L’Edge Computing constitue une évolution importante introduite avec la 5G. Son principe paraît simple : plutôt que d’envoyer systématiquement les données d’une application vers un serveur situé dans un cloud central, une partie des traitements peut être réalisée dans une infrastructure informatique située plus près de l’utilisateur.
Cette proximité peut réduire la latence, raccourcir le chemin suivi par les données dans le réseau et améliorer l’expérience utilisateur. Le principe devient particulièrement intéressant pour des applications telles que la réalité étendue (XR), le cloud gaming, les applications industrielles, les véhicules connectés ou encore certaines applications utilisant l’intelligence artificielle.
Mais rapprocher les serveurs des utilisateurs introduit un nouveau problème : dans une architecture cloud classique, une application peut connaître à l’avance le serveur sur lequel elle doit se connecter. Dans un environnement Edge, il peut au contraire exister plusieurs instances du même service, déployées dans différents sites géographiques.
Le serveur optimal pour un utilisateur situé à Poitiers n’est donc pas nécessairement celui qu’il devra utiliser quelques minutes plus tard s’il se déplace vers Tours.
Il faut pouvoir déterminer :
- quels environnements Edge sont accessibles ;
- quels services y sont disponibles ;
- quel serveur Edge convient à l’application ;
- comment exploiter les informations fournies par le réseau 5G ;
- et éventuellement comment changer de serveur lorsque l’utilisateur se déplace, sans interrompre son service.
C’est précisément l’un des objectifs de l’architecture EDGEAPP, spécifiée par le 3GPP dans la TS 23.558.
Le 3GPP définit EDGEAPP comme une architecture de couche applicative destinée à permettre le déploiement et l’utilisation d’applications Edge au-dessus des réseaux 3GPP. Elle complète donc les mécanismes Edge du réseau 5G définis dans la TS 23.548.
L’objectif de cet article est de comprendre cette architecture de bout en bout.
1. Pourquoi une architecture spécifique pour les applications Edge ?
Imaginons une application de réalité augmentée. La caméra d’un terminal capture une scène. L’application transmet certaines données à un serveur qui réalise des traitements complexes : reconstruction de la scène, reconnaissance d’objets, génération d’éléments graphiques ou inférence par intelligence artificielle.
Avec un cloud central, le chemin pourrait être schématiquement : UE transmet ses données au gNB vers l’UPF jusqu’au serveur applicatif dans le cloud
Une partie importante de la latence provient du transport des données jusqu’au centre de données. Avec l’Edge Computing, le serveur applicatif peut être rapproché du réseau d’accès. Mais le service peut disposer de plusieurs serveurs, l’un sur Paris, l’autre sur Bordeaux, un autre sur Lyon et un dernier sur Marseille ou Malestroit.
Cette sélection ne dépend pas uniquement de la distance géographique. Elle peut également prendre en compte la topologie du réseau, les ressources disponibles, la zone de service, les caractéristiques de l’application et les politiques du fournisseur Edge.
Deux problématiques complémentaires apparaissent alors :
- La découverte applicative : comment le terminal identifie-t-il les environnements Edge et les serveurs capables de fournir le service demandé ?
- La connectivité réseau : comment le système 5G permet-il d’acheminer les paquets vers les ressources Edge sélectionnées ?
Le terminal doit donc pouvoir découvrir une instance du service appropriée à son contexte, en fonction de sa localisation, de la topologie réseau et des caractéristiques du service.
2. Architecture générale EDGEAPP
L’architecture EDGEAPP, définie par le 3GPP dans la spécification TS 23.558, permet à une application exécutée sur un terminal mobile d’accéder à des services hébergés à la périphérie du réseau (Edge Computing).
L’architecture repose sur cinq entités complémentaires.
Le terminal utilisateur (UE) héberge :
- l’Application Client (AC)
- l’entité Edge Enabler Client (EEC).
Le réseau Edge (EDN) héberge :
- l’entité Edge Application Server (EAS)
- l’entité Edge Enabler Server (EES).
Enfin, l’entité Edge Configuration Server (ECS) fournit les informations permettant au terminal de découvrir les environnements Edge disponibles.
Le principe consiste à séparer les échanges applicatifs des mécanismes nécessaires à leur établissement. L’architecture distingue donc deux niveaux.
- La couche applicative assure les échanges entre l’AC et l’EAS. Elle fournit le service effectivement utilisé : jeu vidéo, réalité augmentée, application industrielle ou traitement d’intelligence artificielle.
- La couche Edge Enabler Layer (EEL) facilite l’accès à ces services. Elle regroupe les entités fonctionnelles EEC, EES et ECS, qui interviennent dans la configuration de l’environnement Edge, la découverte des serveurs applicatifs et certaines procédures de continuité de service.
2. Deux architectures complémentaires : EDGEAPP et 5GC
La TS 23.558 (EDGEAPP) définit les mécanismes applicatifs de découverte, de configuration et de continuité.
La TS 23.548 décrit les mécanismes du système 5G permettant la sélection du chemin utilisateur, l’utilisation d’un UPF local, l’identification des points d’accès aux réseaux de données par les DNAI et la découverte DNS des serveurs applicatifs.
3. Les fonctions du EDGEAPP
3.1 AC – Application Client
L’Application Client est l’application présente dans le terminal.
Il peut s’agir par exemple d’une application :
- XR ;
- cloud gaming ;
- industrielle ;
- automobile ;
- multimédia ;
- d’intelligence artificielle.
L’AC communique avec son serveur applicatif. L’AC est une application téléchargée d’un store (Google Play, Apple Store).
L’AC échange les données nécessaires à son fonctionnement avec un serveur applicatif, appelé Edge Application Server (EAS).
Cependant, l’AC n’a pas nécessairement connaissance des mécanismes permettant de découvrir l’infrastructure Edge. Il peut s’appuyer sur l’EEC pour identifier un serveur adapté à ses besoins.
L’interface EDGE-5 gère les interactions entre l’AC et l’EEC.
3.2 Entité EEC – Edge Enabler Client
L’entité Edge Enabler Client est située dans le terminal. Elle joue un rôle central dans l’accès aux services Edge.
L’entité EEC participe :
- au service provisioning ;
- à l’enregistrement auprès d’une entité EES ;
- à la découverte des serveurs EAS ;
- à certaines procédures de continuité de service.
Un terminal peut contenir plusieurs entités EEC. Une même entité EEC peut également communiquer avec plusieurs entités EES.
L’entité EEC utilise principalement deux interfaces : EDGE-4 pour communiquer avec l’entité ECS et EDGE-1 pour communiquer avec l’entité EES.
3.3 L’entité ECS – Edge Configuration Server
L’entité Edge Configuration Server intervient en amont de la découverte des applications.
Son rôle principal est de fournir à l’entité EEC les informations de configuration nécessaires pour accéder à un environnement Edge approprié, l’identification du réseau EDGE -EDN, sa zone de service et les informations permettant de joindre un ou plusieurs entités EES.
Le service provisioning permet précisément de configurer l’entité EEC avec les informations relatives aux services Edge disponibles en fonction :
- de la localisation de l’UE ;
- des besoins du service ;
- des préférences ;
- de la connectivité.
Une entité ECS peut prendre en charge plusieurs réseaux EDN et fournir à l’entité EEC les informations relatives à plusieurs entités EES.
Il ne faut donc pas confondre l’entité ECS et l’entité EES : la première permet de découvrir et de configurer l’accès à l’environnement Edge, tandis que la seconde facilite la découverte des applications hébergées dans cet environnement.
3.4 Entité EES – Edge Enabler Server
L’entité Edge Enabler Server est déployée dans l’environnement Edge.
Il fournit aux entités EEC les fonctions nécessaires à l’utilisation des services Edge.
L’entité EES connaît les serveurs EAS qui lui sont associés. Les serveurs EAS peuvent s’enregistrer auprès de l’entité EES avec leurs informations de disponibilité, y compris certaines contraintes temporelles ou géographiques. Il permet ensuite à l’entité client EEC de découvrir un serveur EAS.
On peut donc considérer l’entité EES comme un point d’entrée vers les services applicatifs d’un environnement Edge. Mais son rôle va au-delà d’un simple annuaire : il intervient également dans l’exposition de capacités réseau, certaines demandes de QoS et la continuité de service.
3.5 Le Serveur EAS – Edge Application Server
L’Edge Application Server constitue le serveur applicatif avec lequel l’Application Client communique.
Plusieurs instances d’un même service peuvent être déployées dans différents réseaux EDN. Chacune peut posséder ses propres caractéristiques, sa zone de service et ses conditions de disponibilité.
Le serveur EAS peut également exploiter certaines capacités du réseau 3GPP, directement lorsque les conditions de confiance le permettent, par l’intermédiaire de l’entité EES ou au moyen des fonctions d’exposition du réseau, telles que la NEF.
3.6. L’Edge Data Network : où sont hébergées les applications ?
L’EDN – Edge Data Network correspond au réseau de données dans lequel les ressources Edge sont accessibles.
Il peut héberger une ou plusieurs entités EES et plusieurs serveurs EAS. Un fournisseur Edge peut ainsi proposer différents services applicatifs au sein d’un même EDN.
L’EDN constitue donc l’environnement réseau dans lequel les applications Edge sont déployées et rendues accessibles aux terminaux.
4. Les interfaces EDGEAPP
Pour permettre à ces fonctions de coopérer, la spécification TS 23.558 définit plusieurs points de référence appelés EDGE-1 à EDGE-9
L’interface EDGE-1 permet l’enregistrement/désenregistrement de l’EEC, la récupération d’informations de configuration EAS, la découverte des EAS et certaines procédures de continuité de service.
L’interface EDGE-2 relie l’Edge Enabler Server (EES) aux fonctions du cœur de réseau 3GPP. Elle permet à l’entité EES d’accéder aux capacités réseau exposées par l’opérateur, par exemple pour obtenir des informations de localisation ou interagir avec des mécanismes de QoS et d’influence sur le routage du trafic. Selon le modèle de déploiement, ces interactions peuvent passer par le NEF, qui expose certaines capacités du 5GC aux applications autorisées, ou utiliser des interfaces directes lorsque l’entité EES appartient au domaine de confiance de l’opérateur.
L’interface EDGE-3 permet l’enregistrement des EAS, la découverte d’un EAS cible lors d’une relocalisation, l’accès à certaines informations réseau et des opérations relatives à la QoS et à la continuité.
L’interface EDGE-4 permet à l’entité EEC de récupérer les environnements Edge auxquels il peut accéder auprès de l’entité ECS; A partir de ces informations, l’entité EEC pourra contacter les entités EES appropriées. Cette interface intervient donc en amont de la découverte des EAS.
L’interface EDGE-5 permet à l’application de s’enregistrer auprès de l’entité EEC, de demander la découverte d’un EAS, de déclencher une procédure de relocalisation du contexte applicatif (ACR) ou de s’abonner aux services proposés par l’EEC.
L’interface EDGE-6 permet à une entité EES de s’enregistrer auprès de l’entité ECS avec les informations correspondantes. L’entité EES peut évidemment se désenregistrer ou récupérer des informations concernant un EES cible (Target EES, T-EES).
Les interfaces EDGE-7 et EDGE-8 permettent de communiquer avec le cœur de réseau.
L’interface EDGE-9 permet la coopération entre plusieurs entités EES.
5. Comment un terminal découvre-t-il son environnement Edge
Lorsqu’un utilisateur démarre une application compatible Edge, plusieurs opérations peuvent être nécessaires avant que l’AC communique avec son serveur applicatif.
- Découverte de l’ECS : c’est le premier problème de la phase d’initialisation qui permet à l’EEC de savoir quel ECS contacter pour commencer à utiliser EDGEAPP.
- Service Provisioning : L’ECS fournit les informations relatives aux environnements Edge et aux EES appropriés.
- EEC Registration : L’EEC s’enregistre auprès de l’EES sélectionné si cet enregistrement est requis.
- EAS Discovery : L’EEC interroge l’EES afin de découvrir un serveur applicatif correspondant aux besoins de l’AC.
- Communication applicative : L’AC peut commencer ses échanges avec l’EAS découvert.
5.1. Première étape : découvrir l’ECS
Avant de demander les informations relatives aux environnements Edge, l’EEC doit savoir quel ECS contacter.
La TS 23.558 prévoit plusieurs possibilités pour obtenir ses informations de configuration. Elles peuvent être préconfigurées dans l’EEC, fournies par une application compatible Edge, renseignées par l’utilisateur ou provisionnées par l’opérateur au travers du système 5G.
Les informations peuvent comprendre une URI, un FQDN, une adresse IP ou encore l’identifiant du fournisseur ECS.
Une possibilité particulièrement intéressante consiste à obtenir l’adresse de l’ECS directement auprès du réseau 5G.
Comment le 5GC peut-il fournir l’adresse de l’ECS ?
La TS 23.548 prévoit un mécanisme appelé ECS Address Provisioning.
Lors de l’établissement d’une session PDU, un terminal compatible peut indiquer sa capacité à recevoir des informations de configuration ECS et à les transmettre à son EEC.
Le SMF peut alors fournir ces informations au terminal au moyen des PCO (Protocol Configuration Options), lors de l’établissement ou de la modification de la session PDU.
Les informations fournies peuvent être associées à certaines conditions de validité, notamment géographiques.
Cette procédure permet au réseau 5G de contribuer à la découverte de l’infrastructure Edge. Elle n’est toutefois pas l’unique méthode de configuration de l’ECS.
5.2. Deuxième étape : le Service Provisioning
Une fois l’ECS identifié, l’EEC peut demander les informations nécessaires pour accéder à un environnement Edge.
Cette opération, appelée Service Provisioning, permet d’obtenir les informations relatives aux EDN et aux EES appropriés.
L’ECS peut tenir compte de plusieurs paramètres : le profil de l’Application Client, la localisation du terminal, les besoins du service, la connectivité disponible et les politiques du fournisseur Edge.
Les zones de service
La proximité d’un serveur Edge ne se résume pas à une distance géographique.
EDGEAPP distingue plusieurs zones de service :
- L’EDN Service Area définit la zone depuis laquelle l’accès à un EDN est autorisé.
- L’EES Service Area correspond à la zone de service d’un EES. Elle est égale ou incluse dans celle de l’EDN.
- L’EAS Service Area définit la zone de service d’un EAS. Elle est égale ou incluse dans celle de l’EES qui le dessert.
Ces zones peuvent être exprimées à partir d’informations géographiques ou topologiques, selon leur nature.
Un serveur géographiquement proche du terminal n’est donc pas nécessairement éligible. Il faut également qu’il soit accessible dans la zone considérée et qu’il puisse fournir le service demandé.
Le rôle du fournisseur Edge
Le fournisseur de services Edge, ou ECSP (Edge Computing Service Provider), peut être l’opérateur mobile lui-même ou un fournisseur tiers.
Un opérateur peut conclure des accords avec plusieurs ECSP et un ECSP peut travailler avec plusieurs opérateurs.
L’ECS est configuré selon la politique de Service Provisioning de l’ECSP. Le 3GPP définit le cadre permettant d’appliquer cette politique, mais ne spécifie pas son contenu détaillé.
5.3. Deux modèles de Service Provisioning
La TS 23.558 prévoit deux modèles de fonctionnement : Request/Response et Subscribe/Notify.
- Request/Response Une demande ponctuelle
L’EEC interroge l’ECS pour obtenir les informations de configuration nécessaires. L’ECS retourne les informations correspondant à la demande. L’EEC peut ensuite conserver certaines informations reçues pendant leur durée de validité afin d’éviter de répéter inutilement la procédure.
- Subscribe/Notify Une mise à jour sur événement
L’EEC peut s’abonner aux notifications de l’ECS afin d’être informé lorsque des changements justifient une nouvelle configuration.
Par exemple, le 5GC peut signaler un changement du chemin utilisateur. À partir d’un nouveau DNAI, l’ECS peut déterminer que d’autres EES sont devenus plus appropriés et en informer l’EEC.
Le second modèle présente un intérêt particulier pour les applications mobiles. Le terminal n’a pas besoin d’interroger constamment l’ECS pour savoir si son environnement Edge est toujours approprié.
- Enregistrement et découverte du serveur applicatif
Après le Service Provisioning, l’EEC dispose des informations lui permettant de contacter un ou plusieurs EES.
Il reste à déterminer quel serveur applicatif pourra fournir le service demandé.
6.1. L’enregistrement de l’EEC
L’EEC peut effectuer une procédure d’enregistrement auprès de l’EES sélectionné.
Cet enregistrement permet de fournir à l’EES les informations nécessaires à certains services Edge. Il n’est cependant pas systématiquement obligatoire : la procédure générale prévoit que l’EEC s’enregistre lorsque le profil de l’EES indique que cet enregistrement est requis.
Il convient de distinguer trois types d’enregistrement dans l’architecture : l’enregistrement de l’EEC auprès de l’EES, celui de l’EAS auprès de l’EES et celui de l’EES auprès de l’ECS.
6.2. L’enregistrement des EAS
Pour répondre aux demandes de découverte, l’EES doit disposer d’informations concernant les serveurs applicatifs disponibles.
Les EAS peuvent donc s’enregistrer auprès de l’EES par l’interface EDGE-3.
Ils transmettent leurs informations de disponibilité, leurs caractéristiques et certaines contraintes géographiques ou temporelles.
L’EES dispose ainsi des informations nécessaires pour identifier les EAS susceptibles de répondre aux demandes des EEC.
6.3. EAS Discovery : trouver le serveur applicatif
À ce stade, l’EEC connaît l’ECS, dispose des informations relatives à l’EDN et sait quel EES contacter.
Il lui reste à découvrir un EAS correspondant au service demandé par l’Application Client.
L’EEC envoie une demande de découverte à l’EES via EDGE-1. L’EES identifie les EAS correspondant aux critères de la demande et retourne les informations nécessaires pour les joindre.
L’EEC peut alors transmettre à l’AC les informations dont il a besoin.
L’application dispose désormais des éléments nécessaires pour communiquer avec son serveur applicatif.
- Comment le réseau 5G achemine-t-il les paquets vers l’Edge ?
La découverte d’un EAS ne suffit pas à garantir un chemin réseau approprié.
Il faut également que le trafic de la session PDU puisse être acheminé vers le réseau de données hébergeant le serveur applicatif.
La TS 23.548 définit plusieurs modèles de connectivité Edge permettant au système 5G de répondre à cette problématique.
7.1. Session Breakout et UPF local
Dans une architecture de Session Breakout, certains flux de la session PDU peuvent être dirigés vers un UPF local afin d’accéder à un EDN.
Un UL CL (Uplink Classifier) ou un Branching Point, selon le modèle de connectivité, permet de différencier les flux et de les orienter vers les points d’ancrage appropriés.
Le trafic destiné à un service Edge peut ainsi être acheminé vers un PSA UPF local, tandis que d’autres flux continuent à utiliser un chemin différent.
Ce mécanisme permet de rapprocher le point de sortie du trafic du serveur applicatif.
7.2. DNAI : identifier le point d’accès au réseau de données
Le DNAI (Data Network Access Identifier) identifie un point d’accès au réseau de données.
Il permet au système 5G de représenter les différents points d’accès possibles à un environnement Edge et intervient dans les mécanismes de sélection du chemin utilisateur.
Lorsqu’un terminal se déplace, le point d’accès approprié peut changer. Le 5GC peut alors adapter le chemin du trafic vers un autre point d’accès au réseau de données.
Cette évolution peut également avoir des conséquences au niveau applicatif : un autre environnement Edge ou un autre EAS peut devenir plus approprié.
C’est ici qu’apparaît l’une des principales complémentarités entre le 5GC et EDGEAPP.
7.3. Une autre méthode de découverte : DNS et EASDF
La TS 23.548 prévoit également un mécanisme de découverte des serveurs applicatifs reposant sur le DNS.
Il fait intervenir l’EASDF (Edge Application Server Discovery Function), qui permet au système 5G de coordonner certaines procédures de résolution DNS avec les informations de connectivité Edge.
Le terminal peut ainsi obtenir l’adresse IP d’un EAS approprié à partir d’une requête DNS.
Ne pas confondre EES et EASDF
Deux mécanismes de découverte situés à des niveaux différents.
EES TS 23.558 : Découverte applicative des EAS par l’intermédiaire de l’EEC, au sein de l’architecture EDGEAPP.
EASDF TS 23.548 Découverte des adresses IP des EAS par DNS, coordonnée avec les mécanismes Edge du système 5G.
La découverte DNS via l’EASDF ne constitue donc pas une étape supplémentaire obligatoire de la procédure EDGEAPP. Il s’agit de mécanismes distincts qui peuvent être utilisés selon le modèle de déploiement.
7.4. L’exposition des capacités du réseau 3GPP
La couche Edge Enabler peut également exploiter certaines capacités du cœur de réseau.
Les entités EDGEAPP peuvent avoir besoin d’informations relatives à la localisation du terminal, aux événements réseau, à la qualité de service ou aux changements du chemin utilisateur.
Trois interfaces interviennent principalement : EDGE-2 entre l’EES et le cœur 3GPP, EDGE-7 entre l’EAS et le cœur 3GPP, et EDGE-8 entre l’ECS et le cœur 3GPP.
Ces interactions peuvent s’appuyer sur les API exposées par les fonctions SCEF ou NEF. Dans certains modèles de déploiement, un accès direct à certaines fonctions du cœur peut également être possible lorsque les conditions de confiance appropriées sont réunies.
- Mobilité et continuité de service
L’un des intérêts de l’Edge Computing est de pouvoir fournir des services à faible latence à des utilisateurs mobiles.
Cependant, lorsqu’un terminal se déplace, le serveur Edge initialement sélectionné peut ne plus être le plus approprié.
Un changement du chemin utilisateur, de DNAI ou d’environnement Edge peut alors nécessiter la découverte d’un autre serveur applicatif.
EDGEAPP prévoit des mécanismes permettant d’accompagner cette évolution, l’Application Context Relocation (ACR).
Lorsqu’une application possède un contexte d’exécution sur un serveur, un changement d’EAS peut nécessiter le transfert de ce contexte vers un nouveau serveur.
L’ACR permet d’organiser cette relocalisation entre un EAS source (S-EAS) et un EAS cible (T-EAS). Les EES source et cible peuvent également coopérer, au moyen de l’interface EDGE-9.
L’objectif est de permettre la poursuite du service avec une interruption minimale, sous réserve que l’application et l’infrastructure prennent en charge les mécanismes nécessaires.
- Étude de cas : une application XR dans un véhicule connecté
Reprenons l’ensemble de l’architecture à travers un exemple.
Un passager utilise une application de réalité augmentée dans un véhicule circulant entre Poitiers et Tours. L’application transmet certaines données à un serveur Edge chargé de réaliser des traitements graphiques et de reconnaissance d’objets.
Du lancement de l’application à la mobilité
1- Établissement de la session PDU
Le terminal se connecte au réseau 5G. S’il prend en charge le mécanisme approprié, le SMF peut lui fournir les informations de configuration ECS par les PCO.
2- Découverte de l’ECS
Le terminal transmet les informations reçues à l’EEC. Celui-ci peut désormais contacter le serveur de configuration.
3- Service Provisioning
L’EEC transmet les informations nécessaires à l’ECS, le profil de l’application XR. L’ECS identifie les environnements Edge et les EES appropriés en tenant compte des paramètres disponibles.
4- Enregistrement auprès de l’EES
Si le profil de l’EES l’exige, l’EEC effectue son enregistrement auprès du serveur sélectionné.
5- Découverte de l’EAS
L’EEC demande à l’EES d’identifier un serveur capable de fournir le service XR. L’EES retourne les informations nécessaires pour joindre un EAS approprié.
6 – Début des échanges applicatifs
L’AC communique avec l’EAS découvert. Le trafic est acheminé par le système 5G vers le réseau de données hébergeant ce serveur.
7- Déplacement du véhicule
Lorsque le véhicule se rapproche de Tours, le chemin réseau initial peut devenir moins approprié. Le 5GC peut adapter le chemin utilisateur et déterminer un nouveau DNAI.
Dans le modèle Subscribe/Notify, l’ECS peut exploiter les informations réseau reçues pour déterminer si d’autres EES sont désormais plus adaptés et notifier l’EEC.
8 – Relocalisation du contexte applicatif
Si l’application prend en charge les mécanismes de continuité nécessaires, un nouvel EAS peut être sélectionné. Le contexte applicatif peut être transféré de l’EAS source vers l’EAS cible au moyen des procédures ACR.
Cet exemple montre que la mobilité Edge ne se limite pas à modifier le routage des paquets. Elle peut nécessiter une coordination entre les mécanismes du réseau 5G et les procédures applicatives EDGEAPP.
Conclusion
L’Edge Computing ne consiste pas uniquement à rapprocher les serveurs des utilisateurs. Il nécessite également des mécanismes permettant aux applications de découvrir les ressources disponibles, d’y accéder et, lorsque cela est nécessaire, de poursuivre leur service lors des déplacements.
L’architecture EDGEAPP, définie dans la TS 23.558, apporte les mécanismes de configuration, de découverte et de continuité au niveau applicatif grâce à l’EEC, l’ECS et l’EES.
La TS 23.548 complète cette architecture en définissant les mécanismes du système 5G nécessaires à l’accès aux ressources Edge, la sélection du chemin utilisateur, les UPF locaux, les DNAI et la découverte DNS via l’EASDF.
La complémentarité entre ces deux spécifications permet de relier la découverte des services applicatifs à la connectivité réseau, afin de rendre les environnements Edge accessibles aux applications mobiles.
Références
[1] 3GPP TS 23.558 — Architecture for enabling Edge Applications Architecture EDGEAPP, fonctions, interfaces, Service Provisioning, découverte et continuité de service.
[2] 3GPP TS 23.548 — 5G System Enhancements for Edge Computing- Connectivité Edge, découverte DNS, EASDF, DNAI et provisioning de l’adresse ECS.
[3] 3GPP TS 23.501 — System Architecture for the 5G System
[4] 3GPP TS 23.502 — Procedures for the 5G System
[5] 3GPP TS 23.503 — Policy and Charging Control Framework for the 5G System




