Crévindiou ! Le « rural » n’est pas mort…

Petit article remarquable de Laurent Rieutort, Professeur des Universités en géographie humaine à Clermont-Ferrand, pour la Revue Population & Avenir : « La ruralité en France : des potentiels oubliés ? » (n°731, p. 4-7, disponible sur Cairn (€)).

Il exploite de nouvelles données produites par l’Insee, sur la base d’une méthodologie européenne proposée par Eurostat, permettant de dépasser les limites du découpage en Aires Urbaines (je ne développe pas, voir son article ou ce document de l’Insee, également passionnant).

Cette méthodologie permet de distinguer les communes densément peuplées (au moins 50% de la population vit dans des zones de densité supérieure à 1500 habitants au km²), les communes de densité intermédiaire (même logique pour des densités entre 300 et 1500 hab/km²), les communes peu denses (entre 25 et 300 hab/km²) et les communes très peu denses (moins de 25 hab/km²).

Il analyse ensuite la dynamique démographique (évolution de la population, impact du solde naturel et du solde migratoire) et la dynamique économique (évolution de l’emploi, distinction entre activité présentielle et productive, types d’emploi (ouvriers, employés, cadres, …)).

Avec des résultats qui vont faire pâlir les adeptes du tout-métropole d’un côté, et de la France périphérique, de l’autre (j’agrège dans le tableau ci-dessous quelques résultats picorés dans son article, en me focalisant sur 2008-2013. Les résultats sur une période plus longue (1999-2013) ou sur la période antérieure à la crise (1999-2008) sont globalement les mêmes, voir l’article) :

densité

++ + France
part dans la population (2013) 35.50% 29.10% 31.30% 4.10% 100%
part dans l’emploi (2013) 36.30% 27.40% 32.20% 4.10% 100%
croissance démographique totale 2008-2013 0.34% 0.37% 0.83% 0.40% 0.50%
croissance naturelle 2008-2013 0.74% 0.26% 0.18% 0.03% 0.40%
croissance migratoire 2008-2013 -0.41% 0.10% 0.63% 0.37% 0.09%
croissance actifs occupés 2008-2013 -0.32% -0.60% 0.09% -0.27% -0.26%
dont cadres, prof. intellect. sup. et prof. intermédiaires 0.72% 0.52% 1.57% 1.54% 0.90%

++ : zones très denses, + : zones denses, – : zones peu denses, — : zones très peu denses

Les espaces peu denses et très peu denses ont une croissance démographique loin d’être catastrophique, supérieure aux espaces denses et très denses. Ceci est le produit d’un solde naturel faible (population plus âgée en moyenne) plus que compensé par un solde migratoire bien plus positif.

Côté dynamique économique, l’évolution est également plus favorable (ou moins défavorable) que celle observée dans les espaces denses et très denses, y compris pour les CSP supérieures. L’auteur explique dans le texte que ces évolutions sont pour partie tirées par le développement de la sphère présentielle, certes, mais aussi par le développement des activités productives (l’agriculture représente 10% des emplois dans les espaces très peu denses et l’industrie 20% des emplois).

Il conclut par trois points que je ne peux que partager :

  • On observe une diversité de trajectoires dans le monde urbain et rural, l’effet taille ne permet pas de résumer les processus économiques,
  • Plutôt que de chercher le « territoire performant », analysons les interrelations et les interdépendances entre les territoires et répondons aux enjeux de connexion, d’animation et de gouvernance,
  • N’oublions pas les territoires hors métropoles (les communes denses et très denses des 15 métropoles institutionnelles françaises concentrent 40% des actifs occupés, ça fait du monde en dehors), qui ont « le sentiment d’être en marge de la société, alors qu’elles ne sont pas condamnées et enregistrent souvent un renouveau démographique, socio-économique, et un niveau élevé d’innovations et de créativité » (page 7).

Vous allez croire que je parle de ce travail parce qu’il rejoint les conclusions de mes propres travaux et qu’il contredit les thèses à la Davezies/Guilluy, thèses primaires mais désormais caduques ? Non. C’est le cas, mais ce n’est pas la raison principale. J’en parle parce qu’il apporte des éléments de preuve très solides, à partir de données nouvelles et d’une méthodologie rigoureuse.

Ça fait du bien de lire des conclusions certes complexes mais justes, plutôt que des affirmations séduisantes mais tellement fausses.

Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes : quels secteurs clés ?

J’ai présenté hier, à Angoulême, quelques éléments sur l’économie de la nouvelle région issue de la fusion d’Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes (région dite « ALPC » pour l’instant). Le diaporama présenté est visible ici.

Les messages clés que je voulais faire passer étaient les suivants :

  • l’idée selon laquelle la création de richesse et d’emploi passe uniquement en France par quelques métropoles est empiriquement faux. Pour ALPC, donc, tout ne se joue pas à Bordeaux. Pour preuve les deux premières cartes du diaporama, qui montrent des dynamiques d’emploi favorables, sur période longue et sur une période plus récente, sur Bordeaux mais aussi sur d’autres territoires hors métropole,
  • plutôt que de chercher le modèle de développement à répliquer partout, il convient d’étudier précisément les contextes territoriaux, à des échelles assez fines (zones d’emploi, aires urbaines, …), d’identifier les problématiques à traiter et de brancher les bonnes politiques. Faire du sur-mesure plutôt que du prêt-à-porter.

Dans cette perspective, pour commencer à caractériser les contextes territoriaux, une stratégie empirique consiste à repérer ce que j’appelle les « secteurs clés » de la région : des secteurs plus présents sur ce territoire qu’ailleurs en France, l’hypothèse étant que si ces secteurs sont plus présents, c’est sans doute que des avantages comparatifs ont pu se créer au fur et à mesure du temps.

J’ai mobilisé pour cela des données récentes (données Acoss sur l’emploi privé pour l’année 2014, voir ici pour une présentation des données), avec un découpage géographique fin (découpage en zones d’emploi, il y en a 304 France entière dont 33 en ALPC, voir ici pour une présentation des zones d’emploi) et un découpage sectoriel fin (732 secteurs différents, voir ici pour la présentation de cette nomenclature). Si on travaille d’emblée à l’échelle des zones d’emploi, le secteur le plus spécifique (je n’ai retenu que les secteurs employant plus de 1000 personnes et dont le poids est au moins le double du poids moyen observé en France) est celui de la « production de boissons alcooliques distillées », présent sur la zone d’emploi de Cognac, qui regroupe 2 294 salariés Acoss : le poids de ce secteur sur Cognac est 271 fois le poids observé en moyenne France entière. Suit Bressuire et la « Transformation et conservation de viande de volaille ». Les 48 secteurs répondant à ces critères sont repris dans les deux derniers tableaux de ma présentation.

Une autre stratégie possible consiste à travailler dans un premier temps au niveau d’ALPC dans son ensemble : je retiens les secteurs qui emploient au moins 1000 personnes et dont le poids en ALPC est au moins le double de celui observé France entière. Ils sont au nombre de 31, vous pouvez les découvrir ici. Les 5 secteurs les plus spécifiques sont les suivants :

secteur effectifs spécificité
Fabrication de piles et d’accumulateurs électriques 1 654 14.9
Production de boissons alcooliques distillées 3 277 7.2
Fabrication de placage et de panneaux de bois 1 891 6.6
Construction de bateaux de plaisance 1 918 6.6
Fabrication d’articles céramiques à usage domestique ou ornemental 1 079 5.8

La spécificité est le rapport entre le poids du secteur en ALPC et le poids France entière. Le premier secteur est ainsi 15 fois plus présent en ALPC que France entière. On peut également repérer parmi les 31 secteurs ceux qui pèsent le plus en emploi. Les 5 premiers selon ce critère sont les suivants :

secteur effectifs spécificité
Construction aéronautique et spatiale 15 698 2.8
Activités de centres d’appels 7 454 2.2
Commerce de gros de boissons 5 589 2.3
Fabrication de charpentes et d’autres menuiseries 3 647 2.3
Production de boissons alcooliques distillées 3 277 7.2

Il est possible ensuite de repérer la géographie plus précise de ces secteurs clés, à l’échelle des zones d’emploi voire des communes. Pour les deux secteurs à plus gros effectifs, ça donne ceci.

aéro

On retrouve les zones d’emploi de Bordeaux, Pau, Bayonne, Rochefort, Oloron Sainte-Marie, …

Pour les centres d’appels :

centres_appel

Les zones qui dominent sont Poitiers (la zone du Futuroscope en fait), Bordeaux, La Rochelle, Pau, Tulle.

Ce type de repérage statistique ne suffit pas : il faut ensuite procéder à des analyses plus qualitatives : i) analyses de secteur pour comprendre les déterminants de la dynamique de l’activité, le positionnement des entreprises, les problématiques elles font face, …, ii) analyses des territoires où sont implantées ces entreprises, pour comprendre le pourquoi de leur présence ici, le rapport qu’elles entretiennent au territoire, les liens qu’elle ont avec d’autres entreprises, localement ou ailleurs, etc. Nous nous étions livré à ce type d’exercice (sur le premier point tout au moins) pour l’activité des centres d’appels il y a quelques années, secteur qui emploie de nombreuses personnes mais que les politiques ne veulent pas regarder (pas assez « tendance »), alors qu’à l’évidence il y a des choses à regarder et à faire… Vous pouvez lire l’article ici.

Alain Rousset a indiqué à plusieurs reprises vouloir mettre en place une sorte de « Datar régionale », avec un volet « intelligence économique » destiné à produire ce type d’analyses et un volet plus opérationnel (quelles politiques enclenche-t-on ensuite ?). Il est clair que cela fait gravement défaut…

Mon sentiment est qu’il convient de ne pas développer une nouvelle structure, mais plutôt de fédérer les ressources et les compétences présentes en Région, à commencer par celles des chercheurs en économie, géographie, sociologie, …, mais aussi celles dont disposent l’Insee, les Agences d’Urbanismes (cruellement absentes en Poitou-Charentes et en Limousin), etc.

Avec un objectif essentiel : ne pas chercher comme l’a fait trop longtemps l’ex-Datar à « vendre » aux territoires un modèle générique de développement (SPL, Pôles de Compétitivité, Métropoles, …), mais plutôt, comme expliqué plus haut, de produire des analyses quantitatives et qualitatives permettant de repérer les problématiques spécifiques à traiter et de brancher ensuite, si nécessaire, les bonnes politiques publiques.

Economie des migrations

Mercredi dernier, j’ai pris une heure de mon temps de cours auprès des deuxièmes années de licence de sciences économiques pour leur présenter une synthèse des études économiques consacrées à la question des migrations. Vu le contexte, c’était une façon de commencer à passer d’une phase « émotion » à une phase « réflexion », en traitant un sujet connexe qui risque de resurgir, celui de l’impact des migrations sur l’économie d’un pays comme la France.

Comme je leur ai expliqué, si certains sujets font débat entre économistes, celui-ci, pas du tout : les résultats sont clairs et convergents et conduisent à rejeter les idées qui circulent sur la question (en France, les spécialistes du sujet, côté économie, sont notamment E. M. Mouhoud et L. Ragot, je vous conseille de les lire, vous trouverez rapidement certains de leurs écrits sur le net).

J’ai organisé mon propos en passant en revue quatre de ces idées : 1) la France et l’Europe accueillent toute la misère du monde, 2) l’immigration conduit à un accroissement du chômage, 3) les immigrés pèsent sur les budgets publics, compte-tenu des prestations qu’ils reçoivent, 4) l’immigration choisie serait cependant la solution. Je vous laisse découvrir mon diaporama (version pdf ici), avant de résumer les principales idées.

Sur le point 1, les migrations dominantes sur la planète ne sont pas les migrations Sud-Nord (37% de l’ensemble environ), mais les migrations Sud-Sud et Nord-Nord (60%). La France se situe dans la moyenne, assez loin dans le classement des pays de l’UE ou de l’OCDE si on raisonne sur la part des flux récents, un peu en dessous de la moyenne si on raisonne en stock.

Sur le point 2, sans doute le plus important car le plus contre-intuitif : l’immigration ne fait pas monter le chômage. Si vous pensez cela, il faut que vous pensiez aussi que la montée de l’activité des femmes doit faire monter le chômage, idem si on décale l’âge de départ à la retraite, puisqu’à chaque fois, ce sont des gens en plus qui peuvent participer. En fait, la faille dans le raisonnement banal, c’est que l’on considère que le nombre d’emplois disponibles dans une économie est comparable à un gâteau de taille donnée : si plus de gens veulent participer, il faudrait couper des parts plus petites (réduction du temps de travail par exemple) ou bien exclure certains convives, qui n’auront pas le droit de manger du gâteau, à commencer par les migrants (on l’entend moins pour les femmes aujourd’hui, mais je ne doute pas que certains le pensent encore).

Or, les choses ne marchent pas comme cela : des gens en plus qui participent, ce sont aussi des consommateurs en plus, qui font monter le niveau de l’activité économique et donc les besoins en emplois. Pour filer la métaphore, le système économique a ceci de « magique » que, si vous avez plus d’invités, votre gâteau grossit très rapidement. Toutes les études sur différents pays et différentes périodes le montrent, la migration n’a pas d’effet sur le niveau de chômage. Les seuls qui sont parfois lésés, ce sont en fait les générations précédentes de migrants, pas les natifs…

Sur le point 3, pour le cas français, les migrants rapportent plus qu’ils ne coûtent. Sur l’aspect chômage, ce n’est pas le cas, car ils ont un taux de chômage plus élevé et des salaires plus faibles en moyenne, dont ils reçoivent plus qu’ils ne cotisent. Mais ceci est plus que compensé par les budgets retraites et santé : les migrants sont jeunes, ils ont massivement entre 25 et 50 ans, ils sont donc très nombreux à cotiser pour la retraite mais très peu perçoivent des pensions. Côté santé, ils recourent moins au système de soins que les natifs. Au global, on estime qu’ils contribuent pour 12 milliards d’€ aux budgets publics, soit, en moyenne, 2250€ par immigré.

Sur le point 4, il y a un énorme problème de faisabilité dans le discours « immigration choisie » : qui choisit ? qui est capable d’anticiper les besoins de l’économie à horizon de 5 ans ? On reste dans le mythe d’un planificateur omniscient, qui n’existe pas. Si on passe sur ce problème, les études montrent que l’intérêt de « choisir » ses migrants peut être avantageux à court terme, moins à long terme. A court terme, puisque les migrants que l’on veut choisir sont plutôt des personnes qualifiées, qui vont donc percevoir des salaires plus élevés, leur contribution aux budgets publics sera plus forte que si l’on accueille des personnes à plus faibles qualifications, donc plus souvent au chômage et bénéficiant de salaires plus faibles. Mais à long terme, c’est moins évident : les personnes à plus haut revenu ont une espérance de vie plus longue et recourent plus au système de santé.

J’ai conclu en indiquant que les idées qui circulent sont largement démenties par les études sérieuses consacrées au sujet. Ce qu’aucun politique n’ose dire : certains font de l’immigration la source de tous nos maux, les autres en font un sujet tabou dont on ne parle pas. Je rêve d’entendre un responsable national le clamer haut et fort, j’ai peur que ce ne soit pas demain la veille…

La place des mathématiques en économie

La place des mathématiques dans la recherche et l’enseignement de l’économie fait l’objet de débats récurrents au sein de la discipline, entre chercheurs, enseignants, étudiants.

L’objectif ici n’est pas de revenir sur ce débat et sur le positionnement des différents économistes, mais plutôt de l’ouvrir. Car quand débat il y a, quelle que soit la position des uns et des autres, c’est trop souvent sans regarder comment fonctionnent et comment évoluent, de manière générale, les sciences sociales. De la difficulté de prendre du recul pour faire un meilleur travail d’introspection, en quelques sortes.

Or, Michel Grossetti vient de publier un texte remarquable sur Mondes Sociaux, intitulé « Sciences sociales : quand les instruments et les modèles formels supplantent les objets d’études ». Où l’on découvre des similitudes entre l’histoire des sciences de la parole et celle des sciences économiques. Avec les conséquences évoquées dans le titre…

APB : faites un voeu… bien informé!

Comme chaque année, les lycéens doivent formuler des voeux d’orientation sur APB. Quelques éléments sur la Faculté de Sciences Economiques de l’Université de Poitiers, histoire de chasser quelques idées reçues et aussi parce que nous continuons d’innover !

Qui accueille-t-on ?

Nous avons vocation à accueillir des bacheliers ES et S qui souhaitent s’engager dans des études longues (bac+5). Ces bacheliers représentent cette année près de 90% de nos effectifs de première année de licence (dont 2/3 de bacs ES et 1/3 de bacs S). Leur taux de réussite, pour ceux qui passent l’ensemble des examens, est de 70 à 80%. Le taux de réussite des bacheliers technologiques est de 5 à 10%, celui des bacheliers professionnels est de 0%. Bacs ES et bacs S sont donc clairement notre public cible.

Le Monde a publié un article sur les lycéens qui ne regrettent pas d’avoir mis l’université en voeu 1 sur APB. Pour notre part, 73% des lycéens que nous avons accueilli cette année nous avaient mis en voeu 1, proportion qui dépasse 80% pour les bacheliers avec mention. S’agissant de ces derniers, je signale en passant qu’ils représentent près de 60% de la promotion.

Que propose-t-on ?

A partir de septembre 2015, nous proposons une licence généraliste « économie-gestion », organisée en partenariat avec l’IAE de Poitiers, dont les deux premières années sont communes à l’ensemble des étudiants. En troisième année, les étudiants peuvent poursuivre dans l’un des quatre parcours suivants : économie, gestion, communication ou comptabilité-contrôle-audit. Le premier se déroule à la fac de sciences éco, les trois derniers à l’IAE. Ci-dessous la plaquette de présentation de la licence :

  Nous proposons également, de manière optionnelle, un parcours « enjeux internationaux », composé chaque semestre d’un enseignement de langue (chinois, russe, portugais, allemand, italien) et d’un enseignement de géopolitique. Ci-dessous la plaquette de présentation de ce parcours :

Nos spécificités

Notre « positionnement stratégique » se caractérise par une forte ouverture à l’international. Au-delà du parcours mentionné ci-dessus, les étudiants peuvent partir un semestre ou une année en L3 dans l’une de nos universités partenaires (une quarantaine). Cette année, nous avons commencé à faire partir des étudiants de L2. Ci-dessous la carte de nos partenariats internationaux avec des informations pour chacun d’eux :


Afficher Partenariats internationaux de la faculté de Sciences Economiques de Poitiers sur une carte plus grande

L’autre spécificité de la faculté de sciences économiques de Poitiers concerne les possibilités de stage : stages courts optionnels entre la L1 et la L2 et entre la L2 et la L3 et surtout possibilité d’un stage long, remplaçant tout un semestre de cours, en troisième année de licence du parcours économie. Sauf erreur de ma part, nous sommes la seule licence d’économie à proposer cela.

Après la licence

Les étudiants diplômés de licence peuvent poursuivre dans un des Masters de la fac d’éco ou de l’IAE de Poitiers, ou, bien sûr, dans d’autres Masters d’autres villes universitaires. L’enjeu pour être pris dans un bon master n’est pas de faire sa licence au même endroit, mais d’avoir un bon niveau universitaire et d’avoir su profiter d’expérience de stages et de séjours à l’étranger. Bref, ce que l’on propose !

N’hésitez pas à visiter notre site pour plus d’informations et à venir nous rencontrer lors des Portes Ouvertes que nous organisons demain, samedi 14 février, pour échanger avec enseignants et étudiants.

L’avenir des Sciences Economiques à l’Université en France

Pierre-Cyrille Hautcoueur vient de remettre son rapport sur « l’avenir des sciences économiques à l’Université en France » à Geneviève Fioraso. Le rapport complet est téléchargeable ici. J’avais été auditionné par la commission, pour évoquer les innovations introduites à la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers (voir ici pour quelques éléments), certaines ayant pas mal diffusé (notamment lors des JECO).

Je viens de parcourir le résumé et les vingt propositions, elles me vont très bien. Je les reprends ici sans plus de commentaire, n’hésitez pas à réagir pour alimenter le débat.

Résumé

Le rapport dresse une analyse critique de la recherche et de l’enseignement supérieur en économie en France et un portrait statistique des étudiants et des enseignants-chercheurs. Il établit un grand nombre de propositions de réforme groupées en quatre parties distinctes.

1) Pour une formation centrée sur les étudiants et adaptée aux enjeux du monde contemporain

L’ambition est de proposer aux étudiants de premier cycle une formation pluri-disciplinaire, avec spécialisation progressive, et plus tournée vers la compréhension des faits et des institutions économiques. La pédagogie doit être revalorisée et plus innovante. Les étudiants doivent apprendre à maîtriser la construction et l’analyse critique des bases de données et indicateurs statistiques, être en mesure de comprendre et utiliser les différentes approches au sein de la discipline, et se confronter aux autres disciplines pour prendre conscience des limites des approches économiques.

2) Pour une recherche ouverte, internationale et innovante

Il est nécessaire de remédier aux dérives d’une évaluation unimodale de la recherche qui peut décourager les prises de risques scientifiques, les projets et publications interdisciplinaires et les études en prise directe avec les questions sociales et politiques. La communauté des économistes doit mieux préciser les critères de déontologie et de réplication des études aux conclusions politiques. Les commandes publiques d’évaluation doivent inclure des critères de transparence et de publicité.

3) Pour une gestion des carrières des enseignants-chercheurs

Il est souhaitable que les sciences économiques s’alignent sur la majorité des disciplines et que les universités puissent ainsi recruter des professeurs sans passer par le concours d’agrégation, qui ne deviendrait qu’une option possible parmi d’autres. Les critères de promotion au grade de professeur doivent être plus larges que ceux qui prévalent actuellement pour le concours d’agrégation, notamment en valorisant pleinement l’enseignement. Une modulation de service, pluri-annuelle et variable au cours de la carrière, et des décharges de services pour le développement de nouveaux cours et contenus permettraient une meilleure implication dans l’enseignement. Les universités doivent mettre en place une véritable politique de ressources humaines et de suivi des carrières. Le financement de la recherche par projet doit être réformé pour mettre fin aux contrats précaires.

4) Pour une réflexion critique informée sur la discipline

Les étudiants, les employeurs et les enseignants-chercheurs souffrent d’un manque d’information statistique sur la filière sciences économiques, ses débouchés, ses carrières. Il appartient au Ministère et aux universités d’effectuer un travail régulier et important pour que les débats sur les carrières universitaires et extra universitaires soient mieux informés et que les parcours et l’insertion des étudiants soient mieux connus afin de faciliter les orientations. Une réflexion sur l’enseignement et la circulation des contenus pédagogiques est nécessaire et peut être menée par l’Association française de science
économique en lien avec les multiples associations représentant les différents champs ou différentes approches de la discipline. La connaissance de l’histoire et de l’épistémologie de la discipline doit également être acquise au sein de la formation.

Propositions

1. Renforcer le caractère pluridisciplinaire du premier cycle et organiser une spécialisation progressive en économie.

2. Favoriser la construction et la critique des données et des faits stylisés par les étudiants dès le premier cycle, au sein des cours d’une part, et en les associant, en tant qu’assistants, à des projets de recherche d’autre part.

3. Donner une plus grande place à l’histoire, aux faits et au fonctionnement des institutions dans l’enseignement en économie.

4. Faciliter l’intégration des docteurs dans les corps de l’État et leur recrutement par les administrations publiques.

5. Élargir les critères d’évaluation de la recherche et prendre en compte différents supports et formats.

6. Renforcer les infrastructures de recherche sur les données et inciter les administrations et les établissements publics à mettre, via ces infrastructures, leurs données à la disposition des chercheurs, selon des modalités compatibles avec le respect de la vie privée.

7. Imposer aux organisations publiques de publier les évaluations des politiques publiques effectuées sur appel d’offre et de favoriser la réplication de ces évaluations.

8. Préciser les potentiels conflits d’intérêt des enseignants-chercheurs dans les publications, enseignements et rapports d’évaluation.

9. Faciliter les doctorats et projets interdisciplinaires en leur réservant un financement particulier et un mode de qualification adapté.

10. Éviter que les restrictions sur l’accréditation des masters défavorisent l’interdisciplinarité et l’innovation pédagogique.

11. Revaloriser les salaires des enseignants-chercheurs, notamment des maîtres de conférences, en particulier pour faciliter la circulation entre les classes préparatoires des lycées et l’Université et pour éviter la dispersion des activités des enseignants-chercheurs.

12. Permettre aux universités d’ouvrir librement des postes de professeur (supprimer l’agrégation du supérieur comme mode prioritaire de recrutement).

13. Permettre la modulation de services, modifiable au cours de la carrière, entre enseignement et recherche, dans le cadre d’une véritable gestion des carrières.

14. Valoriser l’enseignement et la recherche conjointement et au même niveau dans les recrutements et traitements.

15. Inciter à l’innovation pédagogique, notamment à travers les supports de cours, en dotant les enseignants de décharges temporaires de service.

16. Faire du CNRS une institution finançant principalement, en sciences économiques, des infrastructures de recherche, des contrats post-doctoraux et des délégations temporaires d’enseignants-chercheurs titulaires.

17. Simplifier et harmoniser les dossiers de candidature entre l’ANR et les agences européennes de financement et permettre à ces subventions de financer des contrats doctoraux ou des CDI.

18. Imposer aux universités et au Ministère de publier les statistiques sur les parcours et les débouchés des étudiants et sur les carrières des enseignants-chercheurs pour la discipline sciences économiques.

19. Aider les différentes associations professionnelles à coopérer, notamment par le rapprochement entre l’Association française de science économique et l’Association française d’économie politique.

20. Constituer un lieu de réflexion et de diffusion (revue et congrès annuel) sur la pédagogie en économie, et plus largement sur les transformations de la discipline.

L’élection de Miss France : une activité ludo-éducative…

 

Ce soir c’est le concours Miss France. Concours de beauté. Un concours de beauté consiste à désigner la plus belle des Miss. Imaginons que vous puissiez gagner un prix : ceux qui désignent la Miss qui sera élue se partagent une somme considérable, sachant que la Miss élue sera celle qui aura collecté le plus de suffrages des votants.

Rapport avec l’économie plutôt étroit. Puisque la Miss qui va gagner est celle qui aura obtenu le plus de suffrages, l’enjeu pour vous n’est pas de trouver celle que vous considérez comme la plus belle (vu vos goûts de chiottes, vous allez perdre), mais celle que la majorité des votants considérera comme étant la plus belle.

Jeu complexe, auquel on peut s’amuser avec des étudiants, de la façon suivante : plutôt que de désigner une Miss, demandons de désigner un nombre entier compris entre 0 et 100. Le vainqueur est celui qui aura choisi l’entier le plus proche de la moitié de la moyenne de l’ensemble des entiers proposés.

Pour l’avoir fait à plusieurs reprises, on obtient des choses intéressantes : i) certains ont du mal à comprendre ces quelques règles, répondent au hasard, donnent leur chiffre préféré ou que sais-je encore, ii) d’autres comprennent qu’il faut anticiper les choix des autres joueurs, font l’hypothèse que les autres jouent au hasard, que la moyenne des nombres proposés sera de 50, ils proposent donc la moitié de 50, soit 25, iii) d’autres anticipent un peu plus, se disent que tous vont développer le raisonnement précédent, que tous vont proposer 25, ils proposent donc 12 ou 13, iv) certains (rarement) vont un cran plus loin, pour proposer 6 ou 7, v) exceptionnellement, un étudiant propose 3, 1, ou 0…

L’ensemble des étudiants pourrait se partager la somme considérable que je leur propose, donc tous gagner, en proposant tous 0. Mais ceci repose sur l’hypothèse héroïque que tous les étudiants déroulent le raisonnement jusqu’à la fin, et surtout que tous supposent que tous les autres étudiants vont dérouler le même raisonnement qu’eux jusqu’à la fin (sachant qu’ils ne peuvent communiquer entre eux : il s’agit d’un jeu non coopératif).

Jeu terrible, donc, qui permet par exemple de faire comprendre aux étudiants une proposition fameuse relative au fonctionnement des marchés financiers (je vous laisse trouver l’auteur) : on ne peut pas gagner contre le marché.

Peut-on sortir de ce type de situation infernale ? Oui, répond un autre économiste (je vous laisse trouver son nom, je suis joueur). Modifions un peu les règles du jeu pour faire comprendre son raisonnement : il vous faut toujours trouver un nombre entier compris entre 0 et 100. Pour gagner, il vous faut désigner le nombre qui sera désigné par la majorité des joueurs (plutôt que des nombres, on peut demander d’écrire sur une feuille un prénom, une ville, une fleur, ce que vous voulez).

En jouant au hasard, vous êtes sûr de perdre. Mais si vous vous dites que tous les autres joueurs connaissent les mêmes règles du jeu, ça converge assez vite : certains proposent 0, d’autres 100, la majorité proposent 50. Alors que 101 choix étaient possibles, seuls 3 sont retenus. Quand j’ai demandé aux étudiants de désigner une ville plutôt qu’un nombre, sachant que j’enseigne à Poitiers, une bonne partie a choisi Poitiers, une autre partie a choisi Paris. Alors que l’ensemble des possibles est immense. Bref, vous avez compris : quand il s’agit de deviner ce que les autres vont proposer, autant s’en remettre à ce que l’économiste dont je vous parlais appelle des « points saillants ». Sans jamais se coordonner, alors même que l’ensemble des possibles peut être immense, on peut gagner, car les « points saillants » sont peu nombreux, même si l’ensemble de référence est grand.

Application possible aux marchés financiers, une fois de plus : on ne peut pas gagner contre les marchés, mais un peu quand même, si on identifie les « points saillants » en vigueur sur ces marchés. Genre, fin des années 2000, « les bonnes entreprises sont des entreprises de la nouvelle économie ». Peu importe que vous y croyez, si vous considérez qu’il s’agit d’un « point saillant », vous pouvez gagner. Surtout du côté d’Orléans.

Ce soir, si vous regarder le concours Miss France, donc, ne vous demandez pas quelle est la plus belle. Demandez-vous quels sont les points saillants autour desquels vont converger les votes du public, qui vont les faire voter pour telle ou telle. Ou encore mieux : faites autre chose.

La situation économique de Poitou-Charentes

Je serai sur le plateau de France 3 Poitou-Charentes ce soir, à 19 heures, pour évoquer la situation économique de notre région, ses atouts, ses faiblesses, etc., dans le cadre du 19/20.

Intervention qui devrait durer plus de dix secondes, visible quelque part ici en suite.