«

»

Nov 28 2011

L’incroyable destin de Vincent Doblin

L'équation de Kolmogoroff, M. Petit, Gallimard, 2005

Le nom d’Alfred Döblin évoque une figure imposante de la littérature allemande du XXème siècle, célébré notamment pour son roman Berlin Alexanderplatz paru en 1929. Pour les mathématiciens, Alfred Döblin est aussi (surtout?) le père de Wolfgang Döblin, génie des mathématiques au destin singulier et tragique.

Après avoir fui l’Allemagne nazie en 1933 pour la France, la famille Döblin obtient la nationalité française en 1936. Wolfgang, brillant étudiant en mathématiques, change alors son prénom en Vincent – tout en continuant de signer ses travaux du nom de Wolfgang. Il s’intéresse aux probabilités et notamment aux chaînes de Markov et soutient sa thèse en 1938 sur le sujet des martingales. Mobilisé la même année pour le service militaire, il est encore sous les drapeaux quand la guerre éclate. Malgré ses activités militaires, il poursuit ses recherches et griffonne équations et démonstrations sur un cahier d’écolier. Il termine la rédaction de son mémoire Sur l’équation de Kolmogoroff qu’il envoie sous forme de pli cacheté à l’Académie des Sciences en février 1940. Acculé par l’avancée allemande, et conscient du sort qui serait réservé à un Juif allemand intégré dans l’armée ennemie, Wolfgang Döblin choisit de mettre fin à ses jours le 21 juin 1940 à Housseras, dans les Vosges.

60 ans plus tard, le pli sera décacheté sur demande du frère de Wolfgang Döblin, et son ouverture mettra en évidence l’importance des travaux du jeune homme en matière de probabilités. Le résultat final du mémoire ne fut ainsi pas redémontré avant 1965.

C’est ce destin hors normes que raconte l’écrivain Marc Petit dans son livre L’équation de Kolmogoroff, publié en 2003 aux éditions Ramsay et disponible  à la BU Sciences campus. L’histoire tragique de Vincent Doblin a également donné lieu à la réalisation d’un film disponible en DVD, La lettre scellée du soldat Doblin, que vous pouvez aussi emprunter à la BU.

Pour une analyse plus mathématique de la portée de son œuvre, vous pourrez vous référer au numéro spécial des Comptes rendus de l’Académie des Sciences. Série I. Mathématiques publié en décembre 2000 (vol.331, n°12, partie 2, pp. 1033-1187) suite à l’ouverture du pli cacheté. Ce numéro est disponible en ligne  ici [accès sur authentification avec un compte de l’Université].

Pour en savoir plus sur la procédure des plis cachetés, vous pouvez consulter avec profit cet article de Pierre Berthon, publié dans la Revue d’histoire des sciences, vol. 39, n°39-1, en 1986 et accessible depuis PERSEE.

Sur le même thème

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>


*

Featuring WPMU Bloglist Widget by YD WordPress Developer