Et le cumul des mandats, au fait?

Nouveau petit travail sur les données par député du site NosDéputés.fr (épisode 1 ici, épisode 2 là), en se focalisant cette fois sur la question du cumul des mandats. L’idée est la suivante : quelles sont les caractéristiques des députés qui influent sur leur tendance à cumuler plusieurs mandats?

Pour répondre à cette question, j’ai d’abord fusionné la base des députés actuels et celle des députés de la législature précédente, afin d’avoir plus d’observations et de mettre en évidence d’éventuelles différences (j’ai bien sûr repéré les doublons, c’est-à-dire les députés présents sur les deux périodes, pour ne pas les compter deux fois). J’ai ensuite construit une variable « cumulard », égale à 1 si le député en question détient plus d’un mandat et à 0 sinon.

D’où ce premier petit tableau :

(%) 2007-2012 2012- Total
non cumulard 14.5 16.6 15.5
cumulard 85.5 83.5 84.5
Total 100.0 100.0 100.0

En moyenne, 84,5% de cumulards… Très légère baisse pour la « promo » en cours…

J’ai ensuite testé un petit modèle (modèle probit binaire), avec, comme variable explicatives : i) le sexe, ii) l’âge (et l’âge au carré en cas de relation non linéaire), iii) une variable « député 2012 » pour différencier la législature actuelle de la précédente, iv) une variable « sortant » pour identifier les députés réélus, v) une variable « Ile de France », pour différencier les députés de la capitale des autres députés, vi) le groupe d’appartenance, avec comme groupe de référence le groupe SRC.

L’enjeu est de voir si certaines variables influent sur la probabilité de cumuler. Résultats :

effet marginal
homme 5.80% **
age 2.74% ***
age² -0.02% ***
député 2012 1.53%
sortant 4.90% *
idf 0.17%
src modalité de référence
ecolo -26.84% ***
gdr -2.10%
nc 7.77%
rrdp 9.03%
udi -3.51%
ump 2.80%
autres -35.29% ***
nb. Obs 903
LR Chi2(13) 65.33 ***

Commentaires (seules les variables étoilées sont significatives, d’autant plus qu’il y a d’étoiles) :

* le fait d’être un homme plutôt qu’une femme augmente la probabilité de cumuler de 5,8 points de pourcentage. Effet de genre, donc,

* l’âge joue également, mais de manière non linéaire : le signe négatif devant la variable « age au carré » signifie qu’on a une courbe en cloche, autrement dit que la probabilité de cumuler augmente avec l’âge jusqu’à un certain seuil, puis diminue ensuite. Compte-tenu de la valeur des coefficients, on peut calculer le point de retournement : en l’occurrence, 57,4 ans (j’ai arrondi les coefficients dans le tableau, on trouve ce point de retournement avec les valeurs exactes),

* pas de différence significative entre nouvelle promo et ancienne promo. En revanche, le fait d’être sortant augmente de près de 5 points de pourcentage la probabilité de cumuler,

* pas d’effet géographique Ile de France. J’ai en revanche testé une autre version du modèle avec une variable par région, deux « régions » ressortent, avec un effet négatif sur la probabilité de cumuler : les députés « Français hors de France », qui réduisent de plus de 60% la probabilité de cumuler (hypothèse d’interprétation politiquement incorrecte : on a casé là des gens inéligibles ailleurs) et les députés de Poitou-Charentes, qui réduisent cette même probabilité de plus de 20% (hypothèse d’interprétation évidente : les picto-charentais sont des gens biens),

* s’agissant des groupes d’appartenance, effet significatif d’appartenir à un « autre groupe », qui est un groupe hétérogène, composé des non inscrits et de députés dont l’appartenance à un groupe n’est pas renseignée dans la base. Difficile à interpréter, donc. En revanche, un autre effet très significatif est le fait d’appartenir au groupe écolo, avec une baisse de près de 27 points de pourcentage de la probabilité de cumuler. Aucune différence significative entre les autres groupes.

Conclusion définitive : ça manque de jeunes femmes écolos picto-charentaises, dans l’hémicycle…

PS : sur le sujet du cumul des mandats, lecture incontournable découverte via un commentaire d’un précédent billet (merci Gabriel!), cet Opus de Laurent Bach.

Le travail des députés : des compléments

Complément à mon billet d’hier, sur la base d’autres statistiques disponibles sur le site NosDéputés.fr (merci à Philippe Bonnet pour le lien). Certains m’ont fait remarqué à juste titre que l’activité des députés ne se limitait pas à participer aux votes publics, ils participent à des commissions, posent des questions écrites ou orales, interviennent dans l’hémicycle, déposent des propositions de lois, amendements, etc.

Le site NosDéputés.fr permet très facilement de récupérer des éléments statistiques, par député, pour la législature en cours, comme pour la précédente (2007-2012). On ne peut pas faire de statistiques par jour, mais on peut calculer le nombre de semaines de présence des députés dans l’hémicycle, ou encore le nombre de présence en commission, etc. Voici quelques premiers résultats :

(par mois) moyenne médiane
semaines de présence 2.8 2.9
présence en commission 5.1 4.8
questions écrites ou orales 4.6 1.9
interventions en hémicycle 16.1 3.4

Précisions sur les statistiques « semaines de présence » : pour qu’une semaine soit comptabilisée ainsi, il suffit que le député soit présent au moins l’un des jours de cette semaine. Comptabilisation large, donc. A contrario, la seule présence physique ne suffit pas, il faut avoir été en commission, ou être intervenu dans l’hémicycle, etc. Au total, il s’avère que les députés sont grosso modo à mi-temps. On note également le décalage entre moyenne et médiane pour les deux derniers items, signe de distributions asymétriques : quelques députés trustent les questions et les interventions.

Pour approfondir l’analyse, je me suis concentré sur les semaines de présence et les présences en commission, en distinguant selon le groupe d’appartenance des députés. Résultats en image, d’abord :

Les écolos semblent les plus assidus, notamment en semaine. Pour confirmer et approfondir encore, j’ai testé deux petits modèles, avec comme variable expliquée les semaines de présence par mois et les présences en commission par mois, et comme variables explicatives : i) le sexe, ii) l’âge, iii) le fait d’être un nouveau député non cumulard, iv) le groupe d’appartenance. Résultats :

semaines par mois commission par mois
Coef. p-value Coef. p-value
homme -0.02 0.80 -0.11 0.64
age -0.01 0.00 *** -0.02 0.09 *
non cumulard 0.09 0.19 0.30 0.25
src modalité de référence
ecolo 0.32 0.04 ** 0.60 0.30
gdr -0.36 0.03 ** -2.01 0.00 ***
ni -0.32 0.21 -2.49 0.01 ***
rrdp -0.29 0.06 * -1.27 0.03 **
rump -0.33 0.00 *** -1.41 0.00 ***
udi -0.32 0.01 *** -1.38 0.00 ***
ump -0.21 0.00 *** -1.25 0.00 ***
constante 3.39 0.00 *** 6.77 0.00 ***
0,0951 0,1103
nb obs. 573 573

L’âge des députés joue négativement sur leur présence en semaine, comme en commission. Plus on est vieux, moins on est là. Pas d’effet de genre. Pas d’effet « cumul des mandats ». Pas mal d’effets de groupe d’appartenance : par rapport au groupe SRC (qui comprend notamment tous les députés PS), les écolos sont significativement plus présents en semaine, tous les autres groupes sont significativement moins présents. Pour la présence en commission, les écolos ne sont pas plus présents que les SRC, tous les autres groupes sont moins présents. Pour finir : les résultats pour UMP et RUMP sont très proches…

Les dures semaines des députés…

(sur une idée originale de @Bank_Able)

A quoi ressemble la vie de nos députés ? Pour m’en faire une idée, je suis allé sur le site de l’Assemblée Nationale, j’ai récupéré les résultats des votes aux scrutins publics ordinaires pour 2010, 2011 et 2012 et j’ai fait un peu de statistiques.

Genre : sachant qu’il y a quelque chose comme 577 députés, quelle est la proportion de votants par année? Résultat : 42% en moyenne en 2010, 45% en 2011, 35% en 2012. Si on regarde l’ensemble des votes sur l’ensemble des années, la médiane est à 22% : la moitié des scrutins avec moins de 22% de votants, la moitié de scrutin avec plus de 22% de votants. Ça sèche dur, quand même…

Autre question, plus rigolote : quelle proportion de votants par jour de la semaine ? Résultat en image :

En ordonnée, le pourcentage de votants. En abscisse, les jours de la semaine (1=lundi, 2=mardi, 3=mercredi, etc.). Chaque boîte synthétise différentes valeurs : le trait inférieur représente le premier décile, le trait supérieur le neuvième décile, la partie basse du rectangle, le premier quartile, la partie haute, le troisième quartile, le trait dans le rectangle, c’est la médiane.

Le lundi et le vendredi, ça bosse pas trop, pour pas dire pas du tout. Le jeudi, pas trop non plus. Le mercredi, ça dépend, mais la médiane est autour de 20%. En revanche, le mardi, c’est top : médiane à plus de 80%.

La prochaine fois que vous croisez votre député, qu’il vous demande comment ça va, répondez-lui : ça va comme un mardi. Il comprendra.