Jeu concours pour les économistes/sociologues blogueurs

Joli cas à traiter : Peter Ilic,
propriétaire de 6 restaurants à Londres, a proposé aux clients, dans l’un d’entre eux, Little Bay, de payer ce qu’ils voulaient.

On devine bien le pari du restaurateur : même si les clients ne payent pas, je me fais un énorme coup de pub. Le manque à gagner est donc le prix de la publicité. Et le coup de pub a été
gigantesque, avec des reportages un peu partout sur la planète.

De plus, surprise, rares ont été les clients ne donnant rien, ils ont déboursé autant, voire légèrement plus, qu’en temps normal…

On appréciera enfin les raisons pour lesquelles le restaurateur a décidé d’arrêter : « Parce que je ne peux pas être tout le temps ici à contrôler que les serveurs n’encaissent pas l’argent pour
leur compte ». Belle petite illustration d’un problème d’agence.

Bon, mais c’est le deuxième point qui m’interpelle et pour lequel je lance un appel aux économistes ou sociologues blogueurs, et à tout ceux qui voudront bien répondre : comment expliquer que
les clients laissent de l’argent? 
Allez, les éconoclastes, ecopublix, mafeco, Etienne, Gizmo et tous les autres, je compte sur vous!

PS : récompense toute trouvée pour l’explication la plus convaincante : un repas au Little Bay, c’est moi qui paye!

30 commentaires sur “Jeu concours pour les économistes/sociologues blogueurs

  1. Les hommes ne sont pas uniquement des agents économiques, et c’est un autre mécanisme que l’intérêt strict qui est à l’oeuvre?(identification avec le chef?, sentiment d’appartenance à un groupe amical? à creuser à mon avis)

  2. C’est chose impossible d’estimer la véritable valeur de ce qu’on achète. Et puis ponctuellement on veut bien -on peut parfois – faire un effort, sur la longue durée, c’est une autre histoire.

  3. Dans la culture, ce concept fonctionne pas mal aussi… Une représentation gratuitr avec la possibilité pour les visiteurs d’apporter une aide pécuniaire comem bon leur semble. Pour le resto, on a laissé aux clients la possibilité d’estimer eux-mêmes la valeur de ce qu’ils ont mangé… Je recoupe aussi l’idée d’Antoine, concept original, bon repas, envie de laisser une « trace » dans le fonctionnement de celui-ci

  4. On mange souvent en groupe au restaurant. il est difficile de passer pour un radin devant ses amis ou ses collègues. on peut alors tester les différences de comportement entre ceux qui mangent seuls ou en groupe.

  5. Il faut noter également qu’on est dans une société très culpabilisatrice, il peut donc être naturel de chercher à se donenr bonne conscience dans de telles situations

  6. N’est ce pas tout simplement parce que les gens sont dans leurs immenses majorité honnête et que à force de conditionnement social on associe le fait de payer comme une forme d’honnêteté.

  7. N’y aurait-il pas un enjeu d’amour propre et d’ego ?Chacun peut payer ce qu’il veut, certes. Mais je pense que personne ne veut passer pour un radin auprès de ses amis … donc on paie, et on paie bien.

  8. Il y a l’explication « groupe » déjà donnée, mais elle peut être étendue ainsi : Un repas dans un restau devenu du jour au lendemain aussi branché n’a de sens que si on peut le raconter à ses potes (/collègues) le lendemain. Le client ayant des anticipations rationnelles sait que lesdits potes/collègues vont forcément lui demander combien il a laissé. Comme il tient à la fois à ne pas passer pour un radin, sinon fini les cafés à la machine, et à ne pas passer pour une poire (sinon tous les cafés seront de sa poche ad vitam aeternam), il va donc annoncer qu’il a laissé à peu près le « juste » prix. Pour expliquer qu’il l’ait bel et bien laissé, deux alternatives : (i) il n’aime pas mentir à ses amis ; (ii) il craint que son épouse (ou son époux, c’est bientôt la journée de la femme) n’annonce un prix différent, ce qui exposerait la fraude.

  9. Parce que la satisfaction dépend aussi de ce qu’on paye, notamment pour les non spécialistes. C’est comme avec le vin, si on sort une bouteille de Bordeaux avec de la piquette dedans, beaucoup de gens vont la trouver bonne et vont être prêt a payer cher, on peut penser que c’est le même principe: en donnant un prix relativement élevé pour un repas, le client à une plus grande satisfaction.

  10. Parce qu’une fois assis ils avaient accepté la règle du jeu qui leur était proposée et qu’ils l’ont donc suivie. Après, chacun joue à sa manière, flamboyante, risque petit, astucieuse… Encore faut-il que la norme (des prix) soit connue et partagée. Sinon, il peut y avoir méconnaissance des règles implicites…

  11. Ca me fait un peu penser aux pourboires et aux tips que l’on donne aux serveurs.On n’est pas obligé de les donner, mais finalement, il y a deux raisons pour le faire :  – version altruiste : la reconnaissance du travail bien fait  (on est honnetes, ce qui ne nous rend pas forcement économiquement rationels)- version égoiste : pour pouvoir être bien servi la prochaine fois que l’on vient, un client qui ne laisse rien se remarque et sera probablement moins bien servi la fois suivante. L’équation ne se joue pas pour une seule fois mais sur la durée –>  Le fait de payer permet d’assurer des « gain » à long terme, si tant est que l’on aie l’intention de revenir!  

  12. Il faudrait surtout s’interroger quand à savoir comment il se fait que tous les SDF de la ville ne se précipitent pas pour y manger.On peut alors en déduire que la clientèle est filtrée : CQFD.

  13. La culpabilité joue sans doute un rôle non négligeable.Sauf goujat indécrotable, chacun se sens jugé par ses pairs à chacune de ses actions.Quand arrive le moment de payer on a donc plusieurs choix :  . Soit il y a un « prix de base » d’affiché, et le client paie ce qu’il faut pour être dans la norme.  . Soit il n’y a rien d’affiché, alors le client a peur de ne pas donner assez et de passer pour un goujat qui profite du système. Alors le client donne plus qu’il ne faut.

  14. Le client paye le prix de la liberté que lui laisse le restaurateur. Or le restaurateur peut laisser cette liberté aux clients car il sait que la liberté des individus passent par l’interiorisation de certaines normes sociales (N. Elias, Civilisation des moeurs). Rémunérer le travail, c’est bien la norme dans une socioété non esclavagiste. D’ailleurs, ce qui inquiète le restaurateur, ce n’est pas que les clients ne payent plus (car il sait qu’ils paieront) mais c’est le fait que ses serveurs se rémunèrent directement.Comme le pensait Foucaud, la liberté des individus nécessite de faire se correspondre l’ordre social et l’ordre moral. Dans une angleterre marquée par une tradition religieuse qui emprunte ses fondements ideologiques au protestantisme, il n’est pas étonnant de voir le travail respecté au point qu’on le rémunère alors que l’on n’y est pas contraint.

  15. Parce que ne pas donner l’équivalent en monnaie du repas nous obligerait à entretenir une dette envers le restaurateur. Le client tente donc de donner l’équivalent du repas, voire plus, pour être sûr de ne pas être endetter (sentiment très désagréable dans une économie de marché où l’on est habitué à ne pas entretenir ce genre de lien de dépendance avec des « inconnus »).

  16. Parce qu’en payant le prix qu’on pense devoir payer, le restaurateur nous offre le plaisir de ne pas être arnaqué, plaisir gratuit qu’on ne peut recevoir que si on paye le prix qu’en toute honneteté on pense juste

  17. Le client ressent une sorte de pression sociale qui l’oblige à payer. Pourquoi d’ailleurs paye-t-il à peu près la même somme qu’en temps normal? D’abord parce qu’il sait, implicitement, combien vaut le repas. Ensuite parce que le rapport social « face à face » avec le restaurateur l’oblige à proposer un prix que la société globale considère comme juste. En fait, c’est un ensemble très vaste de normes intégrées de la société qui sont concentrées dans les rapports entre deux personnes – le patron et le client. Le client – sauf s’il désire se couper délibérément de la société dans laquelle il vit, et personne, malgré de touchantes déclarations de principe, ne le désire vraiment – est obligé de jouer le jeu au-delà d’un seuil jugé acceptable par les normes communes. Ce principe est à rapprocher du système du marchandage dans les pays moyen-orientaux: en théorie, chacune des deux parties pourrait exiger n’importe quelle somme, mais en pratique, chacun cherche à rester dans la fourchette entre le bénéfice maximum possible qui tient compte des calculs du partenaire et le prix socialement acceptable. Ce dernier point est essentiel: si vous proposez un prix fantaisiste, vous humiliez votre partenaire, car soit vous le prenez effrontément et publiquement pour un idiot, soit vous lui avouez explicitement que vous cherchez à l’arnaquer. Or ces deux comportements ne sont pas socialement acceptables, et pas seulement dans le cadre d’une stricte affaire privée, mais dans l’ensemble des structures globales des rapports sociaux. Un autre exemple est le système des pourboires aux Etats-Unis. Vous pouvez en théorie laisser ce que vous voulez – aucune loi ne vous oblige à en donner – mais sachant que les serveuses ne sont quasiment payées qu’avec cela, une norme implicite s’est instituée, qui contraint le consommateur non seulement à laisser un pourboire, mais surtout à laisser la somme adéquate. Ce chiffre, assez complexe à appréhender pour un européen, correspond à ce que la communauté considère comme un chiffre acceptable pour le service rendu. Conclusion: même lorsque je suis seul dans un bar dans lequel je suis sûr de ne jamais revenir, je laisse quand même le pourboire. Ce n’est ni de l’altruisme, ni même de la réciprocité; c’est davantage l’intégration individuelle d’une norme collective.

  18. Le client ressent une sorte de pression sociale qui l’oblige à payer. Pourquoi d’ailleurs paye-t-il à peu près la même somme qu’en temps normal? D’abord parce qu’il sait, implicitement, combien vaut le repas. Ensuite parce que le rapport social « face à face » avec le restaurateur l’oblige à proposer un prix que la société globale considère comme juste. En fait, c’est un ensemble très vaste de normes intégrées de la société qui sont concentrées dans les rapports entre deux personnes – le patron et le client. Le client – sauf s’il désire se couper délibérément de la société dans laquelle il vit, et personne, malgré de touchantes déclarations de principe, ne le désire vraiment – est obligé de jouer le jeu au-delà d’un seuil jugé acceptable par les normes communes. Ce principe est à rapprocher du système du marchandage dans les pays moyen-orientaux: en théorie, chacune des deux parties pourrait exiger n’importe quelle somme, mais en pratique, chacun cherche à rester dans la fourchette entre le bénéfice maximum possible qui tient compte des calculs du partenaire et le prix socialement acceptable. Ce dernier point est essentiel: si vous proposez un prix fantaisiste, vous humiliez votre partenaire, car soit vous le prenez effrontément et publiquement pour un idiot, soit vous lui avouez explicitement que vous cherchez à l’arnaquer. Or ces deux comportements ne sont pas socialement acceptables, et pas seulement dans le cadre d’une stricte affaire privée, mais dans l’ensemble des structures globales des rapports sociaux. Un autre exemple est le système des pourboires aux Etats-Unis. Vous pouvez en théorie laisser ce que vous voulez – aucune loi ne vous oblige à en donner – mais sachant que les serveuses ne sont quasiment payées qu’avec cela, une norme implicite s’est instituée, qui contraint le consommateur non seulement à laisser un pourboire, mais surtout à laisser la somme adéquate. Ce chiffre, assez complexe à appréhender pour un européen, correspond à ce que la communauté considère comme un chiffre acceptable pour le service rendu. Conclusion: même lorsque je suis seul dans un bar dans lequel je suis sûr de ne jamais revenir, je laisse quand même le pourboire. Ce n’est ni de l’altruisme, ni même de la réciprocité; c’est davantage l’intégration individuelle d’une norme collective.

  19. L’idée de norme collective théorisée par Un gars… me semble très pertinente. Et j’en propose une illustration parfaite dans le domaine de la culture. Il y a quelques années, je retapais avec un groupe une forteresse moyen-âgeuse et nous proposions des visites dont la rémunération était laissée au bon vouloir des visiteurs. La moyenne des visiteurs donnait environ 2F (0,30 €) pour une visite de 40 min. Pour peu qu’il y ait dans le groupe quelques habitués des visites de monuments et donc plus sensibles à la norme dans ce secteur (4 ou 5 € aujourd’hui, 20 ou 30 F peut etre à l’époque pour une visite guidée) l’ensemble des visiteurs se sentait obligé de donner plus, et ceci dans des proportions importantes (nous n’avions plus les habituels centimes mais une abondance de pièces de 5 et 10F). Ce qui montre bien que le moteur principal de la rémunération dans ce genre de cas est la pression sociale, la peur de passer pour le goujat (même aux yeux de parfaits inconnus), la norme collective imposée à l’individu.Pour le cas particulier du restaurant, la pression sociale s’exerce avant tout par le serveur : intermédiaire entre le client et le patron, c’est son regard que le client qui ne donne rien ou presque devra affronter (et c’est pour cela qu’il donne). Et elle s’exerce aussi par les autres clients (si j’avais un restaurant avec cette formule, je rapprocherais les tables pour que les clients puissent discuter et surtout que tout le monde sache ce que paye tout le monde, moyen irrémédiable d’accentuer la pression sociale).

  20. Bonjour,il me semble que l’hypothèse de Marcel Mauss dans l’essai sur le don ([1923/24], 1950) peut trouver une application ici. Pour lui, le donc comporte trois obligations : obligation de donner, obligation de recevoir et obligation de rendre. Pour expliquer l’obligation de rendre Mauss a recours à une
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    parabole : le Hau, l’esprit de la chose donnée. Le Hau est une expression de Ranapiri, l’informateur maori d’Eldson Best. C’est la croyance que celui qui ne rend pas est puni par la vangeance des esprits de la chose donnée. Cette notion particulièrement discutée dans le domaine de l’anthropologie a également fait l’objet d’une étude montrant que les commentateurs critiques de Mauss ont discuté de la validité de la théorie de l’échange sans prendre en compte la manière dont celui-ci a sélectionné ce texte maori de référence (Kilani, 1995). Si nous appliquons – cet extrait de ma thèse – au problème du restaurant les clients paient non sous une quelconque pression sociale mais pour éviter d’être punis par le hau des aliments qu’ils ont mangé. En clair, s’ils ne paient pas un juste prix ils ont peur de la gastro ;-)Si je ne gagne pas avec çà !!!!

  21. Ma réponse sera plutôt touristique : il faut à mon sens se poser la question du motif d’une sortie au restaurant (même gratuit)!? Et là on se tourne vers la règle d’or des restaurateurs : les 4 A !
    Quesaco ??? Ce sont les caractéristiques attendues par un client quand il va au restaurant, ce qui donne par ordre décroissant (rien avec à voir avec une quelconque théorie économique…) :
    1) l’Accueil
    2) l’Ambiance
    3) l’Assiette
    4) l’Addition
    Si les clients ont payé, c’est d’abord qu’ils ont trouvé que la prestation en valait la peine sur les trois premiers items de la règle des 4 A. Après, c’est l’usage socio-économique d’une prestation commerciale dans une société de consommation et peut-être aussi la pression sociale(groupe, amis…) qui a fait le reste. Au fait Olivier, how much for a dinner at « Little Bay’s » ???

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