Symposium Décentralisation : Saison 1, épisode 1 à 15

Comme indiqué précédemment, La Fédération de Recherche « Territoires » de l’Université de Poitiers a organisé un Symposium intitulé « Décentralisation : recompositions des pouvoirs, des institutions et des politiques publiques », les 3, 4 et 5 décembre 2014 derniers, sur Poitiers.

L’ensemble des 15 conférences a été filmé par i-médias, service commun informatique et multimédia de l’Université de Poitiers. Vous pouvez y accéder en cliquant sur ce lien. J’ai assisté à la plupart d’entre elles, beaucoup de choses très intéressantes. En bonus, vous pouvez également visionner les vidéos de micro-trottoirs réalisées par des étudiants du site poitevin de Sciences Po Paris. Comme ici on est chez moi, je dépose ci-dessous la vidéo de mon intervention.

Compte-tenu de la réussite de l’événement, la saison 2 est annoncée. Seul bémol sur la saison 1 : l’absence quasi-totale d’élus dans l’assistance. Vu les personnes invitées, des spécialistes reconnus des questions de décentralisation appartenant à différents champs disciplinaires, je trouve que c’est dommage. Bon, en même temps, c’est bien connu, les élus savent déjà tout, c’est pour cela que leurs actions sont toujours tellement éclairées…

Les dérives de la réforme territoriale : quelles seront les capitales des nouvelles régions de France ?

Le Monde a publié hier un article intitulé « Quelles seront les capitales des nouvelles régions de France? ». Question très révélatrice de la façon dont on est en train de faire la réforme territoriale.

Roland Riès, maire de Strasbourg, affirme ainsi « Je ne peux accepter que Strasbourg, avec son statut européen, appartienne à une région dont elle ne serait pas la capitale ». Plus loin, le journaliste explique :

Sur la liste des villes qui perdront leur statut de capitale régionale figure également Clermont-Ferrand en Auvergne, qui pèse de peu de poids face à la métropole lyonnaise. Idem pour Limoges (Limousin) et Poitiers (Poitou-Charentes) qui, selon les mots d’un conseiller ministériel, « ne sont pas en mesure de disputer le leadership à Bordeaux », qui deviendra capitale de cette grande région du Sud-Ouest.

Dans le futur Nord-Pas-de-Calais-Picardie, c’est sans surprise Amiens qui devrait s’effacer devant la mairie de Lille, de Martine Aubry. Les métropoles devraient donc être les gagnantes du redécoupage régional.

(…) Quant à la future région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, « personne n’imagine que la capitale ne soit pas Toulouse », indique un connaisseur du dossier.

En clair, on s’oriente vers un processus de décentralisation qui consiste à faire émerger tout un ensemble de « France en plus petit », avec au sein de chacun de ces petits pays, la Capitale régionale, pendant pour la région en question de ce qu’est Paris pour la France. Un modèle centre/périphérie, avec la concentration d’un maximum de pouvoirs dans la ville centrale, dotée du statut de métropole.

Tout ceci au mépris de l’ensemble des interdépendances qui traversent les régions françaises : on ne peut comprendre l’économie de la Picardie si on ne voit pas qu’une part importante de ses habitants travaillent en Ile-de-France (17% en 2011) ; on ne peut comprendre l’économie de la Lorraine si on ne voit pas qu’une part importante de ses habitants travaillent en Belgique, en Allemagne et surtout au Luxembourg (environ 10% des lorrains) ; idem pour la Franche-Comté vis-à-vis de la Suisse, la Bourgogne, l’Alsace, Rhône-Alpes ou encore l’Allemagne. On sait aussi que les processus productifs sont de plus en plus fragmentés, que leur organisation d’ensemble traverse les frontières régionales et même nationales.

Certains Conseil Régionaux avaient déjà tendance à se considérer comme de petits pays, s’indignant par exemple que les jeunes dont ils avaient financé la formation aillent travailler ensuite dans d’autres régions. J’ai peur que cette tendance se renforce à l’avenir.

Tout ceci au mépris du fait que le potentiel de croissance de l’économie française est loin de résider simplement dans ses métropoles, comme nous l’avons montré récemment en brassant tout un ensemble de statistiques, comme le constatera toute personne analysant de manière un peu précise l’économie des territoires : l’économie de Poitou-Charentes n’est pas riche que de Poitiers, ville essentiellement administrative, elle est riche aussi de l’industrie localisée autour de Cognac et du Nord-Deux-Sèvres, deux territoires qui s’en sortent plutôt très bien, sans être connectés de manière décisive à une quelconque métropole ; Midi-Pyrénées n’est pas riche que de Toulouse, elle est riche également de sa Mecanic Vallée, autour de Figeac-Decazeville, avec certes des sous-traitants pour Airbus, mais pour beaucoup d’autres entreprises, un peu partout dans le monde ; regardez également ce qui se passe sur Pau, sur le Territoire de Belfort, dans la Vallée de l’Arve, sur certains territoires littoraux, et sur de nombreux autres territoires.

On aurait pu rêver d’un peu d’imagination, de tentatives de gouvernance innovantes, permettant de tirer partie de la diversité des territoires français, de bien gérer ces interdépendances. Je crains qu’on s’achemine vers l’émergence de petits rois, à la tête de leur petit royaume.

L’Europe ressemble à un ensemble de pays égoïstes, repliés sur leurs intérêts nationaux, se faisant concurrence autant que de possible. La France et ses régions s’orientent vers ce modèle, dirait-on.