Idée n°1 : "un jeune sur quatre est au chômage"

Inauguration d’une nouvelle rubrique, intitulée "Dictionnaire des idées reçues".
L’objectif est de recenser certaines assertions à la base de raisonnements et de préconisations diverses, assertions qui ne résistent pas à un examen quelque peu rigoureux.

Première idée reçue"En France, un jeune sur quatre est au chômage"

Raisonnement à la base de l’idée :  cette idée s’appuie sur le taux de chômage des jeunes, de 22% fin 2004 selon l’Insee. Disons peu éloigné de 25%, soit un jeune sur quatre, croit-on pouvoir dire.

J’ai déjà expliqué l’origine de l’erreur, qui réside en fait dans une mauvaise connaissance de ce qu’est un taux de chômage : le rapport entre un nombre de chômeurs et la population active. Et si ce taux de chômage est élevé en France, c’est pour l’essentiel parce que la population active jeune est réduite (2/3 des jeunes sont en étude, donc inactifs).

Implication de l’erreur : cette erreur n’est pas anecdotique. Elle conduit à structurer la réflexion, puisque dès lors que l’on insiste sur la différence entre une catégorie de la population (les jeunes en l’occurrence) et les autres catégories, on préconise une action ciblée, qui, de fait, est mal ciblée.

Les fautifs : j’ai bien noté l’engouement des lecteurs du blog pour les jeux concours… Je vous propose donc de constituer progressivement une liste des personnes ayant repris à leur compte cette idée reçue. Bien sûr, plus la notoriété du fautif est forte, mieux c’est.

Pour ma part, j’ai trouvé :

Politiques :
François Hollande a repris la formule telle quelle dans un discours dans les Côtes d’Armor en septembre 2005,
Jean-Marie Le Pen a fait de même en septembre 1998
Christian Cuvilliez, député communiste, lors d’un débat à l’assemblée en 1999
Bernard Accoyer, UMP, de même très recemment,
Dominique de Villepin en est très proche lorsqu’il explique "La réalité, c’est un taux de chômage de 23 % chez les moins de 25 ans, contre 8,7 % pour les 25-49 ans et 6,9 % pour les plus de 50 ans".
Je suis preneur d’autres noms !

Journalistes :
Dominique Nora, dans le Nouvel Observateur, janvier 2006
Bernard Jouanno, dans La Croix, en décembre 2005

Là aussi, on doit pouvoir en trouver d’autres… Je n’ai pas trouvé d’économiste, si quelqu’un en trouve un, on peut le propulser immédiatement médaille d’or!

Précision très importante : l’objectif n’est pas d’accabler les fautifs, car je crois que personne n’est à l’abri de telles erreurs. Il s’agit plutôt  d’évaluer le degré de diffusion d’une idée reçue dans la société. Et de montrer que l’on gagnerait à généraliser l’enseignement de l’économie, afin que l’on raisonne sur des bases un peu plus solides…

J’ai en stock d’autres idées reçues, qui feront l’objet de prochains billets. N’hésitez pas à me transmettre par mail des propositions argumentées!

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14 commentaires sur “Idée n°1 : "un jeune sur quatre est au chômage"

  1. vous auriez pu ajouter à votre titre: "dictionnaire des idées reçues libérale"
    car si effectivement un grand nombre de politique reprend ce type d’idée reçue, y compris à gauche, tout provient non pas de mauvaise connaissances économiques, mais d’une volonté idéologique imprégnée dans la société à petit feu et que bien entendu la totalité des "pseudo" journalistes français reprend en coeur.
    Lorsque les postulats sont faux (volontairement!?), toute analyse, solution ou critique le devient (voir ma modeste contribution à ce sujet)
     http://www.etiennefillol.org/blog/index.php?2006/03/27/77-le-martelement-liberal-ou-la-nouvelle-propagande
    je trouve que vous êtes bien gentil avec les fautifs qui au mieux sont ignorants (c’est embêtant pour des journalistes économistes) et au pire manipulateur (je parle bien sur des politiques)!
    si vous lancé ce sujet, vous n’avez pas fini avec les poncifs plus idiots les uns que les autres, pourtant repris par toute l’intelligentia….

  2. Héhé, clair et intéressant, comme article. (Plus intéressant/clair que celui sur la croissance selon moi… mais bon… c’est surtout parce que cela touche plus les non-économistes tout comme les économistes de comptoirs ou étudiants…)Cela touche au "meta", à la manière dont on présente l’économie, en touchant à ses "bases", ses postulats, son utilisation.C’est sûrement ce que beaucoup de non-économistes ou d’apprentis économistes ont envie d’entendre, comme discours : quelque chose présentant un recul sur les théories, propositions, méthodes. C’est une dynamique très saine dans tout domaine intellectuel ou pseudo-scientifique. C’est ce qui permet "d’épurer" un peu les discours dominants ou hétérodoxes, et d’avancer sur des bases plus solides.Cela apporte sûrement plus de compréhension et de réalisme à l’économie, par rapport à d’autres thèmes.(Voir les réactions à l’un de vos articles sur la croissance, concernant l’utilité ou non de cette dernière, le côté indispensable ou non de trop s’y intéresser…)brigetoun :Ils sont capables de prouver n’importe quoi… mais comme dans tout champs de doctrine, ils s’opposent les uns aux autres dans leurs rhétoriques respectives……un peu comme des prêtres issus de plusieurs ordres, religions, doctrines, écoles de pensées. Ou philosophes. :o pLaurent GUERBY :C’est drôle, mais si on soulève justement quelques éléments de ta phrase…"5000 dollars canadiens si vous pouvez prouvez qu’en aucun cas réduire les heures de travail légal n’augmente l’emploi"En aucun cas ?Et bien, si le temps de travail passait à 10h/hebdomadaire, je suis sûr qu’il y aurait création d’emploi découlant de cela…Humhum.Etre économiste-bloggueur, économiste de comptoir, ou simple citoyen ne retire pas l’obligation préalable au discours de vérifier le sens de ses phrases. Et c’est ce que présente le rédacteur de ce blog. (Et d’autres, comme Enzo d’Aviolo ou moi-même.)Quant aux effets pratiques, il faudrait vérifier l’importance de tous les facteurs touchant à l’emploi, leurs caractéristiques, etc.Encore une fois, dans une économie où la spécialisation et la haute spécificité des travailleurs n’est pas si important, diminuer le temps de travail peut être intéressant.Dans une économie telle que la nôtre, cela peut dépendre des secteurs qui sont soumis à une telle mesure, des situations préalables, de l’environnement économique, industriel, politique, des négociations qui en découlent, etc.Amicalement,AJC

  3. @ OBO
    olala, bien sur que tous les autres hommes politiques reprennent en coeur des idées reçues. Ce n’était pas mon propos. Par contre, il me semble qu’ils pronent des idées reçues correspondant à des postulats de base de toute bonne démonstration libérale. En quelque sorte, il sont victimes à leur tour de l’influence sous-jacente du libéralisme en faussant dès le départ leur démonstration car utilisant des postulats libéraux.
    aujourd’hui devoir s’attaquer au chomage des jeunes sous pretexte qu’il serait plus élevé, ce qui est un non sens comme le dite très bien, cela revient surtout à devoir sectoriser les combats (c’est le souhait des libéraux car diviser c’est mieux régner) et à focaliser le problème pour trouver des solutions précarisantes imédiates (c’est le souhait des libéraux pour lutter contre ce sacrosaint coût du travail à la base de tous les maux "actionnariaux" de notre société).
    C’est seulement en cela que je parlais d’idées reçues libérales.
     
    Enfin, sur la réduction du temps de travail, pourrions nous avoir la démonstration de l’idée reçue!?

  4. la signification des "22% des jeunes au chômage " est à mon sens plus proche de la réalité que les 8% obtenus en intégrant au dénominateur les étudiants et scolarisés.cela signifie que presque un jeune sur quatre "en situation de travailler" est effectivement au chômage….ceux qui n’ont pas de travail mais qui n’en cherchent pas étudiants ici, mères au foyer plus âgées, retraités ensuite, voire rentiers, clochards, etc… n’ont vocation à figurer ni au numérateur ni au dénominateur….

  5. @françois: ta position se défend. Mais il me semble qu’il y a une différence de qualité entre les inactifs jeunes et les inactifs "non-jeunes". D’un côté, on a les plus doués, ceux qu’on suppose les plus à mêmes de trouver un emploi (même sans les études), qui sont aux études. De l’autre, pour les "non-jeunes", les inactifs sont des chômeurs probables (s’ils étaient actifs). L’un dans l’autre, amener les étudiants sur le marché des actifs ferait baisser le taux de chômage des jeunes, par contre amener les femmes au foyer (handicapés, clochards, etc) sur le marché des actifs ferait fortement augmenter le chômage des "non-jeunes".

  6. au vu du commentaire de françois, il faudrait désormais construire un "dictionnaire des idées reçues qui ont la vie dure ou la tête dure" faut voir!
    la démonstration est pourtant on ne peut plus claire….

  7. j’ai la tête dure.. 22% des jeunes en mesure d’occuper un emploi n’en trouvent pas, cela me paraît un vrai problème auquel chacun doit effectivement apporter ses proposotions de solutions, pour lequel nous devons tous regarder ce quii se passe ailleurspour améliorer autant que possible notre performancefrançois

  8. encore une fois personne n’a écrit qu’il ne fallait pas s’occuper du chômage des jeunes, mais l’explication des spécificités de la population de cette catégorie d’âge qui aboutit  à 22% de chômeurs  et qui ne reflète pas une rélaité ussi n’autorise pas à devoir s’en occuper plus que les autres chômeurs, ni moins d’ailleurs.

  9. …bon après le plantage d’ordi, je complète pour dire que ….ce chiffre n’autorise pas à s’occuper en priorité des jeunes chômeurs plus que les autres, ni moins d’ailleurs…..

  10. … et un de plus : notre ami de Robien lors d’une conférence de presse le 22 février dernier : "Je vous l’ai dit, le taux de chômage des jeunes atteint 23%, contre 9,6 % pour l’ensemble de la population : un jeune sur quatre ou cinq ; c’est même plus de 50 % dans certains quartiers de notre pays."(http://www.education.gouv.fr/actu/element.php?itemID=20062221739)Lui, il fait plus fort encore puisqu’il se vante de l’avoir déjà dit et de le répéter ;-)

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