Jeanne d’Arc, un repère dans la ville: l’exemple parisien.

La fin du XIXème et le début du XXème siècle a connu une augmentation du nombre de statues érigées en l’honneur de personnages célèbres, notamment à Paris.

Cet accroissement de la statuaire publique dans l’espace urbain est favorisé par les travaux d’urbanisme du baron Haussman, mais il est également le fait de facteurs politiques et sociales. En effet, entre 1870 et 1915, l’État cherche à légitimer la IIIème République au travers de grands personnages historiques ayant marqué la France.

Bien que les femmes soient peu présentes dans la statuomanie de la ville, au profit des représentations masculines, aussi appelées « Les grands hommes », quelques exemples de représentations féminines demeurent présentes dans la capitale, Jeanne d’Arc étant la femme la plus représentée. En effet, Paris compte quatre statues érigées en son honneur pendant la période qui nous intéresse. 

Symbolisant les valeurs patriotiques du pays, ces statues sont alors placées dans des espaces de circulation, tels que des artères ou des places, afin d’être vu par le plus grand nombre. Elles permettent ainsi d’éduquer les passants. Plus que des repères visuels dans la ville, elles sont souvent placées dans des lieux où le personnage représenté est passé, elles y créent alors un réseau historique retraçant leur parcours à l’image de celui de Jeanne d’Arc.

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Les statues érigées en l’honneur de Jeanne d’Arc entre 1870 et 1920.

A: Emmanuel Frémiet, bronze doré, 1874, Place des Pyramides. Cette place est voisine de la porte Saint-Honoré où Jeanne d’Arc fut blessée le 8 septembre 1429 lors du siège de Paris.
B: Felix Charpentier, bronze, 1890, Paroisse Saint-Denys de la Chapelle. Après le siège de Paris, elle fut ramenée de force à la Chapelle où campait son armée, elle y a passé la nuit.
C: Emile-François Chatrousse, bronze, 1891, Boulevard st Marcel. Elle n’est jamais passée par ce boulevard, mais une rue porte son nom.
D: Paul Dubois, bronze, Place Saint-Augustin, 1900.

La plupart des statues représente Jeanne d’Arc en tant que guerrière combattant l’agresseur et dont seule la chevelure laisse transparaitre la féminité de ce symbole patriotique asexué auquel chacun peut alors s’identifier. Elle est souvent représentée en armure, à cheval ou à pied, portant l’éperon, l’épée et l’étendard. Jeanne d’Arc est un des rares personnages historiques féminins à être représentées à cheval. Les statues équestres de femme sont relativement rares dans l’espace urbain. En effet, elles sont habituellement dévolues aux rois ou aux chefs de guerre montrant ainsi leur puissance.

Une fois érigée, la statue constitue à la fois un monument public mais également un point d’ancrage, un véritable repère dans l’espace de la ville. Autour d’elles vont alors s’organiser des défilés ainsi que des manifestations.

Place des Pyramides, 1874, sculpteur Emmanuel Frémiet, bronze doré, commande publique de l'Etat

Emmanuel Frémiet, bronze doré, 1874, Place des Pyramides.

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Felix Charpentier, bronze, 1890, Paroisse Saint-Denys de la Chapelle.

Jeanne d'Arc, boulevard Saint-Marcel

Emile-François Chatrousse, bronze, 1891, Boulevard st Marcel.

Place Saint-Augustin, 1900, sculpteur Paul Dubois

Paul Dubois, bronze, Place Saint-Augustin, 1900.

MARIE

Propos tirés de :

SNITER, Christel, « La guerre des statues. La statuaire publique, un enjeu de violence symbolique : l’exemple des statues de Jeanne d’Arc à Paris entre 1870 et 1914″, Sociétés et Représentations, n°11, (2001), Publications de la Sorbonne, pp. 263-286.

SNITER, Christel, « La gloire des femmes célèbres. Métamorphoses et disparités de la statuaire publique parisienne de 1870 à nos jours », Sociétés et Représentations, n°26, (2008), pp. 153-170.

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