Des quotas en classe préparatoire pour les meilleurs élèves…

Je découvre dans le Monde que François Hollande propose de fixer des quotas pour permettre un plus large accès aux classes préparatoires. Extraits :

« Dans tous les lycées de France, quels qu’ils soient, une part des élèves de terminale devront aller dans les classes préparatoires aux grandes écoles sans qu’il y ait de système particulier. Ça peut être 5 à 6 % des élèves ».

(…) Cette mesure est inspirée d’une proposition de loi défendue en 2005 entre autres par le député de l’Essonne Manuel Valls, qui proposait que « les meilleurs élèves de chaque lycée de France auraient un droit d’accès aux classes préparatoires aux grandes écoles et aux premières années des établissements qui sélectionnent à l’entrée (Instituts d’études politiques ou Dauphine par exemple) », en fixant le poucentage de ces élèves à 6 %.

Je vous avoue qu’à chaque fois que je lis ce type de propos, les bras m’en tombent… C’est que, vous comprenez, je suis prof à l’Université, alors entendre qu’il faut que les meilleurs élèves aillent dans les grandes écoles ou dans les établissements qui sélectionnent à l’entrée, parce que quand même c’est tellement mieux, c’est à pleurer… Le problème, c’est que notre élite politique, de droite comme de gauche, est issue de ces grandes écoles. Comment, dès lors, attendre qu’ils fassent bouger le système ?

Une suggestion? Lisez les travaux des chercheurs. Sur le sujet évoqué dans l’article, je vous conseille cet article de Marie Duru-Bellat et Annick Kieffer, très complet. Je vais reprendre la conclusion, tiens, car on dirait que c’est une réponse à l’article du Monde…

Promouvoir l’égalité des chances ne peut se limiter à jouer à la marge sur les processus de sélection dans les filières d’« élite » par différents systèmes de discrimination positive (comme les procédures d’admission spéciale pour les élèves des lycées défavorisés) alors que, par définition, celles-ci resteront toujours quantitativement restreintes.

Il conviendrait de jouer bien en amont, sur les inégalités de réussite précoce et donc sur les chances d’accéder aux voies scolaires les mieux adaptées à ces filières (en l’occurrence l’accès aux baccalauréats généraux). De multiples actions en aval sont bien sûr concevables, telles que favoriser les formations tout au long de la vie qui sont, en France, particulièrement rares, ce qui donne encore plus de portée aux inégalités scellées très tôt dans l’éducation initiale.

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21 commentaires sur “Des quotas en classe préparatoire pour les meilleurs élèves…

  1. Cette annonce avec son coté « discrimination positive » m’a aussi choqué dans un premier temps mais je pense qu’il faut la repositionner dans le contexte de campagne où l’annonce d’une mesure spectaculaire est plus efficace médiatiquement parlant, qu’une réflexion approfondie et raisonnée sur les vrais sujets. Il est aussi regrettable que le journal lui-même ne fasse pas référence à un autre de ses articles publiés 20 jours plus tôt, sur les mesures en faveur de l’université.
    Mais les deux politiques, quotas pour l’acc-s aux classes préparatoires, et promotion plus large de l’égai ne sont pas incompatibles. L’une n’exclut pas l’autre et inversement. Ce ne doit pas être une alternative.
    Ces deux actions politiques ne situent pas dans le même espace-temps et n’ont pas le même délai de réalisation.
    La proposition du candidat socialiste reprise par Le Monde est une mesure qui peut montrer des premiers résultats positifs dans un délai de 4 à 5 ans. ce peut être aussi un élément déclencheur pour la réussite d’une promotion plus large de l’égalité des chances.
    La réussite d’une promotion plus large, sans aucun doute indispensable, nécessitera au moins une génération pour être constatée. Et l’alternance démocratique, bien sûr bénéfique sur beaucoup de sujets, n’est pas hélas favorable à des mesures de long terme. Cette politique n’en doit pas moins, au contraire être engagée rapidement, car, outre l’argument Education, elle conditionne aussi l’intégration et l’apaisement dans les quartiers populaires.
    Je vous rejoint, par contre sur votre indignation par rapport à la prédominance donnée aux « grandes écoles ». Surtout quant on voit ce que deviennent les étudiants qui en sortent: essentiellement des hauts fonctionnaires, des financiers, des cadres dirigeants d’entreprise (après avoir été hauts fonctionnaires!), peu d’entrepreneurs et très peu de chercheurs, y compris ceux issus des écoles scientifiques.
    Il pourrait y avoir là une incohérence entre les discours sur la priorité à la recherche, l’innovation, et l’éducation, et cette ignorance de l’université, dont sont issus la grande masse des chercheurs et la quasi totalité des enseignants. Il existe heureusement d’autres discours et propositions sur l’Université qui devraient nous saatisfaire
    http://francoishollande.fr/dossiers/francois-hollande-a-nancy-pour-parler-d-enseignement-superieur/

  2. Cette annonce avec son coté « discrimination positive » m’a aussi choqué dans un premier temps.
    Mais je pense qu’il faut la repositionner dans le contexte d’une campagne où l’annonce d’une mesure spectaculaire est plus efficace médiatiquement parlant, qu’une réflexion globale et raisonnée sur les vrais sujets.
    Il est aussi regrettable que le journal lui-même ne fasse pas référence à un autre de ses articles publiés 3 semaines plus tôt, sur les mesures en faveur de l’université.
    Mais les deux politiques, quotas pour l’accès aux classes préparatoires, et promotion plus large pour l’égalité des chances ne sont pas incompatibles. L’une n’exclut pas l’autre et inversement. Ce ne doit pas être une alternative.
    Ces deux actions politiques ne se situent pas dans le même espace-temps et n’ont pas le même délai de réalisation.
    La proposition du candidat socialiste reprise par Le Monde du 26 mars est une mesure qui peut montrer des premiers résultats positifs et visibles dans un délai assez rapide de 4 à 5 ans (tiens! un quinquennat!). Ce peut être aussi un élément déclencheur pour la réussite de l’autre politique pour l’égalité des chances.
    La réussite de cette autre politique, sans nul doute indispensable, nécessitera au moins une génération pour être constatée. Et l’alternance démocratique, bien sûr bénéfique sur beaucoup de sujets, n’est pas hélas favorable à des mesures de long terme.
    Cette politique n’en doit pas moins être engagée rapidement, car outre l’argument Education, elle conditionne pour une bonne part l’intégration et l’apaisement dans les quartiers populaires (avec la réduction du chômage).
    Je vous rejoins par contre, sur votre indignation par rapport à la prédominance donnée aux « grandes écoles ». Surtout quant on voit ce que deviennent les étudiants qui en sortent: essentiellement hauts fonctionnaires, financiers, cadres dirigeants d’entreprise (après avoir été hauts fonctionnaires!), peu d’entrepreneurs et peu de chercheurs, y compris ceux issus des écoles scientifiques les plus prestigieuses.
    Il pourrait y avoir là une incohérence entre les discours sur la priorité à la recherche, l’innovation, et l’éducation, et cette ignorance de l’université, dont sont issus la grande masse des chercheurs et la quasi totalité des enseignants.
    Il existe heureusement d’autres discours et propositions sur l’Université qui devraient nous satisfaire.
    http://francoishollande.fr/dossiers/francois-hollande-a-nancy-pour-parler-d-enseignement-superieur/
    Mais on s’épuise, dans cette campagne, à rassembler les différentes propositions pour trouver une vision cohérente des programmes des candidats (pour ceux qui en ont, bien sûr).

  3. Je ne suis pas un spécialiste, simplement le bénéficiaire d’une formation continue pendant les trente glorieuses. Cette formation m’a donné une deuxième chance, par deux années de formation à plein temps, rémunérées par mon employeur.
    La proposition de F.H. m’interroge…
    - Sans autre préparation, quant on sort de certains lycées, est-on vraiment en mesure d’affronter les concours des Préparatoires qui sélectionnent ?
    - La plupart des grandes écoles, à ma connaissance, sont payantes !
    - Il est vrai, que de mon temps (!), quand on pensait ingénieur, c’était par les grandes écoles, pas par l’Université. On n’imaginait même pas les formations qu’elle dispensait …
    - Il me semble que, comme le propose les chercheurs, les inégalités doivent être combattues très tôt par une formation tout au long de la vie; formation qui pourrait même, être complémentaire à l’initiale pendant un temps.
    Merci pour vos articles.
    LA

  4. En fait, pour le coup, Hollande vient d’un parcours ‘Grande Ecole’ (HEC – IEP – ENA) mais sans passer par une classe prépa (il a fait une licence de droit.. donc à l’université)

    Valls, l’auteur de cette proposition, lui n’a jamais foutu les pieds dans une Grande Ecole, il a fait de l’histoire (et du syndicalisme étudiant) à l’université.

    Pour les autres candidats à la présidentielle:
    - Nicolas SARKOZY: Maîtrise de Droit puis IEP (non diplômé) donc pas de classe prépa.
    - Jean-Luc MELENCHON: Licence de philosophie à l’université, jamais passé ni par une prépa, ni par une Grande Ecole.
    - François BAYROU, lui a fait une prépa littéraire avant de rejoindre l’université pour préparer l’agrégation de Lettres Modernes (donc au moins une maîtrise)
    - Marine LEPEN: DEA de droit pénal (pas de passage en classe prépa ou en Grande Ecole)

    En fait il semble que le seul candidat qui colle avec l’affirmation « Le problème, c’est que notre élite politique, de droite comme de gauche, est issue de ces grandes écoles. Comment, dès lors, attendre qu’ils fassent bouger le système ? » c’est Cheminade….

    Je travaille en université et comprends bien le fond de votre propos, cependant, je trouve dommage de se cacher derrière le profil des candidats (erroné d’ailleurs) pour expliquer cette position.
    Pour ma part, je pense que les université doivent développer des systèmes de prépas intégrées dans leurs parcours. Mon université le pratique depuis des années avec des résultats très satisfaisants avec une prépa scientifique sur les 4 premiers semestres de licence.

    • Le problème n’est pas le cursus des candidats aux présidentielles 2012, mais la proportion de diplômés des Universités/Grandes Ecoles dans le personnel politique et la haute fonction publique. Le culte des Grandes Ecoles n’est pas que le fait du parcours antérieur des politiques, mais le fait que beaucoup en soit issus ne facilite pas l’évolution des choses… Et quand les politiques s’attaquent à réformer les universités, ils ne peuvent qu’imaginer un système élitiste bourrés de dispositifs d’excellence…
      Sur la fin de votre message, tout à fait d’accord, on ne peut pas supprimer le système des grandes écoles, il faut faire bouger les choses, développer des parcours renforcés dans les universités, développer des diplômes communs grandes écoles/université, etc. sont des leviers d’action importants pour faire bouger les lignes.

      • Qu’appelez-vous « issus de grandes écoles »? Car je crois qu’il y a un monde entre une école d’ingénieur sur prépa type ENSI (exemple type: céramique Limoges) et les cursus que vous décrivez chez les conseillers des puissants.
        A mon sens, favoriser l’intégration des meilleurs de lycées dans les prépas « normales » (car H4 ou LLG resteront malheureusement des exceptions) peut avoir des effets bénéfiques, ne serait-ce qu’en forçant les lycées à faire monter un peu le niveau de leurs élèves. Au final, on aurait des cadres techniques (et non pas dirigeants) qui viendraient de plus de lycées et, peut-être, au bout d’une génération, verrait-on un effet sur le recrutement à l’X, qui reste totalement endogame.

        J’ai pour ma part pu expérimenter, à l’intérieur même du groupe A des écoles d’ingés, l’écart de milieu entre les recrutés à Centrale (Paris) par rapport aux autres écoles du groupe centrale. Dans le premier cas, on a une très grosse majorité de fils de classes aisées parisiennes, avec des capitaux de départ (financiers ou relationnels) à 24 ans parfois très élevés, tandis que le recrutement dans les écoles centrales de province est plus divers, tout en restant largement cantonné dans les classes sociales à fort potentiel culturel.
        L’école (et le diplôme) devient alors un simple prétexte à reconnaitre une communauté prééexistante dont la réussite professionnelle est due plus à un sentiment de classe et aux renvois d’ascenseur qu’elle permet qu’à la valeur de la intrinsèque de la formation intellectuelle suivie.

  5. Je vous trouve très dur sur ce coup. Rien dans ce que vous avez cité n’indique que cette mesure soit l’alpha et l’omega de la politique d’enseignement supérieur prévue par François Hollande, ni que l’université est un second choix.

    Il est admis que les enfants des milieux défavorisés sont sous-représentés dans les CPGE et cela même à niveau égal. Beaucoup de ceux qui pourraient s’y épanouir n’y vont pas, soit parce qu’ils en apprennent l’existence trop tard soit tout simplement parce qu’ils ne peuvent pas imaginer y aller. Certains élèves réussiront en prépa et ne peuvent qu’échouer à l’université, c’est l’inverse pour d’autres. Avoir deux systèmes différents adaptés à des profils différents est une grande chance, malheureusement mal exploitée. Il ne me semble pas impossible que cette mesure soit positive dans le sens ou elle pourrait signaler à certains élèves qu’ils peuvent envisager cette voie et que ca peut (et non pas doit) leur correspondre.

    Bien sur, il est absolument necessaire de réformer le système éducatif pour qu’il corrige au maximum les inégalités et permette aux élèves de tous milieux de réussir, de donner aux universités les moyens de fournir un enseignement de qualité etc… mais tout cela ne peut pas parait pas intrinsèquement incompatible avec cette proposition en tout cas telle qu’elle est décrite ici.

    • Le double système Grandes Ecoles/ Université, spécificité française, génère beaucoup d’effets pervers. La suppression de ce système est impossible, je pense qu’il y a moyen de faire évoluer, mais tout les discours qui participent à faire penser que les grandes écoles sont ce qu’il y a de mieux pour les meilleurs élèves m’exaspère.

      • J’enseigne en IUT. Cette filière hybride fonctionne, tout en étant détournée de son objectif initial. Sélection légère (disons que nous éliminons les étudiants qui n’auraient absolument pas leur place ici -je croisais de tels étudiants en fac, je n’en ai quasi aucun en IUT-, mais nous ne somme pas une filière d’ »élite » et épuisons chaque année notre liste complémentaire) + encadrement important + lien avec le monde professionnel + possibilité d’obtenir un travail si on décide d’arrêter les études à bac+2 ou 3, ou de poursuivre des études si on le souhaite et que les résultats le permettent. Ce cocktail fonctionne, ni vraiment « prépa-grande école », ni vraiment « fac », et pas non plus conçu comme filière d’élite. En tout cas, les raisons énumérées ci-dessus convainquent chaque année une proportion d’élèves ayant accès à une prépa, de choisir l’IUT.

        J’ignore s’il serait possible (sans doute un peu coûteux) d’adapter certains de ces traits aux UFR de droit commun.

        Par ailleurs je suis -malheureusement- intégralement d’accord avec vos constats et vos souhaits.

  6. Juste une petite remarque: les grandes écoles les plus prestigieuses sont publiques et par conséquent gratuites voire avec rémunération des étudiants (l’X, l’ENS, l’ENA par exemple). Les écoles payantes sont surtout pour les ingénieurs et les écoles de commerce.

  7. Je continue ici la conversation, les réponses réduisant trop l’espace à chaque itération.

    A propos des effets pervers, je ne sais pas si vous parlez de choses consubstantiels à la dualité du système ou à son application actuelle. Dès lors que l’on fait l’hypothèse (et je la fais — peut être naivement) que l’on peut éviter le « A est forcément mieux que B », alors c’est une (grande) chance.
    D’ailleurs, pour ce qui est du segment scientifique/écoles d’ingénieur, les choses ont bien plus avancé qu’on ne le pense. Toutes les écoles un minimum sélectives ont de nombreux liens avec l’université, encouragent les masters en parallèle à l’université et leurs professeurs sont ravis et très disponibles lorsque les élèves leur parlent de faire de la recherche (appliquée ou fondamentale). Qu’il reste du chemin à parcourir, j’en conviens, mais le procès ‘les écoles éloignent les meilleurs de la recherche’ est très injuste.

    Pour revenir à l’entrée de votre blog, je pense que nous convenons qu’il faut orienter chaque élève vers le système qu’il lui convient le mieux. Dans les lycées défavorisés, la voie CPGE est à la fois sous-représentée et – je pense – adaptées à une proportion d’élève plus importante, le fort encadrement plus à même gommer le manque de ressources financières et éducatives du milieu d’origine. Si cette mesure peut (maladroitement?) aider à diriger certains élèves vers une filière qui leur convient, tant mieux. Cela devant, bien sur, qu’être une mesure parmi d’autres notamment en faveur de l’université sur un grand nombre de points.

  8. Il y a certainement beaucoup à dire sur les CPGE et l’Université en France. En tout cas, l’argument qui consiste à avancer l’idée que les CPGE détournent les meilleurs étudiants de la recherche est mauvais pour 2 raisons : 1) la très grande majorité des grandes écoles sont habilitées à délivrer le doctorat dans de nombreuses disciplines 2) les grandes écoles fournissent, à l’exception de la médecine qui reste une spécialité universitaire, à notre pays ses meilleurs chercheurs. Notre dernière médaille Fields (Cédric Villani) est passé par l’ENS. En économie, le classement des 10 meilleurs chercheurs exerçant en France (disponible sur IDEAS http://ideas.repec.org/top/top.france.html) est éloquant : 3 étrangers (dont 2 travaillent à l’EDHEC), 1 ENS, 1 ENSAE et 5 X. Pas un seul formé dans une Université française ! (en fait on n’en trouve pas un dans les 20 premiers). Un regard sur la liste des Nobel français ou des médailles d’or du CNRS fournit le même panorama. On peut déplorer la dichotomie du système mais on ne peut pas déplorer que les grandes écoles détournent nos meilleurs étudiants de la recherche. Ce n’est pas vrai.

    • vous raisonnez sur une tête d’épingle (le classement des meilleurs chercheurs en économie sur la base d’un critère de publication). Les enjeux de la structuration de l’enseignement supérieur français, avec cette spécificité Universités vs. Grandes Ecoles, ne se résume pas à cette micro-micro-question plutôt anecdotique je trouve. L’impact de ce système dual en termes de reproduction sociale me semble autrement plus important. Regardez un peu les travaux de Duru-Bellat dont l’article lié dans mon billet par exemple.

  9. Il y a peu de diplômés des « grandes écoles » parmi le monde politique. Beaucoup de ministres, de députés, sont des juristes (cursus universitaires); on trouve aussi des médecins, des littéraires. Il y très peu (pas du tout ?) de scientifiques parmi les politiques, alors que les filières scientifiques représentent environ 60% des élèves de CPGE.
    La confusion vient peut être de l’existence de l’ENA, école de création récente, qui recrute de l’ordre de 100 élèves (pas beaucoup plus qu’une tête d’épingle…) à bac + 3 avec des profils divers, là encore souvent universitaires (il n’y a pas de CPGE correspondante). J’ai même trouvé un ministre ayant commencé par un BTS.

    D’autre part entrer en classe prépa est une chose, l’autre est d’en sortir. Ainsi l’inscription en médecine, filière purement universitaire, est largement ouverte. A l’arrivée cela aboutit à une très forte détermination sociale. C’est aussi le cas quand on examine la population qui sort de l’Université avec un M2; (je n’ai pas vu les chiffres pour le doctorat)
    Le système dual a sans doute des inconvénients, mais il reste à prouver que la reproduction sociale en soit un.

    @ Louis Andreys, beaucoup de grandes écoles d’ingénieur sont gratuites (ce n’est pas le cas des écoles de commerce). Peu de gens le savent; j’imagine qu’un bon nombre pensent aussi que les CPGE sont toutes payantes.

    • Oui, il y a peut-être à préciser l’analyse, personnellement, je range l’Ena parmi les grandes écoles. Sur l’autre point l’article de Duru-Bellat et Kieffer montre clairement l’effet « reproduction sociale » des filières d’élite. Il y a bien sûr d’autres éléments qui participent à la reproduction sociale. C’est vrai, elle s’exerce aussi en Master. Elle s’exerce plus tôt encore, là encore comme expliqué par Duru-Bellat et Kieffer. voir aussi « la machine à trier » dont j’ai rapidement parlé ici : http://blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga/?p=453

  10. Mon commentaire s’adressait en fait plutôt à tebruc. Le débat de l’accès aux études supérieures ne peut pas être argumenté à grands coups de « Si on tue l’Université, on tue la recherche » et « les grandes écoles c’est tout sauf la recherche … en plus c’est cher ». Cet argument ne tient pas. D’ailleurs, si c’était le cas ce serait un échec patent pour la politique éducative francaise qui fournit des moyens par tête largement supérieurs à la filière grandes écoles en comparaison de l’effort fait pour l’Université.

    Quand vous dites (en réponse à Xavier L.) qu’il est impossible de supprimer ce système, je pense que ce n’est pas exact. Je pense même que la transition est largement entamée. Les grandes écoles l’ont d’ailleurs compris et montent des « mega » campus (type ParisTech qui est un PRES !) et adhèrent aux PRES pour préparer cette transition. La réforme de l’Université semble actée par tous les candidats à la présidence. Elle prévoit la liberté de recrutement des enseignants mais aussi des étudiants (y compris par l’augmentation des frais d’inscriptions, cf. Paris 6). Il y a fort à parier que l’on verra bientôt apparaître des colleges (niveau licence à l’américaine, TSE a lancé le sien http://www.ecole.tse-fr.eu/sites/default/files/file_attach/doc/brochure-fr/Livret-AccueilVF.pdf) préparant aux meilleurs Masters dispersés dans quelques facs. Quand vous dites « qui participent à faire penser que les grandes écoles sont ce qu’il y a de mieux pour les meilleurs élèves m’exaspère » en fait, vous savez très bien que c’est surtout « tellement mieux » pour les étudiants qui ont besoin de signaler leur capital humain et social (http://www.slideshare.net/obouba/fautil-faire-des-tudes). Le problème c’est de permettre d’assurer aux enfants des familles défavorisées des chances respectables d’accéder à ces formations, qu’elles soient universitaires ou dans les grandes écoles. A mon sens, le problème est ailleurs.

    • mazette, vous me citez pour me critiquer, c’est pervers ;)

      sur le fond : je pense que les politiques (la plupart), à l’échelle nationale, partagent effectivement une même vision de l’enseignement supérieur, pensent qu’il faut concentrer les moyens sur quelques sites, pour des raisons relevant d’effet taille/masse critique, etc, et que cette vision et cette politique sont très très peu fondés scientifiquement et produisent des effets pervers.

      sur l’aspect signal des grandes écoles en France, bien sûr. J’aimerai bien que les politiques participent à améliorer le « signal » Université plutôt que de renforcer encore, avec de tels propos, le signal grandes écoles.

      • Oui, c’était un peu taquin, mais c’était aussi pour souligner qu’au fond je pense que l’on est d’accord. Les études supérieures sont à la fois un bien privé (pour les étudiants, leurs parents et aussi parfois les enseignants) et un bien public. Le caractère de bien privé pousse à l’élitisme pour des raisons évidentes. Personne ne veut investir dans des études qui ne seraient pas différenciantes sur le marché de l’emploi. D’un autre côté, les études c’est aussi un bien public et on aurait collectivement intérêt à permettre à tous de faire de bonnes études et d’accumuler du capital humain et social et à ce qu’une recherche de qualité soit produite sur l’ensemble du territoire. Les problèmes profonds qui empêchent une bonne production du bien public ne sont pas à trouver dans des débats sur les CPGE/Université, qui sont souvent enflammés, partisans et illusoires. La proposition Hollande ne changera pas la face du monde et c’est dommage. Les politiques devraient plutôt se focaliser sur la qualité de l’éducation et sur la promotion d’un accès égal à tous à des formations de qualités dès le plus jeune age.

  11. @Julien
    « Si on tue l’Université, on tue la recherche » et « les grandes écoles c’est tout sauf la recherche … en plus c’est cher
    D’abord, je n’ai pas l’impression qu’on puisse synthétiser mon commentaire dans cette phrase. Je vous concède mon oubli de l’ENS dans ma liste des grandes écoles. C’est effectivement une grande école dont le but est la formation d’enseignants, qui sont souvent aussi des chercheurs, et dans mon esprit, je l’associe, certainement par erreur à l’Université.
    Mais peu importe. Mon propos ne concernait pas notre système d’éducation, ni la comparaison entre grandes écoles et universités.
    Mon propos se situait sur le plan politique des propositions de François Hollande, et je mettais en avant qu’il y avait deux propositions dont une favorise l’accès aux classes prépa, et l’autre est consacrée à l’Université.
    Restons sur le plan politique. La finalité de la mesure proposée par François Hollande créant des classes prepa dans tous les lycées, n’est pas de former plus de chercheurs, mais de permettre au plus grand nombre d’accéder aux grandes écoles, et il ne faut pas rêver, l’immense majorité des élèves de classes prépa, ne font pas l’X ou l’ENS, mais des écoles de deuxième plan, excellents pour former soit des ingénieurs d’application, soit des cadres commerciaux ou administratifs.
    C’est cet objectif là, qui permettra à plus de jeunes de milieu défavorisé, de progresser sur l’échelle sociale, et d’entraîner avec eux, tous les jeunes paumés des banlieue.
    Juste une parenthèse qui n’a rien à voir: il faut vraiment avoir envie de faire de la recherche pour faire le choix d’intégrer l’Ens, avec le niveau que cela demande, quand on compare les salaires d’un ingénieur X+Finances avec ceux d’un chercheur au CNRS.

    • Vous ecriviez quand-même « Je vous rejoint, par contre sur votre indignation par rapport à la prédominance donnée aux « grandes écoles ». Surtout quant on voit ce que deviennent les étudiants qui en sortent: essentiellement des hauts fonctionnaires, des financiers, des cadres dirigeants d’entreprise (après avoir été hauts fonctionnaires!), peu d’entrepreneurs et très peu de chercheurs, y compris ceux issus des écoles scientifiques. ». Et ENS ou pas ENS, les grandes écoles c’est seulement 12,7% des étudiants du supérieur mais 34% des thèse soutenues en France ! (http://www.cge.asso.fr/presse/CGE_RA_2011_BAT-72dpi.pdf). Cela monte à 46% pour les thèse en sciences. Les grandes écoles forment 1 chercheur sur 2 en sciences avec seulement 1 étudiant sur 8 ! Je le redis, si vous souhaitez dénigrer la filière CPGE, il faut trouver des arguments plus convaincants. Et je ne dis pas qu’il n’y en a pas. Celui de la recherche est irrecevable. ENS ou pas. X ou pas. A Chimie Paris, 60% des étudiants soutiennent un thèse. Franchement, quelle FAC de France peut se vanter des tels chiffres ? Mais comme je le disait, c’est normal, les étudiants de la filière CPGE sont sélectionnés parmi les meilleurs au niveau Bac, il est normal qu’une forte proportion d’entre eux poursuivent en doctorat. Ce n’est d’ailleurs pas la preuve non plus d’un échec de l’Université mais seulement une conséquence d’un système bicéphale.

  12. C’est bien beau tout ça, je suis même d’accord avec vous …..mais en terme de reproduction sociale, vous qui êtes professeur à l’université, vous pourriez regarder ce qui se passe à la fac. Combien d’étudiants issus de milieux défavorisés accèdent à un 3ième cycle ? Et parmi tous ces thésards, est ce ceux qui sont obligés de travailler pour financer leur études que vous accompagnez, favorisez pour l’obtention d’un poste d’ATER, pour la qualif et un poste de MCF ?

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