L’intelligence des uns fait la paralysie des autres… et réciproquement.

En cette période d’élections, il peut être intéressant d’utiliser certaines grilles d’analyse et d’action bien connues des experts en intelligence économique et communication stratégique. Parmi celles-ci, insistons sur le couple agilité/paralysie.

A l’origine de la notion de paralysie stratégique se trouvent notamment les idées de John Boyd. Pilote de chasse, Boyd devint spécialiste en manœuvres dites de transitions rapides. Mais surtout, il su faire évoluer son concept tactique de la manœuvre aérienne en une théorie plus générale dans laquelle il présente une forme d’agilité mentale à travers la dialectique de la déstructuration et de la création : “ Un processus qui, pour une situation donnée, prend en compte de nombreuses hypothèses et points de vue, les décompose (analyse), qui recherche parmi les éléments ainsi séparés ceux qui naturellement se trouvent connectés selon un ordre de degré supérieur à l’ordre précèdent, c’est-à-dire,   un niveau de synthèse plus élevé dans la connaissance de la situation initiale ” (John boyd, Destruction and Creation, 1976).

John Boyd est ainsi le premier à relier le théorème d’imperfection de Godel, avec le principe d’incertitude de Heisenberg ainsi que la deuxième loi de la thermodynamique. Selon lui, on ne peut déterminer la nature et le caractère d’un système dans lequel on se trouve, et, de plus, toute tentative en ce sens conduira à un plus grand désordre et une plus grande confusion.  Comme résultat de ces réflexions, Boyd propose de théoriser ses principes dans une boucle qu’il a appelé OODA (Observation – Orientation – Décision – Action).  Selon lui, être capable de maîtriser le cycle OODA chez soi tout en attaquant le même cycle chez l’adversaire permet d’atteindre la victoire.

Si les idées de Boyd ont été utilisées comme base de la théorie de paralysie stratégique, une étude plus approfondie révèle qu’à l’origine ses réflexions portaient plutôt sur la notion d’agilité. En fait, l’analyse gagne toute sa pertinence lorsqu’elle pense le couple agilité/paralysie stratégique, l’agilité de l’un visant la paralysie de l’autre et réciproquement. Par exemple, si on réussit  à pénétrer la boucle OODA de l’adversaire à travers la précision des frappes (physiques ou symboliques) sur ses centres de communication (observation) et sur ses centres de commandements (orientation et décision) on neutralise sa capacité d’action, on obtient sa paralysie. Par contre, l’analyse stratégique de sa propre boucle OODA en termes de temps et d’espace conduit à chercher à gagner du temps, ce qui permet une plus grande liberté d’action et une plus large marge de manœuvre, autrement dit une plus grande agilité.

Pour Boyd, le succès dans un conflit (militaire, politique, économique…) s’obtient donc en se glissant à l’intérieur de la boucle OODA adverse, deux moyens complémentaires devant alors être réunis par le stratège :

1. minimiser les frictions à l’intérieur de son propre camp par l’initiative et l’harmonie de la réponse ;

2. maximiser la friction chez son adversaire grâce à l’emploi de réponses diversifiées et rapides.

Une grille de lecture amusante à appliquer dans les campagnes actuelles ou la (non) stratégie de certaines organisations, n’est-ce pas ?

2 commentaires sur “L’intelligence des uns fait la paralysie des autres… et réciproquement.

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  2. La théorie du Colonel Boyd est elle applicable dans un contexte de guérilla où on a affaire à de petits groupes autonomes sans véritable centre de commandement intégré ?

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