La mythologie CAME (Compétitivité, Attractivité, Métropolisation, Excellence) : comment s’en désintoxiquer ?

C’est le titre du dernier article co-écrit avec Michel Grossetti, dont voici le résumé :

La période récente se caractérise par l’émergence d’une mythologie séduisante dans le champ du développement économique : l’approfondissement de la mondialisation plongerait l’ensemble des territoires face à un impératif de compétitivité, seules quelques métropoles pouvant rivaliser pour attirer les talents et les leaders de demain, métropoles qu’il conviendrait donc de soutenir en concentrant les efforts sur l’excellence. Nous la résumons par l’acronyme CAME pour Compétitivité, Attractivité, Métropolisation et Excellence.

Une analyse attentive des différents composants de la CAME montre cependant qu’aussi séduisante —voire addictive— qu’elle soit, elle ne résiste pas à l’épreuve des faits. Malgré cela, portée de manière plus ou moins marquée par certains chercheurs et organismes privés ou publics d’analyse et de conseil, elle sous-tend tout un ensemble de politiques publiques ; elle a même structuré une partie des débats autour des résultats des élections dans différents pays.

Non seulement la CAME ne produit pas les effets attendus, mais elle provoque des effets indésirables. Les ressources publiques étant limitées, les dédier fortement à quelques acteurs (startups, chercheurs jugés « excellents »…) ou à quelques lieux (métropoles) conduit à renforcer les inégalités socio-spatiales. Quelques éléments de réflexion sur des alternatives envisageables, qui nous semblent plus saines, seront présentés afin d’aider à s’en désintoxiquer.

Vous pouvez télécharger le texte complet en cliquant ici. Commentaires bienvenus !

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3 commentaires sur “La mythologie CAME (Compétitivité, Attractivité, Métropolisation, Excellence) : comment s’en désintoxiquer ?

  1. Bonjour, je travaille sur les politiques régionales et je vous remercie de ce contrepoint très éclairant. Je souhaiterais juste insister sur un point sur lequel vous pourriez approfondir votre proposition à mon avis. Le discours de la CAME produit un effet particulierement délétère sur les populations rurales (et périphériques) puisqu’il construit le récit d’un territoire inutile et dépendant des « ruissellement ». J’insiste sur ce point parcequ’il me semble que la lecture qui est souvent en faite Guilluy consiste à démontrer que les populations périphériques ne sont toujours pas « objectivement » segréguées. Or, ce n’est pas ce que je retiens de cet auteur, mais plutôt que les populations ont le sentiment d’être segréguées. Il s’agit d’un domaine complètement différent, non plus économique, mais politique. Ce que vous appelez la mythologie de la CAME, c’est à dire un récit, ne serait-il pas un des éléments qui nourrissent l’existence d’une relégation symbolique ?

    • Je ne sais pas si c’est exactement votre question, mais un des points qui me frappe est le fait que cette mythologie CAME irrigue l’ensemble des territoires, que des territoires hors métropole l’ont également intégré et s’interrogent sur la façon de bénéficier du ruissellement des métropoles…
      Je suis de plus en plus convaincu que la question première est celle des représentations des acteurs, donc des récits qu’ils ont en tête. Si les acteurs d’un territoire, métropolitain ou non, sortent de cette mythologie, s’interrogent autrement sur les potentialités de développement, beaucoup de choses peuvent changer.
      S’agissant de Guilluy, je viens de finir « le crépuscule de la France d’en haut », je trouve son propos totalement affligeant, cela ressemble de plus en plus à une sorte de dénonciation non fondée d’une théorie du complot. La médiatisation de ses propos m’interroge…

  2. Merci de votre retour et veuilez pardonner mes fautes de frappe.
    Ok, laissons Guilluy de côté, je ne voulais pas vous emmener sur le terrain du pour ou contre et surtout, on peut débattre de ce sujet sans avoir à s’y référer.
    Ce sur quoi je trouve qu’on pourrait envisager de prolonger la reflexion (mais peut être l’avez vous fait ailleurs), c’est sur l’impact politique de la came dans les territoires ou elle est manifestement hors sujet. Vous parlez des élus, décideurs. Certes. 100% d’accord. Mais les populations ? Je crains que la CAME et surtout, la place qu’elle occupe dans les mentalités ne soit un puissant ferment de découragement et de pessimisme. Choisir une voie professionnelle pour ses enfants, décider d’emprunter sur 25 ans, questionnent chaque citoyen sur l’avenir et l’engagent dans des choix. Le récit de la CAME, qui transpire dans beaucoup de documents et de discours, comme vous le soulignez à juste titre, vient remplir ce questionnement populaire a défaut de visions plus riches. Je crains que ce ne soit pas pour favoriser une vision optimiste de l’avenir dans de nombreux territoires. La CAME en tant que recit popularisé, serait ici levier de fractures « politiques » au sens noble. Je ferais ici davantage référence a James Goodhart et ses « people if Somewhere/Anywhere » : « Je reste ici, même si on m’explique que ce n’est pas ici que le territoire se développera en priorité. J’interiorise une hiérarchie des territoires parce que je comprends que l’avenir, c’est la CAME. Je developpe un sentiment de rejet vis à vis des évolutions qu’on me décrit ».
    Comprenons bien. Le propos que je soumet consiste à dire que la responsabilité autour du discours de la CAME ne serait pas seulement technique (erreur de diagnostic), mais aussi politique dans le sens où il produirait quelque chose sur le plan de la représentation que les ruraux zt les habitants des villes moyennes se font de leur avenir. Quelque-chose que je n’hésiterai pas alors de qualifier de dangereux.

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