Les représentations genrées des étudiants

Je dispense en 3ème année de licence économie-gestion de l’Université de Poitiers un cours d’analyse sectorielle, qui consiste à présenter aux étudiants la « boîte à outils » de l’analyse de secteur et à leur demander de l’utiliser tout au long du semestre pour traiter d’un cas pratique (bon, ce n’est pas de l’économie industrielle « à la Tirole », plutôt « à la Moati », avec les pieds dans la boue, mais j’assume).

Cette année, je leur demande d’entrer dans l’analyse non pas par un secteur d’activité stricto sensu, mais par une « filière », car cette notion revient grave à la mode : le gouvernement a défini quatorze filières stratégiques ; la Région Nouvelle-Aquitaine, dans son schéma de développement économique, en a retenu 12. J’ai fait un mix des deux listes, pour aboutir à un choix de dix « filières » : Aéronautique ; Automobile ; Bois et industries papetières ; Cuir, luxe, textile et métiers d’art ; Ferroviaire ; Industries agroalimentaires et filières agricoles ; Nautisme ; Santé, Bien-être ; Silver économie ; Tourisme (en fait il y a un intrus dans la liste, présent dans aucune des deux listes mentionnées, que j’ai ajouté parce que c’est comme ça, c’est moi le prof).

Lors du premier cours (en deux groupes, l’un lundi soir, l’autre mardi matin), j’ai affiché ces dix filières, et j’ai demandé à chacun de noter sur une feuille la filière qu’il aimerait prioritairement étudier (en précisant que ce ne serait pas nécessairement celle sur laquelle ils travailleraient, que ce n’était pas la peine de dire à son copain/copine « on met la même comme ça on sera dans le même groupe », etc.). Juste celle qui le motivait le plus. Ainsi que leur nom et prénom.

J’ai collecté tout ça sous un tableur, j’ai ajouté une colonne homme/femme, voilà ce que ça donne :

Filière Femmes Hommes Total
Automobile 3 13 16
Cuir, luxe, textile et métiers d’art 9 5 14
Santé, Bien-être 11 3 14
Tourisme 11 3 14
Industries agroalimentaires et filières agricoles 6 5 11
Aéronautique 10 10
Ferroviaire 1 4 5
Nautisme 1 2 3
Silver économie 1 2 3
Bois et industries papetières 2 2
Total général 45 47 92

Certaines filières ont la cote, d’autres moins (la silver economy n’a pas la cote, alors que c’est l’avenir de la France). Mais ce n’est pas l’essentiel. Je voulais surtout me faire une idée de l’ampleur, début 2018, des différences hommes/femmes :

  • Les étudiants sont attirés par les voitures, les avions et les trains,
  • Les étudiantes par le tourisme et la filière santé/bien-être,
  • plus équilibré sur industrie agroalimentaire et filières agricoles.

Au final, les représentations genrées ont un bel avenir devant elles…

L’attractivité de Poitou-Charentes : origine et trajectoire des étudiants

L’an dernier, j’avais été sollicité par Mutécos pour participer à des ateliers régionaux sur l’accompagnement et l’anticipation des mutations économiques. J’avais été à la fois intéressé et agacé : intéressé parce qu’il s’agissait de faire se rencontrer et de faire échanger des « producteurs de connaissance » (présentation d’analyses d’universitaires et d’études Insee), des responsables politiques et des acteurs socio-économiques ; agacé parce que le champ balayé était si large que les discussions avaient une légère tendance à se transformer en discussion de café du commerce…

Lors du séminaire final, j’avais donc indiqué, en concertation avec le Directeur Régional de l’Insee, la nécessité à la fois d’organiser de tels échanges et de réduire la focale. Proposition entendue en Région, qui se traduit par l’organisation d’une journée de travail sur une question assez précise, en gros : d’où viennent et que deviennent les étudiants de Poitou-Charentes ?

Il s’agira d’interroger des propos souvent entendus du type « les étudiants quittent le Poitou-Charentes », « il y a un faible taux d’accès des bacheliers aux formations du supérieur », « il y a un déficit de cadres dans les entreprises régionales », …, en présentant les résultats de différentes études et recherches et en provoquant des échanges entre chercheurs, institutionnels et représentants du monde socio-économique.

La matinée sera consacrée à la question de la poursuite d’études dans le supérieur. La Région Poitou-Charentes se caractérise en effet par un taux de poursuite particulièrement faible. Béatrice Milard plantera le décor en présentant les résultats d’une recherche sur les processus de production des disparités dans l’enseignement supérieur. L’Insee et le Rectorat présenteront des résultats originaux sur la Région. S’ensuivra une table ronde avec des acteurs qui œuvrent pour augmenter ce taux de poursuite.

L’après-midi sera consacrée à la question de l’insertion des étudiants. Sophie Orange ouvrira le bal en présentant les résultats de ses recherches sur les étudiants passés par des BTS. Comme pour la matinée, des résultats originaux seront ensuite présentés, résultats produits par les Universités de Poitiers et la Rochelle et l’Insee.

Pour ma part, je présenterai les résultats d’une étude basée sur les données des enquêtes Génération du Cereq et d’autres issues du service statistique de l’Université de Poitiers, qui montre que, oui, les mobilités sortantes de Poitou-Charentes sont plus fortes que dans d’autres régions, mais les mobilités entrantes aussi, que globalement la mobilité est faible, et que, quand elle a lieu, c’est surtout vers les régions limitrophes (rôle de la proximité géographique) ou qu’elle s’inscrit dans des stratégies de retour (des étudiants originaires de la région A viennent en Poitou-Charentes pour finir leurs études et cherchent à retourner dans leur région d’origine pour y travailler – résultat non spécifique à Poitou-Charentes). La présentation des données des Universités Picto-Charentaises sur l’insertion des étudiants permettra également de déconstruire le mythe selon lequel faire des études ne sert à rien, que l’Université ne prépare pas à l’obtention d’un emploi ou seulement à de mauvais emplois, etc.

Échanges ensuite entre représentants des entreprises, des Universités et des Institutions. Il y a de mon point de vue de vraies problématiques à traiter, liées à la sur-représentation de PME en Région, au poids des espaces ruraux, à l’absence de grande métropole, qui expliquent une bonne part des constats que l’on peut faire.

Cette journée aura lieu à la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers, le 20 juin prochain, avec le soutien de la Direccte et grâce à l’organisation particulièrement efficace de l’ARFTLV . L’entrée est libre et gratuite.

Vous n’y perdrez rien. Au pire, quelques idées reçues. Pour vous inscrire, c’est ici.