Y a-t-il un hypnotiseur dans la salle?!

lkjfdgpoiitzdsfsdg« Dormez, je le veux! » Un peu cliché je vous l’accorde mais c’est bien en ces termes, d’après mes souvenirs, que l’hypnotiseur opérait sur la scène. Tel un fauve rugissant, il passait d’un copain de promotion à un autre, tombant les uns après les autres, tout en se rapprochant dangereusement de moi. Ami lecteur, pas de suspense aujourd’hui, hélas je ne suis pas tombé…Le bougre en a profité pour me virer de scène d’un geste hâtif tout en lançant un féroce « Réveillez-vous en cochon! ».

L’hypnose en tant que spectacle

Effectivement, ils se sont réveillés en cochons sous le regard perplexe mais surtout amusé de l’audience. Ce genre de démonstration grand public et très médiatisé a contribué au mythe de l’hypnotiseur au pouvoir absolu. En réalité ce qui se passe sur scène n’a rien à voir avec un quelconque pouvoir hypnotique. Les participants exécutent délibérément les ordres de l’hypnotiseur: de la suggestion, tout simplement! Le succès de cette opération est possible pour différentes raisons. D’abord les comportements étranges sont facilités précisément parce que l’on se trouve sur une scène et que tout le monde est conscient de ce qui est censé se produire. La sélection d’une partie de l’audience favorise les éléments « bon public » (pas comme moi!). Ensuite, l’expérience est reproductible par des personnes qui ne prétendent pas avoir un pouvoir particulier. Enfin les hypnotiseurs eux-mêmes font souvent appels à des complices pour faciliter la bonne volonté du groupe sur scène. Le problème a aussi été étudié scientifiquement notamment dans cet article qui détaille les différents éléments nécessaires ainsi que les mécanismes psychologiques favorisant ce genre d’évènements.

L’état hypnotique

Pour autant, conclure que l’hypnose se limite à une supercherie serait erroné. La réalité de l’état hypnotique dans le milieu scientifique est généralement admise mais fait encore l’objet d’études et de discussions 1. Mais il ne correspond en aucun cas à l’imagerie populaire associée à l’hypnose. Il est défini par certaines caractéristiques, comme par exemple une attention extrême à un élément de l’environnement, une relaxation importante et une suggestibilité accentuée. En ce sens, la plupart des personnes peuvent être hypnotisées avec un peu de bonne volonté, et chacun a certainement déjà expérimenté des formes proches de cet état hypnotique: on pourra songer par exemple à un voyage en voiture sur une route connue et la surprise de se voir déjà arriver. Les scientifiques utilisent d’ailleurs une échelle de suggestibilité[pdf] qui décrit aussi explicitement comment se passe une séance d’hypnose. Une autre preuve assez convaincante de cet état hypnotique nous provient d’une expérience de psychologie appelée l’effet Stroop du nom de son inventeur.

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L’effet Stroop

L’effet Stroop est le temps de latence qui est observé quand on tente de jouer à un petit jeu de psychologie (vicieux comme toujours!). Le jeu consiste à prononcer la couleur du mot qui est observé, mais le mot en question désigne aussi une couleur. Par exemple, sur la séquence suivante « bleu, rouge, jaune, » on prononcera rouge, bleu, vert. Avec un peu d’entrainement, on peut facilement réduire ce temps de latence. Cet effet Stroop est extrêmement important pour les scientifiques et a de nombreuses applications en psychologie. Il permet aux chercheurs de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau ainsi que de certaines maladies 2.

Quel rapport avec l’hypnose? Il se trouve que des chercheurs ont mis en évidence une absence d’effet Stroop[pdf] quand on conditionne des personnes par l’hypnose avant de passer ce test. S’il existe un état hypnotique, quid de ses applications thérapeutiques? Comme toujours, il est important de faire un tri entre ce qui est validé scientifiquement et ce qui semble plus que douteux pour rester poli!

L’hypnose en tant que thérapie

Que peut-on soigner avec l’hypnose? En la matière, on trouve à peu près de tout… Des affirmations qui semblent raisonnables – comme par exemple, lutter contre les phobies, les addictions, aider à l’arrêt du tabac, à maigrir, etc.- car si l’hypnose est avant tout une affaire de suggestion, il ne serait pas surprenant qu’elle ait une certaine efficacité dans les domaines précités. Mais on peut rapidement dériver vers des affirmations douteuses et parfois ahurissantes comme par exemple augmenter la taille de votre pénis, réduire à néant votre cancer, et, plus dangereux encore car bien plus vraisemblable, retrouver vos souvenirs de petite enfance 3. Les aficionados de l’hypnose usent et abusent donc de l’image mythifiée de l’hypnotiseur et surfent sur cette nouvelle vague qui voudrait que l’effet placebo ait des pouvoirs infinis et inexploités contrairement à ce que montrent les études scientifiques sur le sujet.poizerkldkfgy

La réalité peut donc être un peu frustrante car généralement l’hypnose ne fait pas mieux que le placebo et si elle montre une certaine efficacité c’est souvent en compagnie des psychothérapies cognitivo-comportementales. Une recherche dans les méta-analyses du groupement Cochrane, connu pour sa rigueur scientifique, permet rapidement de se faire une idée sur le sujet 4.

  • Arrêt du tabac: « Nous n’avons pas montré que la thérapie par l’hypnose a un taux de réussite à 6 mois plus élevé que d’autres interventions ou sans traitement (We have not shown that hypnotherapy has a greater effect on six-month quit rates than other interventions or no treatment.) »
  • Irritation du colon: « Bien que les données semblent prometteuses, les preuves sont pour le moment insuffisantes pour conclure sur l’efficacité de l’hypnose (Although current data are promising, there is insufficient evidence to allow any conclusion about the effectiveness of hypnotherapy for the treatment of irritable bowel syndrome) »
  • réduction du stress pendant l’accouchement: d’après l’étude, il existe des preuves faibles montrant une réduction du stress pendant l’accouchement pour des thérapies de type yoga ou hypnose (« Based on individual studies, there is some but no strong evidence for the effectiveness of mind-body interventions for the management of anxiety during pregnancy »)
  • contrôle de la douleur pendant l’accouchement: même son de cloche, preuves insuffisantes (« Hypnosis may help relieve pain in labour but research so far conducted has not conclusively shown benefit »)

On peut aussi citer d’autres méta-analyses un peu plus positives qui ne sont pas effectuées par le groupement Cochrane:

  • nausée et vomissement pendant les chimiothérapies: la méta-analyse montre que l’hypnothérapie pourrait être un outil clinique efficace pour anticiper et résoudre les problèmes liés à la chimiothérapie chez les enfants cancéreux (« Meta-analysis has demonstrated that hypnosis could be a clinically valuable intervention for anticipatory and CINV in children with cancer. »)
  • douleur chez les personnes cancéreuses: cette méta-analyse ne focalise pas sur l’hypnothérapie mais un ensemble d’outils thérapeutiques dont l’hypnose. Sa conclusion souligne l’efficacité de ces interventions pour la réduction de la douleur pour les porteurs d’un cancer. Dans ce même registre, on peut aussi signaler les succès de l’hypnose en anesthésie en gardant néanmoins en mémoire que l’effet placebo marche particulièrement bien pour tous les symptômes suggestifs comme la douleur

Conclusion

Pour conclure cet article, je crois qu’il est important de retenir plusieurs choses. La première est évidemment que l’hypnotiseur ne contrôle personne comme un marionnettiste. La deuxième est la portée somme toute limitée de l’hypnose d’un point de vue thérapeutique. Si effet il y a, il est pour le moment faible. Cela ne signifie pas néanmoins qu’il faille mettre au banc l’hypnose. Bien expliqué et dans un cadre sain, elle peut très bien s’insérer dans un arsenal de techniques touchant la psychologie humaine (douleurs, addictions, comportements, etc.) où les solutions miracles n’existent que chez les charlatans. Diversifier les méthodes et approches, continuer la recherche en lien avec avec les thérapies cognitives et comportementales, sont, je pense, de bonnes choses à soutenir. Pour paraphraser, l’hypnose est morte, vive l’hypnose!

sham (FacebookTwitterGoogle+)

NB: cet article a été édité pour prendre en compte les remarques de Jérémy Royaux dans les commentaires (merci à lui!).

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Notes:

  1. Les accrocs de la référence pourront commencer par cet article et suivre les différentes réponses proposées.
  2. On pourra lire ici et quelques articles des copains du café des sciences discutant de l’effet Stroop.
  3. A ce propos, on peut signaler le livre de Brigitte Axelrad (et sa note de lecture) que je côtoie maintenant au comité de rédaction de l’AFIS.
  4. On me pardonnera la traduction approximative des passages cités, n’hésitez pas à me faire part de vos suggestions, je corrigerai a posteriori.

17 réflexions au sujet de « Y a-t-il un hypnotiseur dans la salle?! »

  1. jérémy royaux

    Hello. Article Sympa. J’aurai quand même une ou deux critiques par rapport à des choses qui sont d’ailleurs abordées dans le podcast sur l’hypnose de scepticisme scientifique qui va paraître prochainement :

    tu cites plusieurs domaines ou l’hypnose n’a pas faire preuve de son efficacité ou en a fait quelques unes mais pas suffisantes pour conclure. Je trouve surprenant que tu ne dises rien sur le seule domaine qui est prouvé et validé par de nombreuses études et qui a contribué à ce que l’hypnose soit reconnue par le secteur médical et scientifique : l’hypnoanalgésie. C’est le seul domaine ou les preuves permettent des conclusions très positives et soutenues par suffisamment d’études… un peu dommage de ne pas le citer alors que tu cites tous les « échecs ».

    pour une synthèse de ce qui est connu en hypnoanalgésie, un bon point de départ est ce résumé , écrit par Faymonville qui est une des références du domaine en Europe :
    http://sofia.medicalistes.org/spip/IMG/pdf/Hypnose_en_anesthesie.pdf

    le document cite toute une série d’étude ainsi que des résultats

    sinon un autre point (de détail) : « tout le monde est hypnotisable si on le veut bien » … malheureusement c’est loin d’être vrai. En dessous d’un certain âge, l’hypnose n’est plus possible, ou alors ça devient quelque chose qui se mélange avec la thérapie par le jeu…. Les personnages qui sont atteintes de pathologies psychiatriques peuvent faire de très mauvais sujets également si elles ne sont pas stabilisées au niveau des symptômes genre hallucination, délire, perturbation de la pensée etc… on évite d’ailleurs de faire de l’hypnose avec elles.
    Et je rencontre également des gens qui souhaitent être hypnotisés mais qui ont tellement peur de lâcher prise qu’elles se braquent et n’arrive pas à rentrer dans un état de relaxation (même si c’est assez rare). Enfin, le retard mental peut aussi, comme l’âge d’un enfant, rendre l’hypnose impossible.

    enfin, tu dis que l’hypnose , quand elle prouve son efficacité, est souvent liée aux TCCs…

    l’hypnose n’est pas une thérapie, c’est un outil… il ne peut être utilisé seul, ou alors se limite à de la suggestion pure et simple… il n’existe casi aucun thérapeute qui utilise l’hypnose seule… tous les thérapeutes l’associent à une thérapie… qui , dans nos pays, sera en général soit la thérapie brève (palo alto) soit la PNL, ou, moins souvent , les TCCs. Il est donc tout a fait logique que quand on associe l’hypnose aux TCCs les résultats soient meilleurs… tu peux faire un protocole de traitement de phobie avec l’hypnose , à la manière des TCCs. En Amérique c’est un courant qui s’appelle « cognitive hypnosis » qui est de plus en plus important…

    et ce qui est intéressant c’est qu’il y a toute une série d’études qui sont parues ces 10-15 dernières années qui montrent que l’effet des TCCs dans certains cas peut être amplifié avec l’hypnose… (pour voir l’ensemble de ces études , voir le livre : Cognitive Hypnotherapy: An Integrated Approach to the Treatment of Emotional Disorders. De Assen Aladin. Il répertorie les plus importantes dans son livre ….)

    qu’en penses tu? Nima Yeganefar . Je trouve que ce genre d’articles est important car on a souvent des mauvais infos pour le sujet… Si tu y rajoutais des infos sur l’hypnoanalgésie, il serait assez complet et ferait une bonne référence

  2. sham Auteur de l’article

    merci jérémy de ces précisions. je reposte aussi mon message FB: » je ne suis pas tombé sur l’hypoanalgésie dans mes recherches, mea culpa. je vais voir si je peux le rajouter. OK pour « tout le monde n’est pas hypnotisable », la phrase est effectivement mal dite. OK aussi pour l’hypnose associée à une thérapie, sauf que ce n’est pas tjs le cas. il y a de nombreux sites qui vendent des cassettes d’hypnoses (ou autres) et qui prétendent guérir à peu près tout. »

    J’essaie de rajouter la partie sur l’hypoanalgésie dès que je peux pour avoir un point de vue global sur la question.

    pour les anglophones qui veulent rire à chaudes larmes: http://www.youtube.com/watch?v=I_BM34ViAxk

  3. Guillaume

    Je ne sais pas si c’est ma mémoire qui me joue des tours, mais j’ai le souvenir qu’il avait fait allongé quelqu’un entre deux dossiers de chaises et qu’il s’était assis sur son ventre, ce qui était relativement impressionnant…

  4. jérémy royaux

    Guillaume : c’est en effet impressionnant, mais aucun rapport avec l’hypnose. C’est un truc de spectacle, on peut faire cela sans hypnose, c’est même assez facile, et de nombreuses personnes ont reproduit cette expérience pour montrer que c’était banal
    marcher sur des charbons
    tenir couché sur 2 tréteaux ou dossiers
    et d’autres choses encore, c’est de la poudre aux yeux… suffit de connaitre la technique et n’importe qui peut le faire sans hypnose

  5. ya

    Déjà que y’a en plein milieu de phrase c’est moche, mais y’a-t-il, c’est horrible. « Y a-t-il ».
    Pas de capitales non plus après les « : ».
    Très intéressant sinon. Merci.

  6. sham Auteur de l’article

    le titre est une référence au film: y a-t-il un pilote dans l’avion. je ne sais pas pourquoi j’ai rajouté le « ‘ » là dedans 🙂

  7. Ping : Y’a-t-il un hypnotiseur dans la salle?! |...

  8. francois

    J’ai un peu la sensation que la définition de l’état hypnotique est une validation à posteriori et a minima de quelque chose qui n’existe pas. Il faudrait peut-être trouver un autre nom pour éviter la confusion.
    Par ailleurs, sait-on comment on obtient cet état, par quelles méthodes, sont-elles mesurées, infaillibles, dépendent-elles de la bonne volonté du sujet ?
    Je sors d’une expérience très désagréable à l’hôpital public, dans laquelle les sages-femmes ne proposent pour le suivi et les troubles de la grossesse que homéopathie, acupuncture et hypnose (avec une telle pression psychologique sur la patiente qu’on est quasi obligé de faire semblant…).
    C’est pourquoi j’ai un peu de mal à lire dans votre conclusion : « Si effet il y a, il est pour le moment faible. Cela ne signifie pas néanmoins qu’il faille mettre au banc l’hypnose. »
    C’est une brèche dans laquelle certains n’hésiteront pas à se lancer…

  9. jérémy royaux

    l’existence d’un état d’hypnose n’a jamais été prouvée
    ce qui est prouvé c’est que la conscience varie selon différents paramètres et que l’état qu’on trouve dans la relaxation, la méditation et l’hypnose est relativement similaire.

    on pourrait simplement parler d’état de relaxation profond pour toutes les méthodes confondues et oublier le mot état d’hypnose …

    après, pour ce qui est des mauvais usages que certains peuvent rencontrer, ils existent avec n’importe quelle méthode et ne décrédibilise pas l’hypnose pour autant. Il y a de nombreux hôpitaux qui emploient maintenant l’hypnosédation avec grand succès et ce tous les jours de l’année, avec études scientifiques à l’appui pour objectiver les gains ….

    ce que vous critiquez dans l’usage de l’hypnose me semble être une grossière erreur de débutant, je ne pense pas que de bons praticiens feraient l’erreur de vous mettre la pression, de forcer etc…
    l’hypnose, pour la majorité des gens, reste une expérience agréable (même si elle n’est pas toujours efficace)

  10. sham Auteur de l’article

    excellentes questions qui mériteraient un post entier. sur l’état hypnotique, l’absence de l’effet Stroop est vraiment un argument de taille, on a aussi beaucoup de recherches par IRM, mais rien de définitif pour l’instant. le document qui mesure l’échelle de suggestibilité explique clairement comment se déroule une séance d’hypnose, pê jérémy peut aussi nous raconter son expérience.
    mais j’aimerais surtout m’attarder sur votre dernière question qui est importante à mes yeux. pourquoi conclure sur l’intérêt de l’hypnose alors que les effets sont faibles? par exemple, j’aurais conclu au rejet de l’acuponcture qui se trouve dans une situation assez similaire: peu d’efficacité au delà du placebo (mais bcp plus étudié!). On pourrait y voir un traitement de faveur injustifié. Je crois que la différence fondamentale entre ces deux « thérapies » est expliquée dans un post où je défends la médecine basée sur la science et pas seulement sur les preuves (http://blogs.univ-poitiers.fr/n-yeganefar/2013/09/19/pour-une-medecine-qui-sappuie-sur-la-science/). il n’y a aucune base scientifique à l’acupuncture, rien, et en plus on observe pas grand chose. pour l’hypnose, débarrassé de tout le côté mystique, il y a une science encore mal connue mais qui ne contredit pas le socle des connaissances qu’on possède aujourd’hui; au contraire elle s’intègre parfaitement à d’autres méthodes utilisées dans le cadre des thérapies comportementalistes. c’est le sens de ma phrase de conclusion que je suis certainement le seul à comprendre: on doit tuer l’image de l’hypnose et ses relents mystiques, pour construire une hypnose qui devient un simple outil parmi d’autres dans un cadre scientifique bien établi.
    j’espère que ça répond un peu à vos interrogations.

  11. jérémy royaux

    hello,

    je suis bien d’accord. L’hypnose est enrobée de pleins de fausses croyances… si on retire cette couche assez nébuleuse, on peut définir de manière claire cet outil et il s’intègre dans les connaissances actuelles y compris au niveau des neurosciences

    l’hypnose est essentiellement une sorte de communication… on raconte quelque chose au sujet sur lui même, ou sur des situations. On lui propose d’utiliser sa mémoire et son imagination pour travailler sur ses problèmes, rien de bien magique, et pourtant cela permet beaucoup de choses intéressantes

    j’ai fais un billet pour le blog inné et acquis d’Antoine Rosier concernant l’hypnose :
    http://ineakis.blogspot.fr/2013/01/lhypnose-aujourdhui.html

    j’y citais la définition de Faymonville qui est une des chercheurs les plus importantes au niveau hypnosédation, c’est en grande parti grâce à elle que l’hypnose est maintenant reconnue au niveau médical pour cet usage. Voici sa définition que je trouve très scientifique et hyper complète :

    « interaction sociale dans laquelle une personne (appelée sujet) répond aux suggestions qui lui sont faites par une autre personne (appelée « hypnotiseur » ou «accompagnateur»). La façon dont ces suggestions sont proposées aux sujets obéissent à des règles particulières de sémantique et d’intonation de la voix (techniques hypnotiques d’induction) afin de produire chez le sujet, qui est d’accord de collaborer, un changement dans le mode de fonctionnement du cerveau avec altérations des perceptions, de la mémoire, des processus attentionnels et de l’action volontaire. Ainsi, le sujet devient très susceptible aux suggestions de l’« accompagnateur » et il vit un autre rapport à lui-même, à son corps et à son environnement. La capacité de notre cerveau de glisser vers ce mode de fonctionnement particulier est innée avec, cependant, des aptitudes à l’utiliser variant d’un individu à l’autre : il existe des virtuoses de l’hypnose et des apprentis. »

    cette définition contient tout ce qui est important pour définir l’hypnose. Elle n’utilise que des termes connus, rien qui ne sortirait de la science…

    malheureusement, de nombreux hypnothérapeutes étant des gens soit fort marketing, soit n’ayant aucun diplome, ils ont tendance à présenter l’hypnose de manière ésotérique et floue car eux même en ont une vision de ce type et vont donc véhiculer cette vision, souvent en prétextant que « si le client y croit, ça sera plus efficace, donc autant présenter l’hypnose comme un truc magique dans certaines limites »… je n’adhère pas vraiment à cette vision mais elle est courante

    très simplement, l’hypnose c’est juste utiliser un état de relaxation, la mémoire, l’imagination, et tout cela au travers d’une communication entre deux personnes… faut pas chercher plus loin

    et je vais vous donner un petit exemple
    le traitement du stress post traumatique pour lequel l’hypnose est depuis longtemps connue pour être efficace (bien avant que les TCCs existent d’ailleurs).

    Une des méthodes les plus courantes actuellement consiste simplement à apprendre au sujet à se relaxer et à se sentir en sécurité. Puis à lui proposer de revivre son souvenir traumatique tout en appliquant la relaxation pour faire baisser le niveau de stress.

    une fois qu’il a fait cela, on lui fait revivre plusieurs fois le souvenir en le modifiant. On change des images, le déroulement, des sons, la luminosité, etc
    en gros on fait travailler la mémoire

    et pour un trauma simple, en général il suffit de quelques séances pour faire disparaître la majorité des symptômes alors que les thérapies par la parole ont toujours eu un succès très minime sur les traumas

    comment l’expliquer? c’est simplement faire travailler le cerveau sur les souvenirs , lui permettre de retraiter l’information, évacuer les émotions etc…les souvenirs se modifient à chaque accès…

    Et c’est exactement ce que fait aussi l’EMDR, d’une manière un peu différente mais le principe est identique

    et, moins connu, mais le plus validé de tous : les TCCs. La méthode – peu connue – de traitement des traumas en TCC consiste à ………. revivre les souvenirs avec l’imagerie guidée :p

    tout ça pour dire que l’hypnose en thérapie peut être efficace, et que c’est un outil qui n’est pas si différent de ce qu’on peut trouver ailleurs

    autre exemple simple : on travaille sur le manque de confiance en soi, de manière classique
    puis on ajoute une séance d’hypnose
    on demande à la personne de se rappeler des situations ou elle a su dépasser des difficultés, trouver des solutions, s’adapter, on lui fait ressentir les sentiments de fierté qu’elle ressentait, et on lui rappele qu’elle peut utiliser cela actuellement pour des situations qui posent encore problème…

    C’est tout con, c’est de la suggestion… mais c’est une part importante de toutes les thérapies… Simplement dans d’autres thérapies on le « dit » et ici , au lieu de le « dire » on le fait « vivre par hypnose »… En espérant avoir un effet un peu plus important, car l’hypnose est vécue comme plus émotionnelle par les gens que le dialogue. Il est courant par exemple qu’ils pleurent pendant l’hypnose alors qu’ils se contrôlent pendant la discussion avant….

  12. Xochipilli

    Je ne suis pas vraiment en phase avec tes conclusions. Certes, l’hypnose est desservie par un épais enrobage de discours mystique à base de magnétisme et d’énergie vitale, qui rend le phénomène hautement suspect aux yeux des scientifiques.
    Il n’empêche qu’il me semble un peu expéditif de réduire les effets (analgésiques notamment) à un simple effet placebo. D’une part il semble que l’hypnose fonctionne même lorsqu’on bloque l’effet placebo en injectant de la naxolone aux sujets (qui bloque leurs récepteurs endorphiniens): voir ce papier. D’autre part l’activité cérébrale ne semble pas exactement la même que lors d’un effet placébo (voir cette méta-analyse de 2012 sur le sujet. Le Cerveau&Psycho de juillet 2013 fait un dossier assez bien documenté sur le sujet -certes fait par un enseignant du sujet à Paris XI: c’est ici.

    Par ailleurs, j’ai assisté à plusieurs reprises à des spectacles d’hypnose en salle comme ceux qui tu décris en début d’article et je ne suis pas convaincu par les explications de Wikipedia:
    – De nombreux spectateurs se sont complètement endormies pendant une bonne part du show, sans qu’il soit possible de les réveiller. Je me demande vraiment où était leur intérêt de louper le spectacle (ou alors c’est qu’ils s’ennuyaient vraiment beaucoup!).
    – J’ai eu l’occasion d’échanger avec des personnes montées sur scène qui faisaient des trucs qu’elles n’auraient jamais eu le cran de faire en état normal, par exemple soutenir à leur propre femme qu’ils s’appelaient autrement, ou bien qu’on a tous 6 doigts à chaque main et 11 au total etc.
    L’explication la plus simple de ces comportements ne serait-elle pas que ces personnes sont hyper-sensibles à la suggestion et que l’hypnotiseur utilise cette sensibilité pour les faire glisser dans un état second, où elles lui cèdent -temporairement- la main sur leur volonté. Un peu comme la petite voix qui guide nos réactions souvent insensées durant nos rêves…

  13. sham Auteur de l’article

    Hello Xochipilli! tu as listé deux fois le même article, dis moi si c’est une erreur, je corrigerai. Après, la méta analyse que tu cites ne semble pas être une méta analyse justement, juste une discussion de la littérature (je n’ai pas vu de critère de sélection par exemple mais j’ai parcouru super rapidos) et vu le journal dans lequel il est publié je pense qu’il faut prendre ses conclusions avec méfiance.
    et pour ce qui est des spectacles d’hypnoses, je n’ai pas voulu trop détailler sur le sujet. mais des remarques de bon sens devraient tout de même faire pencher la balance du côté mise en scène: si la puissance de l’hypnotiseur était si forte (disons sur une minorité ultra sensible), on aurait eu bien des cas judiciaires depuis le temps, non? des abus de pouvoir par exemple, des escroqueries, abus sexuels, etc. mais non, ça ne marche que sur scène, et il y a de bonnes raisons: cf l’article.
    merci pour le lien sur le dossier cerveau et psycho, je vais jeter un coup d’oeil.

  14. jérémy royaux

    les spectacles d’hypnose n’utilisent casi pas l’hypnose …
    ce qu’on y trouve : escalada de l’engagement, pression sociale, dépersonnalisation (on peut faire un truc bizarre sans devoir l’assumer), puis des suggestions, l’influence de l’autorité… C’est surtout un phénomène social, l’hypnose n’est que la poudre aux yeux qui enrobe le tout…
    pour les gens qui dorment, c’est une sorte de jeu de rôle, pas de l’hypnose… il y a des gens qui savent se plonger dans un jeu de rôle au point d’oublier qu’ils jouent, y a rien de plus à trouver…

    pendant la formation des hypnothérapeutes, on voit déjà ce genre de phénomènes

    Avec exactement la même séance d’hypnose, certains réagissent peu et d’autres beaucoup. Ceux qui sont fort suggestibles vont même créer des amnésies post hypnotiques et ce genre de choses alors qu’on ne leur a même pas demandé… Le vrai pouvoir, c’est celui de l’esprit des gens sur eux même… L’hypnose ne fait que les mettre dans un état de relaxation et leur donne une excuse pour jouer un jeu de rôle qui ne s’assume pas

    pour ma part, je suis capable de rentrer dans une trance « profonde » , seul ou avec quelqu’un, mais je n’ai jamais été sensible à ces phénomènes qui se produisent « à votre insu »… genre « votre bras se lève » ne fonctionne pas sur moi, pourtant c’est pas faute d’essayer, mais j’y crois simplement pas
    celui qui y croit sincèrement arrivera à se faire oublier à lui même qu’il ne contrôle plus son bras
    c’est un peu bizarre à comprendre de l’extérieur mais bon c’est comme ça que cela fonctionne….

    ps) je suis formé à l’hypnose clinique et la pratique depuis 6 ans

  15. Xochipilli

    @sham: oui c’est un erreur sorry! … mais sur le premier lien pas sur le second: la différence entre placebo et hypnose est mise en évidence dans cet article, qui date de 1983 (je n’ai pas trouvé de truc plus récent). Sur la « méta-analyse » tu as raison c’est une revue de littérature scientifique, mais qui a l’air sérieuse, avec une longue liste de références utilisées.
    @jérémy et sham: sur les spectacles, j’ai du mal à comprendre la différence entre la « vraie » hypnose et un état de transe profonde dans laquelle on rentre volontairement et durant lequel certaines personnes laissent -ou pas- leur propre volonté au vestiaire.

    Enfin concernant la manipulation des personnes après le spectacle (c’est le scénario génial du Sortilège du scorpion de Jade de Woody Allen ), je crois que tout le monde s’accorde pour dire que l’hypnose a un effet à la fois transitoire (quelques heures tout au plus) et limité à ce qui est tolérable moralement par l’individu (qui s’y soumet volontairement encore une fois). De la même manière que dans un rêve on peut faire beaucoup de chose mais on ne perd jamais complètement le sens de ses valeurs… ou alors on se réveille très vite.

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