La statue de Jeanne sur la place du Martroi à Orléans.

La fête de Jeanne d’Arc, donnée à Orléans en mai 1855, fut l’occasion d’inaugurer une nouvelle statue en hommage à la « Pucelle d’Orléans ». Cette inauguration du 8 mai 1855 se fît en présence du ministre de la justice, Jacques-Pierre Abbatucci, sur la place du Martroi à Orléans. Il s’agit là d’une place chargée d’histoire. En effet, elle fut intégrée à la ville au 14e siècle, au moment de la construction de la seconde enceinte. Elle fut pendant un temps l’emplacement du marché aux blés ainsi que de nombreux rassemblements publics mais ce fut également le lieu où était guillotinés les condamnés à morts pendant la Révolution.

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Statue de Jeanne d’Arc par le sculpteur Gois, place du Martroi. Archives départementales du Loiret.

Cette statue équestre en bronze d’une hauteur de 4,40 mètres conçue par Denis Foyatier vient alors remplacer celle qui avait été érigé par le sculpteur Gois cinquante ans plutôt. En effet, une statue de Jeanne d’Arc fut réalisée sur cette même place, en 1804, au moment du rétablissement de la fête de la délivrance d’Orléans. Un rétablissement qui fut d’ailleurs soumis à l’approbation du général Bonaparte: « La délibération du conseil municipal m’est très agréable; l’illustre Jeanne d’Arc a prouvé qu’il n’est point de miracle que le génie français ne puisse opérer lorsque l’indépendance nationale est menacée. La nation française n’a jamais été vaincue; mais nos voisins, abusant de la franchise et de la loyauté de notre caractère, semèrent constamment parmi nous ces dissensions d’où naquirent les calamités de l’époque où vécut l’héroïne française, et tous les désastres que rappelle notre histoire. » Une somme de cinq mille francs fut allouée par le ministre de l’intérieur pour la réalisation de projet. Le sculpteur Gois fut alors chargé par les membres du conseil municipal de leur présenter un dessin d’une statue de Jeanne d’arc en s’appuyant sur un modèle en terre cuite qu’il avait modelé pour le musée des monuments français. Cette statue pédestre de Jeanne d’arc est ensuite érigée puis inaugurée le 8 mai 1804. Elle se tient debout, tenant son étendard d’une main et de l’autre son épée. Cette statue en bronze se tenait sur un piédestal portant l’inscription « A Jeanne d’arc ». Il était orné de quatre bas-relief représentant l’arrivée de Jeanne à Chinon, la prise des Tourelles, le sacre de Charles VII et Jeanne au bucher. En 1845, le conseil municipal, jugeant la statue de Gois peu imposante, décide de la déplacer pour l’installer sur la rive gauche, à l’entrée de l’Avenue Dauphine afin d’ériger à la place une autre statue de Jeanne, celle de Denis Foyatier.

Ce dernier est un sculpteur français né à Bussières le 21 septembre 1793 et mort à Paris le 19 novembre 1863. Il entre à l’École des beaux-arts de Paris en 1817 avant d’obtenir une bourse pour entrer à l’Académie de France à Rome. C’est lors de son passage à la villa Médicis, suite à une commande royale de Charles X en 1828, qu’il va réaliser son œuvre maitresse, un Spartacus en marbre d’une hauteur de 2,12 mètres qui se trouve actuellement au Louvre à Paris. Fait chevalier de la Légion d’honneur en 1834, il remporte deux médailles de seconde classe, la première au Salon de 1819 et la seconde à l’Exposition universelle de 1855.

La création de cette statue équestre fut décidé par le conseil municipal d’Orléans le 20 novembre 1840. Afin de financer la réalisation de cette nouvelle statue deux loteries furent organisées en 1853 et 1854. La statue a couté 60 000 francs à la ville d’Orléans.

Statue de Jeanne d’Arc par Denis Foyatier, place du Martroi. Archives départementales du Loiret.

Jeanne d’arc y est représentée à cheval, en armure et abaissant son épée afin de rendre grâce à Dieu pour cette victoire lui ayant permis de libérer la ville d’Orléans. La statue aurait été fondue à partir de canons anglais, récupérés au ministère de la Défense par Arthur d’Illiers. Elle fait également l’objet de plusieurs inscriptions. En effet, il est possible de lire sur la plinthe l’inscription suivante: « Fondu par Saint Denis 1855 » ainsi qu’à l’arrière de la statue « Sous le règne de Napoléon III / Le VIII mai MDCCCLV / Quatre-cent vingt-sixième anniversaire / de la délivrance d’Orléans / Cette statue a été inaugurée en présence M. Abbatucci ministre de la justice et bénie par M. Dupanloup évèque d’Orléans, M. P. Boselli étant préfet du Loiret, M. Genteur maire de la ville / Le VIII mai MDCCCLXI / Les reliefs du piédestal ont été inaugurés / M. Le Cte De Coëtlogon étant préfet / M. E. Vignat maire ». Le piédestal est lui aussi gravé, il comporte l’inscription « A Jeanne d’Arc/ La ville d’Orléans / Avec le concours de la France entière », de même que l’emmarchement reprenant les paroles qui auraient été prononcées par Jeanne d’Arc lors de son entrée dans la ville: « Messire m’a envoyé pour secourir la bonne ville d’Orléans ». Située à l’angle nord-est de la place Martroi au XIXe siècle, elle se trouve actuellement placée au centre de la place.

Statue de Jeanne d’Arc, place du Martroi.

En 1944, au cours de la Seconde Guerre Mondiale, la statue a été détériorée par des éclats d’obus. Il faut alors attendre 1950 pour qu’elle soit restaurée. Cette restauration a bénéficié de l’aide américaine qui a financé la création d’une nouvelle épée. Elle fut également l’occasion d’apposer une nouvelle inscription à droite de l’emmarchement: « Cette statue gravement endommagée au cours de la deuxième guerre mondiale a été restaurée en 1950 grâce à la générosité des habitants de la nouvelle Orléans. »

En 1861, un piédestal orné de relief retraçant la vie de Jeanne d’arc est ajouté à la statue. Il fut conçu par le sculpteur Vital-Dubray. Cet ajout se fit sans le consentement de Foyatier qui a alors accusé le maire d’Orléans d’avoir ruiné sa statue et d’avoir fait avorter ce qu’il considérait comme « un des monuments les plus importants de notre époque » selon ses propres dires.

MARIE

BIBLIOGRAPHIE:

Chambrion Matthieu, Statues dans la ville, un musée à ciel ouvert en Région Centre, Cahiers du Patrimoine, 2015.

Mantellier Philippe, Histoire du siège d’Orléans, H.Herluison, 1867

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