Simple comme un coup de fil…

Ami lecteur, j’en appelle à toi, pour essayer de mieux  comprendre la différence entre une communication à distance et une communication en face à face. C’est
une vraie question, à laquelle je n’ai pas trouvé jusqu’à présent de réponse vraiment satisfaisante, je me dis que tu pourras peut-être me donner des éléments. Je t’explique.


Tu sentiras facilement la différence entre un échange par mail et une discussion en face à face,
ne serait-ce que parce que l’échange de mail se fait par écrit, alors que la discussion est orale.


La différence est moins grande si l’on compare un coup de téléphone et une discussion en face à face. On est dans les deux cas dans du langage
oral, on entend l’intonation de la personne, on peut « sentir » son humeur, … mais il manque encore des choses : on ne la voit pas, on ne voit pas les gestes qu’elle fait,
etc…


Imaginons maintenant que tu es en visio-conférence avec une autre
personne, tu as le son et l’image, tu entends et tu vois la personne, bref, la différence entre cette discussion à distance et un échange en face à face devient très faible (on suppose que les
moyens techniques sont bons, l’image et le son de qualité, etc.).


Or, quand
un enseignant fait un cours dans deux amphis, en direct dans un amphi et en visio-conférence dans l’autre amphi, certains étudiants se battent pour être dans le premier amphi (sauf erreur, c’est
le cas en première année de médecine sur Poitiers), alors qu’on peut penser que ce qui manque dans l’amphi en visio est très faible. Pourtant, il doit bien manquer quelque chose, sinon, les
étudiants ne se battraient pas pour ne pas y être.


D’où la question :
quelle(s) différence(s) y-a-t-il entre les deux situations, que manque-t-il dans l’amphi en visio ?

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34 commentaires sur “Simple comme un coup de fil…

  1. De mon temps, le son était pourri dans l’amphi, la parole bien moins intelligible, et l’image, souvent légèrement désynchronisée de mauvaise qualité, très fatigante à regarder.Je pestais quand à savoir pourquoi on ne pouvait pas simplement suivre les cours sur une TV en petit groupe ou même simplement à la biblio tant qu’à subir le nécessaire regroupement dans un amphi hall de gare qui perdait toute utilité en l’absence du conférencier et n’avait jamais été construit pour offrir le confort d’un cinéma.Sinon, il était aussi clair que l’absence de la personne de l’enseignant et du respect qu’il inspirait faisait que les perturbateurs présents (il y en avait toujours) se permettaient bien plus de malpolitesses en l’absence de l’enseignant qu’en sa présence, ce qui était particulièrement gênant.

  2. Il manque l’interaction possible. Par exemple si un étudiant éternue bruyamment dans le second amphi, le prof ne va pas reprendre sa phrase afin que tout le monde entende ce qu’il a dit. Le cours devient un mur, le prof un robot qui ne regarde pas ceux à qui il fait cours et qui n’adaptera donc pas son débit ou ses intonations en fonction de ce qu’il perçoit de la réception. Il y a des profs capables de lire leur cours magistral comme des robots sans regarder ou tenir compte de l’auditoire, ces amphi là aussi sont fuis par les étudiants, non ?

  3. C’est le propre de la visio… Avez-vous essayé la réunion à 30 où vous êtes seul en visio et les 29 autres ensemble ?  En principe, on ne vous écoute pas et il faut gesticuler à outrance pour intervenir une fois que les discussions sont lancées. Ce qui manque c’est la 3D si j’ose dire. le fait de pouvoir intervenir physiquement. Le cours en visio (que je pratique aussi) est généralement moins bon car les étudiants sont plus passifs et n’ont pas le sentiment qu’une interaction est possible. Il faut en rajouter dans les demandes de feed-back, les signes d’attention à l’autre, etc.

  4. @ Leila : ok si le prof fait cours sans personne en face de lui. Mais dans l’exemple que je cite, le prof a un amphi en face de lui, il y a donc interaction/3D avec un groupe, il devrait donc pouvoir faire un bon cours, sans sentir les étudiants passifs. Et pourtant, le deuxième groupe semble moins receptif..@ Margo : même remarque que pour Leila, il y a bien interaction avec le premier groupe. Le prof ne devrait pas devenir un robot, dès lors qu’il a un groupe en face de lui. Ok, si le prof fait le robot, tout le monde décroche, mais s’il ne fait pas le robot, comment comprendre que le groupe à distance semble pénalisé?

  5. Ah oui, je n’avais compris la présence du deuxième groupe. Je n’ai fait que des cours du type prof seul dans sa salle de visio, la classe étant ailleurs (très loin !)… Mais ce n’est pas forcément le prof qui ressent les choses, c’est plutôt l’autre groupe qui se sent abandonné et ne vit pas la présence du prof (c’est aussi vrai dans le cas du prof seul). Cela dépend aussi de la tranche d’âge visée et de la taille de la salle je pense. Mes cours en visio avec des L3 Pro se passent bien mais ils sont motivés, et on se voit à proximité, comme en salle de TD, voire plus près. Il n’empêche qu’ils fatiguent plus vite, peuvent décrocher plus facilement, n’arrivent pas à intervenir avec naturel, etc. Il m’est également arrivé de faire une soutenance en visio et c’est détestable, le jury s’investit moins dans les questions, l’étudiant est décontenancé et fait des réponses trop courtes ou trop longues, ne sait plus qui regarder car le jury ne donne pas les mêmes indices qu’en « présenciel ». Au total, j’ai trouvé que c’était au net désavantage de l’étudiant.

  6. Pourquoi aller voir votre groupe préféré alors que le concert est retransmis en direct à la télévision ?La différence vient du sentiment d’appartenance à l’événement. D’un côté, on le vit ; de l’autre, on le voit.Un cours sera donc perçu comme plus vivant dans l’amphi que devant un écran.Sans compter les imageries et perceptions du cours et de l’écran.Un cours, c’est un prof et des éléves… Un écran, c’est la passivité devant des images…

  7. Assez d’accord avec Brice. Se mettre dans la salle où le prof est là en chair et en os, c’est s’imposer un incentive à suivre le cours ; il m’est (mais c’est peut-être mon éducation judéo-chrétienno-polie qui parle) rigoureusement impossible de sortir un journal et de faire mes mots croisés dans un cours, même d’une insupportable nullité, si le prof a une chance de me voir (et en dehors de toute possibilité de sanction). En revanche, devant une vidéo, il suffit que le cours soit un peu austère (même s’il est par ailleurs fort intéressant) pour que la main me démange…

  8. Tout besoin est rapporté à l’objet. Ici le besoin de voir l’autre.  Mais cette chose n’est pas là, nous en sommes privés, et le besoin se transforme en prise de conscience de cette absence et de vide qu’elle laisse en nous. Du fait de nos peurs, de nos angoisses nous ne pouvons rester dans cet état et choisissons de combler ce vide en désirant plus que tout la présence de l’autre.

  9. La vraie différence ? Les phéromones, l’échange de petites particules qui font que parfois, un prof, c’est plus qu’une télé.

  10. Je n’en sais rien et n’y connais rien, mais bon, y a pas de raison que j’ai pas d’avis. Je miserais sur une histoire « d’engagement » peut-être. On est peut-être plus attentif à un interlocuteur en face à face car on a le sentiment qu’il est unique (non reproductible) : « J’ai la chance d’avoir le docteur bouba-olga en face de moi. Seuls ceux qui sont dans cet amphi ont la chance de bénéficier de ce cours. De fait, je profite de cette occasion unique et je suis attentif à tout ce qui m’est dit ». L’usage de la visio n’est pas du même ordre. On est dans l’idée d’un événement reproductible et donc moins précieux pour qu’on s’y consacre à 100%  L’habitude de la télé peut aussi jouer : ce n’est pas parce que je rate 5 minutes de derrick que je ne comprendrais plus rien.

  11. @ Emmeline : oui, il y a sans doute une partie de l’explication qui qui relève des incitations. Je me demande cependant s’il n’y a pas plus, des arguments disons cognitifs, qui permettraient de compléter. En gros, le contexte dans lequel on est modifierait notre compréhension, pas seulement notre motivation, mais j’aimerais bien savoir plus précisément quels sont les éléments du contexte qui jouent. Je me dis que des spécialistes de l’apprentissage devraient pouvoir répondre, j’espère que quelques uns vont venir trainer ici…

  12. Motivation, incitation, implication ne sont-ils pas liés à la compréhension ?Olivier, votre questionnement est divers (entre choix, compréhension…) Dans le cas du choix « libre » (avant événement donc et sans expérience préalable), les éléves préférent suivre un « vrai » cours.Leur perception de ce dernier, et ensuite leur compréhension, est modifié selon la théâtralité à laquelle ils participent. Ils « savent » que « ce n’est pas la même chose ». Il manque la « façon culturelle d’apprendre » dans le cadre scolaire : l’image du professeur et de ses éléves face à lui.Nous sommes fortement liés, a fortiori dans le domaine de l’acquisition, au culturel. Viennent ensuite, bien entendu, se greffer les perceptions individuelles et les types de mémoires…Vous trouverez sûrement (car on trouve toujours) des exemples d’étudiants qui ne voient aucune différence entre un cours « classique » et en visio, ou d’autres qui préférent la visio.Mais vous trouvez donc, en majorité, des étudiants qui préférent le cours « classique ».Olivier, pour résumer, vous soulevez un petit arbre qui cache une forêt… Difficile à défricher dans un simple commentaire. =)

  13. la revue Réseaux a récemment consacré un dossier à la visiocommunication. Dans leur introduction, Christian Licoppe et Marc Relieu soulignent que :

    Les participants aux interactions vidéocommunicationnelles se trouvent en porte-à-faux : d’un côté, la vue d’un interlocuteur sur l’écran les conduit à faire usage des mêmes procédés de coordination et de régulation de l’interaction qu’ils pratiquent habituellement en face-à-face ; de l’autre, la multiplication de problèmes interactionnels ne cesse de leur rappeler que tel n’est pas le cas. Ni véritablement en face-à-face, ni tout à fait au téléphone, les membres d’une interaction vidéocommunicationnelle se trouvent rapidement désorientés, gênés et placés dans une situation d’inconfort. Par exemple, ils découvrent qu’ils sont obligés de veiller à maintenir leur positionnement dans le cadre, ou qu’ils ne parviennent pas à voir la même chose.

    Le dossier est en ligne et accessible moyennant finance, mais l’intro est en accès libre :
    http://www.cairn.info/revue-reseaux-2007-5.htm

  14. Le professeur avec public s’adapte au public existant, qui est une ‘entité’ psychologique à part entière, différente de l’autre public (le visio). D’infimes différence qui suffisent à rendre le discours décalé.Ca me rappelle un étude sur l’inefficacité des brainstorming que j’ai lue dans un magazine appelé ‘Cerveau&Psycho’. En résumé le fait de travailler en groupe, et donc de s’adapter/s’uniformiser, réduisait considérablement l’efficacité des ‘brainstorming’. Il me semble qu’ils explicitait le phénomène d’adaptation/uniformisation dans l’article…

  15. Je ne sais pas si on peut me considérer comme un spécialiste de l’apprentissage, mais je connais un minimum le sujet, puisque je réalise ma thèse en gestion des connaissances.

    Je souscris à plusieurs des commentaires qui ont été formulés comme par exemple l’auto-discipline soulevé par Emmeline, l’absence d’interaction réelle ou potentielle, la présence physique avec sa dose d’on ne sait quoi en plus.

    Je me permets d’ajouter des éléments plus ou moins importants qui n’ont pas été (encore) relevés :
    – le regard dans les yeux : pour maintenir des étudiants sous attention, tout les profs en ont fait l’expérience, rien ne vaut un coup d’oeil en direction du public en prenant bien soin de « viser » les différentes zones de l’amphi. En fait, vous ne regarder pas vraiment nécessairement en tant que prof, mais cela donne l’illusion et permet de fixer l’attention de l’étudiant, qui comme tout le monde après plusieurs minutes d’attention (qu’on fixe généralement autour de 15 minutes), commence à penser à autre chose – sans nécessairement que cela soit intentionnel. Tout le monde connait ça, l’esprit qui « vagabonde ». Lancer des regards refixe l’attention.

    – au niveau technique, j’insisterai sur la question de la dynamique de l’image et du son. Il s’agit un peu de la même chose que de regarder un opéra (1) à la télévision (chaîne hertzienne avec une télé de qualité moyenne), (3) sur un DVD relié à une chaîne hifi, (3) dans une salle de spectacle. Ce sont trois expériences différentes, et si la situation 2 est bien meilleures que 1, cela ne remplacera jamais la dynamique du réel.

    – dans la même veine, mais on quitte le technique, il y a le rôle du cadreur. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un film, celui-ci à son importance, et la fixité de l’image est difficile à vivre pour le téléspectateur. Imaginez un journal télévisé sans interruptions par des reportages. Tout le monde s’ennuierait. Dans un cours, vous pouvez regarder différents éléments sur la scène, comme le remplissage de l’espace (le prof qui bouge), le tableau, etc. Tout cela est en grande parti perdu à travers la caméra.

    D’autres éléments sont sûrement encore à prendre en considération, et je n’ai que des pistes de réponse à une question – il est vrai – bien intrigante.

  16. Si vous voulez faire appel aux neurosciences, on pourrait rajouter l a séduction personnelle du professeur, qui selon les biologistes cognitivistes se traduit par une attirance, souvent tout à fait inconsciente pour son odeur, aussi faible celle-ci soit-elle… Laquelle odeur n’est hélas pas encore transmissible par vidéo. Un jour, peut-être (et alors on pourra faire du regression discontinuity design, youpi).J’ai personnellement observé ce phénomène en terminale, durant les cours dispensés par un séduisant maître de conférence à Sciences-Po (dont j’espère qu’il ne passe pas sur ce blog, sinon je lui présente toutes mes excuses et lui rappelle certain T-shirt). Les conditions dans la salle étaient rigoureusement les mêmes du 1er au 5e rang (ensuite on entendait peut être un poil moins bien), mais un gang de filles, dont je n’étais point, se battait cependant pour s’installer coûte que coûte au premier rang…(vous me pardonnerez la séquence nostalgie ; nonobstant le ridicule assumé de ce commentaire, son premier paragraphe est tout à fait sérieux et scientifique)

  17. En visio, ils doivent se sentir plus libre… Ils ne craignent pas que le prof leur balance sa craie… Ils ne sont pas obligés de se lever à l’arrivée du prof… ni de chanter la Marseillaise.

  18. J’ai été en première année de médecine à Poitiers en 1998 et 1999 et j’ai expérimenté ce dispositif de retransmission vidéo du cours.Personnellement, je préférais l’amphi vidéo : je pouvais arriver en retard sans que personne n’y trouve rien à redire, la visibilité du tableau sur les écrans vidéos était meilleure que lorsqu’on était situé dans la partie arrière du grand amphi avec cours « en live » (pourvu que le prof prenne la peine de temps en temps d’orienter la caméra sur le tableau bien sûr!), le son était souvent meilleur, et le confort des sièges de l’amphi vidéo supérieur au grand amphi (vive les bancs en bois unilate avec les genous du voisin de derrière dans le dos!).Pour ce qui est de l’ambiance, les étudiants en médecine (première année au moins) ne sont tout de même pas trop des fouteurs de bordel, lorsque le cours est important tout du moins et en cas de problème de diffusion, un interphone permettait d’avertir le prof dans le grand Amphi. Par contre, effectivement, beaucoups d’étudiants de première année se battaient le matin pour atteindre les premiers rangs du grand amphi, se pointant une demi-heure avant le début du cours, jouant des coudes et courant à l’ouverture des grilles de la fac. Personnellement, toute cette course me paraissait un peu vaine et je préfèrais dormir une demi-heure de plus le matin. Certes dans l’amphi vidéo, l’absence physique du prof ne permet pas de tisser un contact, une relation humaine, un échange, voire une interactivité et l’attention s’en trouve peut-être moins stimulée. Mais franchement, pensez-vous que dans un amphi de 500 étudiants en première année de médecine, même en présence du prof, le cours soit placé sous l’angle de l’échange et de l’interactivité? Cela reste éminemment magistral…Bref tout ça pour dire que j’ai obtenu le concours au final. Comme quoi la vidéo n’est pas rédhibitoire!Au fait, merci pour ce blog, toujours passionnant!

  19. Vous avez essayé de demander à Tony et Mike?

    « This paper argues that existing models of urban concentrations are incomplete unless grounded in the mostfundamental aspect of proximity; face-to-face contact. Face-to-face contact has four main features; it is anefficient communication technology; it can help solve incentive problems; it can facilitate socialization andlearning; and it provides psychological motivation. We discuss each of these features in turn, and developformal economic models of two of them. Face-to-face is particularly important in environments where information is imperfect, rapidly changing, and not easily codified, key features of many creative activities. »

  20. l’Humain a encore une valeur, et le côté désincarné du cours en video est génant, autant pour l’enseignant que pour l’élève..Cela tient au fait que l’être humain vit des passions: passion pour la connaissance, pour obtenir une meilleure situation dans la vie, mais aussi passion pour l’ Autre, cet Autre qui vous permet d’exister. La différence entre les humains et les animaux (encore que certains adoptent partiellement le même goût pour le groupe et le contact) est essentiellement dans l’appartenance ou non à une communauté. C’est le ressort principal de l’action humaine, et ce ressort est absent de la salle en video pure.

  21. D’aprés une récente conversation avec une spécialiste de l’apprentissage des langues, la motivation est le facteur clé de l’attention et/ou/donc de la mémorisation. Je suppose qu’on est tous d’accord que la vraie vie est (devrait:) etre plus motivante que la vie en visio (j’ai dit une betise?:). Par conséquent la raison d’etre à un cours est qu’on en sortira avec une mémoire plus pregnante de la chose, non pas à cause d’un facteur déterminé mais plutot à la conjonction de facteur se renforcant les un les autres. Contre exemple un concert de U2, Prince, les RollingStones. Mais peut etre que leur présence est médiatisée par le voisin du voisin etc jusqu’au premier rang:)Remarque d’ingénieur: la bande passante de certains appareils diminue trés fort l’intelligibilité de certains son. Au téléphone par exemple il y a trés peu de différence, hors contexte, entre un s et un f. Je suppose que la méme chose est vraie de la vision.

  22. Le sujet est en effet très intéressant et également trop large pour un seul commentaire. Parmi tous les choix possibles, je réagirai à un des points abordés par Olivier sur le fait que le tacite ne peut s’échanger que par face-à-face. Je ne partage pas tout à fait ce commentaire, et nombreux chercheurs ont pu en faire l’expérience en travaillant par téléphone, par mail, par wiki, par … je ne sais quoi d’autres qui n’est plus du physique mais du numérique. Mais pour ce faire il faut rajouter la variable « contexte » ou « histoire » ou « langage commun » dans la littérature ou plutôt une idée de zone proximale de Vygotsky revue et corrigée. L’idée est la suivante : à partir où vous connaissez suffisamment une personne (proximité sociale) et que vous avez des sujets communs à discuter (proximité cognitive), et que ces proximités ont été construites, alors le face-à-face ou le numérique permettent tout deux l’échange de tacite : vous avez votre langage, vos métaphores, vos jeux de mots,… votre manière commune de faire passer des petites choses par écrit qui ne passerait pas autrement, vous connaissez la manière d’écire de l’autre, vous lisez ces sautes d’humeur, ces accords faibles… bref vous lisez entre les lignes parce que ce sont « vos » entre lignes à tous deux que vous avez construits.Il y a une limite à cette zone : le trop de proximité tue la proximité : quand l’une des deux proximités prend le dessus, les choses ne fonctionnent plus ; quand vous ne faites que du relationnel, vous passez plus de temps à discuter famille, loisirs, prendre des nouvelles… et vous en oubliez le sujet commun, ou alors il est noyé dedans ; et de l’autre côté, quand vous être beaucoup trop proche cognitivement, sur un même sujet, vous n’avez plus rien de différent à raconter, à apporter à l’autre, ou alors vous être trop professionnel et oublié un point : il faut se faire comprendre par l’autre, pas seulement par un langage technique mais par quelque chose de plus relationnel.Bref voilà la petite idée : de la proximité et de la distance, du social et du cognitif…. une zone socio-cognitive quoi. Pour les économistes, sociologues et gestionnaires, il s’agirait de combiner Bart Nooteboom (cognitif), Brian Uzzi (social) et le japonais Nonaka (le « ba »). Pour les psychologues il s’agit de combiner (en toute modestie) Piaget et Vygotsky, dans une approche à la Doise et Mugny… avec les exemples de Teresa Amabile. (ou encore les travaux d’Olivier mis en 2D (cognitif & relationnel) puis en 4D (avec l’espace-temps qui lie et délie)).Voilà, un peu long, un peu barbant comme commentaire… mais sur des sujets passionants il est dur de rester attractif et d’essayer d’être sérieux lorsqu’on ne connaît pas les uns et les autres, et que le sujet est large. Une sorte de CQFD.

  23. Les mardis après midi en Master Patrimoine & nouvelles technologies je fais cours à Poitiers et en visio avec les étudiants de La Rochelle. Pour ma part, c’est un grand amusement car mon jeu consiste à dérouter les étudiants de La Rochelle. En fait je me suis rapidement aperçu que les deux groupes ne voyaient pas et ne percevaient pas le même cours. Pourtant le contenu est identique mais la perception et l’interaction sont différentes. Nos étudiants connaissent la télévision par coeur, ils connaissent son pouvoir hypnotique. Pourtant moi je ne dois pas rendre leur cerveau disponible pour vendre du Coca mais du contenu. En revanche les étudiants en présenciel à Poitiers assistent eux non pas à une « émission de Télé « mais à une pièce de Théatre. Voilà donc pour moi la différence les uns regardent une émission de télé les autres vont au Théatre. Et ce qui est le plus insupportable à regarder c’est justement le théatre filmé !!! alors je dois composer. Pour les étudiants de la Rochelle j’utilise les trucs audiovisuels pour capter leur attention. Je sors parfois du cadre, je fais mon Jean-Luc Delarue. Parfois encore comme pour leur faire une confidence rien qu’à eux je fais un gros plan caméra. Ainsi je suis certain qu’ils sont un peu plus attentif. Pour mes autres étudiants qui eux regardent ma pièce de Théatre, j’utilise des trucs de comédiens, fond de cour, avancée jardin, puis jouer avec les mains pour attirer leur regard. Je vous avoue c’est épuisant ;-( mais que tout cela est ringuard et désuet car dans tous les cas nous jouons une drôle de comédies. les étudiants jouent un rôle et moi aussi…Et si vous voulez voir comme mes étudiants sont sages en visio j’ai pris une Photo 😉 à découvrir sur mon blog
    http://ericleguay.over-blog.fr/article-13653114.html

  24. (Attention, gros commentaire bien gras, gonflé aux hormones.) * Au niveau de la pédagogie et de la manière dont les connaissances
    peuvent être intégrées, je pense qu’il y a peut-être d’autres questions
    plus importantes à se poser avant celle-ci… Par exemple : les cours devraient privilégier une application des
    savoirs théoriques ou devraient-on laisser plus de temps aux étudiants
    pour bosser ça chez eux ? (Cas malheureusement peu envisagé les
    premières années.) Voire même les forcer, tout en gardant pour le cours une base de
    connaissances propres à des réflexions et des connaissances qu’on
    pourra moins trouver à l’intérieur de bouquins ou d’articles ? Exemple bête et méchant : je suis sûr que si on « forçait » ou incitait
    les étudiants à lire Berle et Means ou Granovetter en leur laissant
    autant de temps qu’on nous en a parlé à la faculté, vos étudiants
    sauraient sans hésitation de qui vous parlez en cours sans rappel. L’un de nos cours à Varsovie était entièrement structurée de cette
    manière : chez nous, nous avions chaque semaine le choix entre deux ou
    trois articles scientifiques à lire, dans une matière. Les étudiants
    devaient fournir chaque semaine une fiche de lecture et critique de cet
    article, dont la taille devait être d’une à trois pages. Résultat ? Les
    cours pouvaient se concentrer sur d’autres aspects du domaine en
    question, plutôt que de devoir rappeler constamment des bases
    préalables. (et on passait donc directement à l’apprentissage, à
    l’intégration de connaissances tacites, sans que le prof perde du temps
    à nous faire revoir des bases bien plus liées à des sources dures, à de
    l’information, que l’on peut trouver aisément à côté) La contrepartie, c’était qu’on avait du temps pour cela. Mais bref. * Concernant la visioconférence, n’est-elle pas adaptée surtout à des situations où la contrainte du nombre est TRES forte ? Et se dire que les types de savoirs alors enseignés seraient alors différents ? Vous dites vous-même, me semble t’il, qu’il existe au niveau de
    l’innovation ou de l’activité économique de forts effets de proximité. Un prof qui n’est pas uniquement là à travers un écran, c’est également
    un prof qui nous semble plus présent, en qui on croit plus qu’un simple
    bouquin, qu’on peut arrêter si besoin, aller voir en fin de cours,
    croiser dans son bureau, et qu’on écoute avec plus d’attention que si
    nous regardions la télévision. Franchement, on nous annoncerait des cours par visio à la fac, je
    préfèrerai encore rester chez moi au chaud avec un bon bouquin. (Quitte
    à ce que je consacre autant de temps à me pencher sur les sujets en
    question avec un autre ouvrage.) D’ailleurs, ça serait un aspect pratique génial : l’élève n’aurait même
    plus à se sentir coupable de ne pas suivre un cours. En effet, il
    pourrait tout simplement se dire que si le prof ne consacre pas un
    « minimum » de temps pour être présent (si la visio est
    institutionnalisé, et pas uniquement exceptionnelle), il n’aurait pas
    nécessairement à être présent également. (Alors qu’un prof tout seul
    devant cinq ou six étudiants, qu’on soit présent ou non, ça peut faire
    culpabiliser…) * L’autre grand désavantage serait lié à la « tradition », le « lock in »
    pédagogique institué depuis plusieurs siècles. (millénaires ?) On est pas habitué à ne pas suivre d’enseignement de haut niveau (voire
    de bas niveau également) sans contact humain. Et ceux qui sauraient
    utiliser correctement, chez les profs, un système de visioconférence,
    devraient être aussi nombreux que ceux sachant écrire de manière
    suffisamment correcte et fluide de bons bouquins. Tous les effets néfastes présentés par ceux postant ici des
    commentaires, moi compris, pourraient être largement écartés par des
    méthodes proches de celles d’Eric Leguay. Il ne fournit apparemment pas plus d’efforts, mais il utilise d’autres
    codes pour communiquer, capter l’attention, et réveiller ses étudiants. Tout comme un écrivain (scientifique ou non) doit réussir à capter
    l’attention du lecteur de manière différente d’un orateur, le
    « visio-conférencier » aurait à utiliser d’autres techniques… qui,
    d’ici leur perfectionnement et leur utilisation massive par les profs,
    seraient complètement oubliées par beaucoup qui continueraient à donner
    un cours ordinaire. Et du côté de l’utilisateur, le même problème se poserait. Regardez déjà la difficulté que beaucoup d’individus ont à lire des
    choses « longues » sur leur ordinateur, à se concentrer sur un écran, à
    organiser les idées reçues, à les traiter mentalement… Pourtant, une majorité des gens utilisant le net lisent plus que jamais sur Internet. C’est juste que beaucoup d’utilisateurs ne peuvent amener leur niveau
    d’attention au même niveau pour la lecture sur Internet, alors qu’ils
    lisent sûrement l’équivalent d’un petit bouquin tous les deux jours. C’est peut-être peu clair, mais je pense qu’au fond, la
    visio-conférence apporterait autant que les bouquins ou même un bon
    conférencier avec lequel on aurait un contact physique. Néanmoins, il y a un manque « d’habitude », de capacité à l’heure
    actuelle à savoir comment communiquer de cette façon certains types de
    connaissances. Et que même si vous vous lanciez avec réussite dans cela, comme vous
    écrivez des bouquins pédagogiques assez clairs et comme vos cours le
    sont également, qu’est-ce qui vous dit que les étudiants seraient
    capables de suivre ça sans problème, si vos collègues ne font pas de
    même par exemple ? (Ou si vos étudiants n’ont pas été suffisamment
    préparés.) Et encore, c’est dans l’éventualité où vous, ou n’importe quel prof,
    serait capable d’utiliser de nouveaux codes, de s’adapter à cette
    méthode de diffusion des connaissances, etc… Respectueusement, AJC

  25. La réponse me paraît assez évidente:Dans l’amphi sans prof on ne peut pas poser des questions, on est victime des gens qui arrivent en retard et qui papotent, voilà. En revanche les cours en podcast c’est très bien, ce n’est pas assez untilisé en raison de la fierté de certains profs, mais c’est très bien notament pour le pouvoir d’achat, avec le prix des transports.Si j’étais prof et que j’avais des heures à ratrapper je ferais un podcas de deux heures, et j’exigerais d’être payé puisque je réponds au questions sur mon blog et que j’ai effectivement parlé deux heures en podcast…

  26. David :Vous avez parfaitement raison : quitte à rendre la chose virtuelle, passons directement au podcast sans visioconférence initiale. (Avec les coûts que cela entraîne en matériel…)Et dans ce cas, pourquoi ne pas ressortir le podcast d’une année sur l’autre, et de continuer à être payé de la même façon ?Quelle solution magnifique !Non seulement les profs n’auraient plus à se déplacer, mais en plus ils n’auraient même plus à s’embêter à enseigner ! :o)D’ailleurs, les amphis et salles de cours ne seraient utilisés que pour les colles, oraux et partiels.Le coût dans la transition du passage d’un système à l’autre serait alors largement compensé par les économies de chauffage, de personnel d’entretien, etc.En plus, on pourrait réellement s’inscrire dans n’importe quelle université sans coût supplémentaire d’installation pour l’étudiant, et le prof pourrait donner ses cours d’Hawaï.AJC

  27. Bonjour,
    « [C]ertains étudiants se battent pour être dans le premier amphi […] il doit bien manquer quelque chose, sinon, les étudiants ne se battraient pas pour ne pas y être ».
    Euh ? déjà, là, il y aurait pas une petite imprécision qui fausserait la question et les raisonnements ?

  28. Je dirais qu’il manque plusieurs choses :

    La dimension : le professeur n’a plus la même taille
    La 3d
    Le feed-back pour l’élève : le professeur ne voit plus l’élève et et il ne peut le regarder dans les yeux, lui faire sentir qu’il est concerné
    Le feed-back pour le professeur : difficile de poser une question ou de faire une remarque courte quand on est a distance, un simple raclement de gorge peut parfois faire prendre conscience d’une erreur ou d’un point important
    Et enfin le son, le micro n’enregistre que la voix a proximité, avez-vous déjà songé à l’importance du bruit de la craie, du stylo, des pas, des feuilles, voire des mouvements. Pour exemple de son importance, je suis sur que vous pouvez reconnaître votre conjoint à son pas dans l’escalier, ou reconnaître la présence de quelqu’un dans votre dos uniquement parce qu’il bouge (aucun bruit ou presque).

  29. Suggestions qui, je crois, n’ont pas encore été faîtes, à mi-chemin entre expérience personnelle et pure spéculation :-La motivation fonctionne aussi pour beaucoup d’étudiants (parmi les motivés, souvent) à la reconnaissance du prof : le fait de vouloir être au premier rang ou l’impact d’un regard dans les yeux pour capter l’attention ne sont pas uniquement conditionnés par la puissance d’attraction sexuelle d’un prof (facteur qui peut d’ailleurs fortement DEconcentrer.) Certains étudiants ont tout simplement besoin de MONTRER qu’ils sont attentifs, appliqués, motivés… pour des raisons qui peuvent varier selon les individus (besoin de reconnaissance pur, sur un mode parent-enfant ; stratégie « il vaut toujours mieux se mettre les profs dans la poche » en prévision des examens, notamment oraux…)-A l’interaction orientée prof-étudiants se substitue dans un contexte d’où le prof est absent non pas une absence d’interactions, mais un ensemble d’interactions étudiants-étudiants. Or, il est beaucoup plus difficile de gérer les questions de discipline/comportementales au sens large, dans ce contexte. Pas seulement parce qu’on peut craindre que des perturbateurs « se lâchent », mais parce qu’il est parfois plus difficile pour soi-même de trouver une attitude sociale appropriée.Exemple : non seulement on n’a plus le choix du cadrage de ce qui se passe sur scène, mais tout regard « dans le vide » pourra passer pour un regard dirigé vers Untel ou Unetelle… le/laquel(le) aura d’autant plus de chance de capter votre regard qu’il/elle aura comme vous plus de raisons qu’à l’habitude d’être déconcentré(e). Un peu comme des propos échangés sur Internet peuvent être facilement surinterprétés, il me semble que quand, entre +/- inconnus (ce qui est le cas à l’échelle d’un amphi de première année), on se trouve réunis dans une même salle pour participer à une activité commune sans que personne ne soit physiquement présent pour dicter (ie justifier socialement) l’adoption de tel ou tel type de comportement, la moindre manifestation physique devient d’un seul coup potentiellement plus signifiante et donc gênante. Il peut être plus difficile de « s’oublier », au moins dans un premier temps, avant que cette situation ne devienne habituelle, ce qui crée un facteur de perturbations supplémentaire.Ces deux points relèvent peut-être de ce que certains commentaires précédents entendaient par « façon culturelle d’apprendre. » Il est en tout cas possible à mon avis que des questions de « face » se jouent là, surtout chez des étudiants encore très jeunes et/ou qui se connaissent encore peu, et peut-être plus encore en petits groupes (cette réflexion m’est venue en voyant la photo des étudiants de la Rochelle d’Eric Leguay, mentionnée ci-dessus.)

  30. La physique quantique n’est pas dans vos attributions. Ni un brin de sens de l’humain. D’après tous vos commentaires que, par hasard, j’ai eu la surprise de découvrir en effectuant une recherche sur l’encastrement de l’économie dans le social (l’economie au service de l’homme et non le contraire), vous apparaissez comme le calculateur étriqué qu’on s’attend à rencontrer dans les affaires. Sortez un peu de votre sujet et rencontrez des vraies gens avec des vrais sentiments et de vrais problèmes aussi, ça aide à comprendre pourquoi on préfère sentir une personne pour comprendre ce qu’elle veut nous dire plutôt que la voir sur un écran aussi technologiquement efficient qu’il soit.Pour la physique quantique je vous conseille un documentaire intitulé « what the bleep do we know ». Je suis sur qu’il vous ouvrira l’esprit à bien des choses auxquel personne n’est heureusement définitivement fermé.Milles excuses pour ce qui peut apparaître comme des critiques ou de la condescendance mais votre commentaire sur les « pricing out »me fait prendre conscience d’un cynisme chez les business men dont je n’imagine pas toujours la portée ni l’intensité. Merci pour la leçon.

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