Poitiers 2020 : saison 2, épisode 1 (les centres d’appels)

Poitiers est une ville qui vit pour une part importante de la fonction publique, quelle soit hospitalière (1er employeur : le CHU), territoriale (1er employeur : la ville de Poitiers) ou d’Etat (1er employeur : l’Université).

Si l’on regarde par exemple à l’échelle de l’Aire Urbaine le poids des 15 fonctions d’emploi rapporté au poids de ces fonctions France entière, ressortent les fonctions « administration publique » (indice de 1,4, c’est-à-dire que cette fonction pèse 40% de plus sur Poitiers que France entière, avec des effectifs au recensement 2014 de 14 107), « santé, action sociale » (indice de 1,2 ; effectifs de 13 363) et « éducation, formation » (indice de 1,2 ; effectifs de 6 856). L’agriculture s’intercale cependant avec un indice de 1,3 mais des effectifs plus faibles (2 228).

L’activité privée, pour autant, n’est pas absente. Notamment les activités des centres d’appels, d’où ce billet.

Pour évaluer le poids de cette activité, j’ai exploité les données Acoss (qui recensent l’ensemble des emplois privés hors agriculture) par zones d’emploi, dans le découpage sectoriel le plus fin disponible, la NAF 732. Il s’avère que le secteur privé qui emploie le plus de personnes sur la zone d’emploi de Poitiers est précisément le secteur « activités de centres d’appels », avec, en 2017, 2 640 personnes qui y travaillent. Cela représente 3,4% de l’ensemble de l’emploi privé de la zone.

Est-ce beaucoup ? Oui : France entière, ce secteur représente 0,29% de l’ensemble de l’emploi privé, dès lors, ce secteur pèse près de 12 fois plus sur Poitiers que ce qu’il pèse France entière.

On peut même regarder en valeur absolue pour se rendre compte de son importance : la zone d’emploi qui emploie le plus dans ce secteur, c’est logiquement Paris (qui pèse 25% de l’ensemble des emplois, cela n’a donc rien de surprenant), avec 6 096 emplois recensés. En 2ème position, arrive la zone d’emploi de … Poitiers. Devant Lens-Hénin (2 584), Lille (2 152), Bordeaux (2 066) et Marseille-Aubagne (1 596).

Je signale en passant que ce chiffre de 2 640 pour Poitiers ne capture qu’une partie des emplois des centres d’appels, ceux des entreprises enregistrées dans ce secteur, qui correspondent donc à ce que l’on appelle des centres d’appels externalisés. On trouve sur la zone également des centres d’appels internalisés, comptabilisés dans les effectifs des secteurs auxquelles appartiennent les entreprises en question, et j’en connais un certain nombre.

L’essentiel des emplois de ce secteur sont localisés sur la zone du Futuroscope, à proximité immédiate de Poitiers. Un nombre non négligeable de salariés réside sur Poitiers et travaille au Futuroscope, ce qui génère un flux lui-même non négligeable de déplacement domicile-travail, matin et soir.

La zone du Futuroscope, présentée par nombre de politiques comme une technopole —une sorte de Silicon Valley picto-charentaise— est donc avant tout dominée par cette activité, ce qui n’est ni bien, ni mal : c’est un fait.

Pour ceux qui pensent que ce secteur n’a pas d’avenir en France, je signale en passant que c’est l’un des secteurs les plus dynamiques en termes de création d’emploi, avec un taux de croissance de 31% entre 2007 et 2017 (dynamique plus faible sur la zone d’emploi de Poitiers : +6%).

Or : je crois que je n’ai jamais entendu un politique, quel que soit son bord, parler de ce secteur, ni des milliers de poitevins qui y travaillent (je prends tout élément de preuve permettant de me contredire). C’est pourtant l’activité privée phare du territoire.

D’autant plus que ce secteur, à l’image plutôt calamiteuse, est beaucoup plus hétérogène et complexe qu’on l’imagine. Nous avions travaillé dessus il y a quelques années, pour montrer notamment que l’idée que cette activité allait connaître un processus massif de délocalisation ne résistait pas à l’analyse (l’article est visible ici).

Elle fait sans doute moins rêver les politiques que les activités dites de haute technologie, ou les « startups », ou que sais-je encore, mais elle est là, et fait vivre de nombreuses personnes. S’intéresser à son fonctionnement, sa dynamique, aux salariés qui y travaillent, à comment ils se sentent, à leurs pratiques de déplacements, aux problèmes éventuels qu’ils rencontrent et/ou que rencontrent les entreprises, etc., me semble donc important, pour ne pas dire indispensable.

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