Les bas-reliefs de la statue de Jeanne d’Arc et le procès les concernant

Lors de l’inauguration en mai 1855 seule la statue de Jeanne d’Arc fut présentée au public sur son piédestal. Six ans plus tard, ce dernier fût paré d’une série de bas-reliefs.

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Statue de Jeanne d’Arc, place du Matroi. Archives départementales du Loiret.

Si la statue est une réalisation du sculpteur Foyatier, il n’en va pas de même pour les bas-reliefs, qui furent réalisés par Vital-Gabriel DUBRAY (1813- 1892). Ce changement d’artiste suscita de nombreuses controverses.
En effet, dans une lettre adressée au maire d’Orléans, Monsieur Vignat, et datant du 8 mai 1861, le sculpteur Foyatier proteste contre l’exécution du piédestal de la statue par Vital Dubray et accuse le maire d’avoir ruiné son œuvre et ainsi, d’avoir fait avorter un « des monuments les plus importants de notre époque » et qu’il déférera aux tribunaux l’affront fait à son œuvre. Lors du procès, il réclame 50 000 francs de dommages et intérêts prétendant que l’achèvement du piédestal par un autre l’atteint dans son honneur d’artiste. La plaidoirie prend en compte que compléter l’œuvre d’un artiste après sa mort est un hommage, un acte « pieux » alors que lorsqu’il est en vie cela devient une profanation. De plus, il reproche à la ville d’avoir dilapidé l’argent des loteries pour des fêtes et des festins au lieu de la placer dans un monument national.
Si le procès se solde par une victoire du sculpteur Foyatier, les bas-reliefs sont maintenus sur le piédestal. Vital-Gabriel Dubray fût payé 30 000 francs pour ses œuvres. Le récit de ce procès est essentiel pour la compréhension des relations entre les artistes, leurs œuvres, mais aussi les commanditaires.

Une addition plus tardive d’éléments descriptifs renvoie au rôle pédagogique de l’œuvre. La rhétorique d’une statue se lit avec plus de facilité lorsqu’elle est complétée d’un ou plusieur bas-relief. De plus, étant placé en bas de la statue, ils sont donc au plus près du spectateur. La réalisation de bas reliefs sous-entend une sélection dans les actions héroïques de l’individu présenté, réalisant ainsi une pédagogie orientée du monument entier. Ici l’attention sera portée sur des scènes permettant de résumer la vie de la Sainte. Les deux reliefs supérieurs représentent le Siège ou plutôt la libération d’Orléans et le Sacre de Charles VII à Reims.

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Le Siège d’Orléans

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Le Sacre de Charles VII

La succession de petits reliefs disposés en forme de frise au plus bas du piédestal, présente plusieurs scènes de la vie de la Sainte, mettant en valeur ses exploits militaires mais aussi sa capture et sa mort.

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Conquêtes de Jeanne d’Arc

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Jeanne d’Arc prisonnière

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Jeanne d’Arc devant ses juges.

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Jeanne d’Arc en prison

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Jeanne d’Arc au bûcher

Sculptés avec beaucoup de détails et de précision, ils apparaissent comme l’illustration parfaite de la volonté associée à la création de la statue. La ville d’Orléans est bien entendue présente dans le programme sculpté. Tout comme la statue équestre qui les surplombe, les bas-reliefs mettent en valeur la dimension militaire de Jeanne d’Arc, laissant de côté son enfance paysanne, mais aussi la dimension spirituelle de son action. Elle est donc présentée comme une défenderesse, voire une martyre de la Nation et du Roi.

En commandant ces reliefs le maire d’Orléans décide de la signification prise par cette œuvre, sans en informer le sculpteur Foyatier. Il serait donc fort probable que la problématique principale du procès concernant la statue de Jeanne d’Arc ne soit pas peut-on compléter une œuvre d’un artiste encore en vie ? Mais peut-on se permettre de donner un sens à une œuvre sans l’aval de son concepteur ?

MATHILDE

BIBLIOGRAPHIE :

Barbillon Claire, Le relief au croisement des arts du XIXe siècle, Picard, 2014.

Chambrion Matthieu, Statues dans la ville, un musée à ciel ouvert en Région Centre, Cahiers du Patrimoine, 2015.

Lettre adressée à Monsieur Vignat, maire de la ville d’Orléans, à l’occasion de la pose des bas-reliefs du monument de Jeanne d’Arc, le 8 mai 1861, Paris, Donnaud.

Loiseleur Jules, La Jeanne d’Arc de Foyatier, histoire du monument, procès qu’il suscita, drame lyrique composé pour son inauguration, et lettres de Louis Lacombe sur ce drame, H. Herluison, 1892.

Tribunal civil de le Seine, audience du 22 février 1801. Deuxième plaidoyer pour le sieur Foyatier, statuaire, recursoirement demandeur afin de dommages et intérêts 50 000 fr.) contre le Maire d’Orléans comme organisateur de la loterie, pour l’achèvement de la statue équestre de Jeanne d’Arc par Foyatier, défendeur, dans la cause intentée contre eux indivisément …, St Germain en Laye, imprimerie de Beau, 1861.

Les visuels des bas-reliefs proviennent de Petit Patrimoine.com.

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