L’Université de Poitiers a besoin d’un Président Stratège

Engagée dans la LRU et un contexte national et international qui imposent aux universités de jouer le jeu de la compétition tout en affirmant (ce qui est heureux) leurs missions de service public, l’Université de Poitiers a plus que jamais besoin d’un Président Stratège. Dans une position géographique difficile, elle ne manque heureusement pas d’atouts mais ceux-ci sont d’autant plus fragiles que d’autres universités jouent à la fois sur l’attractivité de leurs régions, une réelle taille critique de leur établissement et de véritables politiques offensives, à commencer par celle qui consiste à profiter des nombreux départs à la retraite pour recruter ici et là les meilleurs enseignants-chercheurs, techniciens ou administratifs. Outre Paris, on pense évidemment à Nantes ou Bordeaux. C’est ainsi que la carte ministérielle suivante ne peut qu’attirer notre attention stratégique.

Si la politique consistant à faire naître dix campus capables d’être présents dans le classement de Shanghai est une hérésie au regard de l’histoire de l’innovation (ce classement finissant par devenir une fin en soi), elle n’en est pas moins une réalité génératrice de contraintes et d’inerties. Alors que faire ? Tout d’abord, ne pas se tromper d’élection (pour une modération de la LRU, aller voter les 22 avril et 6 mai) puis se souvenir que dans l’histoire de la stratégie, David peut l’emporter sur Goliath. Mais à une condition toutefois : qu’il ait une stratégie.

Stratégie. Voilà un terme ô combien dévoyé et souvent confondu avec celui de tactique comme nous le rappelle magistralement Philippe Baumard (voir mon précédent billet sur le vide stratégique). Et c’est pourquoi son usage dans les discours est souvent inversement proportionnel à sa pratique sur le terrain. La stratégie est l’art de commander et de gouverner. Chez les grecs, elle s’oppose ainsi à la tactique politique. Concrètement, tout stratège se doit de mener conjointement une stratégie d’engagement et une stratégie de contrôle. D’inspiration offensive et directe, la stratégie d’engagement est une prise d’initiative. C’est la stratégie même de l’innovateur. D’inspiration défensive et indirecte, la stratégie de contrôle repose sur la coopération et la diplomatie : il s’agit de faire avec, d’attendre pour mieux avancer en cherchant des appuis, en nouant des coopérations. Bien entendu, aucune des deux stratégies n’est supérieure à l’autre et le véritable stratège est celui qui sait allier les deux… (voir mon billet sur la boucle OODA).

 

Tel doit être le Président Stratège dont l’Université de Poitiers a besoin : un homme capable de rassembler pour déployer, de protéger pour conquérir et d’écouter la différence pour faire reconnaître l’excellence à taille humaine.

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