Beaucoup de grèves, de plus en plus de grèves…

En août 2006, j’avais écrit un petit billet sur le nombre de jours de grèves par
salarié, histoire de montrer que la France ne se caractérisait pas par une conflictualité débordante
(classement de 25 pays par conflictualité décroissante
sur la période 1998-2004)
:

conflit.gif

Figurez-vous que ce billet a été repris dans la revue des blogs de l’émission « Duel sur la 3 », dimanche
dernier (après la 55′). Comme ce billet date un peu, je ne peux m’empêcher de compléter, sur la base des données de la DARES, pour analyser l’évolution du nombre de JINT (Journées Individuelles Non Travaillées) dans le temps, pour la France. Résultat graphique
:

JINT.jpg

Ca m’a l’air de décroître sévèrement tout ça… Sur la base de ces éléments, on peut donc dire qu’il y a plutôt moins de grèves en
France qu’ailleurs, et qu’il y en a plutôt de moins en moins.

Il y a d’autres données intéressantes, notamment par région ou secteur (fichier excel ici). 
Ainsi qu’une analyse approfondie des conflits du travail sur la période 2002-2004 relativement à
1996-1998 : on y apprend notamment que les conflits du travail sont plus nombreux et plus diversifiés sur 2002-2004 que sur 1996-1998, mais que les formes qui progressent le plus (refus d’heures
supplémentaires et pétitions notamment) se font sans arrêt de travail.

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18 commentaires sur “Beaucoup de grèves, de plus en plus de grèves…

  1. juste pour ajouter que hier soir, ton premier histogramme, a eu les faveur du zapping de canal+ ! je l’ai même reconnu (enfin je me suis dis : tiens j’l’ai d’jà vu ce graphique là?!).deux choses sont intéressantes : tout d’abord, on voit que mise à part la Suède, l’ensemble des pays nordiques sont plus grévistes que la France : quid de leur modèle social ?!Ensuite, on note que l’Allemagne n’atteint même pas 3 JNIT : quand on connait l’organisation syndicale dans ce pays et le poids de la négociation, on ne peut se poser des questions sur notre modèle.

  2. Il suffit d’augmenter les salaires !Trop de grèves ? Il suffit d’augmenter les salaires et les grèves diminueront… Pour preuve, l’extrait d’un article un peu ancien intitulé « Cycles de grèves et cycle économique » d’Udo Rehfeldt dans Chronique internationale de l’IRES (septembre 1995) et repris dans Problèmes économiques (10/04/96).  »Selon Ashenfelder et Johnson (1969), les grèves augmentent lorsque le chômage baisse, mais à partir du moment où les sa­laires réels augmentent de nouveau, la propension à la grève diminue au fur et à mesure que l’insatis­faction des ouvriers diminue. »L’article fait un état des lieux sur la relation entre la croissance, les politiques économiques et la propension à la grève. Si certains sont intéressés, je peux leur envoyer.

  3. J’aime bien ces petits billets très factuels. D’autant plus que tes graphiques sont très parlants. Il reste à interpréter le nombre de jours de grèves qui peuvent soit le reflet d’un fort pouvoir de négociation des salariés capable de se mobiliser collectivement pour s’opposer aux dirigeants ou au contraire le reflet de leur faiblesse et de leur incapacité à négocier avec les dirigeants en amont. A priori, je pense qu’on peut imaginer une courbe en cloche entre pouvoir de négociation des salariés et nombre de jours de grèves : si les salariés sont très forts, le nombre de jours de grèves sera très faible puisque toutes les décisions seront négociées en amont. S’ils sont un peu moins forts, ils se feront respectées grâce au recours à la grève et le nombre de jours de grève sera élevé. Enfin s’ils sont très faibles, il n’y aura ni négociation en amont ni grève. Comment doit on interpréter les différences entre pays ? Par exemple, il y a très peu de jours de grèves en Allemagne et pourtant les syndicats y sont réputés forts (l’exemple est très classique mais pose bien le problème).

  4. On peut penser que l’économie française a tendance à réguler ses tensions sociales par d’autres moyens: juridicisation (prud’hommes), prise en charge collective du chômage. La baisse du nombre de journées de grève pourrait aussi refléter le déclin de l’industrie (ou plutôt sa réorganisation) au profit des services, secteurs traditionnellement moins organisés syndicalement – notamment toute la « nouvelle économie », la communication, l’informatique…En soi, l’étude de la Dares me semble présenter une évolution positive: plus de conflictualité dans l’entreprise, ça veut dire plus de prise en compte des problèmes là où ils se posent, et moins de solutions globales imposées de Paris. C’est le côté positif du déclin de la syndicalisation dans le privé. Mais ça reste un pis-aller: le dialogue social devrait être plus présent dans les PME. Pour cela, il faudrait des syndicats moins marxistes (c’est-à-dire moins portés à centraliser les solutions) et plus orientés « services au salarié ». Pas commode dans un contexte culturel hostile aux syndicats.

  5. « Ca m’a l’air de décroître sévèrement tout ça… »Je dirais même plus, si ça continue comme çà, on va se retrouve avec un nombre de jours de grèves… négatifs ! ;-)) Difficile à interprêter, une « conflictualité négative », non ? Ceci dit, le graphique serait encore plus impressionnant, si on arrivait à dissocier le secteur public et le secteur privé (à moins que le graphique ne représente que les jours de grève du privé ?).Merci encore pour ces billets instructifs. J’en conseillerai encore une fosi la lecture à mes étudiants de l’Iufm, car quand je leur pose la question, ils ont toujours pour première réponse spontanée de me dire que la conflictualité ne cesse d’augmenter et que le pouvoir syndical serait bien trop fort. Mais que leur apprend-on dans les licences AES, droit, etc. dont ils sont issus ? ;-))Cordialement

  6. @Delvalée: d’une certaine manière, ils n’ont pas tort, le pouvoir syndical est effectivement trop fort, mais dans la fonction publique. Ou plus exactement sa capacité de nuisance est trop forte, corollaire du fait que sa capacité de proposition est faible. C’est finalement surtout la combinaison du militantisme d’extrême gauche et du désintérêt des salariés « normaux » qui affaiblit les syndicats. Il faudraient qu’ils soient capables de négocier véritablement, par exemple, dans la fonction publique, hausse de salaires contre réforme du statut.

  7. Tres bon billet, avec de beaux graphiques! Est-ce qu’il est possible de distinguer salariés du secteur public/ salariés du privé? L’effet doit etre encore accentué pour les salariés du privé par rapport aux autres pays, non?En tous cas tres interessant!

  8. @FC : « Ou plus exactement sa capacité de nuisance est trop forte, corollaire du fait que sa capacité de proposition est faible ». Pas vraiment d’accord sur ce point. On pourrait envisager les choses autrement : la capacité de nuisance du secteur public est le corrolaire de son utilité collective… puisque quand ça bloque, tout bloque. Cette nuisance est une façon de montrer l’utilité des services publics et par conséquent le risque collectif que représente une dégradation de ces services publics. C’est donc une façon de dire « le gouvernement pense que nous sommes trop lourds, trop nombreux, trop cher, etc. mais sans nous, vous êtes bien dans la M… » et les faits leur donnent raison !

  9. On peut aussi s’amuser à croiser ces résultats avec les thèses que développe Thomas Philippon dans Le Capitalisme d’héritiers. En gros, il construit un indicateur de la qualité des relations sociales au travail, selon le nombre de syndiqués à la fin du XIXe et l’attitude des Etats envers les syndicats. Or, dans le pays où le nombre de JINT, on retrouve aussi bien des pays dont les relations sociales sont bonnes (Danemark, Norvège, peut-être Finlande) que mauvaises (Espagne, Italie). En ce sens, le nombre de grèves ne constitue pas un bon indicateur de la qualité des rapports sociaux au travail !Après, il faudrait sans doute affiner…

  10. « Je dirais même plus, si ça continue comme çà, on va se retrouve avec un nombre de jours de grèves… négatifs ! ;-)) »
    peut-etre qu’un fit exponentiel serait plus approprie…

  11. C’est sûr que ça brise pas mal de préjugés…Ceci dit ça montre qu’il est de plus en plus difficile de faire grève, car les raisons de se mobiliser ne manquent pas (dégradation des conditions de travail : cf les suicides au travail). C’est notamment parce que les grèves diminuent que les droits sociaux diminuent aussi…

  12. @OBO: d’apres les documents de la DARES que vous citez sur la construction de cette base du nombre de jours de greve, il y a un certain nombre de secteurs qui sont exclus de ces stats: la fonction publique, EDF-GDF, la SNCF, la RATP, Air France, La Poste, France Telecom ainsi que les journees de greve pour un motif generalisé (raison externe a l’entreprise, par ex les reformes des retraites)… Cela ne change pas un peu la vision de votre post? En particulier, est-ce que les comparaisons internationales ne sont pas legerement biaisees par ce fait?

  13. Les comparaisons internationales intègrent les données publiques/privées. En revanche, les données DARES n’incluent pas les données fonction publique, effectivement, je cherche pour compléter sur ce point si possible… Oui en intégrant les data concernant la FP  on risque d’avoir de drôles de surprises …!

  14. Excusez-moi si je dis une c… …, je ne suis pas spécialiste mais est-ce que ces chiffres tiennent compte du nombre des personnes actives ? Parce qu’on ne peut pas faire grève si on est chomeur, et depuis 1975 le chomage a fortement augmenté.

  15. Zoup me semble soulever une piste intéressante. On ne fait grève que si on le peut ! Et de fait, avec la précarisation rampante de l’économie, pour une partie croissante des actifs, le droit de grève est largement théorique : quels stagiaires (0,5 millions d’actifs), quels interimaires (0,5 millions d’équivalents temps plein), quels CDD, quels éprouvés du chômage longue durée iraient se mettre en grève ?Il serait intéressant de calculer l’évolution de la part de ces exclus du droit de grève dans la population active totale au fil des années. Peut-être que cette évlution pourrait expliquer une part de la régression de l’activité gréviste en France ?

  16. @Blurg: encore une fois, 85% des salariés sont en CDI. La précarité de l’emploi n’explique pas la baisse du nombre de grèves dans le privé. L’emploi n’est précaire que pour une minorité.

  17. désolé mais sur ecopublix il y a eu un article qui a justement montré que ces graphiques n’étaient pas fiableshttp://www.ecopublix.eu/2007/11/des-grves-partout-sauf-dans-les.html

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