Les métropoles ruissellent moyen…

France Stratégie et le CGET viennent de publier une note intitulée « Dynamique de l’emploi dans les métropoles et les territoires avoisinants », coécrite par Boris le Hir et Cécile Altaber, issue d’un travail de recherche mené par Marc Brunetto, Denis Carré, Nadine Levratto et Luc Tessier du laboratoire EconomiX (rapport complet disponible ici).

Le sujet est d’actualité : face aux contestations du discours pro-métropolitain, certains nuancent le propos et aimeraient bien montrer que soutenir les métropoles ne serait pas en défaveur des autres territoires.

Davezies et Pech (2014) en parlaient déjà dans leur note, avec leur notion de système productivo-résidentiel : en gros, le productif dans les métropoles, le résidentiel dans leur hinterland pour que les actifs des grandes villes aillent passer leur week-end, faire du tourisme et/ou se reposer lors du passage à la retraite. Pour Askenazy et Martin (2015), les autres territoires ne seraient pas lésés par un soutien accru à quelques métropoles, la croissance supplémentaire obtenue grâce à ce type de politique permettant de solvabiliser les transferts sociaux qu’on leur accorderait. D’autres enfin se disent que, même côté productif, les autres territoires peuvent en profiter, s’ils font l’effort de se connecter aux métropoles, afin de bénéficier de leur ruissellement.

C’est bien gentil tout ça, mais on manque d’éléments de preuve, d’où l’étude commanditée à Economix. Et les résultats montrent que ça dégouline ruisselle moyen.

Premier résultat, qui ne vous surprendra pas, fidèles lecteurs : si en moyenne le paquet des 13 métropoles étudiées bénéficie d’une croissance de l’emploi supérieure à la moyenne (1,4% contre 0,8% sur 2009-2014), cette moyenne masque de fortes disparités. Quelques métropoles sont très dynamiques, d’autres ont une croissance moyenne, d’autres sous-performent (ce qui rend cocasse en passant la formule des auteurs de la note de France Stratégie et du CGET, qui indiquent que « la dynamique métropolitaine est évidente » pour signaler immédiatement après que en fait non. Ce n’est pas dit comme cela dans le rapport des chercheurs. On résout comme on peut ses problèmes de dissonance cognitive…).

Deuxième résultat, le plus important : sur les effets d’entrainement, c’est un peu le bazar… La dynamique de Lyon, Nantes et Aix-Marseille semble profiter aux territoires voisins ; pas d’effet sur Lille, Toulouse et Montpellier ; dynamique inversée (les territoires voisins croissent plus vite que la zone métropolitaine) sur Grenoble et Strasbourg ; mauvaise dynamique partout sur Rouen et Nice. Je veux bien qu’on parle de modèle métropolitain après ça…

J’ai souligné le mot « semble » dans le point ci-dessus, car l’analyse menée par les chercheurs est une analyse statistique/économétrique qui teste l’existence de corrélations spatiales. En gros, il s’agit de voir si la croissance d’un territoire est significativement liée, du point de vue statistique, à la croissance des territoires voisins. On a vu le résultat : ça dépend.

Mais au-delà, comme toujours, corrélation ne veut pas dire causalité (ce sur quoi les auteurs alertent, d’ailleurs, mais j’imagine que certains vont lire trop vite). Une relation même positive peut indiquer qu’un territoire non métropolitain tire sa croissance de la métropole voisine, ou bien que c’est la métropole qui tire une partie de sa croissance des territoires voisins, ou bien encore qu’une variable cachée (le contexte macro-régional par exemple, comme signalé par les auteurs) agit favorablement sur les deux, ou bien que la dynamique des deux territoires considérés va dans le même sens mais pour des raisons différentes (Nantes et le bocage vendéen vont tous les deux biens, je ne pense pas que ce soit en raison d’une quelconque interdépendance).

Bref, une étude bien faite, aux résultats conforment à ce que j’observe (il n’y a pas de modèle), qui appelle surtout à d’autres recherches plus qualitatives pour identifier la nature des interdépendances territoriales et leur diversité. Si elle peut permettre d’éviter de tomber dans une nouvelle mode, c’est bien…

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3 commentaires sur “Les métropoles ruissellent moyen…

  1. Merci pour cet article !
    Mais…pour rendre à César ce qui est à César…c’est une étude France stratégie et CGET, à laquelle accessoirement l’Observatoire des territoires a aussi un peu participé 😉 à votre dispo pour développer ensemble de nouvelles approches qualitatives sur le sujet !

    • Oups, désolé, je viens de rectifier !
      Oui, il faudrait des analyses qualitatives en complément, car l’un des problèmes importants avec les approches s’appuyant sur de la méthodologie d’économiste (identification de corrélations à partir de traitements de bases de données), c’est que derrière on peut brancher sur les corrélations plein de schémas explicatifs, et qu’à ce niveau là, les économistes tombent dans des effets de mode. D’où l’importance d’une bonne articulation travail sur les données – analyses de terrain.
      Au-delà, je pense que le problème est plus profond, les chercheurs qui travaillent sur les territoires ont un biais de réification, ils recherchent le territoire « performant » (on peut ensuite avoir des idées différentes sur la performance : économique, sociale, environnementale, …), mais d’emblée c’est une erreur.
      Pour le dire autrement, le vrai problème ne relève pas des méthodes, mais de la question initiale. Poser la question territoriale est un piège, si l’objectif est de comprendre les territoires.

  2. J’ai lu également la note de France-Stratégie et je suis bien d’accord avec vous pour considérer qu’elle rompt quelque peu avec le discours usuel sur le rôle des Grandes Métropoles mais est-ce pour autant qu’elle amorcerait une rupture avec l’engouement que suscite l’importance accordée aux métropoles ? On peut en douter car cela supposerait une vision stratégique (!) pour le coup du territoire, du rôle des villes et des réseaux. Bref, une intelligence de l’espace socio économique dont je ne vois pas le plus petit prémisse. Au mieux, l’état a consenti ces jours-ci à offrir 5 milliards aux villes moyennes pour qu’elles puissent relooker des centre-villes en voie de disparition, symptôme d’une disparition tout court… Même si cette somme trop modeste pour être efficace permet “d’acheter la paix sociale“ d’éviter de voir les “petits“ maires brandir le drapeau de la révolte, elle est surtout révélateur d’une incapacité à penser le territoire hors de schéma convenu et, mais là je vous flatte, ô combien discutable !

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