Soixante ans d’histoire économique en un graphique

Trouvé via Arthur Charpentier (@Freakonometrics), ce magnifique graphique, qui résume soixante ans d’histoire économique, américaine en l’occurrence :

Il s’agit du taux de croissance annuel moyen du revenu des ménages, sur la période, par quintile de revenu (les 20% les plus pauvres, puis les 20% suivants, etc.) et pour les 5% les plus riches.

On peut y voir beaucoup de choses :

  • la forte croissance d’après la seconde guerre mondiale, avec une tendance à la réduction des inégalités (surtout sur 1950-1960), les taux de croissance étant d’autant plus fort que les revenus sont faibles,
  • la crise des années 1970 (les chocs pétroliers pour aller vite), avec des taux de croissance faibles mais malgré tout positifs, et la crise actuelle, d’ampleur beaucoup plus forte, avec des taux de croissance tous négatifs,
  • la très forte montée des inégalités sur la période 1980-2000, avec cette fois des taux de croissance du revenu des ménages d’autant plus forts que les revenus sont forts. Les 20% les plus riches s’en sortent bien, les 5% encore mieux, si on avait les chiffres pour les 1% ou les 0,1%, ce serait encore mieux pour eux (voir les travaux de Piketty/Saez).
J’ai décidé d’ajouter une catégorie pour classer mes articles, intitulée « Graphiques », histoire de poster de temps en temps un petit billet sur les graphiques qui auront retenu le plus mon attention.

11 commentaires sur “Soixante ans d’histoire économique en un graphique

    • Bonne question. A priori, Eurostat a vocation à nous fournir cela, mais je n’ai rien trouvé… J’ai vu aussi le graphique UBS posté initialementpar Vincent Champain, mais il n’a pas réussi à mettre la main sur le rapport dont est issu ce graphique. Guillaume Duval (Alter Eco) a laissé entendre qu’ils allaient essayer de trouver les données pour le reproduire pour la France.

  1. Par ailleurs, le décrochage des inégalités, au sens du coefficient de Gini) arrive bien plus tard en Europe continentale qu’aux E.-U. (et au R.-U.).

    Quant à ce point : « Les 20% les plus riches s’en sortent bien, les 5% encore mieux, si on avait les chiffres pour les 1% ou les 0,1%, ce serait encore mieux pour eux (voir les travaux de Piketty/Saez). », est-il vraiment vérifié ? Si l’on apprend rien en disant que le décile le plus riche est le plus inégalitaire (au sens de Gini, encore), ne se trompe-t’on pas en disant que les centiles successifs s’en sortent de mieux en mieux : on peut y entrer et en sortir, mais la seule conclusion raisonnable qu’on puisse en tirer, c’est que les records (autrement dit, les revenus du 0,1, voire 0,01%) sont d’année en année battus mais pas forcément par les mêmes personnes et sans que ça n’est de grande influence sur l’indice de Gini.

    • Oui, les travaux de Piketty/Saez montrent clairement que ce sont les 1% / 0,1% qui s’en tirent le mieux. Quant à la question des entrées/sorties, mon intuition est qu’elle est plutôt faible, voire très faible…

      • Pas si sûr pour les 0.1 que les entrées/sorties soient si faibles, le classement des plus riches de France est quand même un grand mélange entre réussite parfaitement individuelle, fortune familiale réellement ancienne ou familles dont la fortune n’est pas si ancienne.

        Par exemple, Besnier/Lactalis, fondation de l’entreprise en 1933, mais à l’époque cette société est complètement insignifiante, une parmi des dizaines de milliers. Ce n’est que dans les années 70 qu’un palier est franchi et que c’est vraiment devenu une grande société française. Et ce n’est que dans les années 90/2000 que le groupe pèse réellement à l’international, jusqu’à devenir n°1 mondial des produits laitiers en 2011. On voit une montée progressive mais continue, qui pour des tas d’autres société équivalentes à une époque s’est arrêtée à une des étapes intermédiaires. La vision, c’est familial, ça dure depuis 80 ans, donne une impression de statisme parfaitement fausse. Il faut 80 ans pour passer de « M. Tout le monde ouvre une crémerie » à « je suis n°1 mondial », mais ça correspond quand même à un fort renouvellement.

        Je pense que dans les familles bourgeoises, le renouvellement est moindre que vraiment au sommet, où on ne peut pas se contenter d’une situation établie mais où il faut vraiment se battre.

  2. La question de la mobilité est très importante.

    Je vous suggère deux liens à ce sujet:
    http://prospect.org/article/rich-right-and-facts-deconstructing-income-distribution-debate
    […]since (i) those who slip out of the top quintile (say) are typically at the bottom of that category, and (ii) much of the movement up and down represents fluctuations around a fairly fixed long-term distribution. Joel Slemrod of the University of Michigan has provided a useful indicator that suggests how persistent high incomes tend to be: the average income of families whose income exceeded $100,000 in 1983 was $176,000 in that year; their average income over the seven-year period ending in 1985 was $153,000.

    Et ce papier de Saez, Kopczuk, Song, qui conclut que la mobilité à un effet modeste sur les revenus à des échelles plus longues.
    http://elsa.berkeley.edu/~saez/kopczuk-saez-songNBER07SSAineq.pdf

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