De l’Église à l’État. Un aperçu de l’histoire des imprimés anciens de l’Université de Poitiers 1/2

In sacrosanctum Joannis evangelium commentarii / Francisco de Toledo.- Cologne : Arnold Mylius, 1599 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, ANT IV-4.3.5)

In sacrosanctum Joannis evangelium commentarii / Francisco de Toledo.- Cologne : Arnold Mylius, 1599 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, ANT IV-4.3.5)

Du 25 novembre au 20 décembre, est présentée à la BU Michel Foucault une exposition intitulée De l’Église à l’État. Un aperçu de l’histoire des imprimés anciens de l’Université de Poitiers. Des visites guidées sont proposées les jeudi 28 novembre à 18h (vernissage), mardi 3 décembre à 18h et mercredi 11 décembre à 12h.

Une grande partie des collections de livres anciens de l’Université de Poitiers a une provenance ecclésiastique. En effet, à la suite de la séparation de l’Église et de l’État, l’Université saisit deux collections importantes, le fonds du Grand Séminaire de Poitiers et les collections de l’évêché de Luçon. Ces ensembles contiennent eux-mêmes des livres ayant appartenu à des ecclésiastiques, à des lieux d’enseignement et à des communautés conventuelles et monastiques, notamment à l’abbaye de l’Étoile. De plus, cette année, à l’occasion du déménagement de la bibliothèque diocésaine dans de nouveaux locaux, le diocèse de Poitiers donne à l’Université plus de 3000 volumes (160 mètres linéaires).

Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien

Après 1905

  • Le Grand Séminaire

En 1909 est confié à la bibliothèque universitaire de Poitiers le fonds du Grand Séminaire de Poitiers, collection comprenant elle-même des fonds ou parties de fonds plus anciens : la bibliothèque de la Faculté de théologie, création de Mgr Pie, celles des augustins de Montmorillon et des mauristes de Saint-Maixent, ces deux dernières devenues au XIXe siècle bibliothèques de lieux d’enseignement, et d’autres encore, dont l’une des plus intéressantes est le principal vestige connu de la bibliothèque de l’abbaye de l’Étoile. Certains livres ont toutefois échappé à la saisie, comme on peut le constater en observant les ex-libris des livres anciens de la bibliothèque diocésaine.

  • L’évêché de Luçon

En septembre 1914, la bibliothèque de la « mense épiscopale » et celle du séminaire de Luçon, qui abritent des livres anciens comme des titres contemporains, deviennent la propriété de l’État. Un arrêté ministériel du 29 septembre 1914 les met en dépôt à la Bibliothèque universitaire de Poitiers, peut-être parce qu’il s’agit alors de la seule Université du Poitou historique et que des collections ecclésiastiques ont déjà été confiées à l’Université quelques années auparavant. Mais le transfert est incomplet, probablement interrompu par le début des hostilités de la Première Guerre Mondiale. Les plus beaux titres de cette bibliothèque lui ont été donnés par l’ancien évêque du lieu, Mgr Baillès, qui avait lui-même reçu en dépôt, comme exécuteur testamentaire, les livres de son oncle, le chanoine Moutet.

Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien

Papes, évêques et curés

De nombreux ecclésiastiques ont possédé les livres aujourd’hui au Service du Livre ancien, certains très illustres, d’autres beaucoup moins.

  • Des papes et leurs proches

Quelques marques de propriété ont été laissées par des papes. Ainsi, dans un livre ayant appartenu à Alexandre VII (1599-1667), se trouve un ex-dono manuscrit de lui : malheureusement, le nom de la personne à qui a été donné l’ouvrage n’est pas indiqué. Sur un autre ouvrage, apparaissent les armes de Pie VI (1717-1799).

Par ailleurs, du Cardinal Mario Marefoschi Compagnoni (1714-1780), qui exerce plusieurs fonctions au sein de la Curie romaine, sont conservés une quarantaine d’ouvrages, transmis à l’Université par Mgr Baillès.

  • Des évêques

Les évêques de Luçon sont les mieux représentés dans les collections de la Bibliothèque universitaire. Pierre de Nivelle, d’abord abbé de Cîteaux, est le plus ancien dont l’Université ait conservé des documents. Jean-François de Valderiès de Lescure (1644-1723), qui rachète les collections de son prédécesseur Barillon, est le fondateur de la bibliothèque du chapitre cathédral de Luçon, à laquelle il lègue ses livres. Mgr Baillès est celui qui a le plus enrichi les collections de Luçon ; exilé en 1856, il passe le reste de sa vie à Rome, où il achète beaucoup de livres, notamment de très beaux titres italiens du XVIe siècle. Sa bibliothèque, léguée à son ancien évêché, montre qu’il a un goût prononcé pour les questions religieuses et juridiques, mais que ses centres d’intérêt sont plus larges. Quant à Clovis-Nicolas-Joseph Catteau‎ (1836-1915), il est professeur au Grand Séminaire d’Arras avant d’être évêque de Luçon de 1877 à 1915 : c’est donc lui qui voit partir les collections de Luçon à Poitiers.

Quelques curiosités paraissent intéressantes à souligner. Charles Le Goux de la Berchère, nommé successivement aumônier du roi, évêque de Lavaur en 1677, archevêque d’Aix en 1685, d’Albi en 1687, puis de Narbonne en 1703, possède une des plus importantes bibliothèques de l’époque, dont une partie considérable passe à son successeur sur le siège de Narbonne, Mgr de Beauvau (1664-1739). L’ensemble est vendu aux enchères en juillet 1741 : la Bibliothèque universitaire possède au moins trois titres de ce fonds exceptionnel. D’Yves-Alexandre de Marbeuf‎ (1734-1799), archevêque de Lyon, la Bibliothèque universitaire a un bel ouvrage relié à ses armes.

  • Des prêtres

Les noms de quelques prêtres de Poitiers et de ses environs apparaissent sur les livres. On peut citer notamment Victor Millet, qui récupère des ouvrages de l’abbaye de l’Étoile au moment de la dispersion des collections, Joseph-Ernest Creuze des Chastelliers (1807-1879), qui est directeur de l’école cléricale de Poitiers, archiprêtre de Civray, puis curé-doyen de Notre-Dame de Poitiers, ou encore Louis-Claude Deluzines (1725?-1808), curé de Notre-Dame de Sais, dans la commune de Vivonne.

Certains livres de la Bibliothèque universitaire ont également appartenu à des prêtres italiens, par exemple Dominico Grimani, cardinal prêtre de Saint-Marc de Rome, patriarche d’Aquilée (1463-1523), ou Johannes Bissaigha, chanoine de l’église des saints Celse et Julien, à Rome, au XVIIe siècle.

Lieux d’enseignement et communautés religieuses seront présentés dans la seconde partie de ce billet.

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