Au fait, combien de lycéens allons-nous sacrifier cette année?

C’est l’heure des choix pour les lycéens : que faire après le bac? Université hors IUT? IUT?  STS? Classes Prépas? Autres formations? Travailler? Question angoissante, bien sûr, à laquelle il leur faut répondre via le portail Admission Post-Bac.

En France, il y a trois grands types de bac : les bacs généraux, les bacs technologiques et les bacs professionnels. Les bacs généraux ont plutôt vocation à faire des études longues, à l’Université ou dans les grandes écoles. Les bacs technologiques ont plutôt vocation à faire des études courtes, de type STS ou IUT, prolonger éventuellement par une licence professionnelle puis aller sur le marché du travail. Les bacs professionnels ont vocation, quant à eux, à aller sur le marché du travail, ou bien à poursuivre un peu en STS, éventuellement en IUT.

Mais le système de l’enseignement supérieur français marche sur la tête. J’avais parlé de ce sujet en septembre dernier, suite à un article du Monde sur les bacs professionnels. Comme les IUT et les STS sont sélectifs alors que l’Université hors IUT ne l’est pas, un nombre très important de (bons) bacs généraux préfèrent commencer par ce type de formation avant de continuer à l’Université ou dans les Ecoles. Pendant ce temps, un nombre important de bacs technologiques et de bacs professionnels, qui voulaient faire ces formations courtes mais voient leur route barrée par ces autres lycéens, atterrissent sur les bancs de la fac (hors IUT) et échouent.

A partir de ce document du Ministère, je me suis « amusé » à faire quelques calculs sur les bacheliers 2011. Dans l’ensemble de leurs effectifs, les IUT ont accueillis 69% de bacs généraux, 28% de bacs technologiques et 3% de bacs professionnels. Tout va bien… Côté STS, les chiffres sont de 21%, 52% et 27%. C’est mieux quand même, mais bon…

Le point essentiel de mon billet n’est cependant pas là : il est plutôt du côté des bacs technologiques et des bacs professionnels qui, encore une fois, ne sont pas retenus dans ces filières courtes qui leur sont destinées, qui vont se retrouver sur les bancs de la fac et vont échouer, avec une probabilité de 1, au mieux de 0,99. Autant de lycéens sacrifiés, donc. Combien sont-ils en 2011?

30% des bacs professionnels qui poursuivent leurs études vont en Université hors IUT. 25% des bacs technologiques font de même. Côté bacs professionnels, cela fait donc 12829 jeunes bacheliers qui vont échouer avec certitude. Côté bacs technologiques, le nombre est de 24259, échec quasi-certain également. Pas loin de 38000 jeunes bacheliers ont donc été sacrifié en 2011.

On devrait en sacrifier un peu plus sur l’année universitaire 2012-2013, puisque la part des bacs professionnels qui continuent à l’Université hors IUT est passée de 8,3% à 8,4%. On nous annonce 8,9% en 2016 et 9,5% en 2021. Augmentation également pour les bacs technologiques, qui passent de 18,8% en 2011 à 19% en 2012, 19,2% en 2016 et 19,3% en 2021.

Bons voeux aux lycéens qui sont en train de naviguer sur Post-Bac. Et bon travail aux collègues chargés de sélectionner en IUT et STS : surtout, ne changez rien à vos pratiques.

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16 commentaires sur “Au fait, combien de lycéens allons-nous sacrifier cette année?

  1. On parle de + de 130 MM€ (6.9% du PIB)pour l’éducation nationale et l’enseignement supérieur: son semi-échec n’est-il pas aussi sur les politiques publiques qui servent finalement à compenser les énormes carences de ce système (Lutte contre le décrochage scolaire, emplois d’avenir, contrats de génération, contrat de type RSA (un RSA socle lié à l’obligation de formation), formation professionnelle, aide à la création d’entreprises……..)

  2. Quelles solutions proposez vous ? Fermer la porte des STS/IUT aux bacs généraux ? On peut avoir fait un bac général (choisi à un âge où on est encore hésitant et poussé par les parents) et préférer ensuite une formation courte. Alors faut il barrer la route à ceux qui veulent poursuivre leurs études après un DUT ou BTS ? Mettre en place de nouvelles formations courtes non sélectives à l’Université (tout reste à faire…) ?

  3. Ou il faut réserver l’accès aux IUT en priorité aux bac techno et l’accès aux BTS aux bac pro. C’est ce que prévoit la nouvelle loi. Que conteste déjà les directeurs d’IUT plus préoccupé par leurs scores que par l’avenir d’une jeunesse qui bénéficient d’un chômage à 26%. Les IUT sont devenus des prépa qui forment des jeunes inadaptés au système universitaire qui suit. Plus du tout des techniciens supérieurs dont le pays a besoin. Les directeurs d’IUT poussent le vice à demander de gérer des master pro. Alors que cela n’existent de par la loi de 2008.
    Quand nous débarrasserons nous de cette logique de sélection par l’échec, spécificité bien française. Qui fait que si on fait des métiers manuels c’est parce qu’on a été décrété nul en math dès la 4eme. et après cela se traîne comme un boulet. L’objectif d’un système éducatif n’est pas de faire des prix Nobel ou des medals fields mais bien d’éduquer et de former pour que des jeunes puissent trouver un travail qui leur permettent de s’épanouir et utile au pays, plutôt que de satisfaire l’ego de leur enseignants.
    Pour boucler le système, il faut faire de la propédeutique les 2 premières années à l’Université et fermer progressivement les prépa. Les étudiants choisiront après la voie ingénieur ou bien universitaire. Ils auront tous la même base commune. Les futurs étudiants auront un système plus clair devant eux soit la voie technicien supérieur jusque licence pro ou la voie universitaire jusque L2 puis les écoles à L3 ou la poursuite à l’Université. Et cette spécificité française de sélection par l’échec disparaîtra enfin.
    Et pour finir une seule Université par Région et la suppression des antennes en Région/département. Il n’y a plus de service militaire donc c’est la seule voie de brassage culturelle en France.

    Allons rêvons à un monde meilleur donc plus juste.

  4. Juste, très juste!
    « La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique: rien ne fonctionne… et personne ne sait pourquoi » A. Einstein. Le malheur c’est que l’on sait pourquoi au centre de l’éducation on n’a pas l’élève ou l’étudiant et le futur travailleur, mais le prof et la superstructure éducative

  5. Vous n’allez tout de même pas vous apitoyer pour quelques étudiants de bac pro ou techno, ou pleurer parce leur places sont prises par des néo-bacheliers généraux … l’essentiel c’est que les IUT et BTS soient des filières qui permettent de contourner l’université et un bon tremplin pour des études bac+5. Alors il est urgent de ne rien changer.

  6. Ping : La réussite des bacs professionnels et des bacs technologiques à l’Université (complément au billet précédent) | Olivier Bouba-Olga

  7. Le problème étant identifié depuis plusieurs années, faisant partie du projet socialiste depuis plusieurs années, je n’ai aucun doute que les modalités de mise en oeuvre d’une réforme forte sur le sujet soient bien définies. Nous trouverons donc d’ici demain un document clair de 25 pages avec tous les effets de bord, tous leurs traitements, la liste des risques et une description chiffrée visée du paysage dans toutes les formations Ens sup d’ici 5 ans`. Sinon, ça voudrait dire qu’on sait en faire autant en salle café sur un dos d’enveloppe, ce qui est bien sûr faux.

  8. Une autre étude statistique serait intéressante : quelles sont les origines sociales des bacheliers généraux qui vont en IUT ou en BTS ?
    Je ne pense pas trop m’avancer en faisant l’hypothèse qu’ils sont massivement issus des milieux populaires et des couches moyennes inférieures. Les IUT et BTS offrent des parcours rassurants avec des diplômes en deux ans débouchant sur des emplois et la possibilité de poursuivre vers des licences et éventuellement des masters. Pour ces jeunes et leurs familles, le risque financier d’un parcours long est ainsi réduit, d’autant plus que l’encadrement et le très fort taux de réussite de ces formations est une garantie de faire des études supérieures utiles.
    C’est pourquoi, en introduisant des quotas de bacs techno et de bacs pro dans les recrutements des étudiants d’IUT et de BTS, on va sacrifier de bons élèves de bacs généraux issus des couches populaires. Soit ils renonceront à faire des études supérieures à l’Université, soit ils s’y engageront avec moins de chances de réussite car ils seront désarçonnés par les pratiques de l’enseignement universitaire et l’opacité des filières universitaires, qui ne bénéficient qu’aux bacheliers issus des couches moyennes supérieures ou des milieux favorisés.
    Mais il y a longtemps que j’ai compris que les réformes de l’enseignement supérieur n’avait pas pour objectif une plus grande justice sociale et ne visait qu’à palier les échecs des universitaires dans la formation professionnelle des étudiants.

    • Il y a des différences d’origine sociale, mais moins massives que vous le dites. Beaucoup d’éléments disponible sur le site du ministère, je vous invite à regarder.
      Sur l’échec des filières universitaires, regardez les résultats des enquêtes génération Cereq, qui suivent les diplômés (taux de chômage, niveau de salaire, niveau de responsabilité). Ce que vous dites sur l’échec des universités à former des étudiants s’insérant bien sur le marché du travail est tout simplement faux…

      • Je ne doute pas de la capacité de l’Université à faire en sorte que les étudiants qui doivent réussir réussissent… Les étudiants qui parviennent à obtenir une licence ou un master à l’Université vont, en effet, connaître une entrée sur le marché du travail satisfaisante.
        Mais ce billet posait la question du devenir des bacheliers. La question posée serait donc la capacité des différentes formations post-bacs à accueillir, former et permettre l’insertion professionnelle de ces bacheliers. Et mon approche était essentiellement celle de la mobilité sociale ascendante.
        Le devenir des bacheliers généraux issus des couches populaires me semble bien mieux assuré par les IUT et BTS, puis éventuellement une Licence professionnelle ou une poursuite à l’Université en Licence générale et Master. Ces bacheliers auraient le plus grand mal à suivre en L1 – L2 et notamment à décrypter les différentes formations sélectives qu’offrent aujourd’hui de nombreuses universités. Leur taux d’échec sera plus élevé et leur relégation dans des formations les moins favorables à l’insertion professionnelle plus forte. L’Université n’est pas conçu pour acceuillir ces bacheliers, et leur limiter l’entrée dans les IUT et BTS est un mauvais coup porté à leur possibilité de connaître une mobilité sociale ascendante.

        • C’est faux. Pour prendre l’exemple de ma fac, les bacs ES et les bacs S réussissent très bien tous milieux sociaux confondus, ceux qui échouent sont les autres filières + bien sûr ceux qui ne mettent jamais les pieds à la fac.
          La plupart des gens raisonnent sur des représentations périmées de la fac, qui a énormément changée…

          • Votre fac est sans doute exemplaire. Mais je serais curieux de connaître les probabilités pour qu’un bachelier général dont les parents sont ouvriers, employés ou professions intermédiaires obtienne une licence en trois ans ou un master en cinq ans s’il s’inscrit après son bac à l’Université et quelles sont ses chances de trouver un emploi ensuite. Je reste persuadé qu’une inscription en IUT ou BTS est bien plus sûre pour lui. Les statistiques nationales montrent l’excellente insertion sur le marché du travail de ces formations, même s’il s’arrête à Bac+2.
            D’autre part, pourquoi certains abandonnent-ils en cours de route la fac ? Je ne crois pas qu’ils n’y « mettent jamais les pieds », mais plutôt que la plupart « votent avec leurs pieds » et n’y trouvent pas la formation qu’ils espéraient. Ce phénomène sera pire encore quand les quotas imposés aux IUT et BTS les contraindra à s’inscrire à la fac par défaut.

  9. En fait il y a un biais dans la comparaison statistique (et il n’est pas mince):
    Les meilleurs élèves venant de bac techno vont en IUT. Il y a ce que l’on appelle un « biais de sélection » en assurance.
    Rien ne dit que la réussite serait meilleure en IUT pour les élèves avec un bac techno qui y serait réaffecté.
    Par ailleurs, dans son blog, @GaiaUniversitas indique que 80% des élèves en IUT poursuivent pour réaliser des études supérieures. (ce serait bien de connaître leur taux de réussite…)
    Donc se pose la question: pourquoi ils parviennent à le faire en IUT mais pas avec le cycle L ?

    • * Sur le premier point : le taux de réussite des bacs techno en IUT est de 68%, à la fac, il est de 13,5%. Le taux de réussite baisserait sans doute en IUT en raison de ce biais de sélection, mais pas à 13,5%, très loin de là!
      * je ne comprends pas bien la question à la fin. Quelques éléments (peut-être à côté) : les DUT qui poursivent à la fac dans les filières générales sont à mon avis d’abord des bacs généraux. Comme les contenus DUT/Fac sont très différents, on ne les prends pas systématiquement en L3! En éco, c’est au mieux en L2. Côté L, pour parler toujours de la fac d’éco, les bacheliers généraux ES et S réussissent bien, ils poursuivent majoritairement en Master et s’insèrent ensuite très bien sur le marché du travail.
      * petit complément : les savoirs dispensés en IUT/BTS conviennent bien aux bacheliers techno/pro, les IUT/BTS ont des moyens par élèves supplémentaires qui leur permettent de plus, précisément, de mieux accompagner ces élèves. A l’inverse, les savoirs plus généraux dispensés en L sont plus difficiles à assimiler pour les bacs pro/techno, ils ont plus beaucoup plus de mal. Et les fac ont moins de moyens par élève pour pallier leurs faiblesses. Donc j’insiste : on marche sur la tête!

      • Un autre son de cloche sur cette question des inscriptions en IUT: cela ressemble à de l’auto-sélection…

        http://orientation.blog.lemonde.fr/2013/03/15/les-iut-sont-tout-sauf-vides-jean-francois-mazoin-president-de-lassociation-des-directeurs-diut/
        (méfiance toutefois, M. Mazoin défend ses intérêts. Mais il cite des chiffres, pas tout à fait en ligne avec ceux de la ministre et de Rachel sur le sujet)

        Sinon, pour reprendre mon message, je pense que le hiatus vient de la différence entre IUT à base scientifique qui permettent bien de continuer des études dans de très bonnes conditions (ex: le fameux « mesures physiques »…), sorte de voie de contournement très efficace au système CPGE+école, et ce qui se passe en éco-gestion, ou visiblement l’enseignement en IUT n’est pas du tout similaire à ce qui est fait en cycle L (visiblement plus théorique d’après ce que vous rapportez: ai-je bien compris ?)

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