Journalistes contre blogueurs



Quelques réflexions sur la petite guerre entre les journalistes traditionnels et les blogueurs, suite notamment à cette affirmation de José Bové, interpellé par Nicolas Demorand (France Inter) qui a cité pour appuyer ses propos un billet de Maître Eolas. Propos que José Bové n’a pas apprécié, si bien qu’il a affirmé "sur un blog, on peut dire n’importe quoi".

Une première façon de traiter le problème est de regarder la qualité de la production des journalistes, et celle des blogueurs. On arrive vite au constat que 4 configurations existent : bons journalistes / mauvais journalistes ; bons blogueurs / mauvais blogueurs. On n’est pas vraiment avancé, si ce n’est que les uns et les autres peuvent se renvoyer à la figure les bons exemples de leur camp et les mauvais exemples de l’autre camp (ce qui n’est pas inutile : voir le billet de Jules par exemple sur la prétendue supériorité des journalistes professionnels sur les journalistes citoyens)… Je propose les bribes d’une autre analyse.

Les journalistes et les blogueurs sont des producteurs de connaissance : ils collectent de l’information, la trient, l’analysent, la mettent en perspective, etc.. et la mettent à disposition de leurs lecteurs. Tout l’enjeu est de savoir quel est le niveau des compétences des personnes ou dispositifs censés transformer l’information en connaissance.

L’argument que je défendrai est que la différence fondamentale entre blogueurs et journalistes est liée au processus de sélection de ces compétences. Dans les médias traditionnels, on a un processus de sélection ex-ante des producteurs de connaissance : il faut, pour travailler dans ces médias, être passé par les écoles de formation ou les filières considérées comme les mieux adaptées, il faut franchir les tests de sélection et les entretiens d’embauches, faire ses preuves sur le tas pour ensuite accéder aux meilleures places, etc, etc… Ce processus de sélection ex-ante, s’il fonctionne de manière efficace, doit permettre d’éliminer les plus "mauvais" producteurs de connaissance. Ceci explique la position de certains journalistes, tel que décrit par Maître Eolas :

Les journalistes se veulent séparés du citoyen ordinaire en faisant de la "vraie" information, professionnelle, de qualité, vérifiée, recoupée et avec l’expertise que leur apporte leurs années de métier, tandis que les blogs serait le monde du n’importe quoi


Côté blog, en effet, il n’existe pas de processus de sélection ex-ante, n’importe qui peut créér son blog, mettre en ligne sa propre analyse, etc… C’est aux lecteurs de faire le tri, dans un processus de sélection ex-post. Sur internet, on va faire son marché. On le devine, la qualité est nécessairement plus hétérogène, puisqu’on n’a pas de sélection avant production des connaissances. Si bien que, comme le dit José Bové, "sur un blog, on peut trouver n’importe quoi."

Sauf qu’il y a un autre point essentiel, largement occulté par les journalistes. L’accélération et la complexité des savoirs à mobiliser pour décrypter les informations de base sont telles qu’aucun journaliste professionnel, par définition généraliste, n’est capable d’en traiter efficacement l’ensemble. Inversement, sur les blogs, les experts de domaines pointus peuvent s’exprimer (tous ne le font pas encore, loin de là). Si bien qu’on peut trouver des analyses plus fines de problèmes que les médias traditionnels ne peuvent que survoler. On a quelque chose qui ressemble à une opposition entre généralistes (médias traditionnels) et spécialistes (blogueurs experts).

quelle implication? Globalement, la qualité moyenne des deux types de média peut être la même, ils diffèrent en revanche certainement par la dispersion de la qualité :



[Modifications 19/02 – 14h00 suite à certains commentaires]
Sur le graphique, la qualité moyenne peut être supposée supérieure dans la presse traditionnelle (Qp) comparativement à la qualité moyenne des blogs (Qb). La courbe de densité des journalistes est plus "petite" afin de prendre en compte le fait que le nombre de journalistes sévissant dans les médias traditionnels est significativement inférieur au nombre de blogueurs. Compte tenu de ce qui a été dit plus haut, on suppose qu’il y a moins de mauvais articles dans la presse traditionnelle en raison du processus de sélection ex-ante, mais aussi moins de très bons articles, en raison de la moins grande spécialisation des journalistes.
De ce fait, si José Bové a raison de dire que sur un blog, on peut trouver n’importe quoi, il a profondément tort d’affirmer cela quand on sait que sur le blog cité par Demorand, ce qui était dit n’était pas n’importe quoi. Il s’agissait au contraire de l’analyse d’un expert, qu’on a du mal à trouver dans les médias traditionnels.

Si on garde en tête cette analyse, on comprend à quel point les deux médias peuvent être complémentaires, l’enjeu pour les médias traditionnels étant de repérer les billets et les blogs de qualité, et d’en faire l’une de leur source d’information. Nicolas Demorand ne fait rien d’autre quand il cite Maître Eolas.

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34 commentaires sur “Journalistes contre blogueurs

  1. Pour comparer la qualité des journaux traditionnels et des blogs, on pourrait imaginer un dispositif de blind test où on soumetterait à un jury de lecteurs un ensemble d’articles issus de blogs ou de journaux traditionnels. Ce jury devrait alors noter les différents articles ou voter pour les meilleurs articles… ça pourrait donner des éléments un peu plus empiriques pour compléter cet article.

  2. J\\\’aime bien votre analyse et la partage.

    J\\\’ajouterai cependant une observation.

    Si, comme vous le notez, la sélection à l\\\’entrée de la profession journalistique garantit un niveau moyen de production de l\\\’information, elle assure aussi à celui qui se trouve installé une rente de situation.

    Les journalistes qui bénéficient de l\\\’assurance de leur diffusion n\\\’ont pas d\\\’incitation à produire une information convenable.

    Si tant est que l\\\’on considère que la qualité de l\\\’information justifie le prix qu\\\’on est prêt à la payer, on en déduira qu\\\’il y a là de quoi expliquer l\\\’affadissement de la presse écrite généraliste.

    Je veux bien que le micro-trottoir (enfin micro gymnase) dans le Libération du jour soit jugé digne d\\\’intérêt, mais on aura peine à me convaincre qu\\\’il demande autre chose que de solliciter son entourage. Ce qui ne justifie pas de payer si cher.

    Par ailleurs, je pense qu\\\’il existe un lien entre le développement des blogs – informatifs et d\\\’analyse – et le discrédit de la presse généraliste.

    Si l\\\’information produite par la presse n\\\’a pas une qualité suffisante pour justifier son prix de vente, pourquoi ne pas :

    1. – Recourir à la presse gratuite.

    2. – Supporter les coûts de transaction liés à la rechercche d\\\’une source d\\\’information plus satisfaisante. Autrement dit, chercher les bons articles sur les bons blogs.

  3. Merci pour ce billet. Je vois une autre différence, à savoir que "journaliste" est un métier alors que "blogueur" n’en est pas, ce qui signifie concrètement que les premiers ont du temps et des ressources (accès à des communiqués et dossiers de presse, accréditations, "entrées" auprès d’organismes ou d’acteurs de premier plan) que les seconds n’en ont pas (ou beaucoup moins).
    Mais dans tous les cas, le problème devient alors : comment reconnaître une source d’information et une analyse de qualité sur un blog, là où la sélection n’est justement pas ex ante. Il y a la solution de la réputation (Eolas, Versac et autres "influenceurs"), mais l’exemple de Loïc Le Meur montre que ce n’est pas toujours un gage de qualité 😉 Il y a la solution de la légitimation parce qu’on est expert de quelque chose, ce qui est primordial dans les blogs comme tu le remarques. Mais qui me dit qu’Eolas est vraiment avocat (problème de l’anonymat) ? Et même, son analyse n’en devient pas forcément pertinente. La dernière solution que je vois, à part le recoupement des informations (mais comment recouper sainement alors que la plupart des journaux, mais aussi des blogs, se fournissent auprès des quelques mêmes sources), est celle mise en place par la communauté scientifique : le peer-review. En l’occurrence, on pourrait parler d’open peer-review, qui est permis par les commentaires, les trackbacks, les liens etc. Mais même là, les journaux se transforment en permettant désormais les commentaires des lecteurs (sur Le Monde et Libération par exemple)…
    Le seul point sur lesquels les blogs se distinguent sans aucun doute possible est quand ils couvrent des évènements ignorés par la presse nationale, voire régionale. Et ne doutons pas que cette dimension là est amenée à prendre de l’importance avec le blogging de proximité, les nouvelles technologies etc.

  4. grrr, je ne peux pas faire de dessin en commentaire…

    Mais il y a une chose que vous oubliez sur votre graphique: la quantite est tres differente entre les millions de blogs et les qq milliers de journalistes.
    Je pense que la qualite moyenne des journalistes est bien superieure a la qualite moyenne des blogs (he, ils sont payes pour ca quand meme).
    Aussi, si je devais faire le meme graphique, je mettrai la gaussienne « journalistes » plus a droite et beaucoup plus petite.

    Mais les conclusions resteraient les memes 🙂

  5. Je me souviens mes cours d’électronique est particulièrement celui consacré aux amplificateurs opérationels .La qualité (et la stabilité du système) dépend de la boucle d’autocorrection (et de la rapidité du retour du signal) que l’on réinjecte dans le système.Plutôt que d’oposer blogueur et journaliste, on pourrait opposer journal (sans commentaire) et blog (avec commentaires), le commentaire servant de boucle d’autocorrection.http://anouar.canalblog.com/archives/2004/12/10/209414.html

  6. Excellent article ! Je crois en effet que la solution ultime pour la presse sera de recruter des experts car la formation généraliste des écoles de journalisme ne peut permettre de traiter l’actualité de manière suffisamment pointue pour des lecteurs dont les exigences augmentent…
    Il me semble que l’incompétence journalistique fait particulièrment surface pendant cette campagne présidentielle. Voir ici : http://egocognito.over-blog.com/article-5300877.html

  7. Un point qu’il faut aborder néanmoins : la presse n’est pas restreinte à ses journalistes, elle invite régulièrement des éléments étrangers (spécialistes, portes-parole, etc…) à s’exprimer, soit sous la forme de tribunes, soit sous la forme d’entretiens, soit en tant que référence dans un dossier. Cette forme de participation, bien qu’étant pratiquée par certains blogs, n’existe que dans une proportion infinement inférieure.La disjonction "spécialistes chez les blogueurs / généralistes dans les médias généralistes" (on va enlever la presse spécialiste pour simplifier) n’est donc pas si étanche que cela. On peut voir aussi le mouvement migratoire émergent de blogueurs "reconnus" (par qui ?) qui sont invités à s’exprimer dans des émissions de radio ou de télévision. Le caractère nouveau dans ces invitations n’est pas tant dans le fait que des références extérieures soient invitées par des journalistes, mais par le média à travers lequel ils ont été reconnus comme des références ; ce qui en soit n’est pas très remarquable puisqu’il s’agit d’un mass-media.

  8. La gaussienne décrivant la dispersion du journlisme aurait un sens si les journaux étaient libres.Il suffit pourtant de jeter ne serait-ce qu’un oeil négligent à la composition de l’actionnariat de ce microcosme qu’est la presse française francophone pour douter de la liberté rédactionnelle de la presse française.Du coup, je ne sais pas si on trouve n’importe quoi sur un ou des blogs, mais je sais qu’on ne trouvera jamais certaines choses dans un journal.

  9. Hum… cet article me "choque" un peu.Personnellement, je vois plus cela comme une différenciation effectuée entre les différents types de médias/acteurs médiatiques.Ce que l’on peut trouver dans les médias "traditionnels" n’étant vraiment pas comparable avec ce que l’on peut trouver sur la toile.Il y a alors différenciation, et la question de "qualité" passe parfois en arrière-plan étant donné que la "qualité" d’une production culturelle, artistique ou parfois au sujet de l’information découle de normes sociales propres à certains milieux. (En gros, on jugera personnellement, ou par groupe social, de la "qualité" d’un média, selon des normes propres, et le jugement de la "qualité objective" d’une production médiatique ou artistique par exemple n’est le fruit que de normes institutionnalisées.)C’est ainsi que même les blogs pouvant sembler de "qualité inférieure" selon les normes d’un groupe social ou d’un "certain type de consommateur" pourra constituer une source d’information pertinente et accessible pour un autre. :o)Vous oubliez également qu’il existe, pour ceux le désirant, des médias où des spécialistes s’expriment sur divers sujets. Et pas seulement des revues payantes. Donc les blogs ne sont pas les seuls où le vulgus peut trouver des avis de "spécialistes" : surtout que l’on ne peut apprécier correctement ces avis lorsque l’on est pas soi-même un "spécialiste", une élite institutionnalisée, ce qui fait que la différenciation ne se fait pas sur la qualité, ici, mais sur de pures visions subjectives de la chose. (Les "normes" de qualité des groupes et individus dont je parlais plus haut.)C’est ainsi que les blogs et la presse ne se font pas concurrence sur des thèmes aussi variés que l’actualité "pure" (Relater des évènements spéciaux se fait également sur des blogs ou sur la toile en général ! Les e-reporters…), l’analyse de cette dernière, la vulgarisation, etc.Et pourtant, ils traitent parfois, voire souvent, des mêmes (Vastes.) sujets.’fin bref… personnellement, je trouve trop réducteur et simplificateur ce graphique. Ou alors j’ai complètement rien pigé. (Y’a aussi de grandes chances !)Respectueusement,AJC

  10. Hum, petit ajout rapide : en même temps, je tente de faire appel à mes souvenirs concernant vos cours en stratégie de localisation et économie industrielle. :oDJe me rappelle que vous nous aviez dit quelque chose comme "est-ce qu’objectivement vous pouvez faire la différence entre les performances de deux voitures…?" (Lorsqu’il fallait illustrer la différenciation horizontale, me semble t’il… arg : c’est bien horizontale ?!)Bien. Est-ce que selon vous un citoyen ordinaire peut faire la différence entre la qualité d’un article de Piketty, de Lambert, de Marris et enfin d’un article issu de votre blog ?Peut-être que cela vous paraît clair étant donné que vous êtes économiste, mais vous devez sûrement avoir déjà feuilleté des revues de vulgarisation scientifiques ou dans d’autres domaines "pointus"… et vous avez peut-être ressenti cette impression de manque d’outil pour analyser correctement la qualité relative d’un article. :o)(Lorsqu’on lit des articles sur les biotechnologies, la physique, etc. et sur les débats internes à ces disciplines, par exemple.)Pour moi, il s’agit donc plus de différenciation fondée sur autre chose que la qualité, donc… tout en sachant, en plus, que les lecteurs n’auront pas les mêmes normes concernant l’appréciation de ce qui est bon, et ce qui ne l’est pas.Respectueusement,AJC

  11. Arg. Je viens également de penser aux théories des champs de Bourdieu et à ce qu’il disait concernant les "intellectuels médiatiques" et leurs stratégies. Je pense qu’il aurait pu développer un type de critique comparable vis-à-vis des blogs.Re-arg. En attendant une éventuelle réponse de votre part, je vais fouiller dans la Bibliothèque de l’Honnête Etudiant ERASMUS, et -peut-être- finalement ouvrir un blog plus tôt que prévu. (Parce qu’un développement risque d’être un peu longuet.)Respectueusement,AJCPS : désolé pour le flood.

  12. Ah, bonne nouvelle, AJC va rouvrir un blog.Sinon, je crois que la blogosphère n’est pas simplement un lieu de spécialistes, mais un lieu de professionnels. A mon sens, c’est son grand apport (d’ailleurs, les spécialistes ne sont-ils pas des professionnels de leur spécialité universitaire?).Dans un journal, les analyses obtenues de spécialistes sont en général retraduites par un journaliste, voir confrontées au stock de connaissance du journaliste, qui est généralement pluridisciplinaire.Dans les blogs, on a des points de vue professionnels. Du coup, ce sont des points de vue souvent un peu fermés, chacun ayant tendance à croire qu’il détient la vérité, alors que le journaliste est sensé multiplier les points de vue. D’un autre côté, on a accès à des informations plus approfondies et à des mondes sociaux que les journalistes laissent passer à la trape (du fait de leur volonté d’avoir un point de vue global).

  13. Ségo vs les paneliste, quelques énormités pour pimenter la soirée: aux niveaux des subvention agricole  c’est bien 80% qui vont à 20% des paysans et non pas l’inverse. Ségo l’a repris à raison . Concernant le SMIC le cout du travail n’est pas de 2000 euro par moi comme annoncé par la patronne mais plutôt de 1400 0 1500http://www.lentreprise.com/3/1/2/guide/10993/5680.htmlj’ai aussi bien rigolé quand un paneliste a annoncé les royaume unis avec une balance commerciale positive de plusieurs million, en réalité elle est négative de 50Md. Elle aurait dut le savoir et le reprendre. http://www.laposte-export-solutions.com/observez.php/royaume-uni/indicateurs-economiques.html Idem pour aubade, elle aurait du passer sur ce blog…

  14. Clic :"D’un autre côté, on a accès à des informations plus approfondies et à des mondes sociaux que les journalistes laissent passer à la trape (du fait de leur volonté d’avoir un point de vue global)."De leur volonté d’avoir un point de vue global…? :oDT’es bien sûr ?Me semblerait plutôt que le journalisme ne vise aucunement ce type d’objectif, mais que les médias "traditionnels" sont soumis aux mêmes règles que toute entreprise : recherche d’une maximisation du profit (Vision néoclass’.), ou alors lieu "d’affrontement" entre les interêts personnels de plusieurs acteurs.Effectivement il doit exister un gros paquet de journalistes désirant, dans un excès d’idéalisme, montrer la Vrai Vérité Véritable, Combattre Les Méchants, etc. (Bref, l’idéalisme à la Tintin ou comme on en voit uniquement dans les films ricains.)Malheureusement, il existe toute une hierarchie au-dessus d’eux qui fait que ce qui pourrait les intéresser passe à la trappe.Et à ce sujet, je me demande si, même avec une liberté accrue, ils seraient capables de se lancer dans des projets ambitieux journalistiquement parlant : faudrait voir de quelle manière ils sont éduqués dans les écoles de journalisme…Cela m’étonne également, Clic, que tu n’ais pas parlé des normes propres aux champs médiatiques… justement j’attendais une intervention de ta part à ce sujet. :oDOu même du passage du champ de certaines sciences au champ médiatique traditionnel (A l’époque de Bourdieu.)… qui désormais, pour ceux n’arrivant pas nécessairement à cela, peut se faire de leur champ d’origine à celui de la blogosphère. (Avec passage potentiel de dominé à dominant…)Ou alors j’ai rien compris du tout à Bourdieu à ce niveau, ce qui est fort possible. :oDAJC

  15. @alexandre cessateur: j’ai aussi bien rigolé avec les affirmations des panelistes. Surtout, ces faussetés sont caractéristiques du lavage de cerveau quotidien que les gens subissent. A la fin, il en reste un à-peu-près qui va dans le sens de la propagande. Ainsi, le coût du travail est surévalué, la PAC aide les petits agriculteurs et, of course, au Royaume-Uni tout va bien.

  16. C’est tout de même curieux que personne ne s’intéresse à ce qui fait l’essence du métier de journaliste : chercher la vérité et la transmettre (tant bien que mal) ; alors que les blogueurs n’ont aucune obligation, aucun devoir dans ce domaine…

  17. Pour ajouter à votre analyse, une statistique remontant à une dizaine d\\\’année indiquait que 90% des journalistes en activité n\\\’étaient pas passés par une école de journalisme, tandis que 90% des nouveaux embauchés en étaient diplômés.

    Le premier nombre a dû baisser depuis (par effet mécanique du second ;-), mais je pense que les \\\ »journalistes sans école\\\ » sont encore majoritaires aujourd\\\’hui.
    On peut en tirer tout de même la conclusion que la nécessité d\\\’une formation spécifique pour exercer la profession de journaliste est un phénomène récent.

    Le principe traditionnel de recrutement dans la presse n\\\’est pas le diplôme. Il relève bien plus, en réalité, d\\\’un principe de cooptation. Les réseaux familiaux, amicaux et politiques, la \\\ »recommandation\\\ » en général, y jouent à plein.
    Le dernier mot dans ce processus de sélection puis de promotion par affinités est bien entendu parfaitement maîtrisé, etroitement contrôlé par la direction des médias.
    Ainsi, le régime des promotions ne relève pas pour l\\\’essentiel d\\\’une logique de la compétence, mais d\\\’un principe d\\\’allégeance et de récompense pour services rendus.

    Toutes les caractéristiques sont réunies pour dire que la profession de journalistes fonctionne bel et bien intrinsèquemet sur une logique de caste.

    Tout cela marchait très bien, quand la caste monopolisait l\\\’accès aux moyens techniques de diffusion de l\\\’information, dans un temps où ces moyens étaient très couteux, donc rares (créer une chaîne de télévision ou un journal quotiden demande des millions d\\\’euros d\\\’investissement).
    Or ce monopole s\\\’effondre avec internet. Pour quelques dizaines d\\\’euros maximum, il est aujourd\\\’hui possible à chacun de créer un média qui peut toucher potientiellement des dizaines de milliers de personnes. Par l\\\’organisation en réseau d\\\’internet, cette audience se démultiplie et peut rapidement toucher des millions de personnes (la vidéo de Ségolène Royal et les profs, par exemple).

    Voilà ce qui explique la nervosité des journalistes face aux blogs: ils se retrouvent face à une concurrence qui les attaque sur la qualité du contenu, quand ils avaient basé leur position sur le monopole d\\\’accès à un moyen de diffusion qui n\\\’existe plus.
    Le pauvre Alain Duhamel, qui écrit toujours au stylo plume et reconnait qu\\\’il n\\\’a jamais allumé un ordinateur, devait son statut plus à son réseau de connaissances, qu\\\’à sa compétence: que penser de la pertinence des propos de ce monsieur vis à vis d\\\’une campagne électorale où internet joue pour la première fois un rôle non négligeable, alors qu\\\’il avoue lui-même sa totale incompétence sur le sujet?

  18. @ AJC: je ne dis pas le contraire. Mais les journalistes sont un média de masse. Comme tel, ils ne s’adressent pas à des univers spécialisés, ils ne traitent pas leurs sujets pour les spécialistes, mais pour un individu "moyen" qui n’est pas un spécialiste d’économie, de sociologie, mais qui est sensé disposer d’une "culture de base". C’est ce que je voulais dire par point de vue global: un point de vue qui tente en général de mêler diverses sources et différents modes de connaissance… mais ça ne veut pas dire que ça ne finisse pas souvent en une espèce de soupe un peu tiède.@ et pourquoi donc les blogs ne s’intéresseraient-ils pas à la vérité? et pourquoi les journalistes ne chercheraient-ils pas leur intérêt?@ Vulgos: le problème avec "la pensée dominante" c’est qu’on la voit toujours où on veut. Les gauchistes trouvent que "les médias" sont à la solde du capital tandis que les libéraux considèrent qu’ils sont tenus par des socdem étatistes. Les féministes trouvent qu’il n’y a que des représentations du patriarcat et les "masculinistes" trouvent qu’on ne cesse de présenter des hommes maternant.Les études là dessus ne démontrent au final pas grand chose tant la catégorisation et la mesure sont difficiles: on arrive assez facilement en sélectionnant des exemples à démontrer ce qu’on veut, mais de là à produire un discours objectif sur ce que serait "le discours dominant" bon courage…

  19. Opposer les journalistes généralistes aux blogueurs experts est un raccourci inexact. Beaucoup de journalistes sont spécialisés, que ce soit en politique (où ils suivent un parti en particulier par exemple), en foot, en santé, ou en tourisme. Il existe également des généralistes, mais surtout chez les présentateurs radio ou télé, et chez les reporters, chargés d’aller recueillir des infos sur le terrain. Et les journalistes, généralistes ou spécialisés, font eux-mêmes appel à des experts et personne n’a attendu les blogs pour cela.

  20. Clic :Quel type de média peut se dire "de masse", sans faire de distinction entre les différents types d’individus pouvant réceptionner ses informations ?Cette simplification me paraît justement un peu douteuse… :oS"Les journalistes sont un média de masse", je trouve cela un peu capilotracté.

  21. @ AJC: on peut penser (sans doute avec raison) que cette simplification est douteuse, mais il me semble que c’est comme ça que travaillent les journalistes, en tout cas ceux des grands médias (pas ceux des revues spécialisées).Tant que t’y es, tu voudrais pas réagir à ma remarque sur le billet, "chômage des jeunes, le retour" j’ai peut-être dit une connerie, mais je sais pas, et personne d’intelligent pour me répondre, c’est assez frustrant…

  22. Malheureusement, cette simplification me semble justement trop loin de la réalité. Autant que si l’on considérait les agences de presses ou les médias uniquement orientés vers le profit, comme "toute bonne entreprise", alors que la structure de leur actionnariat et les réseaux sociaux au sein des directions de ces groupes constituent des centres de décision qui ne visent pas nécessairement le gain "à tout prix".Même pour des journaux du type "Le Monde", des chaînes telles que TF1 ou France 3, il existe une "clientèle" propre. Il n’existe pas de "médias de masse", selon moi, si tu considères le terme "masse" comme celui que pourrait par exemple utiliser Arendt. (C’est à dire : sans distinction de classe sociale, l’individu moyen, etc.)Et en raison de la multiplicité des clientèles visées, et ce malgré la ressemblance des stratégies propres à ces entreprises et aux journalistes, il me semble justement que la vision des "médias de masse" (Ceux que tu appelles ainsi.) comme relativement uniformes, tombe à l’eau.Concernant ton article je vais chercher cela. Je suis honoré d’une telle demande, merci. ;o)AJCPS : cela risque de te plaire, mais je me suis donné un "rythme de lecture", à Varsovie, après un long (et bizarre) voyage dans les pays de l’Est.En gros, lire du Bourdieu, Foucault, Arendt, Aristote chaque jour qui passe, selon une méthode permettant d’avancer parmi la pile d’ouvrages que j’ai emporté avec moi.Et l’année prochaine, pour moi, au lieu de viser crimino je pense qu’une fac de philo pourrait m’être plus utile afin de poser les fondements d’une réflexion plus "construite".Si j’ai certaines difficultés, je m’adresserai peut-être à toi pour certains conseils ou quelques précisions. ;o)

  23. Ayé, répondu Clic.Encore une chose qui me donne envie de ré-ouvrir rapido un blog, avec ma collègue de fac qui s’est exilée également à Varsovie ! :oDCela pourrait constituer un bon sujet de réflexion…Amicalement,AJCPS : et j’espère que je n’aurai pas été trop à côté de la plaque.

  24. On peut aussi avancer 4 autres éléments qui jouent en faveur des bloggueurs par rapport aux journalistes qui oeuvrent dans les médias traditionnels :- Ils sont indépendants de toute pression liée à la ligne éditoriale que peuvent subir les journalistes d’une rédaction;- ils ne sont pas soumis à certaines contraintes qui résultent  de l’importance de certains annonceurs économiques (publicité) pour la vie même des médias traditionnels;- ils ont le privilège de ne pas être soumis à la loi du "scoop" qui se traduit souvent dans les médias traditionnels par un certain suivisme (les bloggueurs sont libres de  traiter des sujets qui ne font l’actualité et ou de les traiter avec recul et distance sans contrainte de temps;- enfin, beaucoup de journalistes sont des pigistes qui aspirent à plus de stabilité ce qui peut entrainer de la prudence de leur part et un certain conformisme..

  25. Un élément que vous n’intégrez pas dans votre analyse (et dont je ne sais s’il la contredit ou la complète) : le rapport aux sources.A priorice qui distinguerait le journaliste du blogueur c’est un rapport plus direct, moins dépendant, aux sources de l’information. Le blogueur (expert ou non) n’est très souvent qu’un commentateur d’une information parue par ailleurs et qui lui est parvenue.  A l’inverse, en théorie, le journaliste dans le mesure où il assume la dimension d’enquête constitutive à son identité professionnelle est censé être à la source de l’information qu’il publie. Du coup, si vous voulez comparez journalistes et blogueurs à partir de la "qualité " de ce qu’ils produisent, il faudrait définir la qualité non seulement à partir de l’axe généraliste/spécialiste mais aussi de l’axe production d’une information inédite / commentaire de cette information. (Dans le domaine de l’information, c’est un critère de valeur que de publier ce qui est nouveau inédit ou caché. La nouveauté vaut qualité. Ce que ne comprennent pas les universitaires par exemple, pour qui la qualité est avant tout d’ordre herméneutique – apport à la compréhension du monde).Certes une fois qu’on a dit cela, il faut ajouter que la réalité du journalisme a bien évolué ces 2 dernières décennies avec "l’explosion de la communication" (S Proulx) : la dépendance aux sources s’est dramatiquement accrue chez les journalistes (développement généralisé des services com’, des relations presse, etc.) et ce qui faisait leur "avantage concurrentiel" (vis-à-vis des blogeurs) s’amenuisent. La communication a pris la main sur l’information, les communicants l’ont emporté sur les journalistes.Brefn il serait souhaitable  compléter le modèle et passer de 2 acteurs (journalistes, blogueurs) à 3 acteurs (sources-communicantss, journalistes, blogueurs).  C’était ma contribution non à la "polémique" , mais à la réflexion sur le rapport journalistes/blogueurs, je l’espère constructive.

  26. "Oui, quand j’ouvre le Figaro Magazine chez mon médecin, c’est toujours ce que je me dis : comme c’est beau ces journalistes qui cherchent la vérité et la transmettent ! :-)Côté blogueurs, ils ont les obligations/devoirs qu’ils se donnent. Ca peut être rien, ca peut êtrre beaucoup".Cher monsieur BO, vous avez une telle conscience de votre supériorité qu’il ne vous a pas échappé que certains enseignant sont idiots, incultes, paresseux, etc. Cela n’empèche en rien que la fonction et la responsabilité des enseignants soit de transmettre un savoir ; de préférence exact, et s’approchant de la vérité. Cela m’étonne de la part de quelqu’un comme vous que l’on puisse se contenter de l’ironie sur des fonctions sociales qui se définissent plus que d’autres par leur contenu moral.

  27. @ Yves Duel : ma référence au figaro magazine, c’était une façon (je pensais humoristique) de dire que les journalistes ne sont pas toujours dans la quête de la vérité… Je suis d’accord aussi, certains enseignants sont idiots, incultes et paresseux. On a donc tous les cas possibles. Je ne crois pas qu’il y ait de différence "naturelle" en termes de moralité entre blogueurs et journalistes, c’est ce que j’aurais pu dire pour vous répondre.En passant, ne croyez pas que je me considère comme supérieur à qui que ce soit. Mon billet ne signifie pas cela, simplement que des blogueurs peuvent aller plus loin dans l’analyse que des journalistes parce qu’ils sont plus spécialisés, pas parce qu’ils sont intrinsèquement supérieurs.

  28. Bonjour,Si on considère que la France est le premier pays du monde en terme de presse magazine spécialisée et donc du nombre de niches traitées par un magazine, ça semble idiot de comparer l’expertise des blogueurs au généralisme des reporters. Des toubibs sont journalistes médicaux, des pêcheurs sont chroniqueurs pêche, des windsurfers sont rédac’ chefs de magazines de planche… iIl y a des magazines sur les montres, sur les bateaux en bois… Tous édités et réalisés par des spécialistes. N’est-ce pas à cette catégorie-là qu’il faudrait comparer l’expertise des blogs-niche?En outre, la première info est plus souvent le fait d’une agence ou d’une rédaction. C’est ensuite le commentaire, souvent éclairé, qui sort des blogs. Un commentaire, par définition, c’est souvent plus… informé qu’une info!Bonne continuation.

  29. J\\\’ai bien aimé l\\\’article ,2 remarque quand même:
    Je suis d\\\’accord avec Jean-Philippe. Je ne vois pas ce qui permet d\\\’affirmer que les journalistes sont par definiton généraliste, et les blogueurs des specialises. comme il y a des bons et des mauvais partout, il y a des specialistes et des generalistes partout. Et à specialiste, specialiste et demi…
    La courbe m\\\’a fait mourrir de rire…  Dans le genre cqfd, ça se pose là. Digne des plus bas procédé journalistique… Disons que l\\\’auteur est blagueur… En ordonnée, c\\\’est le nb d\\\’article? inconnu, mais dessiné… Pourquoi ne pas le multiplier par une autre inconnue, le nb de "hit"? Les abscisse sont evidamment estimées par l\\\’auteur. Bref, ce dessin illustre que l\\\’auteur se place au dessus de tous les journalistes ;-).
    Cordialement,
    Paul

  30. Intéressant point de vue, sans doute assez proche de la vérité… ou pas. En fait, comment savoir ? Ce n’est qu’un point de vue, étayé par de subjectives pensées fondées sur une unique expérience individuelle. Et pourquoi ne pas faire une étude d’envergure, en employant une méthode scientifique permettant de prouver cet avis ? À quand des courbes s’appuyant sur des données réelles plutôt que tracées à main levée ? Bref, un peu d’objectivité ne ferait pas de mal et renforcerait le propos…

  31. Je ne découvre votre réponse « moqueuse » qu’aujourd’hui, pardon… Le paradoxe dont parle econoclaste est intellectuellement satisfaisant certes, mais un peu de bon sens ou de réalisme (même statistique d’ailleurs, j’en ai parlé avec un sondeur) permet quand même d’évacuer ce fameux calcul… je ne veux pas en rajouter aujourd’hui ce serait trop facile, mais en effet, pour gagner au second tour, il faut d’abord passer le premier… Sans rancune…D.A.

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