Risque de pauvreté des enfants : la France vire en tête!

Eurostat vient de publier une note sur le risque de pauvreté et d’exclusion sociale dans l’Union à 27. On y découvre notamment, pour 2011,  le pourcentage d’enfants menacés de risque de pauvreté monétaire en fonction du lieu de naissance des parents (parents nés dans le pays de résidence vs. au moins un parent né à l’étranger).

Les chiffres pour la France ne sont pas inintéressants : 14,1% d’enfants menacés de risque monétaire quand les deux parents sont nés en France, mais 39,3% quand un des parents est né à l’étranger. Les moyennes pour l’UE27 sont respectivement de 18,3% et 31,5%.

Je me suis donc empressé de récupérer les données du tableau et de faire quelques calculs, en rapportant notamment les deux valeurs. Voici ce que j’obtiens :

Pays nés dans le pays de résidence au moins un parent né à l’étranger ratio
UE27 18,3 31,5 1,7
Belgique 12,1 33,9 2,8
Danemark 7,8 24,8 3,2
Allemagne 14,2 24,8 1,7
Estonie 19,7 16,9 0,9
Grèce 19,8 43,1 2,2
Espagne 23,2 45,5 2,0
France 14,1 39,3 2,8
Italie 24,4 33,5 1,4
Chypre 8,9 22 2,5
Lettonie 24,6 25,3 1,0
Lituanie 23,3 37,3 1,6
Luxembourg 11,4 24,5 2,1
Hongrie 22,9 21,4 0,9
Malte 21,3 17,9 0,8
Pays-Bas 10,9 29,6 2,7
Autriche 8,4 28,1 3,3
Portugal 20,6 26,7 1,3
Slovénie 12,8 23,8 1,9
Finlande 10 26,6 2,7
Suède 9,5 29,1 3,1
Royaume-Uni 16,2 23,2 1,4
Islande 10,2 18,7 1,8
Norvège 5,7 25,3 4,4
Suisse 12 22,7 1,9

Si on regarde la deuxième colonne, on s’aperçoit que la France a un des « scores » les plus mauvais : 3ème pays, derrière l’Espagne et la Grèce. Il ne fait pas très bon avoir un parent né hors de France, en France…

Mais ce n’est pas tout : je me suis amusé à regarder la position de la France sur la troisième colonne. De manière plutôt intéressante, on constate que les pays du Nord de l’Europe ont des ratios pourris élevés. La Norvège vire en tête, le Danemark est 3ème et la Suède 4ème (l’Autriche s’intercale en 2ème position). La France n’est pas loin derrière, en 6ème place, juste derrière la Belgique.

Pour combiner les deux informations, j’ai simplement ajouté le classement des pays sur les deux indicateurs. Pour la France, par exemple, on obtient un score de 9 : elle est 3ème sur le premier classement et 6ème sur le deuxième, d’où 6+3=9. On peut alors calculer le rang des pays sur ces nouveaux chiffres : la France arrive brillamment en tête, suivie de la Belgique et de la Grèce.

Qu’est-ce que cela veut dire? Que la France protège mal les enfants dont un parent est né à l’étranger du risque de pauvreté monétaire, c’est l’un des pires pays d’Europe, d’ailleurs. Et comme elle protège bien, dans le même temps, les enfants dont les deux parents sont nés en France de ce même risque, la situation non seulement absolue mais aussi relative des enfants dont un des parents est né hors de France est la pire de l’UE à 27. Oui, vous avez bien lu : la pire…

7 commentaires sur “Risque de pauvreté des enfants : la France vire en tête!

  1. Est-ce que ça a vraiment du sens d’additionner les rang comme ça ? La mesure me paraît un tantinet arbitraire.

    Ceci étant dit, la France se donne plein de moyen de paupériser ses étranger. Par exemple, depuis l’instauration de puces électroniques dans les titres de séjour, les frais annuels de dossiers sont d’une centaine d’euro (contre une cinquantaine avant), ce qui revient à augmenter la taxe sur les étranger de la cinquantaine d’euros qui fait la différence. Jusqu’à, bien sûr, l’obtention du mythique titre de résidence de dix ans. Il semble, empiriquement, néanmoins plus aisé d’obtenir la nationalité (et de sortir par là des statistiques). Ceci s’ajoute, bien sûr, à la demi-journée (voire journée si on ne veut pas faire la queue avant 5h du matin) à poser pour pouvoir faire les démarches de renouvellement.

    Rajoutons d’ailleurs à ça que tout retard dans les renouvellement des papiers entraine une radiation immédiate de l’assurance chômage et une suspension des versements de la CAF. De tels retards ne sont probablement pas rares, tant les détails des règles semblent changer chaque années (ou être soumis à l’arbitraire des employés de la préfecture). Un papier oublié peu signifier des délais importants sur le dossiers (et puis d’autres journées de « vacances »).

    Finalement, un autre effet insidieux, pour les étranger qui ont un titre de séjour autrement que pour raisons familiales : ils sont tributaires de leur travail pour obtenir leur renouvellement, ce qui rend beaucoup plus coûteux de se séparer d’un employeur dans l’espoir, par exemple, d’un revenu plus élevé. Je soupçonne que ça tire aussi les revenus vers le bas.

    Ces quelques exemples ne sont que tiré de mon expérience et celle de mes proches. Je ne sais pas si ils sont effectivement significatifs, ils sont en tout cas assez frustrants.

  2. Non, ce n’est pas arbitraire, plutôt une façon simple de combiner deux indicateurs complémentaires. Il y a d’autres façons de faire, mais les chiffres sont têtus : la France se caractérise par un risque fort pour les enfants dont un des parents est né à l’étranger + écart important entre ces derniers et les enfants de parents nés en France. Mon petit calcul synthétise cela.
    Merci pour les éléments de témoignage… no comment…

  3. Je ne saisis pas bien l’intérêt de cet indicateur (= la somme des deux scores). Ou plutôt, je ne saisis pas bien l’intérêt de l’indicateur du ratio par rapport à celui du taux de pauvreté avec un parent étranger : ce qui nous intéresse, et ce pourquoi la France est mauvaise, c’est de protéger les enfant dont l’un des parents est étranger. Qu’elle protège bien un enfant dont les deux parents sont français est plutôt positif non ?
    L’indicateur « Ratio » indique 2 voies d’amélioration : améliorer la protection des enfant d’un parent étranger, ou diminuer la protection d’un enfant avec deux parents Français. Si je suis un fervent défenseur de la premier solution, je suis plus réservé sur la deuxième !

    Ou alors, l’idée est de dire que l’indicateur sur la pauvreté des enfants de parent français, montre la capacité de protection du pays, et le ratio permet de mesurer l’effort fait pour les enfant d’1 étranger, sachant que leur faible nombre n’aura pas d’impact sur les enfant de parents français.

    • L’idée est de synthétiser deux infos. Il ne s’agit bien sûr pas de dire qu’il faut moins protéger les enfants de parents nés en France pour améliorer la situation, mais de montrer que la France protège mal les enfants dont un parent est né à l’étranger et que la distorsion entre ces enfants et les enfants dont les deux parents sont nés en France est également très forte.

  4. Merci pour votre article. Que veut dire précisément « risque de pauvreté monétaire » ? Quel est le lien avec le seuil de pauvreté ? Aussi, j’imagine qu’il doit y avoir beaucoup de différences selon le niveau d’éducation des parents (français et/ou étranger), ou la CSP.

    Dans ce cadre, quel est le rôle de l’état ? Vous parlez de protection. Qu’est ce que ça peut vouloir dire ? Que faudrait il faire concrètement ? Faciliter les démarches (quoique, si un seul des parents est étranger, l’enfant est français donc n’a pas à supporter la lourdeur démarches), mettre en place un système d’accompagnement, mettre en place des aides .. ?

    Evidemment, les données ne permettent pas de comprendre pourquoi ils prennent ces valeurs. Des études quali aideraient.

    Personnellement, je vis à l’étranger, en Asie, ici, en tant qu’étranger, les procédures sont incroyablement difficiles (et la France, en comparaison est un plaisir administratif (quoique, pas pour l’attente sous la pluie ou le soleil le matin devant la préfecture de police de l’ile de la cité…. Ici, au moins, il y a la clim dans les bâtiments administratifs!), les coûts sont prohibitifs (pour un an, nettement plus que les 100 euros mentionnés dans les commentaires), et les possibilités de travail sont fortement encadrées (secteurs d’emploi protégés, salaires minimum prohibitifs différent selon la nationalité de l’étranger…), et aucun droit à quelque protection sociale ou prestation sociale (qui n’existe de toute façon pas pour les nationaux….), sans parler des marques de « nationalisme » quotidien qui rend, en comparaison, l’indifférence parisienne très désirable…

    • Sur la définition de la pauvreté monétaire, tout est dans le document, dernière page. Les enfants dont un des parents est né à l’étranger sont dans des situations beaucoup plus précaires que ceux dont les deux parents sont nés en France, il convient donc d’identifier pourquoi plus précisément et de tenter d’y remédier. Ce que la France fait très mal, vus les chiffres…

  5. Ping : MIGRATIONS: En France, les enfants d’immigrés sont-ils condamnés à la pauvreté ? | Diaspora En Ligne

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