Penser ce qui relie

C’est la conclusion de mon livre, son fil conducteur, aussi : plutôt que de considérer les territoires comme des entités en concurrence les unes avec les autres, il faut les voir comme des parties prenantes de systèmes interdépendants.

Le problème, c’est qu’on dispose de quantité de données par territoire, on est donc vite tenté de produire des classements sur tel ou tel indicateur de performance, se comparer à l’autre. A contrario, on dispose de peu de données sur les flux, sur tout ce qui traverse les territoires.

On dispose de peu de données, mais cela ne signifie pas qu’il n’en existe aucune. Il en existe sur les mobilités domicile-travail, sur les flux touristiques, sur les liens entre sièges sociaux et établissements, etc.

Parmi les chercheurs qui travaillent sur ce type de données, Nadine Catan. Le Monde vient de consacrer un article très bien fait relatif à une étude à laquelle elle a participé pour la Datar. L’article est visible ici (€), une synthèse de l’étude là.

Je souscris totalement à ce passage :

Passer de ville à système urbain permet de changer nos grilles de lecture des dynamiques territoriales et ainsi de modifier nos politiques publiques. Elus et développeurs sont appelés à mettre l’accent, non plus sur l’accumulation des populations et des emplois à un endroit donné, mais sur les connexions entre les différents lieux (…). Il faut aujourd’hui penser les villes, les métropoles, en termes de complémentarités et non plus se focaliser sur leurs avantages concurrentiels.

Je souscris et je me désole, dans le même temps, du peu de connaissance que les acteurs en charge de tel ou tel territoire ont de ces flux, de leur difficulté à comprendre que c’est ce qui importe. Au risque d’être lourd, j’insiste : l’enjeu n’est pas de penser ce qui sépare, mais de comprendre ce qui relie.

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3 commentaires sur “Penser ce qui relie

  1. Ping : Au niveau économique aussi, penser ce qui relie – Pour une info rouge et verte dans la Vienne

  2. J’adhère effectivement à ces notions de liens et de ce qui « relie », l’un des enjeux de nos territoires de demain sera de pouvoir organiser des scènes territoriales de dialogue et de développement entre eux (métropoles-villes moyennes-espaces périphériques), sur ce qui les « traverse » et les « fabrique », dans une dynamique de ce qu’on peut appeler d’intermédiation territoriale (Lacour, 1996, Nadou, 2013 Talandier, 2016). Ce champ est, je crois, fécond pour comprendre et ce qui fait le développement territorial

  3. Si sur le fond c’est bien ce que l’on pourrait souhaiter dans la réalité on n’en est à des années lumières. Dans la plupart des cas de l’un à l’autre on se méconnaît. Les flux sont effectivement absents des représentations les plus ordinaires aussi bien des élus que des principaux acteurs sociaux économiques. Au mieux ils se vivent en concurrence. Les Grandes Métropoles ont des rêves de grandeur qu’elles ne cachent plus poussées par un état qui pense qu’elles peuvent jouer le rôle de locomotive et entraînées derrière tout le territoire. C’est bien plus la guerre de tous contre tous qui se dessine à l’horizon… la ruralité menacée par l’urbain et les villes moyennes par les métropoles même si tout cela relève de notions assez floues ou en tout cas peu ou mal fondées elles sont suffisamment opératoires pour que chacun se mette en ordre de bataille. La raison en cette affaire est un concept dont on veut bien user mais surtout pas s’en servir… Ajoutons que les égoïsmes des uns et des autres est un puissant moteur pour ignorer, oublier que l’on devrait pouvoir agir tout autrement dans l’intérêt de tous.

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