Salauds de vieux…

Entendu plusieurs fois dans la bouche de leaders étudiants (de l’UNEF sauf erreur) : « si on repousse l’âge de la retraite, les vieux
vont rester plus longtemps sur le marché du travail, ça va augmenter le chômage des jeunes. »

 

Ok. Faudra aussi que l’UNEF milite contre l’immigration alors : si plus d’étrangers entrent en France, ça fera du chômage en plus pour
nos jeunes…

 

PS : ce court billet ne vise pas à soutenir la réforme en cours. Pour des propos éclairés sur la réforme souhaitable des retraites,
voir ici et
(le gouvernement a oublié de les lire, faudrait leur faire passer).

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27 commentaires sur “Salauds de vieux…

  1. Mais non, les étrangers ne viennent pas pour travailler : ils viennent pour toucher des allocs pour faire d’autres enfants pour toucher des allocs pour faire des enfants pour toucher des allocs
    pour

  2. Bref, lutter contre la réforme des retraites en disant n’importe quoi, je ne suis pas sur que ce soit trés efficace. Galy a raison pour les femmes, je vais rajouter une ligne en rouge !!! Mea
    Culpa pour cet oubli lamentable de ma part.

  3. En fait je ne suis pas convaincu que la plupart, même en étant contre le front national, soient vraiment sûr que faire venir des immigrés, réellement, ne provoque pas de chomage.

    Malheureusement on lutte principalement contre les idées d’extrême droite en ce mettant un plan moral. Et on oublie de dire qu’elles sont *aussi* complètement stupides, ça laisse beaucoup de gens
    penser que le front national a raison économiquement, et que c’est just moralement que ça n’est « pas bien ».

    D’ailleurs depuis le début de son mandat, Sarkozy fait du « Le Pen light » sur l’immigration qui montre bien que lui même croit qu’être intransigeant sur l’immigration aide
    économiquement le pays.

  4. Bonjour,

    je me posais justement des questions sur cet argument aujourd’hui… Pourriez-vous développer un peu ? J’ai lu le texte de D. Mourey, mais je ne suis pas sûr d’avoir les idées claires pour autant
    sur la question… Merci d’avance !

  5. @romain : C’est l’erreur de raisonnement à l’origine probablement des « 35 heures » : il y aurait un stock de travail, inférieur à celui que veulent fournir ceux qui veulent
    travailler et si on retire leur travail à certains, on peut le donner aux autres. Or il n’existe rien qui ressemble à un stock de travail fini qu’il faudrait répartir entre les membres
    d’une population. En Angleterre, sauf erreur, depuis un bon moment, la proportion des jeunes qui travaillent est plus forte qu’en France, celle des vieux qui travaillent aussi, celle des femmes
    qui travaillent aussi et le taux de chômage anglais est plus faible que le taux français. Voyez le livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg intitulé « Le chômage : fatalité ou nécessité ? », pour
    une explication non technique. Comme le rappelait récemment un des économistes du remarquable blog econoclaste, l’idée que le nombre d’emplois dans une économie est une constante exogène est
    fausse ; voyez encore ce billet : http://www.tanstaafl-fr.net/?p=7.

  6. Bonjour,

    Une fois n’esst pas coutume, je ne suis pas convaincu par votre analyse sur l’absence d’impact de l’augmentation de la durée d’activité des >60ans sur les opportunités d’emploi des autres.

    Car si le potentiel d’emplois est effectivement a priori illimité, il est à mon avis limité à chaque instant par la demande solvable. Raison pour laquelle un immigré, surtout s’ils a droit à des
    allocations, qui est un travailleur ET un consommateur supplémentaire n’aura pas le même impact qu’un >60ans qui aurait continué à consommer même s’il était devenu retraité.

    Je veux bien qu’il soit a priori possible d’absorber la quantité de travailleurs restant sur le marché du travail en repoussant l’âge de a retraite, je veux bien, mais alors qu’on m’explique
    comment.

    Cordialement.

  7. @un passant: j’allais écrire un commentaire au post d’OBO avec le même argument que vous. On trouve partout (cf. les articles auxquels renvoient les autres commentaires) la référence à
    l’immigration, aux rapatriés et aux Cubains. Mais effectivement, dans tous les cas, c’est une population (donc des consommateurs) supplémentaires, ce qui n’est pas le cas avec les seniors (sauf à
    dire, ce qu’il faudrait vérifier, qu’un retraité à une plus faible propension à consommer qu’un actif, quel que soit son âge).

    Cependant, l’argument qu’on peut employer pour contester l’idée qu »un vieux au travail, c’est un jeune au chômage » (à part l’argument empirique, auquel il manque une explication) est, me
    semble-t-il, le suivant: si le vieux part plus tôt à la retraite, il faut payer cette retraite, d’où augmentation du coût du travail (financement par cotisations) ou diminution du pouvoir d’achat
    (financement par impôts ou cotisations salariales), d’où effet négatif sur l’emploi des jeunes.

    voilà, où j’en suis de ma réflexion, en attente de suggestions pour l’améliorer.

  8. @strummer

    Si l’on prend en compte le fait de n’avoir plus besoin de financer la retraite d’un >60 ans qu’on garde au travail, alors il faut aussi prendre en compte le fait de ne plus avoir à financer le
    chômage d’un <60ans dans le scénario où l’on remplace le >60ans qui part à la retraite.

  9. Il faut cependant distinguer effets de CT et de LT. A CT, on peut quand même dire que le rallongement de la vie active à 62 ans ne va pas favoriser l’insertion des jeunes actifs.

    Extrait du papier de Guillaume Duval sur ce sujet (Alternartives Economiques).
    « Les réformes des retraites antérieures ainsi que le durcissement des conditions d’accès à la Dispense de recherche d’emploi pour les chômeurs et au dispositif « Carrières longues » mis en place
    en 2003 pour les retraites anticipés, ont déjà entrainé un recul sensible de l’âge de départ des seniors.

    Du coup on a assisté depuis deux ans à une hausse significative de l’emploi des 55-64 ans (+ 274 000 personnes entre le 2ème trimestre 2008 et le 2ème trimestre 2010 selon les chiffres de
    l’enquête emploi), malgré une crise sans précédent depuis 1929 qui a causé la perte de 500 000 emplois dans le secteur concurrentiel. Tandis que, a contrario, l’emploi des jeunes de 15 à 29 ans,
    déjà très faible en France, reculait lui nettement (- 133 000 personnes entre le 2ème trimestre 2008 et le 2ème trimestre 2010). Une tendance qui devrait donc se poursuivre et s’aggraver si la
    réforme des retraites proposée par le gouvernement est adoptée. »

  10. @unpassant:

    le retraité qui part à 60 ans ne libère pas forcément une place (son emploi peut être détruit quand il le quitte)

    et les allocations chômage coûtent moins cher qu’une pension de retraite

  11. En fait tout dépend surtout si on modélise que l’économie est contrainte plutôt par la demande ou plutôt par l’offre. Si la contrainte est sur l’offre, il est évident qu’il vaut mieux que la
    retraite soit retardée. Si elle est contrainte par la demande, on peut avoir le doute qu’émet unpassant. Cependant même dans un modèle où la demande est dominante, il n’est pas difficile de
    trouver un rôle négatif à la retraite. Le retraité ne prend pas sa retraite à salaire égal, donc il y a de toute façon réduction de la demande, et il devient moins actif, il consomme par exemple
    moins en transport, je pense qu’il a probablement tendance à économiser plus, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose si l’économie manque de ressources d’investissement malheureusement je
    pense que dans ce cas il investit rarement de manière dynamique et avec des risque élévés, ce qui fait qu’il apporte peu de financement aux secteurs qui en ont le plus besoin.
    De toute manière, la focalisation demande/offre est probablement trop simple aujourd’hui, on est loin de la situation des années 30 où les économies dévellopée ont totalement stérilisé la demande
    en se refusant catégoriquement à laisser décoller la masse monétaire pour améliorer la solvabilité.

    Le juge de paix ce sont bien les statistiques qui montrent clairement que dans le modèle de fonctionnement de nos économies modernes une forte corrélation entre retraite rapide, faible taux
    d’activité des plus agès, et fort chomage des jeunes.

  12. @strummer:

    En fait, je pense qu’il faudrait trouver des études (difficiles à effectuer, cf infra.) pour éviter de spéculer dans le vide, car la retraite d’un salarié peut signifier pour une entreprise aussi
    bien une perte qu’une opportunité.

     

    @jmdesp:

    D’une part, dans une économie limitée par la demande, on préfèrera que les gens consomment plutôt qu’ils n’épargnent, d’autre part, les jeunes ont de ce point de vue un avantage sur les
    >60ans: ils peuvent dépenser plus que leur revenus grâce au recours à l’emprunt.

    Pour ce qui est des corrélations entre départ à la retraite relativement tôt et chômage des jeunes, ne pas en tirer de causalité trop hâtivement : la corrélation à la variable cachée « conjoncture
    économique » est forte puisqu’on a justement incité les gens à partir à la retraite quand le chômage posait problème, notamment aux jeunes.

  13. @Moggio: Attiention à ne pas tirer de conclusion hâtive à partir des chiffres du chômage de l’Agleterre: ceux-ci sont surtout révélateurs de leur totale désinhibition en matière de trucage des
    statistiques : regardez l’évolution du nombre de personnes considérées comme « handicapées »(qui touchent un pension d’invalidité plutôt qu’une allocation chômage et sortent donc des stats) depuis
    les années 80 !

    Il faudrait aussi regarder leur endettement (notamment privé) pour voir si leur activité économique n’a pas été dopée de façon temporaire par ce biais. Bref, le modèle Anglais est ‘has-been’
    imnsho. ☺

  14. @un.passant : J’avoue ne pas être très convaincu par votre proposition de données anglaises qui seraient « truquées », notamment lorsqu’elles sont issues d’un travail d’harmonisation statistique de
    la part des statisticiens de l’OCDE ou d’Eurostat. Vous en savez plus que moi mais je serais heureux de connaître vos sources (sérieuses) précises. D’avance, merci.

    @d’autres : On pourrait peut-être compléter les exemples déjà donnés plus haut (immigrés d’Algérie, d’Angola et de Cuba) par celui de la réunification allemande en 1989-1990 (pourtant, le taux de
    chômage allemand pour la décennie suivante a toujours été inférieur au taux français, non ?) et – bien sûr – celui du passage en France pour l’âge légal de départ à la
    retraite de 65 à 60 ans en 1982 justifié à l’époque (eh oui, toujours le fantasme d’un gouvernement de gauche, comme pour les « 35 heures ») par une volonté de réduire le taux de chômage.
    Pourtant, le chômage a continué à croître après 1982 en France, non ? (Et je n’ai rien dit de ceux qui rêvent de renvoyer les femmes à leurs foyers ou les immigrés dans leur pays d’origine pour
    faire diminuer le taux de chômage français ! ; c’est pourtant le même raisonnement (faux), non ?)

    Plus généralement, si à court terme, il est clairement difficile de savoir comment évoluera le taux de chômage (voir plus haut) après un décalage de l’âge légal de départ à la retraite (par
    exemple, de 60 à 62 ans), car ça dépend de beaucoup de choses alors. Mais, une fois passé ce court terme, une fois passés les effets du choc, une fois le taux de chômage de nouveau à
    l’équilibre, une fois revenus sur la trajection d’état régulier, il y a deux options possibles selon que la taille de la population active joue un rôle ou pas dans la
    détermination du taux de chômage. Or, sur ce point, ma référence serait plutôt le modèle développé par les derniers « Prix Nobel d’économie », ceux d’octobre 2010. Dans, disons, le modèle
    Diamond-Mortensen-Pissarides du marché du travail, à l’équilbre, augmenter ou diminuer la population active n‘a pas d’effet sur le taux de chômage… Il semble
    robuste d’affirmer que le taux de chômage (d’équilibre) n’est pas déterminé par la taille du marché du travail. Ceux qui espèrent réduire le taux de chômage par une réduction de la population
    active espèrent qu’en divisant en deux la France, on aurait un taux de chômage plus faible dans les deux nouveaux pays que le taux actuel en France (oui, je sais, nous sommes en crise). Ou
    bien que, parce que la population active américaine est bien plus importante que la population active française, le taux de chômage américain devrait être supérieur au taux français, ce qui,
    empiriquement sur longue période, est faux, bien sûr.

    Surtout, si je me trompe, merci de prendre le temps de me dire pourquoi. 🙂

  15. @Moggio: Sur la triche des statistiques anglaises, je ne cherchait pas à vous convaincre, mais seulement vous (permettre de) vous informer : le fait est non seulement avéré, mais largement
    reconnu et il n’y a qu’à se baisser pour ramasser des infos sur le net [1] par exemple, et depuis longtemps [2].

    Si vous n’avez pas le temps de tout lire, le plus parlant est le graphe de la figure 14, p20 de ce document
    http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.167.6402&rep=rep1&type=pdf

    [1] http://www.northamptonshireobservatory.org.uk/docs/doc_Unemployment%20to%20sickness_085351160205.pdf

    [2] http://jpubhealth.oxfordjournals.org/content/22/1/59.full.pdf+html

  16. @fnur : Merci. Le contenu du texte de Jean Gadrey est-il « compatible » avec celui de l’article qui signale le premier commentaire du texte de Jean Gadrey ?

  17. @un.passant : Merci. Je manque de temps malheureusement mais je dois conclure à partir de cette figure 14 que les chiffres anglais (pour le taux d’emploi des jeunes, des vieux, des
    femmes et pour le taux de chomage) sont faux, c’est cela ?

  18. @Moggio : On ne « doit » jamais rien conclure, au sens que différentes interprétations sont toujours possibles, mais personnellement, j’en conclue que soit il y a eu une très grave « épidémie »
    d’invalidités chez les anglais depuis 1980, soit, sous l’hypothèse que les personnes qui n’ont pas à chercher de travail pour toucher leurs allocations puisqu’elles sont officiellement liée à
    leur « invalidité » sont effectivement désincitées à se déclarer comme chercheurs d’emploi,  les chiffres de personnes qui cherchent un emploi sont très largement sous-estimés.

  19. Affirmer que l’allongement de la durée de cotisation aggravera le chômage des jeunes, ce n’est pas prétendre qu’il y aurait une quantité fixe ou monolitihique d’heures de travail.

    Cette présentation est une caricature de l’opinion des jeunes opposants au démantèlement de l’assurance vieillesse, qui savent très bien qu’il y a en permanence un flux dynamique de destructions
    et de créations d’emploi.

    Ce qui ne change rien au seul point pertinent pour le débat, le fait que toutes choses égales par ailleurs le recul de l’âge de la retraite ne pourra que réduire encore les maiges chances des
    plus jeunes de trouver du travail.

    Affirmer qu’un économie parfaitement dynamique, ouverte, libre de toute contrainte naturelle ou artificielle, pourrait absorber un afflux massif d’immigrés ou une nouvelle étape du démantèlement
    de l’assurance vieillesse sans céer du chômage supplémentaire à due concurrence c’est affirmer que dans un autre monde, une autre galaxie, une autre dimension, la réforme Woerth n’aurait pas les
    effets terribles qu’elle aura dans ce monde ci, cette galaxie ci, cette dimension ci, en France aujourd’hui et dans les années qui viennent.

    Cela fera une belle jambe aux centaines de milliers de jeunes français condamnés à crever la bouche ouverte sur les trottoirs en attendant que les vieux partent enfin à la retraite.

    De toute façon je ne comprends pas comment on peut croire le contraire, alors que les auteurs de la réforme, ceux là même qui prétendent que les craintes des jeunes seraient infondées, n’ont pas
    oublié de prévoir une subvention qui sera réservée aux entreprises embauchant des « séniors » : il s’agit bel et bien d’une distorsion de concurrence sur le marché du travail destinée à favoriser
    les patrons qui embauchent des vieux contre ceux qui embauchent des jeunes.

    Pourquoi continuer à discuter de la propagande gouvernementale comme si elle pouvait être vraie alors que ceux qui la font savent parfaitement qu’elle est fausse, et le prouvent par leurs actions
    ?

     

     

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