.gsma.com/solutions-and-impact/technologies/networks/wp-content/uploads/2012/10/GSMA-6G-Progress-Report-May-2026.pdf