Les comparaisons France-Allemagne me fatiguent…

Les comparaisons France-Allemagne me fatiguent. Hier, un tweet d’un journaliste des Echos, m’a propulsé vers cet article, qui présente ce magnifique graphique :

Le Unit Labor Cost, c’est le coût unitaire du travail. Le rapport entre le coût du travail et la productivité du travail. Un bon indicateur de compétitivité-coût. Entre 2002 et 2011, croissance plus forte en France qu’en Allemagne. L’auteur (un certain James Bond, ça ne s’invente pas), déduit de son puissant graphique que « France’s firms and workers are no longer competitive compared to their peers, in particular Germany ». La France n’est plus compétitive, mon bon Monsieur, il faut qu’elle fasse des réformes lourdes, qu’elle réduise les rigidités du marché du travail, qu’elle réduise les dépenses publiques, tout ça, tout ça (je vous assure, il en déduit tout ça, James Bond).

Cette analyse est-elle crédible ? Pour en juger, je suis allé chercher les données sur le site de l’OCDE (j’ai pris les données annuelles plutôt que trimestrielles, ça ne change rien sur le fond). J’ai construit le même graphique que James Bond (j’aime bien imiter James Bond), mais pour la France, l’Allemagne, les pays de l’OCDE, hors Europe et OCDE total, et j’obtiens ça :

Conclusion : James Bond raconte n’importe quoi quand il affirme que la France a décroché en termes de compétitivité par rapport aux autres pays. Elle n’a décroché que vis-à-vis de l’Allemagne. Comme tous les autres pays de l’OCDE. Ce n’est pas la France qui est atypique, c’est l’Allemagne. Comment expliquer l’évolution allemande? Je vous renvoie à cet autre billet, où je déplorais déjà ce type de comparaison…

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9 commentaires sur “Les comparaisons France-Allemagne me fatiguent…

  1. Mon agrégateur m’a permis de lire la version brutale et anti-Lenglet de cette note. Certes moins lisible, mais plus tranchante ! Sus aux experts médiatiques qui sont plus médiatiques qu’experts !!!

    (Au passage, vous avez vu le docu ciné « Les nouveaux chiens de garde » et notamment le passage sur ces soit-disants experts qui tournent en boucle dans les émissions d’experts ?)

    • Première version pas à mon goût, je l’ai vite retirée en fait. Mais pas de souci, je reviendrais sans doute un de ces jours sur le cas Lenglet, qui devrait occuper les plateaux télé un bon moment… Non, pas vu le documentaire dont vous parlez, je vais voir si je peux le trouver quelque part!

  2. Vu le meme genre de commentaire sur la belgique. Suis pas economiste, mais un bref regard au stats de l ocde sur la belgique montre que le pourcenage de low wage workers en allemagne est deux foi plus eleve qu en France et trois fois plus eleves qu en belgique. Est ce que ca expliquerais une partie du differentiel?

    La Belgique par ailleurs se classe ds le meme groupe que la grece et l espagne en ce qui concerne le pourcentage d ecomonie « en noir » soit ds les 20%. Est ce que ca une influence sur le cout apparent du travail? Les salaires les plus bas se rencontre ds le batiment, la coiffure, le taxi, la restauration, non?

  3. Ping : Les liens du 3 mai 2012 « Ressources pour économistes

  4. On trouve à peu près le même graphique ici http://www.safehaven.com/article/16488/the-policies-of-insolvency

    Mais il est plus détaillé. On s’aperçoit que la France se situe en effet dans la moyenne, avec les Pays-Bas et la Belgique, un peu au-dessus des USA, et nettement au-dessus de l’Autriche et de l’Allemagne.
    Il est intéressant de constater que la Grèce, l’Espagne, l’Italie et l’Irlande se situent elles nettement plus haut. Voilà qui illustre pourquoi ces pays sont au coeur de la crise, et pourquoi la crise découle d’un déficit commercial (et non de laxisme budgétaire). Quant à la hausse des coûts du travail, elle résulte directement de la mise en place de la monnaie unique, comme le relève Krugman (http://www.friconomie.com/2012/07/krugman-disseque-leuro.html)

  5. « James Bond raconte n’importe quoi quand il affirme que la France a décroché en termes de compétitivité par rapport aux autres pays. Elle n’a décroché que vis-à-vis de l’Allemagne. »

    Certes, mais il faut bien se rappeler que les entreprises Allemandes sont les plus proches compétitrices de nos entreprises hexagonales, du fait des spécialisations sectorielles proches des deux pays (hormis machines outils). Ainsi, partout où une entreprise française commerce, il existe un concurrent allemand susceptible de proposer les mêmes produits. D’où l’intérêt de toujours surveiller cette ligne bleue des vosges … euh pardon … des « coûts unitaires du travail ».

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