La réussite des bacs professionnels et des bacs technologiques à l’Université (complément au billet précédent)

Dans mon billet précédent, j’indiquais que la probabilité de réussite des bacheliers professionnels et des bacheliers technologiques à l’Université hors IUT était quasi-nulle pour ne pas dire nulle.

Yannick Lung m’a transmis une infographie très intéressante du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, présentée par Geneviève Fioraso lors de son déplacement à Reims le 7 mars dernier, qui permet de nuancer un (petit) peu et de compléter le diagnostic sur d’autres points (l’infographie est aussi disponible directement sur le site du ministère).

On y apprend que le taux de réussite des bacs professionnels en Licence est de 4,5% et celui des bacs technologiques est de 13,5%. En appliquant ces taux, le nombre de sacrifiés est donc de 33000, non pas de 37000 :

Bacs professionnels Bacs technologiques Ensemble
effectifs 2011  12 829  24 259  37 088
taux de réussite 4,60% 13,50%
taux d’échec 95,40% 86,50%
nombre de « sacrifiés »  12 239  20 984  33 223

On y apprend également que dans l’ensemble des bacs professionnels ayant demandé d’entrer en STS en 1er voeu, seuls 43,3% ont été retenu. Soit près de 45000 bacs professionnels qui n’y accèdent pas. Pour les bacs technologiques souhaitant aller en IUT, les ratios sont un peu meilleurs : 61% de ceux ayant émis comme 1er voeu d’aller en IUT y accèdent. Cela fait cependant 7505 lycéens souhaitant y accéder mais n’y accédant pas. C’est pour une bonne part ces bacheliers que l’on retrouve à l’Université hors IUT.

Dans son intervention, Geneviève Fioraso insiste sur la nécessité de donner la priorité aux bacs technologiques en IUT et aux bacs professionnels en STS. Je souhaite vivement qu’elle y parvienne. Très rapidement. Ce serait bien pour les dizaines de milliers de lycéens qui, sinon, vont échouer sur les bancs de la fac.

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17 commentaires sur “La réussite des bacs professionnels et des bacs technologiques à l’Université (complément au billet précédent)

  1. Mais ces chiffres présentent un certain biais : quel aurait été le taux de réussite en formation courte des bacheliers techno/pro qui n’ont justement pas été pris parce que leur dossier ne convenait pas ?
    J’ai peur que mettre systématiquement les bacheliers pro en STS et les bacheliers techno en IUT ne donne pas vraiment les résultats escomptés… Le succès actuel de ces formations est peut être basé sur le fait que les étudiants ont à l’entrée à peu près les pré-requis demandés. Changer de population impliquerait une remise en cause des contenus et méthodes d’enseignement.

    • Le taux de réussite baisserait sans doute un peu, mais pas de manière dramatique. Les IUT/STS ont précisément des moyens supplémentaires pour accueillir ce type de public et les contenus sont adaptés à des personnes voulant ensuite aller sur le marché du travail.

      • Un de mes enfants est tenté par un BTS. Aux journées portes ouvertes, on nous explique qu’on recrute uniquement des bacs S – pas mal de notions mathématiques sont utilisées. J’imagine que le BTS en question aurait un gros boulot à faire s’il devait passer d’un recrutement de bacs S à des bacs pros… Cette situation est peut être exceptionnelle ? Il me semble que sous le chapeau « formations courtes » se cachent des situations très différentes, spécialités très pointues, alternatives à la prépa, etc.

        • Alors là, c’est franchement assez incroyable… je suis curieux de savoir de quel BTS il s’agit! Les BTS ne sont pas des substituts aux prépas, ça n’a rien à voir, strictement rien… Après, certains proviseurs ont des discours… comment dire… peu honnêtes…

          A votre place, je demanderais au lycée en question des éléments précis sur la poursuite d’études du BTS. Pas des discours, mais des éléments de preuve, du type annuaire des anciens, statistiques, etc.

          France entière et tous types de BTS, les STS accueillent 52% de bacs technos, 27% de bacs pros et 21% de bacs généraux.

  2. Le problème, c’est que la fac fait peur aux lycéens, pour plusieurs raisons : effectif nombreux, absence de suivi individuel, formation très abstraite, et surtout absence de diplôme valorisable rapidement sur le marché du travail.
    Les STS et IUT au contraire, sont un bon compromis pour les lycéens qui plébiscitent le côté opérationnel des BTS et DUT.
    À mon avis plutôt qu’interdire aux lycéens de bacs généraux d’accéder aux filières courtes, il vaudrait mieux augmenter les places en bac + 2, et travailler sur l’attractivité de l’université en proposant des formations professionnalisantes, avec effectif réduit et suivi individuel.

    • La fac a beaucoup changé vous savez… Tout ce que vous dites au début est à 95% faux, mais c’est long d’informer les lycéens, les parents, les profs de lycée, etc. qui sont sur des représentations périmées.
      Je ne plaide pas pour interdire les DUT/BTS aux bacs généraux, mais pour arrêter de sacrifier des dizaines de milliers de jeunes bacs techno/pro.

      • Ce qui rend la filière IUT attractives aux bacs généraux, ce sont les débouchés en école d’ingénieurs qu’elle offre. Quand j’étais à Supélec en 2006, environs 10% des élèves étaient « Admis Sur Titre » (= admis sur dossier, et non sur le concours des classes prépa), et la plupart d’entre eux venaient d’IUT, ceux venant de la fac étant minoritaires. En gros, l’IUT est un bon moyen d’entrer en école d’ingé « par la fenêtre », et non par la grande porte.

        C’est là toute la difficulté : si on supprime la possibilité aux diplômés d’IUT de poursuivre leurs études en école d’ingénieurs, la grande majorité des bacs généraux va s’en détourner, et les IUT retrouveront leur fonction première de former rapidement des techniciens. Mais d’un autre côté, les meilleurs élèves (même issus de bacs techniques) qui auraient eu le niveau pour devenir ingénieur n’auront plus cette possibilité…

        Mais je partage votre analyse sur le fait qu’aujourd’hui, ça ne fonctionne pas bien, car de ce que m’avaient expliqué les AST à l’époque la population de leurs IUT était en gros divisée en 3 catégories :
        – les meilleurs (une minorité), qui généralement avaient fait un an de prépa et avaient abandonné, et donc ont une grosse longueur d’avance sur les simples post-bac : ce sont eux qui rentrent en école d’ingé (d’ailleurs, c’est quand même un peu aberrant que ceux qui estiment n’avoir aucune chance au concours prépa puissent rejoindre les écoles par des voies détournées ; normalement l’admission sur titre devrait être pour ceux qui ont préféré dès le début une autre filière que la prépa)
        – les post-bacs généraux (la majorité), qui viennent en IUT parce que la prépa leur fait peur et que d’après les chiffres, c’est un bon tremplin pour les écoles d’ingé : ils rament derrière les meilleurs, et se retrouvent le bec dans l’eau à la fin (ils ne veulent pas faire technicien, et ne sont pas pris en école d’ingé…)
        – les bacs techniques, qui sont beaucoup moins nombreux qu’ils le devraient, et qui veulent généralement travailler à la fin de l’IUT.

  3. Les statistiques comparées IUT/Universités pour les bacs technos sur le site du ministère sont totalement erronées puisque l’on compare un système sélectif et un système non sélectif…les bacs technos à l’IUT possèdent un dossier filtré au prélalable….
    Encore une personne et un universitaire (Obouba) qui a honte de la sélection, une personne qui a surement prôné le 80 % de lycéens avec le bac …résultat ce diplome ne vaut plus rien….une seule chose compte pour ces personnes l’égalité dans la médiocrité…Et on se plaindra que les universités américaines, japonaises etc nous écrasent….il faut en finir avec cette idéologie qui met sur le même plan d’égalité un âne et un pur sang mais bien sur le ridicule ne tue pas…

    • Merci de ne pas raconter n’importe quoi sur ce que je suis supposé penser, vous n’en savez strictement rien. Vu le niveau de vos propos, la prochaine fois je le sélectionne pour le mettre à la poubelle.

  4. Avec beaucoup de retard sur la publication de cet article je voudrais livrer un témoignage qui n’a évidemment aucune valeur statistique

    Un de mes neveux a fait un bac professionnel de chauffagiste. Je pense qu’il avait plutôt de bonnes notes mais rien d’exceptionnel.

    Il a ensuite travaillé quatre ans puis est entré en IUT ce qui lui a permis en deux ans d’obtenir un diplômé qui lui a ouvert la porte de son métier actuel de responsable de l’entretien dans un établissement hospitalier

    Je pense que les quatre ans à travailler lui ont permis à la fois de mûrir et d’approfondir ses connaissances et compétences. Les premiers mois à l’IUT n’ont pour autant pas été faciles

    Son premier travail est certainement un plus dans sa responsabilité actuelle, par rapport à ses collègues qui sont passés uniquement par la fac

    Peut on en tirer des idées pour les jeunes sortant de bac pro?
    On sait que suivre des études par alternance a beaucoup d’avantages et donne à la sortie de vrais professionnels. C’est à contrario un système très exigeant
    Pourquoi ne pas essayer d’inventer pour les bacheliers professionnels un système d’alternance qui accepterait un rythme plus adapté à leur situation : obtenir un diplôme bac + 2 en 3 ans n’est pas un problème si dans le même temps on a gagné sa vie, cotisé pour sa retraite et construit un CV solide!

  5. Ping : Gilles RAVEAUD » Blog Archive » Orientation scolaire : 33 000 bacheliers sacrifiés chaque année

  6. Ping : L’Université n’est pas en crise | Olivier Bouba-Olga

  7. Décidément, je ne comprends pas cette volonté des enseignants-chercheurs à vouloir à tout prix empêcher les bacheliers professionnels d’entreprendre des études universitaires. Je trouve cela très autoritaire et peu objectif. On oublie qu’un nombre non négligeable de ces bacheliers ont émis comme 1er vœu d’intégrer l’université, ce qui témoigne d’une volonté de renouer avec la voie généraliste. Cette démarche ambitieuse reste néanmoins compréhensible compte tenu de la réalité scolaire des principaux intéressés.
    Ces élèves qui ont loupé le collège sont orientés, souvent contre leur gré, vers la filière professionnelle. L’objectif est d’y préparer un BEP ou un CAP puis Bac pro. Dans presque 80 % des cas, il s’agit d’élèves issus des milieux les plus défavorisés ! Par ailleurs, cette filière professionnelle a comme finalité l’insertion dans le marché du travail, vers des métiers à faible valeur ajoutée (ouvrier, salarié…). Pas forcement efficace pour assurer une ascension sociale !

    Il serait donc plus pertinent de mettre en place des remises à niveau (propédeutique) ou des passerelles entre la voie généraliste et professionnelle au lycée pour permettre à ce public de mieux aborder l’université. Cela supposerait la mise en œuvre de moyens supplémentaires mais le jeux en vaut la chandelle !

    Je suis moi même titulaire d’un bac pro en maintenance industrielle (obtenu avec mention) et j’ai réussi une licence de géographie en trois ans (sans fautes) avec un petit 11,07 de moyenne. Après avoir abandonné deux M1 (alors que j’avais des notes correctes), j’ai enfin pu clôturer mon cursus avec un master 2 pro obtenu avec mention. Même si mes études universitaires sont plutôt réussies, je dois admettre que la tâche n’a pas toujours été simple, surtout durant la licence. J’aurais donc apprécié des cours de rattrapage, mes notes auraient été très intéressantes…

    • Je ne veux pas empêcher à tout pris les bacs pro de poursuivre dans l’enseignement supérieur, je constate qu’ils échouent massivement dans les formations universitaires classiques et qu’un nombre non négligeables de ceux voulant s’orienter vers des formations courtes de type BTS se voient barrer la route par d’autres bacheliers, alors que leur vocation est de les accueillir. Il y a bien sûr des contre-exemples (vous par exemple) mais ça ne peut pas servir d’éléments de preuve, car la majorité échoue. Pour pallier cela, mettre en place des passerelles, des dispositifs adaptés est une possibilité, je suis d’accord avec vous, mais à l’heure actuelle, rien de cela, si bien que le système marche plutôt sur la tête…

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