L’élection de Miss France : une activité ludo-éducative…

 

Ce soir c’est le concours Miss France. Concours de beauté. Un concours de beauté consiste à désigner la plus belle des Miss. Imaginons que vous puissiez gagner un prix : ceux qui désignent la Miss qui sera élue se partagent une somme considérable, sachant que la Miss élue sera celle qui aura collecté le plus de suffrages des votants.

Rapport avec l’économie plutôt étroit. Puisque la Miss qui va gagner est celle qui aura obtenu le plus de suffrages, l’enjeu pour vous n’est pas de trouver celle que vous considérez comme la plus belle (vu vos goûts de chiottes, vous allez perdre), mais celle que la majorité des votants considérera comme étant la plus belle.

Jeu complexe, auquel on peut s’amuser avec des étudiants, de la façon suivante : plutôt que de désigner une Miss, demandons de désigner un nombre entier compris entre 0 et 100. Le vainqueur est celui qui aura choisi l’entier le plus proche de la moitié de la moyenne de l’ensemble des entiers proposés.

Pour l’avoir fait à plusieurs reprises, on obtient des choses intéressantes : i) certains ont du mal à comprendre ces quelques règles, répondent au hasard, donnent leur chiffre préféré ou que sais-je encore, ii) d’autres comprennent qu’il faut anticiper les choix des autres joueurs, font l’hypothèse que les autres jouent au hasard, que la moyenne des nombres proposés sera de 50, ils proposent donc la moitié de 50, soit 25, iii) d’autres anticipent un peu plus, se disent que tous vont développer le raisonnement précédent, que tous vont proposer 25, ils proposent donc 12 ou 13, iv) certains (rarement) vont un cran plus loin, pour proposer 6 ou 7, v) exceptionnellement, un étudiant propose 3, 1, ou 0…

L’ensemble des étudiants pourrait se partager la somme considérable que je leur propose, donc tous gagner, en proposant tous 0. Mais ceci repose sur l’hypothèse héroïque que tous les étudiants déroulent le raisonnement jusqu’à la fin, et surtout que tous supposent que tous les autres étudiants vont dérouler le même raisonnement qu’eux jusqu’à la fin (sachant qu’ils ne peuvent communiquer entre eux : il s’agit d’un jeu non coopératif).

Jeu terrible, donc, qui permet par exemple de faire comprendre aux étudiants une proposition fameuse relative au fonctionnement des marchés financiers (je vous laisse trouver l’auteur) : on ne peut pas gagner contre le marché.

Peut-on sortir de ce type de situation infernale ? Oui, répond un autre économiste (je vous laisse trouver son nom, je suis joueur). Modifions un peu les règles du jeu pour faire comprendre son raisonnement : il vous faut toujours trouver un nombre entier compris entre 0 et 100. Pour gagner, il vous faut désigner le nombre qui sera désigné par la majorité des joueurs (plutôt que des nombres, on peut demander d’écrire sur une feuille un prénom, une ville, une fleur, ce que vous voulez).

En jouant au hasard, vous êtes sûr de perdre. Mais si vous vous dites que tous les autres joueurs connaissent les mêmes règles du jeu, ça converge assez vite : certains proposent 0, d’autres 100, la majorité proposent 50. Alors que 101 choix étaient possibles, seuls 3 sont retenus. Quand j’ai demandé aux étudiants de désigner une ville plutôt qu’un nombre, sachant que j’enseigne à Poitiers, une bonne partie a choisi Poitiers, une autre partie a choisi Paris. Alors que l’ensemble des possibles est immense. Bref, vous avez compris : quand il s’agit de deviner ce que les autres vont proposer, autant s’en remettre à ce que l’économiste dont je vous parlais appelle des « points saillants ». Sans jamais se coordonner, alors même que l’ensemble des possibles peut être immense, on peut gagner, car les « points saillants » sont peu nombreux, même si l’ensemble de référence est grand.

Application possible aux marchés financiers, une fois de plus : on ne peut pas gagner contre les marchés, mais un peu quand même, si on identifie les « points saillants » en vigueur sur ces marchés. Genre, fin des années 2000, « les bonnes entreprises sont des entreprises de la nouvelle économie ». Peu importe que vous y croyez, si vous considérez qu’il s’agit d’un « point saillant », vous pouvez gagner. Surtout du côté d’Orléans.

Ce soir, si vous regarder le concours Miss France, donc, ne vous demandez pas quelle est la plus belle. Demandez-vous quels sont les points saillants autour desquels vont converger les votes du public, qui vont les faire voter pour telle ou telle. Ou encore mieux : faites autre chose.

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3 commentaires sur “L’élection de Miss France : une activité ludo-éducative…

  1. faut que je révise mes classiques donc 🙂
    « on ne peut pas gagner contre le marché » sur googleFr et votre blog sort en deuxième position, pas mal…mais il a en cache la phrase « on ne peut pas gagner contre les marchés ». par contre quand on tape « on ne peut pas gagner contre les marchés » votre article n’apparaît plus, marrant non?

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